{"id":36280,"date":"2021-07-06T22:57:35","date_gmt":"2021-07-06T20:57:35","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=36280"},"modified":"2021-07-07T08:00:30","modified_gmt":"2021-07-07T06:00:30","slug":"et-puis-le-train-est-passe","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/et-puis-le-train-est-passe\/","title":{"rendered":"L#2 |\u00a0Et puis le train est pass\u00e9"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"768\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/P1020102-1-768x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-36311\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/P1020102-1-768x1024.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/P1020102-1-315x420.jpg 315w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/P1020102-1-1152x1536.jpg 1152w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/P1020102-1-1536x2048.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/P1020102-1-scaled.jpg 1920w\" sizes=\"auto, (max-width: 768px) 100vw, 768px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>\u00c0 l&rsquo;ext\u00e9rieur, la dalle humide gel\u00e9e inerte. Dessous, les rails, la voie de chemin de fer recouverte de b\u00e9ton, et qui maintenant ne dit plus son nom. Les rails sont cach\u00e9s, doublement scell\u00e9s &#8211; direction Behobia. Simplement ce grondement sourd qui irrigue les vitrines des boutiques pos\u00e9es au-dessus, comme des cabines de poup\u00e9es aux \u00e9clairages pr\u00e9cieux et recherch\u00e9s &#8211; et la fa\u00e7ade bleue requin de l&rsquo;agence immobili\u00e8re, encore frigorifi\u00e9e dans la nuit du petit matin de d\u00e9cembre. On n&rsquo;entend pas d&rsquo;oiseaux, et la mer est \u00e0 un kilom\u00e8tre au moins, longue langue de sable sous le regard des Deux Jumeaux. Le b\u00e2timent est parall\u00e8le \u00e0 la voie ferr\u00e9e. Il s&rsquo;\u00e9tire si long que l&rsquo;on ne peut pas ne pas savoir qu&rsquo;il est anim\u00e9 de couloirs interminables \u00e0 carreaux pass\u00e9s picot\u00e9s, hydre des ann\u00e9es 70 corset\u00e9e d&rsquo;une fa\u00e7ade blanche sage monotone. S&rsquo;y \u00e9gr\u00e8nent des ouvertures r\u00e9guli\u00e8res, rectangulaires, comme les dents d&rsquo;une m\u00e2choire m\u00e9canique \u00e0 b\u00e9ance obsol\u00e8te. Les fen\u00eatres ne s&rsquo;ouvrent plus depuis longtemps, ne baillent plus ni aux courants d&rsquo;air, ni aux vibrations des TGV qui entrent en gare d&rsquo;Hendaye quelques centaines de m\u00e8tres plus bas. Il y avait l\u00e0, dans les ann\u00e9es 90, un lyc\u00e9e professionnel pour filles, m\u00e9tiers de la coiffure et de l&rsquo;esth\u00e9tique. \u00c0 l&rsquo;int\u00e9rieur des salons blancs et rouges, de grands miroirs devant lesquels les filles jouaient avec leurs chevelures et les crayons \u00e9pais de maquillage podium. \u00c0 l&rsquo;int\u00e9rieur, effluves de cires menthol\u00e9es, et nuages de l&rsquo;encens ent\u00eatant utilis\u00e9 pour les cabines soin du corps. Et les mains malhabiles et timides des filles qui massaient pour la premi\u00e8re fois les bourgeoises hendayaises soucieuses de s&rsquo;\u00e9taler harmonieusement sur la plage immense, \u00e0 la saison. En corolles comme du corail humain, sans la solitude des grands fonds marins. Et le ronronnement nasillard des s\u00e8che-cheveux qui couvrait les conversations h\u00e9sitantes des filles, \u00e0 qui l&rsquo;on avait tent\u00e9 d&rsquo;enseigner des rudiments de conversation, quelques formules bien senties, des mots gentils apaisants, des mots \u00e0 soulager les coeurs fendus, les libidos tremblotantes, les chairs h\u00e9sitantes des clientes qui voulaient ressembler aux sir\u00e8nes des magazines, aux sylphides des placards publicitaires. Fig\u00e9es dans l&rsquo;effort, les mains des filles se crispaient malgr\u00e9 elles, malgr\u00e9 les baumes et les cr\u00e8mes dont elles recouvraient pouce par pouce ces corps qui leur r\u00e9clamaient douceur, assistance, apaisement. Le soir, elles souffraient des poignets et des avant-bras, de s&rsquo;\u00eatre ainsi raidies pour d\u00e9lasser les clientes amollies sur leur serviettes d&rsquo;un blanc si  net. Il y avait dans tout cela un relent d&rsquo;h\u00f4pital, th\u00e9rapie qui ne s&rsquo;avouait pas, mais \u00e9clatait tout de m\u00eame dans les protocoles, les r\u00e8gles d&rsquo;asepsie, dans le sourire norm\u00e9 si s\u00e9rieux si professionnels des filles, qui esp\u00e9raient finir leur carri\u00e8re sur de grands bateaux de croisi\u00e8re. P\u00e9riode pr\u00e9industrielle du r\u00eave \u00e0 la petite semaine. Petit business du d\u00e9sarroi des corps, petits trafics enroul\u00e9s dans les bandes de cire \u00e0 \u00e9piler les jambes les sexes les sourcils les regrets.<br><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c0 l&rsquo;ext\u00e9rieur, la dalle humide gel\u00e9e inerte. Dessous, les rails, la voie de chemin de fer recouverte de b\u00e9ton, et qui maintenant ne dit plus son nom. 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