{"id":35126,"date":"2021-07-03T10:12:21","date_gmt":"2021-07-03T08:12:21","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=35126"},"modified":"2021-07-27T22:11:49","modified_gmt":"2021-07-27T20:11:49","slug":"les-deux-cotes-dun-meme-monde","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/les-deux-cotes-dun-meme-monde\/","title":{"rendered":"# L2 | Les deux c\u00f4t\u00e9s d&rsquo;un m\u00eame monde"},"content":{"rendered":"\n<p><em>De l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 du miroir.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Faire la course contre le train ; elles l\u2019emportent toutes. Il est facile de gagner. Il suffit de descendre d\u2019un coup la colline. Le train dispara\u00eet. En-dessous, au-del\u00e0 de la ligne franchie, aucun croisement avec une voie ferr\u00e9e. La gare n\u2019existe que dans un souvenir ; celui d\u2019un monde en guerre. Il n\u2019y a donc pas d\u2019arriv\u00e9e, il n\u2019y a jamais eu de d\u00e9part. Penser la r\u00e9gion comme une c\u00f4te que la mer vient l\u00e9cher \u00e0 intervalles r\u00e9guliers. Elles s\u2019imaginent emport\u00e9es ici par des mar\u00e9es bienveillantes. Unies. Promesses de toujours se retrouver. L\u2019une d\u2019entre elle a d\u00e9j\u00e0 le doux accent du Devon. Un accent attrap\u00e9 comme on attrape une fi\u00e8vre. C\u2019est elle qui guide les autres dans leurs jeux.<\/p>\n\n\n\n<p>Un \u00e9t\u00e9, sursaut en entendant le sifflet du train. Elle r\u00e9alise qu\u2019elle vient d\u2019avoir vingt ans. L\u2019enfance est loin. La lande n\u2019a plus rien d\u2019infinie. Par l\u00e0-bas, les poneys noirs. Par ici, l\u2019ail sauvage. Et derri\u00e8re, bien cach\u00e9, il y a le champ de muguets. Ne se souvient plus. Elle reprend le chemin, elle h\u00e2te le pas. Les oiseaux semblent les m\u00eames. L\u2019avertie entend les subtilit\u00e9s des gazouillis. Les filets bourr\u00e9s de graines, attach\u00e9s aux branches avec des bouts de corde. Y poser la langue. Go\u00fbt du sel.<strong> <\/strong>Le port n&rsquo;est pas loin \u00e0 pied. Elle se croit en terre connue.<strong> <\/strong>Bien en peine de nommer les vallons qui l\u2019entourent. Conna\u00eetre intimement. Forme rocher. Ondulation de l&rsquo;herbe. Attention du d\u00e9tail. Se reconna\u00eetre dans les riens. Une connaissance pratique des choses du quotidien. Prend chemin, peine \u00e0 s&rsquo;y glisser. Vents contraires disputent le passage.<strong> <\/strong>Emportent rires d&rsquo;une enfance qui passe.<strong> <\/strong>Voiture sur route, sous chemin cach\u00e9.<strong> <\/strong>Miroitement entre les arbres.&nbsp;Apercevoir un fant\u00f4me.<strong> <\/strong>Se souvient, n&rsquo;y croit plus.<strong> <\/strong>Presser le pas.<strong> <\/strong>Bottes effacent empreintes d\u2019enfants. Insecte cesse son vol. Une feuille le recouvre. S\u00e9pulture digne.<strong> <\/strong>Elle se divise comme la lumi\u00e8re entre les feuilles. Se laisse envahir.<\/p>\n\n\n\n<p>Le vent se charge. Le vent se charge<strong> <\/strong>de transmettre des odeurs d\u2019\u00eatres vivants aux autres. Lentement, des ch\u00e2teaux de feuilles sont engloutis.<strong> <\/strong>Le brouillard provoque l\u2019automne. Tout est mou, gorg\u00e9 d&rsquo;eau.<strong> <\/strong>Des feuilles rouge sang. Sang bat les tempes, r\u00e9sonne dans le cr\u00e2ne, l&rsquo;esprit coule comme s\u00e8ve. Les pas \u00e9crasent les mondes. C&rsquo;est comme \u00e7a. La nature n\u2019\u00e9prouve pas de rancune.<strong> <\/strong>Les pieds se cognent contre racines.<strong> <\/strong>Pas la moindre cons\u00e9quence.<strong> <\/strong>Et le corps des femmes se redresse ensemble. Elles br\u00fblent des feuilles mortes. Si l\u2019une a soif, elle boit la rivi\u00e8re.<strong> <\/strong>Si l\u2019une a une crampe, elle va jusqu\u2019au champ courser les pies. Si l\u2019une \u00e9prouve quelque vertige, elle se repose contre un tronc. Si l\u2019une pense \u00e0 son sol natal, elle l\u00e8ve la t\u00eate pour retrouver un nuage familier.<strong> <\/strong>D\u00e9truire, jamais, parfois frissonnent. Nouvel air, baiser d&rsquo;amour. Sommeil, lit de foug\u00e8res. Faim, poign\u00e9e de noisettes. Souvent dansent autour d&rsquo;un feu. Vivre plus fort que la veille. Parfois, elles aussi ont des oublis et ne fonctionnent que par habitude. Les paysages o\u00f9 s&rsquo;ex\u00e9cutent une m\u00eame volont\u00e9. Ici oublier les drames int\u00e9rieurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Sentir une haleine famili\u00e8re dans le cou, quelqu\u2019un respire tout pr\u00e8s.<strong> <\/strong>En contrebas du vallon, ici que l\u2019on perd son souffle.<strong> <\/strong>Les fum\u00e9es flottent dans l&rsquo;air. Les \u00eatres de passage condamn\u00e9s \u00e0 la gravit\u00e9 terrestre. Bouton trouv\u00e9 au sol. Brille dans la terre.<strong> <\/strong>Glisse dans poche.<strong> <\/strong>Il n\u2019y a pas de petites \u00e9conomies.<strong> <\/strong>Des oiseaux apeur\u00e9s s&rsquo;envolent. Entendre leurs ailes frapper le brouillard.<strong> <\/strong>Font tourner la t\u00eate. Le soleil r\u00e9apparait un peu. Il semble reprendre sa force. Chauffe le cuir chevelu, peau. Quand soleil enflamme cheveux. Deviens une h\u00e9ro\u00efne. \u00catre choisie par soleil.<strong> <\/strong>Alors une odeur ressort de tout cela.<strong> <\/strong>Un parfum nouveau, qu\u2019elle reconna\u00eet malgr\u00e9 tout.<strong> <\/strong>Ne se l&rsquo;explique pas. Mettre des mots sur les parfums&nbsp;? Dire le sucre. Le bois\u00e9 et les \u00e9pices. Inspire.<strong> <\/strong>Elle palpe le vent,<strong> <\/strong>imagine saisir flacons.<strong> <\/strong>Les odeurs s&rsquo;y glissent. Imaginer une collecte des odeurs.<strong> <\/strong>Dans des flacons vide, le vent souffle. Flacons-souvenirs \u00e0 ramener \u00e0 la maison. Il faut pouvoir l&rsquo;\u00e9tudier. Faire fonctionner m\u00e9moire endormie. <\/p>\n\n\n\n<p>Elle redescend la butte. Traverse couloirs de fleurs. Croire entendre des voix dans le silence, c&rsquo;est commun. Elle divague entre le r\u00e9el et l&rsquo;envie. Miroir entre les branches. Pas de belles paroles, outil pour \u00e9carter les oiseaux. Peut-\u00eatre l&rsquo;objet d&rsquo;un pari ou l&rsquo;\u0153uvre d&rsquo;un artiste. Dans la glace, les visages s&#8217;emm\u00ealent. Elle sourit \u00e0 un reflet. Le sourire indique parfois l&rsquo;intention, la bouche est trouble. Lui est atteint d&rsquo;un trouble qui brouillent les visages. Et la courbe du nez, et l&rsquo;ombre des cils. Tout cela ne dit rien. Ils sont plus de trois. Dans le miroir, les deux c\u00f4t\u00e9s d&rsquo;un m\u00eame monde. Parmi eux, seul un visage laisse deviner une \u00e2me.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 du miroir. Faire la course contre le train ; elles l\u2019emportent toutes. Il est facile de gagner. Il suffit de descendre d\u2019un coup la colline. Le train dispara\u00eet. En-dessous, au-del\u00e0 de la ligne franchie, aucun croisement avec une voie ferr\u00e9e. La gare n\u2019existe que dans un souvenir ; celui d\u2019un monde en guerre. 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