{"id":37326,"date":"2021-07-09T23:40:11","date_gmt":"2021-07-09T21:40:11","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=37326"},"modified":"2021-07-28T00:25:22","modified_gmt":"2021-07-27T22:25:22","slug":"l3-mouche-de-bronze","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/l3-mouche-de-bronze\/","title":{"rendered":"#L3 | mouche de bronze"},"content":{"rendered":"\n<p>parole, comptine, po\u00e8me, murmure sur front o\u00f9 se tend l\u2019arc de la nuit \u2013 parc, sentier, pavillon, mer, jupes, frissons, \u00eatres de chair, enfants, tout disparait \u2013 pupilles billes de bronze qui glissent dans la poussi\u00e8re d\u2019un jeu. \u00catre phal\u00e8ne attir\u00e9e par lumi\u00e8re, subsiste peut-\u00eatre encore un peu dans souvenir, voler espace dangereux, gouffre, avancer sans voir, voler corps par le toucher, penser saisir, prendre d\u2019angoisse, \u00eatre une fragilit\u00e9 observ\u00e9e. Il n\u2019y a rien du jour, d\u00e9barrasser du corps, l\u2019autre nuit j\u2019ai vol\u00e9 un cadavre, obscurit\u00e9, saison des th\u00e9s sombres, ai pris sa montre qui brille poignet droit. Vibrations, l\u2019odeur d\u2019un cou sur visage, petites coupures band\u00e9es, ma poitrine p\u00e9trie de bleus, avancer dans l\u2019immat\u00e9riel apparent : l\u2019inverse d\u2019une photo blanchie par la surexposition, voil\u00e0 l\u2019identit\u00e9 qui est la mienne, voil\u00e0 le mat\u00e9riel avec lequel vous jouez, laissez-moi vous saisir<\/p>\n\n\n\n<p>&#8230;lorsque vous serez \u00e9lue, le monde entier enfin vous regardera. Alors tout pourra enfin commencer pour nous, j\u2019en ai la certitude. Arrivez&nbsp;! Traversez cette foule qui ne nous ressemble pas, diff\u00e9renciez-moi entre toutes nos s\u0153urs. Venez palper mon corps venez ressentir combien mon \u00eatre profond ne s\u2019y devine pas. Venez d\u00e9faire mes cheveux, pincer mes joues. Venez mettre le d\u00e9sordre, de mes parfums et de ma poudre, venez salir tout cela. Venez d\u00e9couvrir mon grain de beaut\u00e9, mon petit point noir, venez le fixer l\u00e0 o\u00f9 il vous plaira, je m\u2019arracherai la peau pour vous satisfaire. Soyez la violence dans mon corps, ma tendresse vous consolera. Je pleure de froid&nbsp;; venez me r\u00e9chauffer d\u2019une \u00e9treinte. Ma dignit\u00e9 importe peu. La pluie tombe sur moi, sur mes pens\u00e9es et mes divagations s\u2019estompent. Comment ! Ce n\u2019est pas elle qui est choisie ; c\u2019est ce parfait inconnu qui vient d&rsquo;une ville sans nom. D\u00e9j\u00e0 je d\u00e9teste son regard entraper\u00e7u, regard que l\u2019on couvre avec plus de joie qu\u2019on ne le devrait. Tout le monde s\u2019agite, il faut croire que je vais \u00e0 mon tour m\u2019agiter. De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9. Elle s\u2019\u00e9loigne loin de moi. Nous sommes fragment\u00e9es. Il finira sans doute par la choisir, elle le tente trop, lui, la chose, l&rsquo;\u00eatre du milieu. Elle tente tout ces \u00e9trangers venus prendre le th\u00e9. Le th\u00e9 ! Oubli\u00e9, lui et le reste, sur la table qui prend l&rsquo;eau. Le th\u00e9 se dilue, se refroidit. La pluie rend mes cheveux plus raides que jamais. Je me sens dispara\u00eetre. L\u2019eau p\u00e9n\u00e8tre la terre du jardin. C\u2019est tout, le reste est indiff\u00e9rent.<\/p>\n\n\n\n<p>Ensuite oui, le bleu me va bien mais ce n\u2019est pas ma couleur, tout le monde s\u2019accorde \u00e0 dire que le rose me convient mieux au teint, mais je d\u00e9teste le rose, m\u00eame chez les fleurs, \u00e7a me d\u00e9prime. Je n\u2019y peux rien, c\u2019est comme \u00e7a. Je n\u2019avais pas du tout envie de jouer. Voil\u00e0 que je gambade comme un lapin. J\u2019efface tout ce qui a de raisonnable en moi. Je perds le peu d\u2019ann\u00e9es gagn\u00e9es. Je redeviens \u00ab&nbsp;petite mignonne&nbsp;\u00bb. Le ruban cachant ses yeux \u00e0 mon odeur. Il est en soie, un petit peu ab\u00eem\u00e9 sur le c\u00f4t\u00e9 gauche, mon habitude de m\u00e2cher quand personne ne regarde. Le vent refroidi mon cr\u00e2ne. Mes cheveux prennent l\u2019air. Personne ne joue vraiment. On fait tous semblant. Je crois bien que j\u2019ai envie d\u2019\u00eatre attrap\u00e9e. Ma ceinture me br\u00fble l\u2019estomac. Nager sous la pluie. Je laisserai mes v\u00eatements sur la jet\u00e9e. Hier j\u2019ai fait un r\u00eave dont je ne me souviens pas, mais c\u2019est tout \u00e0 fait \u00e7a. Une sorte de mouvement permanent qu\u2019on ne peut anticiper. C\u2019est frustrant. Le jeu est le plus simple du monde. Le plus ancien ? Je demanderai. Tiens, un bout de bois en forme d\u2019insecte. C\u2019est tr\u00e8s dur. Ce n\u2019est pas du bois, \u00e7a. Comme c\u2019est dr\u00f4le&nbsp;! Hop, dans la poche. Ma jupe est toute sale. \u00c7a va \u00eatre la plaie \u00e0 nettoyer. De toute fa\u00e7on, elle est trop petite. Qu\u2019est-ce qu\u2019on mange ce soir, voil\u00e0 qui est ennuyeux, \u00e7a m&rsquo;est encore sorti de la t\u00eate. Est-ce qu\u2019on a mang\u00e9 ce midi&nbsp;? Sur la table il y a de quoi nourrir un r\u00e9giment,&nbsp;seulement personne n\u2019y a touch\u00e9. Je n\u2019ose pas aller me servir, on dira que je suis mauvaise joueuse. Au fond je n&rsquo;aime pas vraiment jouer. Les jeux sont d&rsquo;un ennui prodigieux. Les r\u00e8gles ne m&rsquo;int\u00e9ressent pas. Et les bafouer non plus. J&rsquo;aime quand il y a du monde, j&rsquo;aime tout ces regards qui se croisent. J&rsquo;aime entendre les rires que je ne connais pas. J&rsquo;aimerai que tout le monde puisse me reconna\u00eetre. Pourrai faire comme si je ne l\u2019avais pas vu venir. Quelque chose en lui m&rsquo;effraie, il n\u2019y a pas de quoi. J\u2019attends un peu. Ses ongles accrochent un peu mon col. Ses mains glissent sur mes seins plats. Ses mains remontent. Je frissonne ou alors j\u2019ai la fi\u00e8vre. Penser \u00e0 prendre un m\u00e9dicament. Avec le prochain repas, ne sait pas lequel, mais ce sera le prochain. Mes \u00e9paules p\u00e9tries. Broy\u00e9es. C\u2019est la fin du jeu, s\u2019il prononce mon nom. Sa bouche molle tordue en sourire. Il me glace le sang. Il ne se souvient pas de mon nom, mais il sait qui je suis. Et moi je n\u2019ai aucune id\u00e9e de qui il est. Peu importe, la pluie trop forte arr\u00eate la partie. Il va devoir me rendre mon ruban, c&rsquo;est d\u00e9cid\u00e9 : j\u2019en ferai un pi\u00e8ge pour attraper un oiseau.<\/p>\n\n\n\n<p>Ai perdu broche, non celle en argent que je ne porte pas mais la petite chose en bronze tr\u00e8s laide dont je ne me s\u00e9pare jamais, celle que j\u2019avais achet\u00e9 avec le peu que j\u2019avais, cette chose qui n\u2019est rien, qui ne brillera ni au soleil si sous la pluie, je l\u2019ai perdu pour toujours, et je suis bien oblig\u00e9e de m\u2019y r\u00e9soudre, il faut donc suivre, \u00eatre avec les autres, quel enfer, alors c\u2019est \u00e7a le plaisir du jeu, c\u2019est cette chose un peu vague qui vous excite le corps pendant quelques secondes avant de le laisser dans un \u00e9tat d\u2019abandon, l\u2019esprit se moque bien de ce que nous faisons, nous sommes suppos\u00e9es nous amuser mais je ne sais ce que c\u2019est que cela, que ce vide en moi, cet \u00e9tat tout \u00e0 fait naturel, ennuyeux, moi la seule chose qui m\u2019aurait plu, c\u2019est une bonne tasse de th\u00e9, peut-\u00eatre bien quelques g\u00e2teaux, j\u2019ai envie de quelque chose dans la bouche, il n\u2019y a rien d\u2019autre qui pourrait bien me faire plaisir et si j\u2019avais eu le courage de braver la pluie, la boue, je serai parti sur le sentier, on m\u2019aurait vu, sans doute, mais j\u2019aurais pris un chemin de traverse, p\u00e9n\u00e9trant le massif de rhododendrons pour me faufiler sur la route fleurie et j\u2019aurai remont\u00e9 la route prot\u00e9g\u00e9e par la flore, dans la boue, je serai arriv\u00e9e au champ, j\u2019aurai parcouru tranquillement un chemin en solitaire jusqu\u2019au cottage et l\u00e0, j\u2019aurai forc\u00e9 la serrure s\u2019il le faut, j\u2019aurai pris un peu de bi\u00e8re et puis c\u2019est ainsi qu\u2019aurait gliss\u00e9e la lassitude hors de mon corps que je repousse du sien comme un aimant, n\u2019est-ce pas le but du jeu, voil\u00e0 pour vous, monsieur l\u2019inconnu, je m\u2019avance, je vous effleure, je sens vos doigts magnifiques qui caressent mon bras mais qui ne parviendront pas \u00e0 l\u2019attraper tout \u00e0 fait, je voudrai bien voir votre figure band\u00e9e, je m\u2019abandonne \u00e0 penser que vous pourriez \u00eatre celui qui me ferait passer du c\u00f4t\u00e9 de la vertu, d\u00e9j\u00e0 je recule, je me pr\u00eate \u00e0 cette danse qui porte en elle une violence, pi\u00e9tine la peinture port\u00e9e par le vent sur ces herbes folles, j\u2019attends que l\u2019on m\u2019attrape, \u00e0 chaque tentative je m\u2019\u00e9carte, jusqu\u2019au dernier moment, jamais mon corps n\u2019a autant d\u00e9fi\u00e9 la verticalit\u00e9 du monde, je ne cours pas, trop peur de tomber, j\u2019\u00e9carte mes bras, je tourne comme les disamares de la saison \u00e0 venir.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211;<\/p>\n\n\n\n<p>Image : Francisca Pageo.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>parole, comptine, po\u00e8me, murmure sur front o\u00f9 se tend l\u2019arc de la nuit \u2013 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