{"id":35568,"date":"2021-07-04T15:36:41","date_gmt":"2021-07-04T13:36:41","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=35568"},"modified":"2021-07-04T19:20:29","modified_gmt":"2021-07-04T17:20:29","slug":"solstice-1-et-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/solstice-1-et-2\/","title":{"rendered":"solstice (1 et 2)"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Solstice<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Elle attend. Elle a froid. Elle d\u00e9teste le solstice d&rsquo;hiver&#8230; Jour le plus court , nuit la plus longue. Elle attend. Elle a froid. C&rsquo;est ici qu&rsquo;elle doit attendre. Le gel fige la fontaine monumentale sur la place gigantesque. C&rsquo;est joli, pense-t-elle, un peu rococo peut-\u00eatre. Elle frissonne encore. Il est si t\u00f4t qu&rsquo;elle pourrait se croire seule dans la ville inconnue. Elle est \u00e0 l&rsquo;heure. Train juste \u00e0 temps pour le rendez-vous. Elle n&rsquo;aime pas trop les voyages en train. Il y a du monde, du bruit dans les wagons. M\u00eame tr\u00e8s t\u00f4t. Familles avec enfants \u00e0 demi endormis, qui piaillent ou pleurent, rient aigu, bruits de papiers de bonbons, de biscuits cass\u00e9s, sonnettes de t\u00e9l\u00e9phones intempestives et malvenues, imm\u00e9diatement assorties des regards courrouc\u00e9s de ceux qui pensent &#8211; toujours?- \u00e0 \u00e9teindre le leur avant de monter. Hommes en costard trois pi\u00e8ces et cravates, o\u00f9 vont-ils&nbsp;? R\u00e9unions de travail, commerce, \u00e9changes, d\u00e9cisions, id\u00e9es vides, mots creux, r\u00e9unions, commerce, \u00e9changes, d\u00e9cisions, id\u00e9es creuses, mots vides&#8230; elle conna\u00eet le cercle sans fin de ce monde qu&rsquo;elle quitte sans raison, sans remord. Dans le train, elle ne lit jamais, elle regarde, observe les gens, photographie, m\u00e9morise. Parfois, plus tard, elle dessine ou d\u00e9peint, pour se souvenir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Elle attend. Il fait froid. Son manteau est trop court, trop l\u00e9ger. Gants oubli\u00e9s. Heureusement, il y a les bottes rouges, ses pr\u00e9f\u00e9r\u00e9es. Elle regarde ses pieds, rassur\u00e9e, r\u00e9chauff\u00e9e. Elle n&rsquo;a pas de valise. Juste un sac, pas tr\u00e8s grand. Le reste reste l\u00e0 o\u00f9 elle n&rsquo;est plus.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C&rsquo;est l&rsquo;heure du rendez-vous. D\u00e9cisif, le rendez-vous. Un rendez vous de changement de vie, ce n&rsquo;est pas tous les jours. Elle attend. Elle a froid. De plus en plus. Elle doute. Est-ce une bonne id\u00e9e&nbsp;? Est-ce un contact fiable&nbsp;? Cette femme qu&rsquo;elle doit voir, qui est-elle au juste&nbsp;? Sa proposition est-elle la bonne&nbsp;? Est-ce ce qu&rsquo;elle doit faire&nbsp;? Est-ce maintenant&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Elle est au bon endroit, \u00e0 la bonne heure. Il doit aussi y avoir, bient\u00f4t, la bonne personne, celle qui l&#8217;emm\u00e8ne vers cet ailleurs \u00e0 d\u00e9couvrir, cet autre elle-m\u00eame qui doit se r\u00e9v\u00e9ler. Elle attend. Il fait froid. Au fond de la grande place, une silhouette, longue, haute, un manteau qui bat. Elle attend encore un peu, elle n&rsquo;a plus froid. C&rsquo;est maintenant. La d\u00e9marche est lente, tr\u00e8s lente. Elle attend.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sur rois des quatre c\u00f4t\u00e9s de la place, platanes d\u00e9nud\u00e9s peupl\u00e9s d&rsquo;une tribu de corneilles bruyantes. Elles semblent observer les deux femmes qui vont bient\u00f4t se rencontrer. Derri\u00e8re les fen\u00eatres, comme d\u00e9rang\u00e9s par le tintamarre des oiseaux, quelques rideaux se soul\u00e8vent. Elle ne sait pas que la ville est habit\u00e9e, elle ne sait pas si son avenir se trouve dans un de ces appartements bourgeois ou bien ailleurs, loin peut-\u00eatre. Elle ne sait rien et cela lui pla\u00eet. Elle ne veut plus savoir tout, tout le temps, pr\u00e9voir, planifier, \u00eatre disponible, au service de, pr\u00eate \u00e0, d\u00e9termin\u00e9e \u00e0, accommodante. Elle d\u00e9cide que c&rsquo;en est trop, qu\u2019ignorance vaut d\u00e9couverte.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les oiseaux planent, nombreux, elle pense \u00e0 Hitchcock. Qui ne penserait pas \u00e0 Hitchcock sous une nu\u00e9e de corneilles&nbsp;? Le temps s&rsquo;\u00e9tire, la place est engris\u00e9e de gel. Il fait un jour encore incertain. La rue qui l&rsquo;entoure, suivant la forme presque carr\u00e9e de la place, commence \u00e0 s&rsquo;ouvrir \u00e0 une circulation matinale. Une voiture ou deux passent non loin, une vespa rouge&#8230; gar\u00e7on ou fille la chevauchant, elle ne sait. Le casque masque. Vitesse r\u00e9duite par le verglas. O\u00f9 va-t-il\/elle&nbsp;? Travail&nbsp;? Universit\u00e9&nbsp;? Elle se distrait tout en guettant la forme lente qui approche. Un camion benne tourne l&rsquo;angle, \u00e0 la gauche de son regard. L&rsquo;heure des \u00e9boueurs. Ils s&rsquo;arr\u00eatent, eux aussi ont froid, sont couverts jusqu&rsquo;aux oreilles. Des hommes noirs en vert, travailleurs de l&rsquo;aube. Un rideau de fer se l\u00e8ve \u00e0 sa droite. Caf\u00e9&nbsp;? Boutique&nbsp;? Un homme sort du local, jette un \u0153il dehors, et se replie vite \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur. Elle irait bien se r\u00e9chauffer l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u00e9cid\u00e9ment, il fait tr\u00e8s froid. Il est temps que s&rsquo;arr\u00eate cette attente. Elle sursaute. La grande femme est soudain devant elle, comme si, pour la rejoindre enfin, elle avait fait un saut par dessus les derniers m\u00e8tres qui les s\u00e9paraient encore.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Solstice Elle attend. Elle a froid. Elle d\u00e9teste le solstice d&rsquo;hiver&#8230; Jour le plus court , nuit la plus longue. Elle attend. Elle a froid. C&rsquo;est ici qu&rsquo;elle doit attendre. Le gel fige la fontaine monumentale sur la place gigantesque. C&rsquo;est joli, pense-t-elle, un peu rococo peut-\u00eatre. Elle frissonne encore. 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