{"id":34995,"date":"2021-07-02T10:14:59","date_gmt":"2021-07-02T08:14:59","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=34995"},"modified":"2021-07-26T13:33:48","modified_gmt":"2021-07-26T11:33:48","slug":"laure","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/laure\/","title":{"rendered":"#L2 Laure"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au sixi\u00e8me \u00e9tage d\u2019un immeuble surplombant les quais en plein air de la Gare du Nord, Appartement 254, Laure B. se tenait assise sur le fauteuil du balcon, son quatri\u00e8me caf\u00e9 en main, et se laissait griser par le matin. Elle \u00e9tait fatigu\u00e9e. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La lumi\u00e8re jouait d\u00e9j\u00e0 depuis une petite heure avec les livres de la biblioth\u00e8que de l\u2019appartement que Sylvain lui avait pr\u00eat\u00e9 et le chat roux dont elle avait la garde se faufila entre ses jambes, vint poser son museau sur ses genoux. Elle respira l\u2019air printanier, bu une gorg\u00e9e de caf\u00e9. <em>Je voudrais que les jours ne soient jamais qu\u2019un \u00e9ternel matin.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Elle se souvint d\u2019un po\u00e8me d\u2019Apollinaire qu\u2019il lui avait envoy\u00e9<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>\u00ab&nbsp;<\/em><em>Jamais les cr\u00e9puscules ne vaincront les aurores \/ <\/em><em>Etonnons-nous des soirs mais vivons les matins \/ M\u00e9prisons l&rsquo;immuable comme la pierre ou l&rsquo;or \/ <\/em><em>Sources qui tariront \/ <\/em><em>Que je trempe mes mains \/ <\/em><em>En l&rsquo;onde heureuse&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>C\u2019\u00e9tait impensable de ne pas aimer la po\u00e9sie.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En dessous d\u2019elle des flots voyageurs allaient et venaient comme hier, comme demain, comme toujours. Ils rajoutaient \u00e0 son bonheur immobile, caf\u00e9, clops, exp\u00e9ditions imaginaires, manuscrit pas loin. Des trains filaient d\u2019ici vers Amsterdam, Londres, Bruxelles, d\u2019autres arrivaient de Hambourg, de Lille ou Beauvais, dans des cliquetis et des crissements, des essoufflements et des chuintements, toute une malle de sons et de parfums de m\u00e2chefer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une voix dans les haut-parleurs annon\u00e7a le train de 7 h.05 pour Berlin, une autre pour l&rsquo;arriv\u00e9e de celui de Cambrai \u00e0 7h.15. Du c\u00f4t\u00e9 des RER un n\u0153ud de vie intense se mit \u00e0 palpiter, un chass\u00e9-crois\u00e9 de silhouettes alourdit les quais jusqu\u2019\u00e0 les estomper, des entrelacs de voies et de c\u00e2bles \u00e9voquaient une sorte d\u2019atelier de tissage XXL envahi par une foule \u00e0 chapeaux, feutres, robes, pantacourts et pantalons, costumes, costumes, bleus, blouses en mouvement, chemisiers sages, tailleurs, jupes, travail, travail, travail\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Dodes\u2019Kaden, dodes\u2019Kaden<\/em>\u2026, Elle se rappelait ses voyages et le balancement quiet, le bruit familier des trains-couchettes de son enfance, quand elle partait pour S\u00e8te et que la chanson douce du wagon sur la jointure des rails l\u2019endormait.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Dodes\u2019Kaden, dodes\u2019Kaden\u2026<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quand Sylvain lui avait propos\u00e9 de s\u2019installer ici le temps qu\u2019elle voudrait, elle s\u2019\u00e9tait renfrogn\u00e9e, puis s\u2019\u00e9tait laiss\u00e9 convaincre par le double vitrage, le spectacle d\u2019un lieu qui ne dormait jamais, et ses souvenirs. Elle s\u2019\u00e9tait m\u00eame prise au jeu, d\u00e9nichant sur internet un peu de l\u2019histoire de cette gare, pr\u00e9sent\u00e9e comme la premi\u00e8re  d\u2019Europe&nbsp;avec ses 700 000 voyageurs et ses 2130 trains par jour, ses 3000 travailleurs, ses 5 niveaux, 31 voies, 17 quais, 75 commerces, 585 cam\u00e9ras, 22 ascenseurs, 44 escaliers m\u00e9caniques\u2026 Il faudrait qu\u2019elle \u00e9crive un jour \u00e0 partir de ces escaliers et ces  travailleurs. Un po\u00e8me par escalier, un par travailleur, cela ferait combien d\u2019ann\u00e9es&nbsp;? Un par voyageur lorgn\u00e9 par 585 cam\u00e9ras sur une ann\u00e9e, combien d\u2019autres&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Elle avait ferm\u00e9 les yeux, absorb\u00e9e par ses calculs. Quand elle les rouvrit, elle aper\u00e7ut une silhouette immobile qui l\u2019intrigua, une silhouette de jeune fille, semblait-il. Elle se tenait seule sur le quai num\u00e9ro 3, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019une valise, on ne voyait aucun train, aucun autre voyageur \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s et dans le mouvement incessant des alentours, elle \u00e9tait \u00e0 elle seule une devinette. Laure se pencha pour tenter de mieux en distinguer les traits. Elle lui rappelait vaguement quelqu\u2019un, mais qui&nbsp;? Cette d\u00e9gaine, cette valise\u2026 Et si\u2026&nbsp;? &nbsp;Elle rentra vivement dans l\u2019appartement, attrapa la paire de jumelles de Sylvain, le temps de revenir \u00e0 son poste d\u2019observation, d\u2019ajuster les oculaires, la fille avait disparu. Pffff&nbsp;! Evapor\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Se pouvait-il&nbsp;..?<\/em> <em>Merde. Je n\u2019ai pas mis deux minutes \u00e0 prendre les jumelles, ce sont pourtant des instants dont tout auteur peut r\u00eaver un jour. <\/em>Laure ferma rageusement la fen\u00eatre, revint \u00e0 sa table de travail. <em>De toutes fa\u00e7ons, je n\u2019aurais jamais eu le temps<\/em> de me <em>chausser, de prendre l\u2019ascenseur<\/em>, <em>d\u2019ouvrir les deux portes du bas,<\/em> <em>de courir dans la rue, (\u00e0 perdre haleine, c\u2019\u00e9tait tout vu) de d\u00e9boucher dans le grand hall, de tenter de d\u00e9chiffrer des milliers de visages de reconna\u00eetre peut-\u00eatre celui qui, celui que\u2026 &#8211; <\/em>se relut pour la dixi\u00e8me fois. <em>mais si elle s\u2019\u00e9tait arr\u00eat\u00e9e devant la gare, peut-\u00eatre, alors, aurais-je pu la rattraper, v\u00e9rifier&nbsp;? Mais non, Tant pis, arr\u00eate, t\u2019as pas assez dormi &#8211; <\/em>s\u00e9lectionna sur son ordinateur le \u00ab&nbsp;Il neige&nbsp;\u00bb de la fin de son texte, l\u2019\u00f4ta, (elle aimait le maigre) se relut encore (ah&nbsp;! les relectures, elles confinaient \u00e0 une maladie) puis d\u00e9cida finalement de laisser tomber les flocons. Il neige. Oui, il neige. Ce ne sera pas le printemps aujourd\u2019hui. <em>Tu l\u2019as laiss\u00e9 filer, malheureuse&nbsp;!<\/em> Point.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le bref dialogue avec sa m\u00e8re, la route qui l\u2019am\u00e8ne au bus, puis le train, l\u2019arriv\u00e9e \u00e0 Paris, la Gare du Nord, le chahut dans tout le corps\u2026 Tout cela tenait, tout cela campait son personnage. Et maintenant&nbsp;? Avait-elle vraiment envie de poursuivre l\u2019aventure&nbsp;? Elle en avait plein ses tiroirs, de ces gamines en col\u00e8re, asociales et borderline, qui ruminaient en attendant leur heure\u2026 Qu\u2019allait-il arriver \u00e0 celle-l\u00e0 qui vaille qu&rsquo;on s&rsquo;y arr\u00eate?  O\u00f9 allait-elle maintenant l\u2019aiguiller sous ce ciel d\u2019hiver&nbsp;? A droite, \u00e0 gauche, ou bien sur les Boulevards Denain et Magenta, vers la Gare de l\u2019Est&nbsp;? Et si elle lui faisait emprunter un autre train, histoire de corser un peu l\u2019affaire, par exemple l\u2019Orient-Express, jusqu\u2019\u00e0 Constantinople, il n\u2019y avait apr\u00e8s tout qu\u2019\u00e0 r\u00e9inventer l\u2019\u00e9poque&nbsp;? Elle glisserait alors dans sa valise les romans de Tolsto\u00ef ou de Dosto\u00efevski, histoire de lui donner le go\u00fbt des fresques, des intrigues, de la bont\u00e9..!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais non, ce serait du contemporain, l\u2019\u00e9poque qui permettait, annon\u00e7ait Wikip\u00e9dia en s\u2019exprimant sur l\u2019Orient Express, de vivre des exp\u00e9riences <em>fabuleuses, uniques, rien que pour vous<\/em>, qu\u2019on retrouvait d\u2019ailleurs pour n\u2019importe quoi, des paquets de lessives aux spas, des formations professionnelles aux chambres d\u2019h\u00f4tels : <em>Orient Express imagine des voyages sur-mesure, exclusivement priv\u00e9s. Du choix de la destination \u00e0 la conception du programme, tous les d\u00e9sirs sont exauc\u00e9s. A bord de ses sept voitures historiques et leurs d\u00e9cors luxueux, la magie Orient Express transforme chaque \u00e9v\u00e9nement en une exp\u00e9rience inoubliable. Bienvenue dans un voyage hors du temps embarquant chaque invit\u00e9 au pays des r\u00eaves.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces mots la rendaient dingue. L\u2019\u00e9poque en \u00e9tait farcie, de ces expressions de pubeux retors, de ces adjectifs, de ces adverbes creux qu\u2019on avait envie de recracher pour les jeter aux visages de tous ces pervers, de toutes ces liasses qui avaient remplac\u00e9 les cerveaux. Menteurs&nbsp;! Meurtriers&nbsp;! Moules \u00e0 gaufres&nbsp;! La langue, c\u2019est pr\u00e9cieux&nbsp;! La langue, faut la couver, la faire revenir, la cuisiner&nbsp;! La langue, \u00e7a sert \u00e0 s\u2019envoyer des brass\u00e9es d\u2019enfance, des roulis de po\u00e8mes, de la musique, du plaisir&nbsp;! \u00e7a ne sert pas \u00e0 l\u2019<em>exclusivement priv\u00e9, tous les d\u00e9sirs sont exauc\u00e9s et le hors du temps <\/em>pour piquer un pognon&nbsp;qu\u2019on n\u2019a pas ! Assassins&nbsp;! <em>le pays des r\u00eaves&nbsp;!<\/em> assena-t-elle tout haut, en tapant du poing sur la table.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Elle se fit mal.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Boire une gorg\u00e9e de caf\u00e9, se calmer. Reprendre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La faire monter dans un taxi&nbsp;au sortir de la gare ? Un taxi qui aurait un accident parce que le chauffeur n\u2019aurait pas vu le v\u00e9lo \u00e0 sa droite&nbsp;? Sur le v\u00e9lo il y aurait un p\u00e8re et son b\u00e9b\u00e9 qui ne survivrait pas \u00e0 l\u2019accident et sa vie \u00e0 elle en serait alors bris\u00e9e \u00e0 jamais&nbsp;? La conduire \u00e0 l\u2019h\u00f4pital, puis vers les psys, puis vers un h\u00f4pital psy dont elle ne sortirait qu\u2019\u00e0 trente-cinq ans, d\u00e9vast\u00e9e par les traitements en tout genre&nbsp;? Reprendre simplement les \u00e9v\u00e8nements tels qu\u2019ils s\u2019\u00e9taient pass\u00e9 dans la vraie vie&nbsp;? &nbsp;Les hypoth\u00e8ses se bousculaient.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Non, non, non.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et si, et si, et si&nbsp;? et si Charleville-M\u00e9zi\u00e8res sur les traces des semelles de vent&nbsp;? Et si Moscou, P\u00e9kin, les \u00eeles, une rencontre, une amiti\u00e9 imm\u00e9diate&nbsp;? Une gal\u00e8re de piaule et de faim, plut\u00f4t&nbsp;! Une salet\u00e9 de gal\u00e8re, en sortant de la gare&nbsp;! Car Norma ne serait pas venue l\u2019accueillir, elle se serait tromp\u00e9e de jour et la nuit serait tomb\u00e9e depuis longtemps&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Tout le monde r\u00eave d\u2019\u00eatre r\u00e9invent\u00e9, mais presque personne ne le sait, <\/em>lui avait un jour \u00e9crit Thomas. Mais qu\u2019est-ce que venait faire Thomas dans cette histoire&nbsp;? Elle ne voulait pas penser \u00e0 Thomas, m\u00eame si elle y pensait tout le temps. Thomas \u00e9tait mort de vouloir vivre des aventures invivables, qu\u2019il provoquait parfois m\u00eame pour \u00e9crire, et elle lui en voulait. De toutes fa\u00e7ons il ne pourrait plus jamais lui dire s\u2019il avait bien r\u00e9dig\u00e9 ce <em>\u00ab&nbsp;presque&nbsp;\u00bb <\/em>qui la tarabustait, \u00e0 chaque fois qu\u2019elle se rememorait cette phrase. C\u2019\u00e9tait le genre de formule d\u00e9finitive qu\u2019affectionnent les \u00e9crivains, et qu\u2019il fallait rouler en bouche pour savoir si on la consid\u00e9rait soi-m\u00eame comme vraie. <em>Tout le monde r\u00eave d\u2019\u00eatre r\u00e9invent\u00e9.<\/em> Il faudrait qu\u2019elle retrouve le terme exact dans les quelques milliers de lettres qu\u2019ils s\u2019\u00e9taient envoy\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Elle r\u00e9fl\u00e9chissait \u00e0 la perte. Elle pensa \u00e0 la jeune fille avec tendresse, \u00e0 tous les m\u00f4mes \u00e9gar\u00e9s dans son genre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un personnage perd quelque chose. Quel \u00e2ge a-t-il&nbsp;?&nbsp;Que perd-t-il&nbsp;? Son enfance, son confort, ses amis, sa famille, son toit, sa maison, ses copains, son avenir&nbsp;? Oui : tout cela \u00e0 la fois. Tout perdre&nbsp;\u00e0 dix-sept ans, sectionner \u00e0 vif : Voil\u00e0 qui avait de la gueule. A partir de l\u00e0, page blanche et pied du mur, pas d\u2019\u00e9chappatoire&nbsp;! On court \u00e0 la catastrophe ou on se r\u00e9tablit, mais \u00e0 l\u2019arrache&nbsp;! Au courage et au hasard. A la chance et \u00e0 la niaque. Voil\u00e0 ce qu\u2019elle aimait&nbsp;: ces personnages-l\u00e0, qui choisissent l\u2019aventure, le grand de la vie toute enti\u00e8re offerte, quitte \u00e0 se crasher, quitte \u00e0 n\u2019en jamais revenir, parce que derri\u00e8re c\u2019est trop moche.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ne pas oublier de glisser quelques livres dans la valise, sinon elle est perdue! Ne pas oublier Orlando, et puis des po\u00e8mes qu&rsquo;elle aurait \u00e9crit. Mais de ce c\u00f4t\u00e9 l\u00e0, pas de risques. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sur la page, faire advenir ensuite tous les accidents qu\u2019elle voulait, la vie n\u2019\u00e9tait plus \u00e9crite. La vie sans armes, comme une urgence, \u00e9blouissante dans sa jungle bigarr\u00e9e, dans ses chutes, ses drames, ses d\u00e9couvertes, ses mont\u00e9es et descentes chahut\u00e9es, ses rencontres.&nbsp; Mentir, ruser, voler, coucher, marcher, courir, se sauver, s\u2019\u00e9corcher, geindre, se shooter, crever de solitude, tenter d\u2019en finir, peler couche apr\u00e8s couche son ancienne vie, gagner la suivante, bref, partir&nbsp;! oh&nbsp;! Partir&nbsp;! Echapper. Et se r\u00e9tablir sur d\u2019autres bases in extremis. Voil\u00e0 ce qu\u2019elle \u00e9crirait, sur cette jeune fille sans nom encore, qu\u2019elle avait appris \u00e0 conna\u00eetre dans ses tiroirs et ses miroirs.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Je vous entends,&nbsp;lecteur, vous me dites : Et les amours de (<\/em>Penser \u00e0lui donner un pr\u00e9nom)&nbsp;?<em>&nbsp;\u2014&nbsp;Croyez-vous que je n&rsquo;en sois pas aussi curieux que vous ? Avez-vous oubli\u00e9 que (<\/em>pr\u00e9nom<em>) aimait \u00e0 parler, et surtout \u00e0 parler d\u2019elle, manie g\u00e9n\u00e9rale des gens de son \u00e9tat, manie qui les tire de leur abjection, qui les place dans la tribune, et qui les transforme tout \u00e0 coup en personnages int\u00e9ressants&nbsp;? <\/em><em><\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ha&nbsp;! ha&nbsp;! ha&nbsp;! Non, ce n\u2019\u00e9tait pas elle, ce personnage int\u00e9ressant qui aimait parler, pas encore&nbsp;!\u2026 Lui, il gigote toujours en valet d\u2019un ma\u00eetre quelque part, vous trouverez bien o\u00f9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour les amours, vous attendrez un peu, songea-t-elle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Elle s\u2019amusait finalement, ce matin, son humeur s\u2019\u00e9tait all\u00e9g\u00e9e avec le jeu, caf\u00e9, clop, gare, ordi, dix-sept ans et tout \u00e0 inventer sur cette gamine na\u00efve encore, mal pouss\u00e9e, mal embouch\u00e9e, qui arrive Gare du Nord &#8211; et dont la nouvelle vie commence \u00e0 peine.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour lire la premi\u00e8re partie, c\u2019est ici&nbsp;: <a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/elles-3\/\">Elles \u2013 Tiers Livre, les ateliers d\u2019\u00e9criture<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Au sixi\u00e8me \u00e9tage d\u2019un immeuble surplombant les quais en plein air de la Gare du Nord, Appartement 254, Laure B. se tenait assise sur le fauteuil du balcon, son quatri\u00e8me caf\u00e9 en main, et se laissait griser par le matin. Elle \u00e9tait fatigu\u00e9e. La lumi\u00e8re jouait d\u00e9j\u00e0 depuis une petite heure avec les livres de la biblioth\u00e8que de l\u2019appartement que <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/laure\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#L2 Laure<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":424,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[2071,2069,2229],"tags":[2292,2291,2293,1642],"class_list":["post-34995","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ete-2021-les-cycles","category-2021-faire-un-livre","category-livre-2","tag-fabrique-roman","tag-gare-du-nord","tag-laure","tag-personnages"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/34995","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/424"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=34995"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/34995\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=34995"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=34995"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=34995"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}