{"id":37453,"date":"2021-07-10T13:20:46","date_gmt":"2021-07-10T11:20:46","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=37453"},"modified":"2021-07-10T13:20:47","modified_gmt":"2021-07-10T11:20:47","slug":"monologues-repertories","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/monologues-repertories\/","title":{"rendered":"monologues r\u00e9pertori\u00e9s"},"content":{"rendered":"\n<p>monologue A : Faudra que je me tire d&rsquo;ici, un jour ou l&rsquo;autre faudra que <em>la mer tout autour  t\u00f4li\u00e8re ge\u00f4li\u00e8re nous encercl\u00e9s en prison \u00e0 ciel ouvert<\/em> je me tire et voil\u00e0. Friture friture le filet \u00e0 remmailler, le poisson y en a de moins en moins. De moins en moins de toutes fa\u00e7ons, ils le disent ils le r\u00e9p\u00e8tent tous les matins quand on revient, si on revient. On est jeune et apr\u00e8s on est vieux, c&rsquo;est la volont\u00e9 de Dieu comme dit la m\u00e8re, la volont\u00e9 de Dieu&#8230; c&rsquo;est la peur qui est en eux. Pourtant courageux les hommes d&rsquo;ici mais moi, j&rsquo;aurai l&rsquo;autre courage, de partir, vers l&rsquo;inconnu de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;eau, c&rsquo;est ce courage-l\u00e0 que j&rsquo;aurai. Je ne suis pas comme eux, pas comme eux. La moto, on pourrait la mettre sur le bateau, le grand bateau qui vient pour les provisions toutes les <em>la moto, le vent que \u00e7a fait, frais, quand on roule vite, \u00e0 tressauter sur la route d\u00e9fonc\u00e9e<\/em> semaines que Dieu fait, toute la vie faudrait la passer \u00e0 attendre\u00a0? Attendre que les filets se remplissent, qu&rsquo; <em>y en a de moins en moins, <\/em>ils disent tous, disent et redisent le vieux refrain, et qu&rsquo;y a rien \u00e0 faire. Rien \u00e0 faire qu&rsquo;\u00e0 endurer et attendre, c&rsquo;est la volont\u00e9 de <em>Dieu, vieil imb\u00e9cile, c&rsquo;est<\/em> eux qui l&rsquo;ont invent\u00e9. Par l\u00e2chet\u00e9. Pour rien changer. Alors, tu veux toujours partir, qu&rsquo;il m&rsquo;a dit, le vieux, c&rsquo;est comme \u00e7a <em>pouce point\u00e9 vers le type qu&rsquo;est allong\u00e9 contre le rebord de la fontaine, mais il lui tourne le dos<\/em> que tu finiras mon gars, tu vois \u00e7a\u00a0? Tu vois\u00a0? J&rsquo;ai voulu r\u00e9pondre, mais mon fr\u00e8re m&rsquo;a serr\u00e9 le bras comme <em>depuis qu&rsquo;on est tout petits, il fait \u00e7a<\/em> quand moi je veux parler, dire ce que j&rsquo;ai \u00e0 <em>qu&rsquo;est-ce-qu&rsquo;il a qu&rsquo;est-ce-qu&rsquo;il a<\/em> dire, alors je me tais, pendant des jours, on ne tirera rien de moi <em>pourquoi es-tu si t\u00eatu, dit la m\u00e8re, qu&rsquo;est-ce-que tu as dont dans le sang<\/em> elle le sait mieux que moi, ce que j&rsquo;ai dans le sang et mes yeux, mes yeux p\u00e2les, d&rsquo;o\u00f9 qu&rsquo;ils viennent, de <em>il a pas des yeux d&rsquo;ici<\/em> qui\u00a0? La moto sur le bateau qui <em>doit bien y avoir moyen de s&rsquo;arranger, j&rsquo;ai pas peur de travailler<\/em> jusque l\u00e0-bas, de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;eau, et puis roule, mais non, il veut pas, il a dit non, c&rsquo;est non, mais moi je <em>assis sur les rochers \u00e0 regarder la mer, \u00e0 l&rsquo;\u00e9couter, furieuse des fois furieuse comme ma col\u00e8re \u00e0 moi, je ne suis plus que col\u00e8re<\/em> sais aussi dire non.<\/p>\n\n\n\n<p>monologue B : Mais que c&rsquo;\u00e9tait lourd l&rsquo;eau, \u00e0 mes bras, les vagues qui me submergeaient, chaque fois je pensais c&rsquo;est la derni\u00e8re. Et le froid. Et l&rsquo;obscurit\u00e9. Quand mes pieds ont senti le fond, les galets et les algues sur les galets, et moi vivante, vivante, o\u00f9 j&rsquo;ai pris cette force, comment j&rsquo;ai fait, cette force, au-del\u00e0, au-del\u00e0 de ce qu&rsquo;on peut savoir ou comprendre. Rebelle, disait ma m\u00e8re. La vie ne vaut rien. Grillages, barbel\u00e9s, lambeaux de peau arrach\u00e9s, corps pi\u00e9tin\u00e9s, sur la fronti\u00e8re la vie ne vaut rien. Ma m\u00e8re, ses douces mains. Sur ma t\u00eate. Pourquoi es-tu si t\u00eatue\u00a0? Le jour du mariage, j&rsquo;\u00e9tais pas d&rsquo;accord. C&rsquo;est comme \u00e7a chez nous, ceux qui ont se servent de ceux qui n&rsquo;ont rien. Un homme qui buvait beaucoup, vraiment beaucoup, et apr\u00e8s c&rsquo;\u00e9tait les coups, les coups de poings et l&rsquo;eau bouillante qu&rsquo;il m&rsquo;a jet\u00e9e. Les cicatrices sur mes bras, sur mes seins, elles sont en train de partir. <em>C&rsquo;est comme \u00e7a le mariage, faut supporter. <\/em>Mais je suis partie. L&rsquo;Europe. La libert\u00e9. On \u00e9taient entass\u00e9s dans le camion avec le d\u00e9sert \u00e0 traverser, on m&rsquo;a donn\u00e9 un num\u00e9ro, j&rsquo;avais plus d&rsquo;identit\u00e9. Onze types sur elle, la fille, dans les toilettes du restaurant, au bord de la route. La fronti\u00e8re m&rsquo;a dess\u00e9ch\u00e9 l&rsquo;\u00e2me. D\u00e9vor\u00e9s, ceux qui sont morts en chemin. Et moi, morte-vivante, je ne suis plus rien, mon nom m\u00eame je l&rsquo;ai oubli\u00e9, le nom de mon p\u00e8re, celui qu&rsquo;il m&rsquo;a donn\u00e9. Dormir, juste dormir. Plus la force de bouger. Plus rien.<\/p>\n\n\n\n<p>monologue C : j&rsquo;aime bien regarder en coin, regarder en coin c&rsquo;est regarder droit devant mais en ouvrant les yeux si grands qu&rsquo;on voit sur les c\u00f4t\u00e9s, regarder en coin et personne ne sait qu&rsquo;on voit sur les c\u00f4t\u00e9s et ma figure qui s&rsquo;\u00e9largit de chaque c\u00f4t\u00e9 je p\u00eache je p\u00eache les choses que normalement on ne voit pas quand on regarde tout droit \u2013 quand maman me voit elle me dit arr\u00eate de faire l&rsquo;idiote \u2013 mais l\u00e0, maintenant, dans le renfoncement de la porte elle me voit pas, elle est en haut dans la maison elle me voit pas. Il fait presque noir maintenant il y a un sac noir un gros sac contre le rebord de la fontaine, c&rsquo;est d\u00e9fendu d&rsquo;approcher du sac elle a dit, \u00e7a donne des maladies, un sac \u00e0 linge noir avec deux boutons blancs, s&rsquo;il pouvait voler, il me porterait, moi \u00e0 cheval sur le sac noir tout noir, les filles \u00e7a les fait rire cette histoire, j&rsquo;ai une id\u00e9e j&rsquo;ai une id\u00e9e, on irait faire une ronde autour de la fontaine \u00e0 nous quatre on irait courir autour de la fontaine de plus en plus vite de plus en plus vite en criant sorci\u00e8re sorci\u00e8re au sac noir sorci\u00e8re, le plus fort qu&rsquo;on pourrait, avec les grimaces les plus horribles, jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;il s&rsquo;envole, le sac, comme un gros oiseau noir et nous, on lui monterait dessus.<\/p>\n\n\n\n<p>monologue D : Mes petits rideaux en dentelle, bien blanc bien pimpant le paysage qu&rsquo;ils dessinent\u00a0: je les ai lav\u00e9s ce matin. Pas la peine de les \u00e9carter pour voir ce qui se passe sur la place, je vois tout, je sais des choses que si je les disais, \u00e7a ferait du grabuge dans le village. Je l&rsquo;ai vu arriver, le n\u00e8gre, et s&rsquo;affaler sur le rebord de la fontaine. Une fontaine aussi vieille que ce village, que on sait m\u00eame plus quand ils l&rsquo;ont construite. Et elle est \u00e0 nous, cette eau, et il y a tremp\u00e9 sa face noire, et il en a bu, le salaud. Et l&rsquo;autre, la Maria, qui vient lui apporter du pain. Et de la soupe. Elle est donc si riche, qu&rsquo;elle a de la soupe en trop\u00a0? Elle qui lave le linge des autres. Toujours fourr\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9glise, une sainte, c&rsquo;est ce qu&rsquo;elle se croit. Une sainte, mais oui c&rsquo;est \u00e7a. Et son fils, le grand \u00e9chalas qu&rsquo;a les yeux pleins de vide, des yeux comme \u00e7a ne se fait pas, et qui sait rien faire de ses dix doigts. Neuf mois avant sa naissance, justement, il est venu un \u00e9tranger ici, tiens donc, avec des yeux comme \u00e7a, des yeux qu&rsquo;on dirait en verre, du bleu des chemises de l&rsquo;homme, \u00e0 force de les laver. Et puis, il y a eu la grande temp\u00eate et le mari, il \u00e9tait seul sur son bateau, il s&rsquo;est perdu. Elle \u00e9tait enceinte, \u00e0 ce moment-l\u00e0, la Maria. L&rsquo;\u00e9tranger parti, le mari jamais revenu. C&rsquo;est pas bon pour un gars de grandir sans p\u00e8re pour le dresser, \u00e7a donne rien de bon. \u00c7a donne un \u00e9chalas toujours \u00e0 r\u00eavasser assis sur les rochers. Le voil\u00e0 qui s&rsquo;est couch\u00e9 contre le rebord maintenant, faut croire qu&rsquo;il va dormir l\u00e0, devant tout le monde, au beau milieu de la place. \u00c7a doit \u00eatre plein de vermines, plein de maladies, et on laisse \u00e7a l\u00e0, qu&rsquo;est-ce-qu&rsquo;ils attendent, les hommes\u00a0? <em>C&rsquo;est quand m\u00eame pas \u00e0 moi de <\/em>-Maria-Theresa, o\u00f9 est ta soeur\u00a0? &#8211; En bas, elle joue avec la poubelle, tu les entends pas\u00a0? &#8211; Avec la poubelle? Faut pas jouer avec \u00e7a, c&rsquo;est d\u00e9fendu, c&rsquo;est \u00e0 la municipalit\u00e9, fais-la remonter, tout de suite. La gamine, je lui en ai coll\u00e9 une, attends voir que je te coupe les mains, \u00e0 toucher \u00e0 ce qui n&rsquo;est pas \u00e0 toi, petite voleuse, la poubelle, c&rsquo;est pas pour jouer avec, c&rsquo;est \u00e0 la municipalit\u00e9. Va te coucher.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>monologue A : Faudra que je me tire d&rsquo;ici, un jour ou l&rsquo;autre faudra que la mer tout autour t\u00f4li\u00e8re ge\u00f4li\u00e8re nous encercl\u00e9s en prison \u00e0 ciel ouvert je me tire et voil\u00e0. Friture friture le filet \u00e0 remmailler, le poisson y en a de moins en moins. 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