{"id":35088,"date":"2021-07-02T15:52:59","date_gmt":"2021-07-02T13:52:59","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=35088"},"modified":"2021-07-10T12:36:01","modified_gmt":"2021-07-10T10:36:01","slug":"a-un-bout-du-monde","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/a-un-bout-du-monde\/","title":{"rendered":"\u00e0 un bout du monde"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ses pieds nus, des pieds bruns. Les cailloux, les pieds bruns, sur le sentier qui monte. Derri\u00e8re, la mer, doucement elle gronde. C&rsquo;est la tomb\u00e9e du jour, le soleil tape moins fort. Moins fort qu&rsquo;il a tap\u00e9 jusqu&rsquo;ici sur son capuchon noir. Dans l&rsquo;inconnue fra\u00eecheur du soir, les trilles d&rsquo;un oiseau. Les pieds s&rsquo;arr\u00eatent pour \u00e9couter les silences entre chaque trille. Silence qui pr\u00e9pare le trille suivant, chaque fois diff\u00e9rent. Silence iris\u00e9 de l&rsquo;oiseau, quelque part dans l&rsquo;espace. Mais dans son dedans, grand silence blanc. Blanc comme le blanc de ses larges yeux qui brillent. De fi\u00e8vre\u00a0? De faim. Assis maintenant au bord du chemin, \u00e0 se demander comment faire pour continuer. Car il faut continuer. Se rel\u00e8ve, recommence \u00e0 marcher. En haut du raidillon, un panneau. Les lettres lui sont inconnues, c&rsquo;est d&rsquo;un autre alphabet que le sien. Continue. Finira bien par arriver quelque part. Nulle part, quelque part, de si loin venir \u00e7a se confond. La mer gronde et dans son ventre aussi, \u00e7a gronde, et dans sa bouche \u00e7a colle. Avance lentement, peut pas aller plus vite, pourtant jeune son corps, pourtant r\u00e2bl\u00e9. C&rsquo;est une petite route maintenant, goudronn\u00e9e, plus douce au cal de ses pieds. Les silences entre les phrases de l&rsquo;oiseau, des phrases jamais exactement les m\u00eames, qui palpitent, qui chantent la vie en triomphe, envers et contre tout. Une odeur de friture. Friture c&rsquo;est de tous les pays, \u00e7a, tous les nez reconnaissent. C&rsquo;est d&rsquo;un caf\u00e9 que \u00e7a vient, o\u00f9 des hommes sont assis. Des hommes aux yeux petits, pliss\u00e9s, \u00e0 force de regarder au loin sur la mer. Le capuchon noir appara\u00eet sur la place, en face des petits yeux pliss\u00e9s. Il n&rsquo;y a pas de sac, au dos du capuchon, ni \u00e0 l&rsquo;\u00e9paule du blouson. Rien. Les mains pendent, elles sont brunes. Les pieds sont maintenant blancs de poussi\u00e8re. Le capuchon noir encadre un visage \u00e0 la peau noire, aux larges yeux dont le blanc scintille. Le merle trille. Il y a une fontaine au milieu de la place. De l&rsquo;eau qui jaillit et qui chante. Doucement mais clairement. Va vers la fontaine. Aimant\u00e9. S&rsquo;assoit sur le rebord, ou plut\u00f4t\u00a0: se laisse tomber. Se penche sur l&rsquo;eau, en remplit ses mains, en donne \u00e0 sa bouche, visage baign\u00e9. Silence dans le caf\u00e9, plus personne ne parle, petits yeux braqu\u00e9s. Un \u00e9tranger. Les larges yeux sous le capuchon, face \u00e0 eux maintenant, sans ciller. L&rsquo;odeur de friture. Faim. Soif. Humain. Qui\u00a0? Combien de temps. Peut quand m\u00eame pas le laisser l\u00e0. Le ou la ? difficile \u00e0 dire, dans le jeans et le blouson. Et le capuchon. Face \u00e0 face. Un certain temps. Dans le silence. Et puis, une femme est sortie, elle portait un bol et un morceau de pain. Elle est all\u00e9e vers la silhouette tass\u00e9e sur le rebord de la fontaine. Un bol, un morceau de pain, un visage. Les larges yeux allaient de l&rsquo;un \u00e0 l&rsquo;autre. Les mains brunes ont pris le bol, les dents blanches ont mordu le pain. Aucun mot \u00e9chang\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ses pieds nus, des pieds bruns. Les cailloux, les pieds bruns, sur le sentier qui monte. Derri\u00e8re, la mer, doucement elle gronde. C&rsquo;est la tomb\u00e9e du jour, le soleil tape moins fort. Moins fort qu&rsquo;il a tap\u00e9 jusqu&rsquo;ici sur son capuchon noir. Dans l&rsquo;inconnue fra\u00eecheur du soir, les trilles d&rsquo;un oiseau. 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