{"id":36785,"date":"2021-07-08T10:26:58","date_gmt":"2021-07-08T08:26:58","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=36785"},"modified":"2021-07-19T10:16:54","modified_gmt":"2021-07-19T08:16:54","slug":"penser-ce-nest-pas-loin-juste-la-en-haut-de-la-rue","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/penser-ce-nest-pas-loin-juste-la-en-haut-de-la-rue\/","title":{"rendered":"#L2 \/Penser ce n&rsquo;est pas loin juste l\u00e0 en haut de la rue"},"content":{"rendered":"\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow\">\n<p><\/p>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<p>Penser. Ce n&rsquo;est pas loin. Juste L\u00e0, en haut de la rue. Tout en haut de la rue. Une maison sur la droite.<br>Marcher. Oublier la fatigue \u00e9crasante. La rue qui monte avec les lourdes valises qu\u2019on tire. Le trottoir en gros pav\u00e9s caboss\u00e9s. Le genou qui fait mal.<br>Regarder autour de soi. Petites maisons bourgeoises. Loggias. Balcons en fer forg\u00e9. Brique rouge. Pierres grises. Maisons accol\u00e9es les unes aux autres. Hautes et \u00e9troites. Plusieurs \u00e9tages, un ou deux. Lucarnes ovales dans les toits.<br>Se dire elles sont toutes singuli\u00e8res. Les fa\u00e7ades ici c\u2019est comme des visages.<br>Se dire encore. Oui on dirait des visages. On passe ici on se sent regard\u00e9. Par ces fen\u00eatres, ces yeux, ces visages.<br>Ne pas se sentir \u00e0 l\u2019aise en montant la rue regard\u00e9e par ces maisons, ces fa\u00e7ades, ces visages.<br>Penser \u00e0 chez soi. Aux pavillons, bungalows rez-de-chauss\u00e9e quatre fa\u00e7ades, pas de chichi. Tous les m\u00eames. Des bungalows aux \u00e9l\u00e9ments compil\u00e9s sur catalogue. Toujours les m\u00eames \u00e9l\u00e9ments. Comme des l\u00e9gos. Des rues qui font des kilom\u00e8tres. Un bungalow, une clot\u00fbre, un jardin, un chien. Ca aboie de partout. Et les piscines, les cris des enfants. Qu\u2019on entend monter de partout.<br>Regarder autour de soi et ne se sentir famili\u00e8re de rien.<br>Avoir d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment envie de familiarit\u00e9. Mais n\u2019en trouver nulle part.<br>Se dire avec tristesse. On ne voit pas l\u2019int\u00e9rieur des maisons. De fins rideaux blancs aux fen\u00eatres. Pourquoi on ne peut pas juste voir \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des maisons.<br>Ne rep\u00e9rer aucun enfant. Qui joue sur le trottoir, sur la rue. O\u00f9 sont-ils.<br>Se dire encore. Il n\u2019y a pas d\u2019enfants ici.<br>Voir juste un chat. Entre la vitre et le voile blanc. Juste \u00e7a.<br>Se sentir regard\u00e9e par les maisons. Par toutes ces maisons. Par ces visages qui se font face, qui se parlent et murmurent entre eux.<br>S\u2019agacer du silence. On dirait une ville endormie. Une ville en l\u00e9thargie.<br>Puis s\u2019\u00e9tonner. Encore un chat. Il traverse tranquillement la rue. Presque pas de voitures.<br>Puis s\u2019\u00e9tonner encore. Ici les voitures toutes petites. Presque comme des jouets.<br>Et songer. Chez nous de gros pick up, des 4X4, des voitures \u00e9normes, si grosses on vivrait dedans. Et puis chez nous de la musique qui sort des voitures. La radio \u00e0 fond. Des voix d\u2019animatrices radio. Ca tonitrue. Partout le bruit. Pas de silence. Les espaces sont trop grands pour supporter le silence.<br>Penser ici c\u2019est calme. Juste quelques oiseaux, le vent. Comme c\u2019est \u00e9trange ce silence. Est-ce que c\u2019est doux le silence\u00a0? Ou pesant\u00a0?<br>Puis regarder \u00e0 nouveau. Les maisons anciennes. Les vernis du bois craquel\u00e9s. On se croirait dans un autre temps. Ici tout est fig\u00e9 dans le pass\u00e9. Dans le silence du pass\u00e9. Cette ville vit dans le pass\u00e9.<br>Et se sentir \u00e9trang\u00e8re. En d\u00e9calage. Tellement en d\u00e9calague.<br>Sentir qu\u2019on n\u2019y arrivera pas. Qu\u2019on n\u2019arrivera \u00e0 rien. Que ce monde est comme un mur qu\u2019on n\u2019arrivera pas \u00e0 p\u00e9n\u00e9trer.<br>Sentir qu\u2019on n\u2019obtiendra pas ce qu\u2019on veut. Ce qu\u2019on cherche. Qu\u2019on est venue pour rien. Que ce voyage n\u2019a aucun sens. Que tout \u00e7a n\u2019est qu\u2019une vue de l\u2019esprit.<br>Songer au mari qu\u2019on a quitt\u00e9. Aux \u00e9conomies de sept ans qu\u2019on a d\u00e9pens\u00e9es.<br>Etre prise par le d\u00e9couragement. Et soudain m\u00eame par le d\u00e9sespoir.<br>D\u00e9sirer follement pouvoir revenir en arri\u00e8re.<br>D\u00e9faire tout ce qu\u2019on a fait.<br>Etre accabl\u00e9e par le fait qu\u2019il est trop tard.<br>Et songer \u00e0 se laisser tomber. L\u00e0. Au milieu de la rue.<br>Songer \u00e0 se laisser mourir sur place. Tomber sur le tarmac et mourir. Face aux maisons qui regardent.<br>Mourir dans leur indiff\u00e9rence.<br>Penser aux titres que \u00e7a ferait dans les journaux.<br>Puis se dire pourquoi des titres dans les journaux.<br>Et voir soudain un enfant. Pull rouge et short. Il est seul. Debout sur le trottoir. Immobile, il \u00e9crit dans un carnet qu\u2019il tient en l\u2019air. Un carnet qu\u2019il tient haut devant lui. Qu\u2019est-ce qu\u2019il \u00e9crit. Qu\u2019est-ce qu\u2019il raconte.<br>Avoir envie de se pencher par-dessus son \u00e9paule et lire.<br>Et \u00e9prouver une sorte de tristesse profonde \u00e0 ne pouvoir le faire.<br>Sentir monter en soi une telle nostalgie.<br>Et recommencer \u00e0 marcher.<br>A tirer derri\u00e8re soir les lourdes valises.<br>Recommencer \u00e0 entendre le bruit r\u00e9p\u00e9titif des roues sur les pav\u00e9s. Des roues sur le gravier.<br>Et \u00e0 sentir le genou qui fait mal.<br>Puis se retrouver devant la porte d\u2019entr\u00e9e de la maison.<br>Une porte ancienne. En bois travaill\u00e9. Mais si maltrait\u00e9e par les ann\u00e9es. La peinture \u00e9caill\u00e9e qui s\u2019effrite. Dessous le bois gris\u00e9 blanchi. Le bas de porte pourri. La serrure defonc\u00e9e. Une porte en lambeaux.<br>Avoir un pincement au c\u0153ur.<br>S\u2019appr\u00eater \u00e0 passer la porte.<br>Etre comme l\u2019enfant qui est entr\u00e9 pour la premi\u00e8re fois il y a soixante ans. Sans attente.<br>Poser la main sur la porte.<br>Elle est toujours ouverte avait dit la tante. Il suffit de pousser.<br>Et la sentir s\u2019ouvrir d\u2019une simple pouss\u00e9e.<br>Entrer.<br>Entrer dans un hall. Un long couloir marbr\u00e9. Couloir sombre. Gris. Sale.<br>Fermer les yeux.<br>Se sentir presque d\u00e9faillir de peur.<br>Puis rouvrir les yeux. Respirer \u00e0 la h\u00e2te. Et frapper \u00e0 la porte du salon.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Penser. Ce n&rsquo;est pas loin. Juste L\u00e0, en haut de la rue. Tout en haut de la rue. Une maison sur la droite.Marcher. Oublier la fatigue \u00e9crasante. La rue qui monte avec les lourdes valises qu\u2019on tire. Le trottoir en gros pav\u00e9s caboss\u00e9s. Le genou qui fait mal.Regarder autour de soi. Petites maisons bourgeoises. Loggias. Balcons en fer forg\u00e9. 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