{"id":34934,"date":"2021-07-01T21:09:25","date_gmt":"2021-07-01T19:09:25","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=34934"},"modified":"2021-07-08T18:39:58","modified_gmt":"2021-07-08T16:39:58","slug":"impression-femme-levante","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/impression-femme-levante\/","title":{"rendered":"Impression, femme levante  #P1"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La premi\u00e8re fois que j\u2019ai regard\u00e9 la chambre de Chantal Akerman, je n&rsquo;ai pu retenir cette impression de doux d\u00e9pli\u00e9, un th\u00e9 noir dans un coffret de lunes o\u00f9 la cin\u00e9aste assiste indolente \u00e0 sa propre d\u00e9ambulation, je n\u2019en revenais pas de la lente exploration de la cam\u00e9ra tournante et filais des yeux le d\u00e9roul\u00e9 presque impr\u00e9cis des ombres et du calfeutr\u00e9, tout me renvoyait \u00e0 la mer et au lent d\u00e9val\u00e9 des eaux, doux comme l\u2019int\u00e9rieur d\u2019une \u00e9pluchure de pomme, dans le souffle retenu de ce qui demeure sans jamais vouloir repartir. Il m\u2019a sembl\u00e9 que la d\u00e9finition du bonheur se d\u00e9ployait l\u00e0 mais ne comprenais pas cette existence de <em>chambre<\/em>, m\u2019\u00e9tant fix\u00e9e sur le lit ploy\u00e9 en divan, et l\u2019apparition surann\u00e9e d\u2019une \u00e9trange et volumineuse th\u00e9i\u00e8re comme un langage de cuisine. Si j\u2019observe ma chambre d\u2019aujourd\u2019hui et toutes celles o\u00f9 je v\u00e9cus pendant mes \u00e9tudes, un immense fatras de partitions livres et poussi\u00e8res s\u2019accumule alors et rien ne me berce autant que le bazar o\u00f9 j\u2019aime travailler, amasser les prises de notes sur de tout petits papiers qui couvrent les \u00e9tag\u00e8res et les placards ouverts. Tout y accueille la petite musique de chambre et les pas des livres qui dansent jusqu\u2019\u00e0 plus d\u2019heure. Mais c\u2019est une autre histoire si je m\u2019arr\u00eate aux chambres d\u2019enfance. Nous d\u00e9m\u00e9nagions sans cesse, et je n\u2019ai conserv\u00e9 en m\u00e9moire que des matelas par terre, les murs nus, les courses sur la moquette avec ma soeur, le tourne-disque qu\u2019on actionnait en riant, essouffl\u00e9es de danses, y repassant les m\u00eames disques, et encore la symphonie du nouveau monde nous faisait bondir en sauvages et cr\u00e9er des bacchanales \u00e9tourdissantes dans l\u2019espace vide, sans meubles ni chaises, les matelas tout fins n\u2019\u00e9taient qu\u2019un deuxi\u00e8me sol o\u00f9 nous courions jusqu\u2019\u00e0 la nuit, tra\u00e7ant des cercles concentriques sous une ampoule fluette qui en devenait saoule. Plus en avant, si je guette les premiers souvenirs, me revient la chambre des Monts d\u2019Arr\u00e9e. Terriblement froide, de ses murs verts sous l\u2019ample rabattement du toit, la pluie de cendre et l\u2019immensit\u00e9 des meubles en ch\u00eane au-dessus de ma t\u00eate. Seul le froid m\u2019habite, l\u2019humidit\u00e9 des draps, le corps repli\u00e9, et les images de l\u2019\u00e9cole qui tournent en boucle, les courses \u00e0 la r\u00e9cr\u00e9ation et les parties de foot qui diffusent \u00e0 rebours une forme de chaleur o\u00f9 je me r\u00e9fugie, o\u00f9 les pieds tr\u00e9pignent et d\u00e9placent au fond du lit glacial la br\u00fblante bouteille en gr\u00e8s. C\u2019est impensable, de rentrer dans cette humidit\u00e9 sans la bouillotte que je fais rouler sous mes pieds sur toute la surface du drap pour essayer d\u2019en extraire le feu. Et tandis que je tourne sur mon socle, y cherchant l\u2019effusion vitale, elles gagnent l\u2019espace du mur tout pr\u00e8s de ma t\u00eate, montant du plancher jusqu\u2019aux angles du lambris, les inf\u00e2mes araign\u00e9es qui me font courir en r\u00eave.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La premi\u00e8re fois que j\u2019ai regard\u00e9 la chambre de Chantal Akerman, je n&rsquo;ai pu retenir cette impression de doux d\u00e9pli\u00e9, un th\u00e9 noir dans un coffret de lunes o\u00f9 la cin\u00e9aste assiste indolente \u00e0 sa propre d\u00e9ambulation, je n\u2019en revenais pas de la lente exploration de la cam\u00e9ra tournante et filais des yeux le d\u00e9roul\u00e9 presque impr\u00e9cis des ombres et <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/impression-femme-levante\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">Impression, femme levante  #P1<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":330,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[2071,2070,2157],"tags":[],"class_list":["post-34934","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ete-2021-les-cycles","category-pete-2021-progression","category-progression-1-perec"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/34934","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/330"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=34934"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/34934\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=34934"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=34934"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=34934"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}