{"id":35325,"date":"2021-07-03T13:40:06","date_gmt":"2021-07-03T11:40:06","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=35325"},"modified":"2021-07-03T13:40:07","modified_gmt":"2021-07-03T11:40:07","slug":"fenetre-sur-cour","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/fenetre-sur-cour\/","title":{"rendered":"Fen\u00eatre sur cour"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/p5.storage.canalblog.com\/58\/27\/1049477\/119633885_o.jpg\" alt=\"\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Fen\u00eatre sur cour. Un homme regarde et attend. Je regarde cet homme. J\u2019attends ce qu\u2019il attend. La cour, c\u2019est le monde vu par Hitchcock.<\/p>\n\n\n\n<p>La fen\u00eatre donne sur la cour du pensionnat. Un magnolia, fleurs-n\u00e9nuphars. Une statue de la Vierge \u00e0 l\u2019enfant. <em>Chez nous, Soyez Reine, nous sommes \u00e0 vous. <\/em>Petit monde \u00e9triqu\u00e9 de l\u2019enfance. Celle de la classe de 6\u00e8me devrait plonger sur le boulevard Longchamp. Non, la fen\u00eatre a \u00e9t\u00e9 pass\u00e9e au blanc d\u2019Espagne. Seuls les carreaux les plus hauts permettent de voir le ciel bleu, un arbre qui danse avec le mistral, parfois des mouettes. Enfermement. Fen\u00eatre-ennui. Le nez contre la vitre, \u00e9cras\u00e9. Un halo de bu\u00e9e dessin\u00e9 par la bouche enfantine. Je boude, je ne r\u00e9pondrai pas. Je me tais, vous n\u2019existez plus. Ma chambre est mon repaire. Sa fen\u00eatre donne sur un mur aveugle, blanc aveuglant de trop de lumi\u00e8re. Elle \u00e9claire mon bureau d\u2019\u00e9coli\u00e8re, j\u2019en suis fi\u00e8re, un tiroir se ferme \u00e0 cl\u00e9. J\u2019y d\u00e9pose mes secrets. La cl\u00e9, je la cache dans ma trousse, vous ne la trouverez pas. J\u2019aime jouer avec l\u2019interdit, baisser la fen\u00eatre dans le couloir du train, <em>\u00e9 pericoloso sporgersi,<\/em> cheveux \u00e9bouriff\u00e9s, poussi\u00e8res dans les yeux<em>, vilaine petite. <\/em>Ma grand-m\u00e8re, elle, m\u2019appelle <em>: ma petite douce. <\/em>Chaque matin elle ouvre tout grand les fen\u00eatres. Fen\u00eatres bord\u00e9es de g\u00e9raniums rouges, envahies par les rosiers grimpants. Marseille se montre \u00e0 moi dans la blancheur de ses maisons, dans le rose de ses toits. Au loin, la bonne M\u00e8re prot\u00e8ge la ville, le port, les marins. Un jour, je le sais, je partirai vers les rivages de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la M\u00e9diterran\u00e9e. En attendant, fi\u00e8rement j\u2019aide mon grand-p\u00e8re \u00e0 ranger les fen\u00eatres-vitrines de sa bijouterie. Des montres Lip, des colliers de perles, plus ou moins vraies, des chapelets d\u2019ivoire, des aum\u00f4ni\u00e8res d\u2019argent tress\u00e9. Reine en mon royaume. En d\u00e9tresse dans la cabane au fond du jardin de mon grand-oncle, juste un filet de lumi\u00e8re dispens\u00e9 par le fenestron-<em>fenestrou<\/em>, juste assez pour ne pas glisser, pour m\u2019installer sur le tr\u00f4ne, au-dessus du trou b\u00e9ant. Pisser vite. Faire attention. Quand je suis seule \u00e0 la maison, je dois regarder par le vasistas lorsqu\u2019on toque \u00e0 la porte. A hauteur des yeux, il me permet d\u2019<em>espincher<\/em> celui-celle qui s\u2019impatiente. J\u2019adore d\u00e9cider qui pourra entrer dans la maison ou pas. Je suis sur mes gardes, une vraie strat\u00e8ge. Strat\u00e8ge, je l\u2019ai \u00e9t\u00e9 lors de mon premier vol en avion, je me suis blottie dans le si\u00e8ge pr\u00e8s du hublot, j\u2018ai vol\u00e9 au dessus des nuages, toujours plus vers l\u2019ouest, accompagn\u00e9e par le soleil dix heures durant, devin\u00e9 parfois des terres, des eaux. J\u2019ai r\u00eav\u00e9. Ailleurs, o\u00f9 ?<\/p>\n\n\n\n<p>Fen\u00eatres-fermeture. Fen\u00eatres de l\u2019h\u00f4tel Ibis ferm\u00e9es cadenass\u00e9es pour \u00e9loigner le vacarme du boulevard. Triples fen\u00eatres inamovibles. Le bruit insidieux me p\u00e9n\u00e8tre. Des p\u00e9tarades de motos. Des cris. D\u00e9sir de fuir la ville. Fen\u00eatre de l\u2019h\u00f4pital, bloqu\u00e9e, juste un filet d\u2019air, les patients pourraient se d\u00e9fenestrer, attention, s\u00e9curit\u00e9. Fen\u00eatre-solitude, celle de Hopper : une jeune femme assise sur un simple lit regarde par la fen\u00eatre. Immobile, en attente. L\u2019immense fen\u00eatre un personnage \u00e0 part enti\u00e8re dans le tableau, une ouverture sur la vie ext\u00e9rieure qui lui \u00e9chappe. Fen\u00eatre-miroir, c\u2019est mon visage que je devine sur fond de branchages, je l\u2019efface. Fen\u00eatre-attente. Il ne viendra pas, il ne viendra plus. De la fen\u00eatre, sauter dans le vide.<\/p>\n\n\n\n<p>Fen\u00eatre du chalet ouverte sur la vall\u00e9e bleut\u00e9e. Cette maison est mon havre de paix. Chaque matin je m\u2019\u00e9merveille face au Pelvoux et au glacier des Violettes qui s\u2019aur\u00e9olent de rose. Souvenir de leur travers\u00e9e, souvenir, tu me tiens dans tes filets. Fen\u00eatre ouverte sur l\u2019oc\u00e9an Pacifique : celui-l\u00e0 ne m\u00e9rite pas son nom. Oc\u00e9an Enrag\u00e9. Vagues folles, \u00e9chevel\u00e9es, ressac furieux battant les rochers. En moi encore, le sifflement du vent. Sous les toits, une fen\u00eatre, son rebord o\u00f9 roucoulent les pigeons, la chambre, un nid d\u2019amoureux. Lucarne du grenier dans la vieille maison campagnarde. Des ballots emplis de fleurs de tilleul y s\u00e8chent. Parfum doux, l\u00e9ger, subtil, sucr\u00e9, celui du miel. Fen\u00eatre ouverte sur la rue les soirs d\u2019\u00e9t\u00e9-canicule. Je ne peux m\u2019emp\u00eacher de jeter un regard indiscret vers le dedans qui m\u2019est offert. Parfois, une surprise, le sourire d\u2019une enfant l\u2019autre nuit, elle agitait sa petite main vers moi. Et ma r\u00e9ponse r\u00e9jouie.<\/p>\n\n\n\n<p>Fen\u00eatres-lumi\u00e8re. Fen\u00eatres-vitraux dans les Hautes-Alpes, \u00e0 Savines-le-Lac, tout pr\u00e8s de chez moi. En l\u2019\u00e9glise Saint-Florent, vitraux en dalles de verre, r\u00e9alis\u00e9s par le ma\u00eetre verrier Thomas. Chemin de croix dans la nef, la Cr\u00e9ation dans la chapelle d\u2019hiver. Le soleil joue avec leurs neuf cent nuances, reflets au plafond, luminosit\u00e9 de la nef. Modernit\u00e9 dans la continuit\u00e9. Paroi vitr\u00e9e de la cit\u00e9 Radieuse. La mer au loin, la rade. Cette joie toujours pr\u00e9sente d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 quelques ann\u00e9es h\u00e9berg\u00e9e par Le Corbusier ! La fen\u00eatre vert vif de la chambre de Van Gogh, entreb\u00e2ill\u00e9e, on ne voit pas grand chose du dehors et pourtant une lumi\u00e8re \u00e9blouissante baigne la pi\u00e8ce. Fen\u00eatre offerte par Matisse, celle de sa chambre \u00e0 Collioure, un petit balcon, trois plantes et le port, quelques bateaux qui dansent sur l\u2019eau, des vagues pour le ciel. La lumi\u00e8re vibre.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors, l\u00e0, je pense \u00e0 toutes ces photos que j\u2019ai prises des toits de Paris et de leurs lucarnes, \u00e0 gogo, jacobine, capucine, cintr\u00e9e, rentrante, pignon&#8230; Superbe, cet \u0153il-de-b\u0153uf en zinc fa\u00e7onn\u00e9. J\u2019aime \u00e0 la folie les toits de Paris. <em>Sous le ciel de Paris, s\u2019envole une chanson,<\/em> chante Juliette Greco. Chien-assis, cette d\u00e9nomination m\u2019enchante. Un chien-assis sur la pente du toit ? Un chien-couch\u00e9 \u00e9galement, \u00e7a existe !<\/p>\n\n\n\n<p>Fen\u00eatres, je vous aime grand ouvertes sur la vie, sur le visible, l\u2019invisible, le tout proche, le lointain, l\u2019inaccessible, le myst\u00e8re. De l\u2019air, de l\u2019air, le monde vient \u00e0 ma rencontre.<\/p>\n\n\n\n<p>Avec Rimbaud, je tends <em>des cordes de clocher \u00e0 clocher ; des guirlandes de fen\u00eatre \u00e0 fen\u00eatre ; des cha\u00eenes d&rsquo;or d&rsquo;\u00e9toile \u00e0 \u00e9toile&#8230; <\/em>et je danse<em>.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Fen\u00eatre sur cour. Un homme regarde et attend. Je regarde cet homme. J\u2019attends ce qu\u2019il attend. La cour, c\u2019est le monde vu par Hitchcock. La fen\u00eatre donne sur la cour du pensionnat. Un magnolia, fleurs-n\u00e9nuphars. Une statue de la Vierge \u00e0 l\u2019enfant. Chez nous, Soyez Reine, nous sommes \u00e0 vous. Petit monde \u00e9triqu\u00e9 de l\u2019enfance. Celle de la classe de <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/fenetre-sur-cour\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">Fen\u00eatre sur cour<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":155,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[2071,2070,2230],"tags":[],"class_list":["post-35325","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ete-2021-les-cycles","category-pete-2021-progression","category-progression-2"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/35325","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/155"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=35325"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/35325\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=35325"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=35325"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=35325"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}