{"id":35683,"date":"2021-07-04T20:46:40","date_gmt":"2021-07-04T18:46:40","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=35683"},"modified":"2021-08-13T12:38:13","modified_gmt":"2021-08-13T10:38:13","slug":"le-glissement-subtil-dune-cloison","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/le-glissement-subtil-dune-cloison\/","title":{"rendered":"#L2 |le glissement subtil d\u2019une cloison"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"576\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/JAPON_D_ESTAMPES_PAILLARD-1024x576.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-33753\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/JAPON_D_ESTAMPES_PAILLARD-1024x576.jpeg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/JAPON_D_ESTAMPES_PAILLARD-420x236.jpeg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/JAPON_D_ESTAMPES_PAILLARD-768x432.jpeg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/JAPON_D_ESTAMPES_PAILLARD-1536x864.jpeg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/JAPON_D_ESTAMPES_PAILLARD-2048x1152.jpeg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption>japon 2020 | \u00a9DEP<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>De ce nouveau d\u00e9part, ce qu\u2019elle ne sait pas encore c\u2019est ce frisson procur\u00e9 par la caresse du vent dans le feuillage tendre des \u00e9rables, la splendeur des cerisiers en fleurs et le dessin des p\u00e9tales sur le sol comme un instant de po\u00e9sie saisonni\u00e8re, la d\u00e9licatesse du chant du rossignol et la discr\u00e9tion des perles de pluie sur les toits en ardoise. Sans doute qu\u2019elle ne sait pas encore que ce printemps pourrait se noyer dans ses t\u00e2tonnements, ses incertitudes et ces choses qui ne peuvent prendre place que dans le silence de soi. Elle n\u2019est pas s\u00fbre d\u2019hier, ne sait plus vraiment ce qui s\u2019est pass\u00e9, ne sait pas quand elle reviendra, si elle revient, n\u2019imagine pas ce qu\u2019un retour pourrait signifier. Sa vie est suspendue \u00e0 de la poussi\u00e8re d\u2019oubli, mise sur pause, en apn\u00e9e, en apesanteur. Elle fait le tour de la chambre sans aucune id\u00e9e de l\u2019heure qu\u2019il peut \u00eatre. Le silence l\u2019enrobe avec cette force invisible des jours sans lendemain. La lumi\u00e8re matinale tarde \u00e0 se manifester par l\u2019ouverture quadrill\u00e9e de bambou. Elle se recouche sur le futon, la couette \u00e0 l\u2019imprim\u00e9 fleuri en boule dans un coin. Quelques heures en arri\u00e8re, elle se revoit \u00e0 la descente de l\u2019avion puis s\u2019engouffre \u00e0 l\u2019arri\u00e8re d\u2019une voiture avec chauffeur comme si le temps pressait, dans une forme d\u2019urgence incontr\u00f4l\u00e9e, comme si quelque chose devait la rattraper, la retenir. Et puis, que sait-elle de cette femme qui voyageait \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s\u00a0? Certainement rien, elle ignore encore le chagrin qui l\u2019accompagnait, ne se doute pas qu\u2019elle venait enterrer son p\u00e8re, un p\u00e8re qu\u2019elle n\u2019avait jamais connu. Le chauffeur l\u2019avait d\u00e9pos\u00e9e dans une ruelle \u00e9troite devant une petite maison en bois, il avait attendu qu\u2019elle rentre pour d\u00e9marrer. Aucune parole n\u2019avait \u00e9t\u00e9 \u00e9chang\u00e9e durant le long parcours depuis l\u2019a\u00e9roport. Elle n\u2019imagine pas encore que cet homme au costume noir, chemise blanche, cravate sombre, gants blancs et casquette, pourrait devenir une figure de premier plan dans les jours \u00e0 venir. Cet homme r\u00e9serv\u00e9 et pudique, qu\u2019elle imagine employ\u00e9 de maison est certainement plus qu\u2019un chauffeur, un \u00eatre \u00e0 part, parlant une demi-douzaine de langues, pratiquant l\u2019<em>ikebana<\/em>\u00a0avec \u00e9l\u00e9gance et le\u00a0<em>shod\u00f4<\/em>\u00a0surtout la nuit. Il pourrait \u00eatre celui qui a d\u00e9pos\u00e9 la pivoine dans cette pi\u00e8ce. Elle ne sait pas que cette\u00a0<em>machiya<\/em>\u00a0des ann\u00e9es 50, aux parois en papier, \u00e0 la fa\u00e7ade discr\u00e8te, \u00e9cras\u00e9e entre deux r\u00e9sidences plus r\u00e9centes, lui r\u00e9serve des surprises. Peut-\u00eatre que le temps viendra o\u00f9 le secret de sa tante, celle qu\u2019elle consid\u00e8re en ces termes, celle qui \u00e9tait la meilleure amie de sa m\u00e8re, celle qui a toujours eu un regard bienveillant sur son parcours de vie, lui sera r\u00e9v\u00e9l\u00e9. Alors, il sera temps de prendre une d\u00e9cision. Sans savoir l\u2019heure qu\u2019il est, impossible de sonder l\u2019\u00e9paisseur de la nuit, de savoir si le jour est imminent, elle ferme les yeux et per\u00e7oit, dans cet espace dont la ma\u00eetrise lui \u00e9chappe, le renouvellement subtil du glissement d\u2019une cloison.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>Ikebana<\/em>&nbsp;: art floral, l\u2019art de faire vivre les fleurs<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>Shod\u00f4<\/em>&nbsp;: art de la calligraphie, la voie de l\u2019\u00e9criture<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>Machiya<\/em>&nbsp;: maison en bois traditionnelle<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De ce nouveau d\u00e9part, ce qu\u2019elle ne sait pas encore c\u2019est ce frisson procur\u00e9 par la caresse du vent dans le feuillage tendre des \u00e9rables, la splendeur des cerisiers en fleurs et le dessin des p\u00e9tales sur le sol comme un instant de po\u00e9sie saisonni\u00e8re, la d\u00e9licatesse du chant du rossignol et la discr\u00e9tion des perles de pluie sur les <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/le-glissement-subtil-dune-cloison\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#L2 |le glissement subtil d\u2019une cloison<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":70,"featured_media":33753,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[2071,2069,2229],"tags":[],"class_list":["post-35683","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-ete-2021-les-cycles","category-2021-faire-un-livre","category-livre-2"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/35683","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/70"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=35683"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/35683\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/33753"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=35683"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=35683"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=35683"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}