{"id":35458,"date":"2021-07-05T23:01:17","date_gmt":"2021-07-05T21:01:17","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=35458"},"modified":"2024-10-15T09:20:36","modified_gmt":"2024-10-15T07:20:36","slug":"testard_fait_un_livre_1_1","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/testard_fait_un_livre_1_1\/","title":{"rendered":"#\u00e9t\u00e92021 #L01 | Les noms lui \u00e9chappent"},"content":{"rendered":"\n<p>Les roses tr\u00e9mi\u00e8res. Les tomates cerises. La cl\u00e9matite des haies. Un groseillier. Un tuyau d&rsquo;incendie ou un film d&#8217;emballage. La ronce, les m\u00fbres. D\u00e9roul\u00e9 ou vrill\u00e9. Un pneu ou une courroie, ou un morceau de pneu ou de courroie. Ombelles. Toutes choses qui brillent. La renou\u00e9e du Japon. Un capot ou un carter. Noir. Une bouteille d&rsquo;eau. Une bouteille d&rsquo;elle ne sait pas quoi. Quelque chose qui ressemble \u00e0 un r\u00e9tro, un r\u00e9troviseur. Un h\u00e9risson, ou un \u00e9cureuil. Il y a des choses non reconnaissables sur le bord de la route. Tout ce qui brille. D&rsquo;abord il y a la vitesse, m\u00eame si elle n&rsquo;aime pas la vitesse. Des morceaux de gaine, de chauss\u00e9e, de pare-choc, un t-shirt ou tout autre chose. Des surprises. Les tomates cerises. En fleurs. Cette esp\u00e8ce de feuille noire qui ressemble \u00e0, elle ne se rappelle pas le nom, comme du plastique. Fait un angle sur la bande blanche. Continue l\u00e0. Un cache. Dans la courbe \u00e0 n&rsquo;en pas finir, avec la lenteur depuis peu, depuis assez de temps pour qu&rsquo;elle se demande pourquoi la circulation ralentie. Le jaune des fleurs, des gen\u00eats, ou cela y ressemble. Le rose des roses. Le bleu des yeux dans le r\u00e9tro. Chaque couleur fait une tache, tranche sur le temps gris. Le temps est sombre. La perturbation est pluvieuse, est faible, est annonc\u00e9e depuis la veille. On est le matin, elle est l\u00e0. La circulation s&rsquo;est densifi\u00e9e, comme r\u00e9tr\u00e9cie, autour de son auto. Elle est sans arr\u00eat, seulement, \u00e7a ne roule plus. Cela coule. Le temps. Des clochettes, orchid\u00e9es sauvages, des coquelicots orange, ou saumon, les carottes sauvages. Avec la lenteur, elle peut faire un bouquet, ce n&rsquo;est pas un bouquet, un bouquet du regard. Toute chose qui brille. L&rsquo;\u00e9clat des choses. Du regard qui ne sait, ne trouve o\u00f9 se poser. Se pose, sans savoir. Elle n&rsquo;a pas de visibilit\u00e9. Seulement le rouge des feux, les stops du v\u00e9hicule devant elle, type utilitaire \u00e0 travers le pare-brise et qui l&rsquo;\u00e9blouissent, dans les yeux, non, pas bleus dans l&rsquo;ombre du r\u00e9tro, baiss\u00e9s, de c\u00f4t\u00e9, alors, sur le duvet de son avant-bras, gauche, une vague chair de poule et en coulant le grain, granul\u00e9 du goudron, de la chauss\u00e9e qui, elle dirait qu&rsquo;elle transpire, secondes, s&rsquo;irise et remontant, battement de cils, le rail, les fleurs, les tiges, les feuilles des tiges, jusques aux fleurs, blanches, rouges, bleues, le feu d&rsquo;artifice, la f\u00eate nationale l\u00e0, sur le, comment il s&rsquo;appelle. Toutes choses qui brillent avec la pluie. Le tout d\u00e9but de la pluie. La pluie fine. Le d\u00e9but de la pluie qui s&rsquo;installe. Qui pleut \u00e0 peine. Ne pleut plus. Le temps. La perturbation est l\u00e0, elle est \u00e0 la radio, elle \u00e9coute la radio, \u00e9teint avant les infos, elle ne prend des nouvelles que du temps.&nbsp;Pourquoi est-ce aujourd&rsquo;hui pr\u00e9cis\u00e9ment, qu&rsquo;elle a le temps ? Elle ne reconna\u00eet pas l&rsquo;impression. Il y a ce ralentissement. Il tombe mal. Ou pas \u00e0 l&rsquo;endroit. Ce n&rsquo;est pas l&rsquo;endroit. Ou ce n&rsquo;est pas le moment, et elle ne voit pas pourquoi \u00e0 cause du virage \u00e0 droite, des talus, de l&rsquo;utilitaire, elle ne voit pas ce qui se passe devant, du temps, elle met encore du temps \u00e0 faire le rapport. Elle subodore. Elle commence \u00e0 se dire que c&rsquo;est peut \u00eatre \u00e7a. Le rapport avec elle. Sa venue ? Un rail. Un rail tout du long. Une glissi\u00e8re de s\u00e9curit\u00e9. Pourquoi elle appelle \u00e7a un rail ? Avec le temps, ou d&rsquo;\u00eatre comme hors de lui, maintenant, le regard ne fait plus qu&rsquo;un avec le rail. Le rail est couleur du ciel. C&rsquo;est l&rsquo;inverse. L&rsquo;air doux. Doux mais humide. Le temps bas. La vitre baiss\u00e9e. Le c\u00f4t\u00e9 conducteur. Il y a des choses ind\u00e9finissables sur le bord de la route.&nbsp;Choses qui tiennent en deux, trois mots. Des mots qui n&rsquo;ont rien \u00e0 voir les uns avec les autres. Un s\u00e9parateur ? Une bande de terre quoi. Les fleurs, mauves, non, blanches, d\u00e9lav\u00e9es, des ronces. Les m\u00fbres \u00e0 venir. L&rsquo;avenir dans le ciel. Rien d&rsquo;autre \u00e0 faire \u00e0 travers le pare-brise que regarder le ciel, pour elle. Pour le moment. L&rsquo;encadrement du ciel par le pare-brise, son int\u00e9gration graphique quasi dans les lignes et les cernes et \u00e0 travers les pointill\u00e9s pare-soleil. La perturbation. La perturbation est comme en gestation. Pas n\u00e9e. Pas sortie. Elle est l\u00e0 dessus comme dans un ventre et c&rsquo;est le ciel. Elle point. Le ciel ne se d\u00e9cide pas \u00e0 tomber. Le temps est si bas que cela se ferait sans mal, ne ferait pas de mal. Le ciel. Le ciel se pr\u00e9sente gonfl\u00e9 de lumi\u00e8re. Le soleil n&rsquo;est pas si loin dans le brouillard de pluie, sa suspension au-dessus de la circulation. Sa chaleur point ou irradie, comme d&rsquo;une piq\u00fbre, sensible sur le bras, bras gauche, l&rsquo;avant-bras pos\u00e9 sur la porti\u00e8re, le duvet, le duvet blond. Ou. Enjoliveur, ou passoire, enjoliveur, chaussure de s\u00e9curit\u00e9, une seule, enjoliveur. Le ciel est ind\u00e9cidable. Finalement. Le temps va-t-il se lever, ou fondre ? Les pr\u00e9visions ? Elle se sent un peu nulle part. Se demande ce qu&rsquo;elle fait l\u00e0. Ce qu&rsquo;elle va faire. O\u00f9 elle va. O\u00f9 va la mener son allure maintenant, tellement r\u00e9duite. Et ce n&rsquo;est pas comme si elle n&rsquo;\u00e9tait jamais venue, ou jamais pass\u00e9e par l\u00e0. Au contraire. Elle commence \u00e0 entendre des voix, \u00e9clats de voix par dessus les bruits de moteurs, dans l&rsquo;air. Elle voit. Elle voit se profiler ce qui l&rsquo;attend. Un peu partout, autour, des grappes, des gens, des gens debout, d&rsquo;attendre, qui sont dehors, c&rsquo;est-\u00e0-dire, pas dans des autos, dans leur auto, c&rsquo;est-\u00e0-dire les pieds pos\u00e9s sur le sol, sur la chauss\u00e9e, d&rsquo;attendre, des bras ballants, quand d&rsquo;autres font des signes, bras en l&rsquo;air, \u00e9nergiques, la circulation, et des paroles en l&rsquo;air, palabres, pourparlers, par dessus la circulation. C&rsquo;est \u00e7a, au bout du bouchon l&rsquo;espace s&rsquo;ouvre d&rsquo;un coup, la lumi\u00e8re, comme d&rsquo;une baie, en sortie de courbe, au moment o\u00f9 elle se serre, d&rsquo;un coup, cela s&rsquo;ouvre sur le ciel encore plus vaste, moins d\u00e9cid\u00e9. C&rsquo;est comme en une fois qu&rsquo;elle y est, l&rsquo;espace qu&rsquo;il y a l\u00e0, la d\u00e9charge d&rsquo;espace, et si elle finit par avoir des gens, ces gens en vue, et bien que l&rsquo;endroit lui soit, lui devrait \u00eatre, familier, des visages qu&rsquo;elle peut distinguer, elle n&rsquo;en reconna\u00eet aucun. Il y a des choses m\u00e9connaissables sur le bord de la route. Les ombelles. Le fauchage tardif. La verveine ou la m\u00e9lisse, elle ne sait jamais. Maintenant le ciel prend un blanc d&rsquo;hu\u00eetre. Se fige, elle dirait. Cela arrive plus vite qu&rsquo;elle n&rsquo;aurait dit, oui, elle est arriv\u00e9e. La vitre baiss\u00e9e, comme en pr\u00e9vision. Elle se pr\u00e9sente. Elle sourit.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les roses tr\u00e9mi\u00e8res. Les tomates cerises. La cl\u00e9matite des haies. Un groseillier. 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