{"id":35121,"date":"2021-07-02T17:45:06","date_gmt":"2021-07-02T15:45:06","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=35121"},"modified":"2021-07-13T09:04:32","modified_gmt":"2021-07-13T07:04:32","slug":"sans-savoir","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/sans-savoir\/","title":{"rendered":"# L2 |Sans savoir"},"content":{"rendered":"\n<p>Et si l\u2019herbe \u00e9crivait&#8230;Caress\u00e9e par la brise, sur cette terre ingrate et chiche, o\u00f9 des feuilles tavel\u00e9es de ch\u00eane-li\u00e8ge jonchent le sol, o\u00f9 des buissons et des ronces peuplent les bordures des chemins qui dessinent des possibles, elle ne sait pas ce qui s\u2019\u00e9crit dans les marges. De l\u2019herbe qui s\u2019affole, tremble en une peau d\u2019effroi, pense en une langue d\u2019herbe et ne peut pas crier le pire qui pourrait survenir; \u00e7a reste au bord, sec comme des l\u00e8vres qui ne peuvent rien d\u00e9livrer de ce qui s\u2019est jou\u00e9 l\u00e0 d\u00e9j\u00e0 et qu\u2019il ne faut pas que cela recommence. Un peu d\u2019herbe comme \u00e7a sur le bord du chemin, avec des mots qui ne peuvent s\u2019entendre, des mots de silence, dans ces touffes de mauvaises herbes, des mots de mur qui ne passent pas le son. L\u2019herbe fait son boulot, mais reste dans le vague, sur le terrain de l\u2019abandonn\u00e9, du d\u00e9laiss\u00e9, des bordures sans noms. Les langues d\u2019herbe haute savent le chemin sans gr\u00e2ce o\u00f9 il ne faut pas aller et la fin d\u2019une histoire qu\u2019il ne faut pas commencer, mais ne savent pas dire, elles n\u2019ont pas l\u2019alchimie des mots.<\/p>\n\n\n\n<p>Et si l\u2019herbe \u00e9crivait&#8230; Elle dirait que ce chemin l\u00e0 qui part sur la gauche, il ne faut pas l\u2019emprunter, quelqu\u2019un l\u2019a d\u00e9j\u00e0 fait et s\u2019est perdu \u00e0 tout jamais. L\u2019herbe fr\u00eale attend en tremblant que cette femme choisisse son chemin: son pas est immobile mais crisse encore du bruit d\u2019avant, comme si le son prenait le temps du songe. Dans ce carrefour, il y a cinq chemins, plus ou moins dessin\u00e9s, plus ou moins accessibles. Mais il y en a un qui chemine vers le rien, le grand silence du rien. Un vent l\u00e9ger caresse l\u2019herbe qui cherche langue. Il y a l\u00e0-bas et il y a ici o\u00f9 passe encore le jour et le silence accuse. Il y a ce l\u00e0-bas o\u00f9 il ne faut pas et les autres possibles. Et le vent \u00e9corche le silence, tente une parole.<\/p>\n\n\n\n<p>Et si les arbres parlaient\u2026 mais ils murmurent \u00e0 qui sait pr\u00eater l\u2019oreille. Ils serrent et desserrent leurs branches o\u00f9 se tiennent ce qu\u2019il faut savoir pour vivre parmi eux. Ils parlent entre eux, s\u2019\u00e9changent des informations par voie souterraine\u2026Ils savent que ce chemin, l\u00e0 sur la gauche n\u2019en vaut pas la peine, qu\u2019il y a des \u00e9cueils qu\u2019il est pr\u00e9f\u00e9rable d\u2019\u00e9viter, des plantes \u00e0 ne pas toucher, des ombres sans plaisir&#8230;Si elle connaissait la langue des arbres, elle saurait sur quel chemin risquer son corps afin de poursuivre ce qu\u2019elle a commenc\u00e9 de vivre. Elle saurait cette sente, celle que les herbes d\u00e9conseillent, celle que les arbres cherchent \u00e0 calfeutrer, celle qui m\u00e8ne vers le rien, vers le grand silence du rien.<\/p>\n\n\n\n<p>Le ciel br\u00fble sur les chemins sombres et le parcours n\u2019est pas fl\u00e9ch\u00e9. Dans l\u2019huis de ce jour, elle ne sait rien, ne voit rien que cette v\u00e9g\u00e9tation nouvelle \u00e0 ses yeux, \u00e0 la g\u00e9ologie sauvage, au relief fatigu\u00e9, des buissons, des arbustes denses et inhospitaliers, des ronces, de la duret\u00e9 en herbe, peuplent les espaces qui se rar\u00e9fient une fois sorti de cette sorte de clairi\u00e8re. Elle opte pour la sente la plus large, esp\u00e9rant un chemin digne de ce nom. Une boule dans le ventre, comme lorsque enfant avait lieu la rentr\u00e9e des classes, un chagrin sans raison v\u00e9ritable coinc\u00e9 au fond de la gorge, elle cherche \u00e0 donner sens \u00e0 tout ce qui se pr\u00e9sente devant elle. Il lui semble que la lumi\u00e8re elle-m\u00eame l\u2019abandonne et que plus elle progresse dans les taillis moins elle voit. Elle pense subitement que la lumi\u00e8re se tait. Rien donc pour l\u2019aider \u00e0 comprendre quelque chose \u00e0 ce qu\u2019elle doit traverser. Elle avance sans h\u00e2te, la sente se r\u00e9tr\u00e9cit assez rapidement, semble tourner sur elle-m\u00eame, et tr\u00e8s vite elle perd tout sens d\u2019orientation et ne sait plus d\u2019o\u00f9 elle vient. C\u2019est \u00e0 la crois\u00e9e des errances que se perdent les pas.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Et si l\u2019herbe \u00e9crivait&#8230;Caress\u00e9e par la brise, sur cette terre ingrate et chiche, o\u00f9 des feuilles tavel\u00e9es de ch\u00eane-li\u00e8ge jonchent le sol, o\u00f9 des buissons et des ronces peuplent les bordures des chemins qui dessinent des possibles, elle ne sait pas ce qui s\u2019\u00e9crit dans les marges. De l\u2019herbe qui s\u2019affole, tremble en une peau d\u2019effroi, pense en une langue <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/sans-savoir\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"># L2 |Sans savoir<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":75,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[2071,2069,2229],"tags":[],"class_list":["post-35121","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ete-2021-les-cycles","category-2021-faire-un-livre","category-livre-2"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/35121","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/75"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=35121"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/35121\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=35121"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=35121"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=35121"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}