{"id":34905,"date":"2021-07-01T19:02:55","date_gmt":"2021-07-01T17:02:55","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=34905"},"modified":"2021-07-07T21:36:47","modified_gmt":"2021-07-07T19:36:47","slug":"tous-ces-baisers-quon-sest-voles-plus-que-donnes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/tous-ces-baisers-quon-sest-voles-plus-que-donnes\/","title":{"rendered":"#L2 | Tous ces baisers qu&rsquo;on s&rsquo;est vol\u00e9s plus que donn\u00e9s"},"content":{"rendered":"\n<p>Leur premi\u00e8re rencontre a eu lieu dans un caf\u00e9 du bord de mer. Ils occultent souvent ce moment l\u00e0. L&rsquo;un l&rsquo;autre avaient l&rsquo;impression de ne pas \u00eatre vraiment pr\u00e9sents, que rien n&rsquo;avait encore commenc\u00e9 entre eux. L&rsquo;oubli n&rsquo;est pas forc\u00e9ment volontaire. D&rsquo;autres instants, regards, pens\u00e9es, effleurements, d&rsquo;autres \u00e9motions se sont imprim\u00e9s dessus, recouvrant cette approche initiale jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;oblit\u00e9rer. La jeter hors de leur m\u00e9moire. L&rsquo;effacer. Leurs regards se sont pourtant crois\u00e9s ce jour l\u00e0 au caf\u00e9. On entendait la mer au loin, il y avait du vent. Quelques grains de sable soulev\u00e9s par des bourrasques de vent impr\u00e9visibles, venaient frapper par vagues successives la joue et p\u00e9n\u00e9traient insidieusement dans l&rsquo;\u0153il des passants. La jeune fille \u00e9tait attabl\u00e9e en terrasse, \u00e0 l&rsquo;abri du vent derri\u00e8re une paroi en verre, sur le quai qui borde la plage. Elle buvait son caf\u00e9 dans un verre, c&rsquo;est souvent le cas dans certains bistrots de la ville tenus par de vieux Maghr\u00e9bins. Elle fumait une cigarette blonde d&rsquo;un air distrait pour se donner une contenance. Son regard fl\u00e2nait sur le paysage. Libre, \u00e0 l&rsquo;aff\u00fbt. C&rsquo;est dans ce rel\u00e2chement qu&rsquo;une rencontre devient possible, au moment le moins pr\u00e9visible. Elle ne pensait \u00e0 rien lorsqu&rsquo;elle l&rsquo;a aper\u00e7u discutant avec des amis, quelques m\u00e8tres plus loin. Il venait de se baigner. Son corps nu \u00e9tait encore humide. Luisant dans la lumi\u00e8re rasante. Des fines gouttelettes coulaient le long de ses jambes aux cuisses muscl\u00e9es. Elle croyait ne pas l&rsquo;avoir remarqu\u00e9 mais elle avait bel et bien capt\u00e9 et enregistr\u00e9 cette information visuelle dans un recoin secret de son cerveau, de sa m\u00e9moire intime. Il a vu qu&rsquo;elle regardait dans sa direction. Et comme elle ne s&rsquo;est pas rendu compte de ce qui se passait en elle, ce qu&rsquo;elle ressentait profond\u00e9ment, et que, de son c\u00f4t\u00e9, le jeune homme ne paraissait \u00e9mettre aucun signe d&rsquo;attirance ou d&rsquo;int\u00e9r\u00eat, abordant ce moment banal avec l&rsquo;indiff\u00e9rence de mise, avec insouciance et d\u00e9tachement, il s&rsquo;est approch\u00e9 d&rsquo;elle, \u00e0 pas lents, sans penser qu&rsquo;elle l&rsquo;attirait, pas du tout. Se souvenait-il de ce premier regard ? Il s&rsquo;\u00e9tait approch\u00e9 pour lui demander une cigarette. Avant cela il lui a demand\u00e9 s&rsquo;il pouvait s&rsquo;asseoir \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s. Une chaise \u00e9tait libre \u00e0 la table de la jeune fille. Elle n&rsquo;a dit ni oui ni non. Son silence \u00e9tait selon lui une forme d&rsquo;acceptation. Il a pens\u00e9 tacite. Il aime ce mot depuis longtemps. Il s&rsquo;est assis de biais. Il a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 se positionner l\u00e9g\u00e8rement de travers, pour ne pas lui faire face et donner ainsi l&rsquo;impression qu&rsquo;il ne voulait pas s&rsquo;imposer \u00e0 elle ou qu&rsquo;il ne s&rsquo;int\u00e9ressait pas \u00e0 elle. Et pour masquer un peu plus cette attraction, comment appeler cela autrement cette strat\u00e9gie d&rsquo;approche d\u00e9tourn\u00e9e qui refuse de dire son nom, d&rsquo;appeler un chat un chat, il lui demande une cigarette, le fourbe. Elle s&rsquo;est sentie soulag\u00e9e et vex\u00e9e dans le m\u00eame temps. Elle a essay\u00e9 de ne pas montrer son \u00e9motion. Le rouge qu&rsquo;elle sentait monter \u00e0 ses joues. Pas s\u00fbr qu&rsquo;elle y soit parvenu. Le doute persiste. Elle ne le reconna\u00eetra pas, mais c&rsquo;est ainsi. Il vient me voir pour mes cigarettes. Elle lui tend son paquet dans lequel il en extirpe une qu&rsquo;il allume dans la foul\u00e9e en attrapant le briquet qu&rsquo;elle a laiss\u00e9 pr\u00e8s de son verre de caf\u00e9 ti\u00e8de \u00e0 moiti\u00e9 plein. Et c&rsquo;est \u00e0 ce moment l\u00e0 qu&rsquo;il engage la conversation. Il lui demande ce qu&rsquo;elle fait l\u00e0, sur cette plage, si elle s&rsquo;est baign\u00e9e, si elle aime la mer, si elle vient souvent l\u00e0, si elle est venue seule, si elle compte revenir. Elle r\u00e9pond \u00e0 toutes ces questions d&rsquo;un souffle timide entre ses l\u00e8vres serr\u00e9es, tout en jouant avec sa cigarette qu&rsquo;elle tient malhabile comme une pointe de stylo, dont elle \u00e9crase r\u00e9guli\u00e8rement le bout \u00e9carlate contre le montant du cendrier en verre, recouvert d&rsquo;une publicit\u00e9 pour les cigarettes qui s&rsquo;est l\u00e9g\u00e8rement effac\u00e9 avec le temps. La boucle est boucl\u00e9e. Elle fait r\u00e9guli\u00e8rement tomber des copeaux de cendre \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur. D&rsquo;un geste nerveux qui se r\u00e9p\u00e8te. Un tic incontr\u00f4lable. Elle se consume devant lui. G\u00ean\u00e9e. Elle ne sait pas pourquoi elle ressent \u00e7a. Elle pense \u00e0 sa timidit\u00e9. Quand elle dit timidit\u00e9, elle ajoute toujours maladive. C&rsquo;est plus fort qu&rsquo;elle. Elle va le revoir plusieurs fois \u00e0 cette terrasse de caf\u00e9. Elle y a ses habitudes. Elle n&rsquo;aime pas trop se baigner. Mais la pr\u00e9sence de la mer et de son bruit de va-et-vient ont quelque chose de fascinants qui exercent sur elle un trouble dont elle ne comprend pas l&rsquo;origine. Ce qu&rsquo;elle ne sait pas encore c&rsquo;est qu&rsquo;elle joue avec ses habitudes qui deviennent ses alli\u00e9s. Elle se cache derri\u00e8re la monotonie de son quotidien pour justifier une pr\u00e9sence r\u00e9guli\u00e8re dans ce caf\u00e9 d&rsquo;o\u00f9 elle peut voir le jeune homme et croiser son regard \u00e0 la d\u00e9rob\u00e9e. Le faire tomber dans un pi\u00e8ge qu&rsquo;elle n&rsquo;imagine m\u00eame pas. Ce sont les plus efficaces. Elle finira par le comprendre, et mettre des mots sur ses sentiments, mais ils existent d\u00e9j\u00e0 en elle. C&rsquo;est juste qu&rsquo;elle ne les envisage pas. C&rsquo;est au moment o\u00f9 elle va comprendre que ses man\u0153uvres m\u00eame inconscientes prennent forme et provoquent des r\u00e9actions en cha\u00eene, qu&rsquo;il sera trop tard. Ils seront d\u00e9j\u00e0 attir\u00e9s l&rsquo;un vers l&rsquo;autre. Il n&rsquo;y aura pas encore de d\u00e9sir, m\u00eame si chacun d&rsquo;eux sait parfaitement \u00e0 quoi ressemble le corps de l&rsquo;autre, entr&rsquo;aper\u00e7u sur la plage en maillot de bain, et la peau brune au soleil, et cette odeur de miel qui s&rsquo;en d\u00e9gage.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand son ami lui d\u00e9crit avec une grande pr\u00e9cision la maison familiale sur la Butte Bergeyre, elle entre avec lui dans chacune des pi\u00e8ces sans se douter qu&rsquo;il n&rsquo;y est jamais venu, ni m\u00eame entr\u00e9e une seule fois. Comment pourrait-elle l&rsquo;imaginer, le deviner ? Elle lui fait confiance. Il \u00e9voque le lien familial qu&rsquo;il entretient avec cet endroit, mais c&rsquo;est un mensonge qu&rsquo;elle ne peut pas saisir, elle va pourtant s&rsquo;en servir pour venir en aide \u00e0 ses parents \u00e0 la recherche d&rsquo;un abri. Et se rapprocher de lui. Elle ne s&rsquo;en rend pas compte tout de suite. Le jeune homme projette en effet sur ce lieu ce qu&rsquo;il a v\u00e9cu dans d&rsquo;autres endroits qu&rsquo;il conna\u00eet sans y avoir v\u00e9cu, car il habite non loin de la maison de la Butte, dans un immeuble HLM \u00e0 proximit\u00e9. Un cul de sac en contrebas depuis lequel il a pass\u00e9 sa jeunesse \u00e0 observer cette demeure inaccessible comme un phare qui s&rsquo;\u00e9levait dans le ciel. Il imaginait ce que serait sa vie dans cette immense maison. Quand il passait devant, jouait \u00e0 c\u00f4t\u00e9 avec ses amis, \u00e9tait invit\u00e9 chez des voisins, il l&rsquo;observait longuement pour se faire une id\u00e9e plus pr\u00e9cise des diff\u00e9rentes pi\u00e8ces de la b\u00e2tisse. Elle d\u00e9couvre ce mensonge un jour alors qu&rsquo;elle revient du march\u00e9, les bras charg\u00e9s de victuailles, dans de grands sacs en toile. Ses parents ne peuvent pas sortir de peur d&rsquo;\u00eatre reconnus. Elle sort \u00e0 leur place faire les courses. C&rsquo;est en remontant l&rsquo;avenue ce matin-l\u00e0 qu&rsquo;elle croise son ami dans la rue, en bas de la Butte Bergeyre. Elle est surprise de le retrouver dans ce quartier. \u00c0 la fois heureuse de ces retrouvailles et m\u00e9fiante et inqui\u00e8te de le rencontrer l\u00e0 o\u00f9 ne devrait pas \u00eatre. Sensation ambivalente qui la trouble. La submerge. Par r\u00e9flexe, avant m\u00eame toute r\u00e9flexion, elle se cache derri\u00e8re la carrosserie d&rsquo;une voiture, en se baissant l\u00e9g\u00e8rement pour qu&rsquo;il ne la voit pas. Elle ne sait pas ce qui la retient de se montrer, de lui faire signe, de venir jusqu&rsquo;\u00e0 lui, de le rejoindre, de le prendre dans ses bras. Elle y a pens\u00e9 tant de fois ces derni\u00e8res semaines. Pourquoi se retient-elle ainsi ? De quoi a-t-elle peur ? Cela fait plusieurs mois qu&rsquo;ils ne se sont pas vus. Cruelle s\u00e9paration. Depuis son d\u00e9part pr\u00e9cipit\u00e9 de Marseille avec ses parents en fuite. Elle n&rsquo;avait pas de moyen de le contacter. Elle s&rsquo;attendait \u00e0 ce qu&rsquo;il la rejoigne dans la maison abandonn\u00e9e dont il lui avait parl\u00e9. Mais il n&rsquo;\u00e9tait jamais venu l&rsquo;y retrouver. Le voir l\u00e0, \u00e0 quelques centaines de m\u00e8tres de cette maison, comme si elle n&rsquo;existait pas, la maison, comme s&rsquo;il ne l&rsquo;avait pas vue, il ne la remarque pas en fait, mais elle ne peut pas en \u00eatre certaine. Elle se fait sans doute des id\u00e9es. Ces pens\u00e9es filent \u00e0 toute allure dans son esprit perturb\u00e9. Elle est \u00e0 ce point \u00e9tonn\u00e9e de le croiser dans ce quartier dont il lui a parl\u00e9 sur la plage, dont il lui a d\u00e9crit les moindres d\u00e9tails et qu&rsquo;elle a su en retour, avec une pr\u00e9cision aussi impressionnante, pr\u00e9senter \u00e0 son tour \u00e0 ses parents, pour qu&rsquo;ils viennent y vivre avec elle, qu&rsquo;elle pr\u00e9f\u00e8re rester \u00e0 distance, en retrait et l&rsquo;observer. Il rentre avec son ami dans un immeuble HLM de la rue des Chaufourniers, en contrebas de la Butte Bergeyre. Ils discutent et rient sans se rendre compte de sa pr\u00e9sence. Ils ne la voient pas. Elle saisit d&#8217;embl\u00e9e qu&rsquo;il y a quelque chose d&rsquo;\u00e9trange et de d\u00e9plac\u00e9 dans sa situation \u00e0 lui qui ne devrait pas se trouver \u00e0 cet endroit tout autant que dans sa r\u00e9action \u00e0 elle qui se cache car elle se sent coupable. Son mensonge est devenu le sien. Voil\u00e0 ce qu&rsquo;ils partagent d\u00e9sormais \u00e0 distance : un mensonge. Son bonheur d\u00e9sormais brouill\u00e9 par ses soup\u00e7ons assommants.<\/p>\n\n\n\n<p>Ses parents ne lui ont pas tout dit sur leur condition de vie, la raison de leur fuite. Enfant, elle les voyait changer de lieux d&rsquo;habitation tr\u00e8s r\u00e9guli\u00e8rement, tout se d\u00e9cidait toujours au dernier moment. Sur un coup de t\u00eate. Elle les suivait sans comprendre ce qui \u00e9tait en jeu. Ce qui avait pu l&rsquo;amuser dans sa jeunesse, ne lui plaisait plus du tout. Et l&rsquo;incompr\u00e9hension rendait la situation plus difficile \u00e0 vivre encore. Aujourd&rsquo;hui, adolescente, elle voudrait comprendre pourquoi elle se sent ballott\u00e9e depuis toutes ces ann\u00e9es, et quelle explication \u00e0 leur d\u00e9part inopin\u00e9 de Marseille ses parents pourraient-ils lui donner alors qu&rsquo;elle commen\u00e7ait \u00e0 se plaire l\u00e0-bas. Il lui faut encore une fois quitter la ville pr\u00e9cipitamment. Sans un adieu. Sans explication. Ses parents s&rsquo;en \u00e9tonnent. Elle n&rsquo;avait pas l&rsquo;air de s&rsquo;y plaire tant que \u00e7a ces derniers temps dans cette ville. Elle paraissait ferm\u00e9e, renfrogn\u00e9e, sans relation. La jeune fille les contredit. Le ton monte. Ce n&rsquo;est pas vrai. Mais au fond, elle sait bien qu&rsquo;ils ont raison. Si elle veut rester l\u00e0 c&rsquo;est qu&rsquo;elle a rencontr\u00e9 quelqu&rsquo;un. Sa m\u00e8re l&rsquo;a senti. Elle lui a demand\u00e9 si elle \u00e9tait amoureuse. Une m\u00e8re sent ces choses l\u00e0. La jeune fille a ni\u00e9. T\u00eate baiss\u00e9e. Regard dans le vide. Mais oui, elle a rencontr\u00e9 un gar\u00e7on. Ses parents lui interdisent de parler aux inconnus, c&rsquo;est dangereux, risqu\u00e9, cela peut mettre en p\u00e9ril leur planque et les obliger \u00e0 sortir de leur cachette. Ils doivent rester discrets, elle le sait, ils n&rsquo;arr\u00eatent pas de le lui r\u00e9p\u00e9ter. Faire profil bas dans la rue. Ne pas sortir en dehors des besoins n\u00e9cessaires. \u00c0 certaines heures. Ne pas se faire d&rsquo;amis. Devenir invisibles. Question de survie. Mais c&rsquo;est compliqu\u00e9 pour une jeune fille de son \u00e2ge, reconna\u00eet sa m\u00e8re. Son p\u00e8re s&#8217;emporte, s&rsquo;agace devant la d\u00e9fense de sa m\u00e8re, l&rsquo;attitude pu\u00e9rile et incons\u00e9quente de sa fille. Mais je n&rsquo;ai rien demand\u00e9, plaide-t-elle. Pourquoi lui faire subir cela ? La jeune fille sent que son p\u00e8re ne l&rsquo;aime pas. Elle ne lui avoue pas, mais elle demeure fuyante. Elle se confie parfois \u00e0 sa m\u00e8re, l&#8217;embrasse, accepte son \u00e9treinte, m\u00eame furtive, un mot tendre, un regard complice, une marque d&rsquo;attention, son p\u00e8re jamais. Il n&rsquo;y a pas de tendresse entre eux. Elle le sent ailleurs. Il est sur le qui-vive, sans arr\u00eat pr\u00e9occup\u00e9 par autre chose qu&rsquo;elle, ce n&rsquo;est pas un secret. Elle n&rsquo;est pas sa priorit\u00e9. Quand il lui parle c&rsquo;est toujours pour lui dire de faire attention. De ne pas prendre de risque. La discr\u00e9tion avant tout. Elle entend dispara\u00eet. Cache-toi. Il fait passer la survie de son couple avant celui de sa famille. Il est \u00e9go\u00efste. Il l&rsquo;a toujours \u00e9t\u00e9. Ce qu&rsquo;il a construit dans son combat politique, au fil des ann\u00e9es, avec sa femme comme complice, il ne peut plus aujourd&rsquo;hui le poursuivre avec sa fille qu&rsquo;il consid\u00e8re, sans le reconna\u00eetre implicitement, comme un poids mort. En fait, il ne peut plus combattre, le temps n&rsquo;est plus au combat, mais \u00e0 la fuite. De maison en maison, de pays en pays. L&rsquo;\u00e9chappatoire est l&rsquo;unique issue d\u00e9sormais. Une famille dans ces conditions n&rsquo;est pas concevable. Il a du mal \u00e0 le reconna\u00eetre, continuant \u00e0 privil\u00e9gier la survie au d\u00e9triment de la vie de tous les jours. Toute son \u00e9nergie se concentre dans cette vigilance d\u00e9vorante mais vaine dont il doit faire preuve pour rester libre. Ne pas se faire prendre. Retourner en prison. Ce serait la fin. Il n&rsquo;accepte pas de finir ainsi. Il ne parvient pas \u00e0 partager son attention. A accepter la fin. Tourner la page. Mais c&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 trop tard. Tout est fini.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Leur premi\u00e8re rencontre a eu lieu dans un caf\u00e9 du bord de mer. Ils occultent souvent ce moment l\u00e0. L&rsquo;un l&rsquo;autre avaient l&rsquo;impression de ne pas \u00eatre vraiment pr\u00e9sents, que rien n&rsquo;avait encore commenc\u00e9 entre eux. L&rsquo;oubli n&rsquo;est pas forc\u00e9ment volontaire. D&rsquo;autres instants, regards, pens\u00e9es, effleurements, d&rsquo;autres \u00e9motions se sont imprim\u00e9s dessus, recouvrant cette approche initiale jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;oblit\u00e9rer. 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