{"id":36979,"date":"2021-07-08T21:03:15","date_gmt":"2021-07-08T19:03:15","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=36979"},"modified":"2021-07-08T22:28:42","modified_gmt":"2021-07-08T20:28:42","slug":"trois-monologues","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/trois-monologues\/","title":{"rendered":"#L3 |\u00a0Trois monologues"},"content":{"rendered":"\n<p>La peau du pis tendue&nbsp; \u00e0 se rompre. \u00c7a&nbsp; b\u00eale dans l\u2019\u00e9table, \u00e7a chevrote \u00e0 qui mieux mieux, \u00e7a se&nbsp; cogne dans les boxes, \u00e7a se bouscule,&nbsp; concert de cloches&nbsp; cacophonique. \u00c7a va mal tourner s\u2019il n\u2019arrive pas&nbsp;! ah&nbsp;! tout de m\u00eame,&nbsp; &nbsp;le voil\u00e0 -je crois, &nbsp;j\u2019esp\u00e8re &#8211; descendant le chemin,&nbsp; rythme bien connu de sa claudication&nbsp;; pourtant, tiens\u2026 un temps de trop&nbsp; ce matin, clok \u2013 frrh- clok- srrh- voil\u00e0 pourquoi le retard, y \u2018a un truc qui cloche\u2026 bruit m\u00e9tallique du verrou, la porte craque. Les b\u00ealements redoublent d\u2019intensit\u00e9 Dans mes pupilles rectangulaires, le flou de sa masse corporelle se floute. Il s\u2019approche de moi avec&nbsp; son odeur des mauvais jours&nbsp;; &nbsp;c\u2019est quoi ce truc spongieux devant mon museau&nbsp;? &nbsp; j\u2019aime &nbsp;les \u00e9pineux, les bois secs, les feuilles dures, les malaxer entre les dents&nbsp; autant que durera ma vie et grimper sur les arbustes, les pentes caillouteuses. Je vois bien qu\u2019il d\u00e9bloque. J\u2019aurais pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 une franche caresse, entre les cornes il fait quoi l\u00e0\u2026 c\u2019est l\u2019heure de traire Allez&nbsp;! tau boulot&nbsp;! il reste plant\u00e9, devant moi \u00e0 me contempler, , avec ses yeux lourds en caillasses , comme si je pouvais quoi que ce soit \u00e0 son malheureux malheur humain.<\/p>\n\n\n\n<p>La &nbsp;tr\u00e8s large &nbsp;terrasse devant la maison &nbsp;tient le ravin \u00e0 distance ; on oublie qu\u2019on vit \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du ravin, personne n\u2019est&nbsp; jamais tomb\u00e9, \u00e0 sa connaissance. C\u2019est comme \u00e7a ici. C\u2019est dangereux, accueillant et dangereux. C\u2019est pour \u00e7a, qu\u2019elle vient m\u00eame si elle ne le sait pas comme \u00e7a. \u00catre accueillie dans le risque. N\u2019est ce pas l\u2019essence m\u00eame de la vie&nbsp;? &nbsp;mais elle ne sait pas. Elle a tellement peur tout &nbsp;le temps de tout, elle pr\u00e9f\u00e8re y aller carr\u00e9ment que de rester transie, paralys\u00e9e, autant flirter avec les ravins et les \u00e0 pics que ces gouffres en elle. &nbsp;Il n\u2019y a pas d\u2019issue. Les accident\u00e9s de la vie, les rat\u00e9s, &nbsp;les oiseaux bless\u00e9s, les inaptes, les tout silencieux viennent ici ; les nids d\u2019aigle sont&nbsp; des refuges&nbsp;; les tr\u00e8s actifs, viennent laussi pour avoir toujours quelque chose \u00e0 faire, les cl\u00f4tures, la grange, courir apr\u00e8s &nbsp;les ch\u00e8vres, &nbsp;transporter les sceaux de lait, la pr\u00e9sure, les moules, les retourner, aller au march\u00e9, les \u00e9tiquettes, &nbsp;semer, arroser le potager, sarcler, b\u00eacher, &nbsp;conduire le tracteur, r\u00e9parer le tracteur, r\u00e9parer les voitures&nbsp;; &nbsp;tout le monde &nbsp;se c\u00f4toie \u00e0 un moment ou \u00e0 un autre dans la grande maison. &nbsp;C\u2019est peut-\u00eatre pour \u00e7a qu\u2019elle vient. La terrasse est large, on ne peut pas tomber dans le ravin. Beaucoup moins qu\u2019ailleurs. &nbsp;Le soir belote et re, on boit, on se cale jambes repli\u00e9es \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la chemin\u00e9e, on br\u00fble ses pull overs sur les reins, &nbsp;on rit,. Dehors il y a la grande nuit noire des montagnes des \u00e0 pics de la rivi\u00e8re \u00e9troite tout en bas du chemin rocailleux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">Rare qu\u2019il &nbsp;passe une journ\u00e9e sans y penser, m\u00eame apr\u00e8s toutes ces ann\u00e9es, son fr\u00e8re la voiture la douleur sans nom &nbsp;le sang pourquoi n\u2019est il pas mort lui aussi, terrible d\u2019avoir une force de vie pareille, veine de cocu. Apr\u00e8s il ach\u00e8te ici, 40 hectares de bois, de pr\u00e9s, mais surtout la rivi\u00e8re \u00e9troite tout en bas bord\u00e9e du beau champ plat, riche d\u2019alluvions ; le jour o\u00f9 elle a sem\u00e9 avec sa petite robe en daim couleur de terre, ses yeux pointus tout pliss\u00e9s, son nez, sa grande bouche tendue de sourire, son menton en triangle, ses deux larges fossettes, et sa dr\u00f4le de voix grave&nbsp;; ce n\u2019est plus \u00e0 lui qu\u2019elle sourit. Elle reste l\u00e0, mais avec son autre. Et lui, quand m\u00eame, depuis l\u2019accident, son fr\u00e8re&nbsp;; ensuite il y a &nbsp;l\u2019h\u00f4pital. Comment il s\u2019est r\u00e9veill\u00e9. Amput\u00e9 de cuisse. Et puis il&nbsp; est remont\u00e9 sur la jument &nbsp;et parti \u00e0 grand galop avec sa jambe de bois. Sa jambe sophistiqu\u00e9e, qu\u2019il &nbsp;bricole tout le temps, qu\u2019il r\u00e9pare jusqu\u2019\u00e0 ce &nbsp;qu\u2019il ne puisse plus faire autrement que d\u2019en commander une autre, tellement il danse, et toujours \u00e0 droite \u00e0 gauche \u00e0 conduire, marcher, courir, se pencher, se baisser, la jambe plus ou moins raidie , selon, comme elle peut.&nbsp;; il n\u2019y a rien qu\u2019il ne puisse faire, m\u00eame en &nbsp;smoking il le ferait, en smoking&nbsp;!&nbsp; il rit &nbsp;de son gros rire joyeux vers l\u2019\u00e9table en smoking. Quelle id\u00e9e. Certainement, un peu fou. Mais la maison marche bien. Dure vie de la montage, de l\u2019\u00e9leveur, et tous ces oiseaux qui viennent dans sa voli\u00e8re.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La peau du pis tendue&nbsp; \u00e0 se rompre. \u00c7a&nbsp; b\u00eale dans l\u2019\u00e9table, \u00e7a chevrote \u00e0 qui mieux mieux, \u00e7a se&nbsp; cogne dans les boxes, \u00e7a se bouscule,&nbsp; concert de cloches&nbsp; cacophonique. \u00c7a va mal tourner s\u2019il n\u2019arrive pas&nbsp;! ah&nbsp;! tout de m\u00eame,&nbsp; &nbsp;le voil\u00e0 -je crois, &nbsp;j\u2019esp\u00e8re &#8211; descendant le chemin,&nbsp; rythme bien connu de sa claudication&nbsp;; pourtant, tiens\u2026 un <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/trois-monologues\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#L3 |\u00a0Trois monologues<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":445,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[2071,2069,2321],"tags":[],"class_list":["post-36979","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ete-2021-les-cycles","category-2021-faire-un-livre","category-livre-3"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/36979","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/445"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=36979"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/36979\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=36979"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=36979"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=36979"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}