{"id":37954,"date":"2021-07-15T19:51:35","date_gmt":"2021-07-15T17:51:35","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=37954"},"modified":"2025-01-25T18:19:33","modified_gmt":"2025-01-25T17:19:33","slug":"testard_fait_un_livre_3_1","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/testard_fait_un_livre_3_1\/","title":{"rendered":"#\u00e9t\u00e92021 #L03 | Un regard qu&rsquo;elle n&rsquo;a pas"},"content":{"rendered":"\n<p id=\"le_rond_point\">\u2026 Enfin elle atteint le rond-point. Tout le monde est l\u00e0. Elle ne conna\u00eet personne. Elle se pr\u00e9sente. Elle se pr\u00e9sente au barrage. Elle dit qu&rsquo;elle pensait aller plus loin. Qu&rsquo;elle irait plus loin. Qu&rsquo;elle pensait manifester plus loin. Plus grand. Elle avait peur d&rsquo;aller se perdre dans l&rsquo;agglo mais en m\u00eame temps. Que peut-\u00eatre elle se perdrait, elle le savait, se connaissait. Qu&rsquo;elle irait jusqu&rsquo;\u00e0 la pr\u00e9fecture, c&rsquo;\u00e9tait d\u00e9cid\u00e9, r\u00e9solue, elle avait \u00e7a en t\u00eate, jusque dans ses marges commerciales, plus loin que le sous-pr\u00e9fecture dans les zones de laquelle de temps \u00e0 autre elle se rend, o\u00f9 il y a le Cultura o\u00f9 elle va et le Leroy-Merlin, peut-\u00eatre une fois par mois. Peut-\u00eatre. Peut-\u00eatre est-elle plus assidue qu&rsquo;elle ne croit. Peut-\u00eatre a-t-elle des habitudes qu&rsquo;elle ne se conna\u00eet pas, des r\u00e9gularit\u00e9s qu&rsquo;elle n&rsquo;a pas d\u00e9tect\u00e9, des pentes, des inerties non explor\u00e9es, non identifi\u00e9es, des penchants, des points d&rsquo;int\u00e9r\u00eat en commun avec moi \u2014 est-elle distraite ? Elle ne pense pas une seconde \u00e0 moi dans la conscience qu&rsquo;elle a de ses lacunes, lacunes heureuses lagunes, noues, n&rsquo;oublient jamais de ressurgir, r\u00e9surgences, avec ou tout comme le moelleux, la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 des coussins qu&rsquo;elle regonfle jusque dans son auto car oui, elle conduit avec un oreiller de voyage cal\u00e9 entre sa nuque et l&rsquo;appuie-t\u00eate, l&rsquo;\u00e2ge peut-\u00eatre, une vieille douleur, un rhumatisme, arthrose, dans l&rsquo;\u00e9paule droite, le poignet gauche et qui remonte, remonte aux origines, dont les origines pour elle, elle-m\u00eame se perdent, la t\u00eate lourde parfois que j&rsquo;ai \u00e0 la laisser peser, rouler contre avec les yeux, la fatigue des yeux qui voudraient aller se caler sous mes fesses, \u00eatre press\u00e9s l\u00e0. Peut-\u00eatre un regard qu&rsquo;elle n&rsquo;a pas.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"le_lave_glace\">\u2026 Le parfum de lave-glace, je ne vous apprends rien, lorsque la Clio devant en actionne la lib\u00e9ration, comment dire, l&rsquo;\u00e9mission, le spray, les deux gicleurs \u00e0 la base du pare-brise, les essuie-glace qui patouillent l\u00e0 contre chacun de son c\u00f4t\u00e9, \u00e0 la faveur de l&rsquo;air doux et qui glisse, coule, parvient aux narines par la vitre entrouverte, entrefilet d&rsquo;air, baiss\u00e9e d&rsquo;un doigt afin de respirer la pluie \u00e9parse, p\u00e9n\u00e9trante l\u00e0, le bienfait de son humidit\u00e9 humectation des voies naturelles de l&rsquo;air, le baume de senteur \u00e9manant du sol m\u00eame aux deux tiers imperm\u00e9abilis\u00e9 l\u00e0, baume light, les fleurs, leurs couleurs, les gramin\u00e9es dor\u00e9es m\u00eame, surtout, sous le ciel blanc, blanc d&rsquo;hu\u00eetre, ciel sans soleil ou alors noy\u00e9, dor\u00e9es par contraste avec les rev\u00eatements, noirs de boues, et le m\u00e9tal frais et perlant des condensations de la nuit qui se disperse, nuit qui se perd, dissipe dans la pluie \u00e9parse et p\u00e9n\u00e9trante et qui remonte jusqu&rsquo;\u00e0 moi, je n&rsquo;en ferais pas un bouquet, les mains prises que j&rsquo;ai parce qu&rsquo;\u00e9videmment et pour les m\u00eames raisons que qui \u00e0 une, deux secondes pr\u00e8s ou d&rsquo;intervalle je fais de m\u00eame, d&rsquo;un doigt de ma main droite lib\u00e8re, d&rsquo;une pression vers moi gicle, dans les m\u00eames conditions atmosph\u00e9riques, m\u00e9t\u00e9orologiques de brumatiseur, brumisateur o\u00f9 je suis que vous. Vous non, plus n&rsquo;en ferez un tableau. Un rond-point ne fait pas un tableau.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"l_infinitif\">\u2026 Marcher o\u00f9 personne ne marche.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"la_vie\">\u2026 O\u00f9 est-on quand on est nulle part comme je suis ? Quand on n&rsquo;a nulle part ? Quelle esp\u00e8ce d&rsquo;extase est-ce ? Quelle esp\u00e8ce d&rsquo;ordinaire extase que d&rsquo;\u00eatre prise dans un bouchon, immobilis\u00e9e d&rsquo;attendre sa lib\u00e9ration, quelle projectile, suis-je, et comment le savoir quand je n&rsquo;y suis pas ? Comment vit le rond-point quand je n&rsquo;y suis pas ? Ne l&#8217;emprunte pas ? Ne l&rsquo;occupe pas ? Ne le bloque pas ? Plus vivant bloqu\u00e9 que fluide ? Plus vivante fig\u00e9e ? Quelle part nulle ? Comment y \u00eatre quand je m&rsquo;y projette ? Quand en auto vous \u00eates d\u00e9j\u00e0 o\u00f9 vous n&rsquo;\u00eates pas, o\u00f9 \u00eates-vous ? \u2014 O\u00f9 fuyez-vous dans l&rsquo;esp\u00e8ce en voie de disparition automobile ? Comment le voir quand je n&rsquo;y suis pas ? Comment y vivre, d&rsquo;\u00eatre projet\u00e9 ainsi dans l&rsquo;absence de vie, je veux dire, l&rsquo;absence de tout v\u00e9cu, la plus totale chim\u00e8re, fantaisie, pr\u00e9cipit\u00e9 ? Qu&rsquo;est-ce, qui m&#8217;empresse d&rsquo;oublier ce qui m&rsquo;arrive ? Qu&rsquo;est-ce qui m&rsquo;arrive ? Qui m&rsquo;arrive l\u00e0 ? La vie, elle n&rsquo;a aucun go\u00fbt, je suis visit\u00e9, visit\u00e9 par le fant\u00f4me insipide de la vie banale ou commune, je n&rsquo;y ai aucun go\u00fbt, faux, j&rsquo;y ai un go\u00fbt de substitution, go\u00fbt de lave-glace, qui est-elle ? Je ne lui sens pas m\u00eame un parfum, de substitution, d&rsquo;extase, pas d&rsquo;eau de parfum florale en conditionnement ou flacon de 50 ou 100 ml + 56 points de fid\u00e9lit\u00e9 et un gel douche offert ou un lait pour le corps au choix \u00e0 Sephora, \u00e0 Marionnaud, \u00e0 Nocib\u00e9 entre Cultura et Chaussea. Elle n&rsquo;a pas de go\u00fbt, aucun go\u00fbt, vous, pour moi. Vous ne me voyez tout simplement pas \u2014 vous m&rsquo;ignorez, je vous \u00e9chappe \u2014, ou bien vous ne me voyez que les yeux et les yeux fuient, mes yeux sont de l&rsquo;eau, dans le r\u00e9tro qui est comme une coupe \u00e0 eau, coupe renvers\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"les_essuie_glace\">\u2026 Le coucou, signe que me font les couples, je veux dire les paires d&rsquo;essuie-glace devant, derri\u00e8re moi, \u00e0 l&rsquo;avant et l&rsquo;arri\u00e8re des autos \u2014 ce sont les n\u00f4tres n&rsquo;est-ce pas, on peut dire : de nos autos ? \u2014 me rassurent, sont rassurants, m&rsquo;assurent une situation partag\u00e9e, d&rsquo;une unit\u00e9 de lieu, on dirait, que je ne suis pas seule dans cet encombrement, ralentissement, que la situation est, comment dire, g\u00e9n\u00e9rale, mes yeux vont et font aux vitres comme ces poissons \u00e9boueurs d&rsquo;aquarium et je vois, vois que c&rsquo;est comme si chacune, chacun, devant, derri\u00e8re moi, mon v\u00e9hicule, d\u00e9sirait regagner de la transparence, de la visibilit\u00e9, voir, gagner de la nettet\u00e9, plonger le regard net, le regard lav\u00e9 un tout petit peu, un \u0153il, un \u0153il mouill\u00e9 \u2014 pas ce regard de poisson mort, regard conducteur qu&rsquo;on a \u2014 dans l&rsquo;ombre, barboter \u00e0 l&rsquo;ombre, dans l&rsquo;habitacle du voisin, voisine de devant ombre chinoise en forme de si\u00e8ge avec, \u00e0 peine, quelques d\u00e9formations, extensions, comme des ondes d&rsquo;ombre autour, un flou de halo d&rsquo;ombre, aur\u00e9ole vue de derri\u00e8re, comme \u00e0 peine un remous de carpe dans cette eau sombre, bassin o\u00f9 l&rsquo;on baigne, aquarium sans eau, chacun comme un poisson dans un aquarium sans l&rsquo;eau,&nbsp;on est dans le m\u00eame bouchon \u2014 pas un Lodgy, non. J&rsquo;y ai pens\u00e9 mais\u2026 Un Scudo. Une occasion\u2026 Elle fait la conversation. Elle parle seule. Elle se r\u00e9pond. Elle se pose des questions. \u2014 Qu&rsquo;est-ce que tu fais l\u00e0, elle se demande ? Qu&rsquo;est-ce que tu peux bien faire l\u00e0 ? Qu&rsquo;est-ce que tu feras ? Qu&rsquo;est-ce que tu pourras bien faire ? Feras-tu bien ? Elle se parle. Elle se demande. Elle se dit tu, elle se dit vous, se met dans des peaux inconnues, se dit elle. Elle ne se sait pas regard\u00e9e. Elle se dit je. Mais quand je parle d&rsquo;encombrement, il ne s&rsquo;agit que du ralentissement habituel au premier rond-point d&rsquo;entr\u00e9e dans l&rsquo;agglo \u00e0 cette heure, matinale, o\u00f9 tout le monde, quasi, est jet\u00e9 sur la route, est chass\u00e9 de la nuit, balanc\u00e9 dans la navette, le mal de mer, l&rsquo;after-shave ou l&rsquo;eau de toilette, de parfum, le temps bas, gris, le jour qui ne se d\u00e9cide pas, la nuit tomb\u00e9e sous les si\u00e8ges, dans les coffres, sous les lits, dans la bo\u00eete \u00e0 gant ou, cr\u00e9puscule, dans la chemise, la culotte ou sous les fesses, entre elles et le si\u00e8ge conducteur. \u2014 Qu&rsquo;est-ce qui te retient, qui t&rsquo;a conduite l\u00e0 ? Pourquoi avoir pris l&rsquo;auto aujourd&rsquo;hui ? Rien ne m&rsquo;attend o\u00f9 que ce soit, personne, pas de course \u00e0 faire. Juste \u00e7a : se montrer, manifester. D\u00e9noncer. Une col\u00e8re\u2026 Son regard pris comme dans une bo\u00eete de lunettes, captif, ouverte, sans couvercle, sans le clapet, pas de clap de fin, pas son regard \u00e0 elle : elle ne se regarde pas dans les yeux, les yeux bleus, elle garde les yeux pour la route, pour le v\u00e9hicule, une Clio Business, de devant. \u2014 L&rsquo;immobilit\u00e9 \u00e0 laquelle nous sommes, tous, r\u00e9duits. Notre amplitude de mouvement quasi nulle, qui veut sortir, enfonc\u00e9e dans des si\u00e8ges, notre incapacit\u00e9 d&rsquo;automobilistes\u2026 Elle trouve des mots. Elle revendique pour, devant personne, en l&rsquo;air, dans son auto, sa caisse de r\u00e9sonance. Elle se prend pour quelqu&rsquo;un qu&rsquo;elle ne conna\u00eet pas, \u00e0 t\u00e9moin, dont les yeux viennent de croiser les siens dans le r\u00e9tro, dont le regard en cette seconde \u2014 qui ne se reproduira pas, g\u00eanante, jamais, les yeux maintenant dans la plaque d&rsquo;immatriculation, concentr\u00e9s sur cette impossibilit\u00e9 \u2014 dans le r\u00e9tro de l&rsquo;auto de devant \u2014 d&rsquo;homme ? pas s\u00fbre\u2026<\/p>\n\n\n\n<p id=\"la_clio\">\u2026 Elle d\u00e9sactive l&rsquo;arr\u00eat automatique du moteur \u2014 m\u00eame si elle n&rsquo;avait pas cette fonction sur sa voiture \u2014 parce que c&rsquo;\u00e9tait elle, parce que c&rsquo;est moi. Elle est retenue dans un ralentissement \u00e0 l&rsquo;approche de la zone. Malgr\u00e9 l&rsquo;heure matinale, un samedi. La file des autos dans laquelle elle est prise avance par \u00e0-coups quasi r\u00e9guliers. Rien en vue. Rien ne se laisse deviner. D&rsquo;autre que les gouttes d&rsquo;une pluie encore \u00e9parse. De la pluie qui d\u00e9marre. D&rsquo;une averse qui fait signe de vouloir, dans l&rsquo;intermittence des essuie-glaces. Que Cora \u00e0 1 mn. Ccial au rond-point 1\u00e8re \u00e0 droite. Le panneau qui approche, est pass\u00e9. Le jour est blafard. Ce qu&rsquo;on appelle bouchon. \u00c7a commence bien. Son Scudo d&rsquo;occasion marque le ralenti derri\u00e8re une Clio (4) blanche. Ou bien. Son Captur (occasion r\u00e9cente) stoppe et repart derri\u00e8re ma Clio 4 essence acquise derni\u00e8rement. Le pare-brise de la Clio derri\u00e8re brille des feux stop de l&rsquo;utilitaire qui m&rsquo;\u00e9blouissent, je regarde ailleurs : le lettrage Scudo, les roses tr\u00e9mi\u00e8res, la cl\u00e9matite, les tiges dor\u00e9es des gramin\u00e9es sur le ciel sombre et comme pos\u00e9 sur la glissi\u00e8re. Un extincteur, de la laine de verre, une goutti\u00e8re, une tong, un (morceau de) moteur, une flaque qui est une mare \u2014 l&rsquo;espace qui se lib\u00e8re devant moi, je l\u00e8ve les yeux. Elle est comme perdue dedans, l&rsquo;utilitaire, tellement trop grand pour elle, pour elle toute seule \u2014 mais pas pour la vie qu&rsquo;elle se fait, qu&rsquo;elle veut se faire, pour l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;elle s&rsquo;en fait, l&rsquo;id\u00e9e de la vie qu&rsquo;elle a, pas pour les projets qu&rsquo;elle a pour sa vie, son avenir ? Elle cale son allure, in\u00e9gale, sur l&rsquo;avanc\u00e9e au pas du v\u00e9hicule la pr\u00e9c\u00e9dant \u2014 le mien, donc \u2014, dans les feux stop, les feux rouges, puissants, crispants. Son pare-brise est, alors, un peu comme son \u00e2me, un tableau ou une image, il en a les m\u00eames traces, tra\u00een\u00e9es, voiles, mouchetures. Elle est comme tout le monde : la couleur du ciel d\u00e9teint sur son humeur. On avance au pas. On n&rsquo;avance pas. Elle devrait en profiter pour r\u00e9fl\u00e9chir, sa vie passe, est pass\u00e9e comme un r\u00eave, elle a \u00e9teint l&rsquo;auto-radio, les infos et leurs pronostics, elle ne veut pas savoir ce qui va se passer, elle ne veut pas savoir, pr\u00e9f\u00e8re oublier, ce qu&rsquo;elle va faire. C&rsquo;est dans l&rsquo;oubli qu&rsquo;elle va, qu&rsquo;elle veut le faire, le ciel est avec elle, pour une fois elle appr\u00e9cie le ciel charg\u00e9, on ne peut pas faire plus charg\u00e9. Le ciel est bouch\u00e9 comme la circulation, pesant comme un horizon, ce n&rsquo;est pas vers l&rsquo;horizon qu&rsquo;il faut regarder, s&rsquo;il y a un espace, c&rsquo;est quelque part en-de\u00e7\u00e0 qu&rsquo;il est, g\u00eet, elle ne sait pas, \u00e9mergera, lui explosera dans la t\u00eate et fera tilt, des \u00e9tincelles dans les yeux. Tout le monde, qui la c\u00f4toie, ses connaissances la complimentent quasiment chaque jour pour son ind\u00e9crochable sourire, s&rsquo;\u00e9merveillent des \u00e9tincelles qu&rsquo;elle a dans les yeux, ce p\u00e9tillement permanent et vivant qu&rsquo;elle a. \u00c9tincelles de vie. O\u00f9 a-t-elle lu, dans quel message, article, quelle newsletter, que l&rsquo;\u00e2me se lit dans les yeux ?<\/p>\n\n\n\n<p id=\"le_cheval\">\u2026 La radio dit que la conductrice est responsable d&rsquo;une \u00e9curie ; qu&rsquo;elle cherchait un fast-food ; qu&rsquo;elle \u00e9tait partie livrer un cheval ; qu&rsquo;il a doubl\u00e9 dans une ligne droite face \u00e0 un camion ; qu&rsquo;elle s&rsquo;adresse \u00e0 lui directement sur les r\u00e9seaux : quand elle le d\u00e9couvre il est incarc\u00e9r\u00e9 dans son v\u00e9hicule le visage sanguinolent ; elle \u00e9crit qu&rsquo;il est vivant ; qu&rsquo;il est gravement touch\u00e9 ; que le chauffeur est bless\u00e9 ; qu&rsquo;un des v\u00e9hicules a fini sa course dans un compteur ; que la cons\u00e9quence fut de priver d&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 une station essence voisine ; qu&rsquo;elle n&rsquo;est toujours pas r\u00e9tablie ; qu&rsquo;il \u00e9tait juste press\u00e9 de rentrer chez lui ; qu&rsquo;il aurait pu la tuer ; qu&rsquo;elle ne roulait pas seule ; qu&rsquo;elle n&rsquo;\u00e9tait pas seule dans le 4\u00d74 ; que la veille il pleuvait ; que la route ; qu&rsquo;elles n&rsquo;ont rien ; que la remorque est d\u00e9truite ; qu&rsquo;elle \u00e9tait vide au moment des faits. Elle ne l&rsquo;\u00e9coute pas ; elle lui est une ambiance, elle fait un bruit de fond ; elle a les yeux sur le s\u00e9parateur central ; sur son avant-bras ; sur le s\u00e9parateur central.<\/p>\n\n\n\n<pre id=\"glissements\" class=\"wp-block-preformatted has-small-font-size\">N.B. \u2014 Les voix, \u00e7a s'effiloche sous les doigts. Parce que les lignes de partage ne sont pas nettement \u00e9tablies je t\u00e2tonne, j'explore, je me laisse aller \u00e0 suivre des lignes de fuite, je sens sous les mots des lignes de failles. Les fissures sont multiples, le terrain se fendille de partout, s\u00e9pare, se rejoint de partout. Tu crois parler de, pour quelqu'un, \u00e7a part en quelqu'un d'autre. Il y a \u00e0 chaque fois quelqu'un d'autre \u00e0 se fondre encha\u00eener \u00e0 quelqu'un. Est-ce comment l'un se projette en l'autre ? Projection plut\u00f4t que diffraction. Un \u00e9maillage de projections. Pas de personnages. Ce n'est qu'un jeu de personnes. Ou je me trompe.<\/pre>\n\n\n\n<pre id=\"la_m\u00e9t\u00e9orite\" class=\"wp-block-preformatted has-small-font-size\">N.B. \u2014 Il m'appara\u00eet d\u00e9sormais clairement qu'il ne s'agira pas pour moi, dans cet atelier, d'\u00e9crire un livre, mais de le faire exister : d'en favoriser les conditions d'\u00e9mergence, d'en rendre possible, envisageable l'imminence, ou l'urgence, et pourquoi pas la n\u00e9cessit\u00e9. Un livre ce sera moins une histoire, d'abord, qu'un\u00b7e m\u00e9t\u00e9orite, monolithe atterri au milieu de ma vie. Me rendre \u00e0 cette \u00e9vidence, alors, ce sera cela, pour moi, faire un livre.<\/pre>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"768\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/210709_Pistoletto_1-1-768x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-38855\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/210709_Pistoletto_1-1-768x1024.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/210709_Pistoletto_1-1-315x420.jpg 315w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/210709_Pistoletto_1-1-1153x1536.jpg 1153w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/210709_Pistoletto_1-1-1537x2048.jpg 1537w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/210709_Pistoletto_1-1.jpg 1683w\" sizes=\"auto, (max-width: 768px) 100vw, 768px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><span class=\"has-inline-color has-medium-gray-color\">Michelangelo Pistoletto,<em> Le labyrinthe<\/em>, 1969, 104, Paris, 2019<br><\/span><\/figcaption><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Parce que c\u2019\u00e9tait elle, parce que c\u2019est moi. <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/testard_fait_un_livre_3_1\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#\u00e9t\u00e92021 #L03 | Un regard qu&rsquo;elle n&rsquo;a pas<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":334,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[2071,2069,2321],"tags":[],"class_list":["post-37954","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ete-2021-les-cycles","category-2021-faire-un-livre","category-livre-3"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/37954","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/334"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=37954"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/37954\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":178761,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/37954\/revisions\/178761"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=37954"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=37954"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=37954"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}