{"id":37979,"date":"2021-07-12T12:45:41","date_gmt":"2021-07-12T10:45:41","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=37979"},"modified":"2021-07-16T17:54:25","modified_gmt":"2021-07-16T15:54:25","slug":"37979-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/37979-2\/","title":{"rendered":"#L3 | Nous sommes si nombreux dedans"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ils passent si nombreux et disparaissent. N&rsquo;ouvrez pas plus par piti\u00e9. La lumi\u00e8re brutale br\u00fble les fils, elle avale la chlorophylle des ramures. Laissez-moi dans la p\u00e9nombre, laissez- moi flotter dans le brouillard du feuillage, je ne connais pas les contours, tout se m\u00e9lange, je me d\u00e9place dans les couloirs d&rsquo;un monde sans lumi\u00e8re\/ maintenant et \u00e0 l&rsquo;heure<em>\/<\/em> je devine sa silhouette\/ entre toutes les femmes<em>\/<\/em> dans le miroir piqu\u00e9 \/ le fruit de mes entrailles\/ qui toujours me tarabuste. Je suis une grenade fendue par la pression des graines translucides. Les paroles sont des bulles de vapeur qui montent s&rsquo;ajouter aux moisissures du plafond, autant de pictogrammes qui viennent piquer les lattes et forment des partitions. Les cousins aux pattes fragiles et gracieuses tremblent et tournent en vrille dans les encoignures, d\u00e9rang\u00e9s par leurs arriv\u00e9es, les ouvertures intempestives de volets, de placards, leurs mouvements bruyants. Il s&rsquo;\u00e9chignent, coupent, jettent, grattent, chuchotent, ou articulent trop fort dans mes oreilles. Les ondes r\u00e9sonnent douloureusement\/ J&rsquo;ai fait ce que j&rsquo;ai pu, ingrat\/ ce qu&rsquo;il reste dans les tiroirs, parmi les cartouches, les pions, les lettres aux adresses disparus, les cl\u00e9s sans porte. Mes cl\u00e9s. Il faut que je retrouve mon trousseau de cl\u00e9s, dans la poche de la robe de chambre, sur le rebord de la table de nuit, et penser \u00e0 fermer en bas. Ca n&rsquo;a plus aucune importance, je me laisse porter dans la barque\/ Pauvre p\u00eacheur<em>\/<\/em> je suis un vieille arbre qu&rsquo;on d\u00e9place, on me demande de soulever mes racines, je souffre, je grince, je suis appuy\u00e9e sur l&rsquo;avant bras frais d&rsquo;un jeune homme masqu\u00e9 de noir. Souffler m&rsquo;intime t&rsquo;il. J&rsquo;inspire. Il a le bras tout histori\u00e9 de hi\u00e9roglyphes. J&rsquo;expire, regarde devant, je mets toute ma confiance dans ce jeune homme qui me contraint. Elles me regardent dans leurs cadres ovales et ouvrag\u00e9es. Je ne les aime pas avec leurs mains en croix , je d\u00e9teste leurs regards pench\u00e9s et r\u00e9sign\u00e9s, leurs cheveux ray\u00e9s, disciplin\u00e9s. J&rsquo;ai essay\u00e9, J&rsquo;ai fait ce que j&rsquo;ai pu pour me conformer mais faites que \u00e7a cesse par piti\u00e9. Je veux sortir du tableau, je me dissipe. La mouche traverse en zigzagant des volutes dans l&rsquo;espace, elle se cogne aux vitres, z\u00e9zaie et se tait brusquement. Je sombre dans mon fauteuil de sommeil.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous sommes si nombreux dedans que je ne sais pas qui je suis. Je suis un enfant adopt\u00e9, je ne leur ressemble pas, je suis le plus grand, j&rsquo;ai les cheveux jaunes . Je suis tout au bout de ce qui n&rsquo;a pas de lien avec moi. Ils m&rsquo;oublient tout embrouill\u00e9s dans leurs histoires. Je r\u00eave que je file de la laine de verre, que je fabrique des nids de verre o\u00f9 ils se nichent serr\u00e9s les uns contre les autres. Apr\u00e8s je pose des vis sur les plaques de placo. Je visse, je visse, je vrille, je tremble. Ils me regardent avec insistance, toust les espoirs reposent sur mes \u00e9paules. Je suis dans un stade et je visse maintenant des crampons. Quand je me r\u00e9veille, je suis encore abattu. Je ne supporte plus la pression des tirs au but. On a cru trop vite qu&rsquo;on allait gagn\u00e9 que c&rsquo;\u00e9tait acquis la demi finale. Ce qui fait le plus de peine, c&rsquo;est toutes ces tensions entre les familles des joueurs alors qu&rsquo;il faut juste se serrer les coudes. Toujours des critiques. Avoir le dernier mot. Alors que c&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 tellement difficile de trouver un angle d&rsquo;attaque. Il a fait ce qu&rsquo;il a pu. Je vais dribler jusqu&rsquo;au bout de la pelouse. Il y a de plus en plus de montagnes de taupe et les colonies de tr\u00e8fles grossissent. Il faut que je trouve un endroit pour regarder le match. Il n&rsquo;y a m\u00eame pas de wifi ici. Mon poignet est douloureux et mes doigts engourdis r\u00e9sonnent encore des milles vis que j&rsquo;ai pos\u00e9es. Je veux avoir son assurance pour poser les poutres, couper avec la disqueuse , exactement. Sans lui, il n&rsquo;y aurait pas de toit, pas de tuyau, de sol, de plafond. C&rsquo;est concret, indispensable. Je serai charpentier, je pose les fondements, je suis une poutre porteuse. Le vent fait plier la cime des arbres, \u00e7a balaye fort et je voudrai monter les voiles et entendre le bruit des clapots contre la quille. Dans la paume de sa main, j&rsquo;ai vu une grande cicatrice. Les feuilles des aulnes sont d\u00e9chiquet\u00e9es et pendent lamentablement. Il y a des coulures noirs sur l&rsquo;\u00e9corce. Je ne parle pas. A la pause de midi, au comptoir nous prenons un verre, je les \u00e9coute et je ris. J&rsquo;aime leurs histoires. La femme du restaurant nous accueille toujours, il fait expr\u00e8s d&rsquo;arriver tard pour pouvoir parler tranquillement \u00e0 la fin du service. Elle m&rsquo;a prise sous son aile. Je suis un homme, je suis rentr\u00e9 ce soir avec un salaire. J&rsquo;ai d\u00e9pos\u00e9 mon pantalon blanc de pl\u00e2tre et mes chaussures lourdes sur le rebord de la cuisine. Toute la journ\u00e9e je me suis demand\u00e9 ce que je vais en faire, une folie de choses me tourne dans la t\u00eate, des baskets, un skate, un casque mais maintenant sur l&rsquo;herbe avec le ballon, dans la campagne, j&rsquo;oublie, je bondis, je suis un ballon qui s&rsquo;accroche \u00e0 mon pied, \u00e0 mon genoux, je rebondis, je compte les passes. Il faut que je trouve un endroit pour voir le match. Ici rien est moderne, tout est pass\u00e9, d&rsquo;avant, le parquet craque, les murs sont humides, la peinture s&rsquo;effrite, je rentre sur la pointe des pieds dans la chambre de l&rsquo;anc\u00eatre. Je me demande toujours si elle respire, je v\u00e9rifie que le drap se soul\u00e8ve. Les hirondelles ont fait leurs nid sous le perron.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je t&rsquo;ai vu fouill\u00e9 dans le talus rechercher ton ballon et tu as d\u00e9tal\u00e9 \u00e0 mon approche dans le champs. Je t&rsquo;observe. Tu viens r\u00f4der pr\u00e8s de la ferme avec ton portable pour chercher de la wifi. Quand est ce qu&rsquo;ils vont se d\u00e9cider \u00e0 passer au 21 \u00e9me si\u00e8cle. Il a l&rsquo;air moins b\u00eate que les autres. Alors l&rsquo;apprenti, raconte moi plut\u00f4t ta journ\u00e9e. C&rsquo;est bien que tu ne traines pas \u00e0 rien faire. Moi aussi, quand tous les autres prenaient des grands airs avec leurs dipl\u00f4mes. Rendez-vous dans quinze ans. Tu diras \u00e0 ta m\u00e8re que ces imb\u00e9ciles de la DDE ont fini pas reconnaitre que le d\u00e9bordement des eaux, ils vont ouvrir une nouvelle tranch\u00e9e en amont pour recueillir les eaux us\u00e9es du lotissement, \u00e7a serait bien de veiller au bon \u00e9tat du foss\u00e9 en enlevant les orties et les plantes qui bouchent les canalisations. Il regarde \u00e0 c\u00f4t\u00e9, comme un lapin pris au pi\u00e8ge. La haie de fusain n&rsquo;est pas taill\u00e9e, elle explose hirsute. Nous partageons l&rsquo;odeur de ces fleurs Nous sommes des autodidactes. Il ne demande qu&rsquo;\u00e0 filer et doit trouver mes paroles ennuyeuses. On trouve toujours mes paroles pesantes. J&rsquo;arrive avec ma fourche pour d\u00e9ranger le d\u00e9sordre. Je passe devant eux avec mes bottes et mon tracteur quand ils palabrent ind\u00e9finiment. Je me couche quand ils commencent \u00e0 \u00e9merger. Ils me craignent, j&rsquo;ai le sale r\u00f4le. J&rsquo;ai horreur des terres laiss\u00e9es en friche, des murs qui se d\u00e9litent, des fen\u00eatres cass\u00e9es, des partages familiaux idiots. Je n&rsquo;ai pas peur des papiers administratifs. Je tranche avant que cela ne pourrisse. Je me coltine les longues r\u00e9unions ennuyeuses au conseil municipal s&rsquo;il faut en passer par l\u00e0 pour d\u00e9nouer les n\u0153uds. Je ne laisse pas tomber les choses, je d\u00e9sherbe, j&rsquo;enl\u00e8ve ces salet\u00e9s de mauvaises herbes qui bouffent les murs, je ne suis pas m\u00e9lancolique. Il faut couper pour entretenir. je coupe les rejets, j&#8217;empoisonne les souches, j&rsquo;arrache sans merci car sinon cela fait sauter les joints. Je porte des sacs de ciments lourds, pour r\u00e9parer les murs. Mes mains sentent les herbes arrach\u00e9es, le poivre, la menthe. Derri\u00e8re le lierre, il y a une faune d&rsquo; araign\u00e9es tisseuses, et des nids , dans ma mansu\u00e9tude et pour ne pas troubler l&rsquo;ordre du monde, les ai laiss\u00e9. Regarde bien ce Jean Foutre dans les buissons, c&rsquo;est le type m\u00eame du parasite. J&rsquo;ai eu le temps d&rsquo;aller trois fois \u00e0 la d\u00e9chetterie balancer les gravats, et les branchage. Toujours au m\u00eame endroit, \u00e0 guetter dans son terrier de castor. Mais qu&rsquo;est ce qu&rsquo;il peut faire dans les fourr\u00e9es. Mais qu&rsquo;est ce qu&rsquo;il fait de ses journ\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je suis la r\u00e9gisseuse d&rsquo;un th\u00e9\u00e2tre arr\u00eat\u00e9. Je les entends bourdonner. Ils r\u00e9sonnent en \u00e9cho alors que le vent s&rsquo;engouffre dans l&rsquo;escalier. Je m&rsquo;arr\u00eate au bord de la rampe, aux aguets. Le piaillement d&rsquo;une hirondelle sur le rebord de la fen\u00eatre, elle gonfle son cou . Le petit duvet s&rsquo;effiloche au vent. L&rsquo;oreille du chat d\u00e9passe du cadre de la porte. Je suis d\u00e9tourn\u00e9e de ma course premi\u00e8re. Un court circuit permanent. Le lieu n&rsquo;attend, le lieu dans le sac en plastique, r\u00e9tif \u00e0 \u00eatre emball\u00e9. On ne met pas impun\u00e9ment un poisson dans une poche. Il d\u00e9passe et sort tout rigide. Son dos a la couleur du large, une gel\u00e9e visqueuse suppure de ses entrailles. Je ne veux pas qu&rsquo;on le d\u00e9capite. Ses grosse l\u00e8vres sont ouverte comme un triton. Je ne veux qu&rsquo;on l&rsquo;\u00e9charpe en filet, qu&rsquo;on le d\u00e9coupe en tranche. Les mains s\u00fbres du poissonnier avec son couteau quand il a fendu l&rsquo;arr\u00eate centrale du carrelet et lui a ouvert le dos comme on ouvre un sac. Ses yeux continuent \u00e0 me regarder silencieusement. La marmite longue de la poisssoni\u00e8re ressemble a un cercueil et le couvercle \u00e0 un bouclier. Placer la b\u00eate sur la passoire, et l&rsquo;immerger, mais peut on parler d&rsquo;une b\u00eate pour un poisson . Cuire au court bouillon. Formule \u00e9vidente mais obscure . Eplucher carottes oignons. Ses mains d&rsquo;\u00e9cailleuse, courtes et noueuses quant elle ouvrait les coquilles, sans fa\u00e7on, arrachant les visc\u00e8res pour ne garder que la chair blanche tremblante. J&rsquo;ai vu leur passage rapide devant la fen\u00eatre et je n&rsquo;ai plus de t\u00eate. Je fais partie de cette esp\u00e8ce sans t\u00eate. Ils rentrent et j&rsquo;oublie la suite du programme tout \u00e0 leur r\u00e9pondre, paroles de saison, depuis quand je suis arriv\u00e9e, jusqu&rsquo;\u00e0 quand je vais rester, qui est dans la maison, il doit y avoir une maison pleine, non personne, enfin nous. Je n&rsquo;aime pas faire rentrer le temps dans les vacances, il les \u00e9trangle. Des feuilles de lauriers. les palmes acad\u00e9miques. J&rsquo;\u00e9pluche les pommes de terre, il crachine de nouveau et le linge que je viens d&rsquo;\u00e9tendre dehors \u00e0 rentrer. Beaucoup plus d&rsquo;\u00e9pluchures que de l\u00e9gumes, mes doigts sont si terreux que je refabrique une pomme de terre avec la chaire mise \u00e0 nue. Sur le papier du T\u00e9l\u00e9gramme, une jeune femme a enlev\u00e9 un enfant en jetant un liquide corrosif sur la vraie m\u00e8re, on a retrouv\u00e9 l&rsquo;enfant, et la voil\u00e0 l&rsquo;histoire de Salomon  dans la t\u00eate qui fait son chemin. Bagarre terrible et la poup\u00e9e se casse. Quelques minutes d&rsquo;inattention. Je me suis absent\u00e9e, en le laissant dans sa boite de verre. L&rsquo;infirmi\u00e8re affol\u00e9e. Ne laissez jamais votre enfant seul, on ne sais pas ce qu&rsquo;il peut arriver, tout le monde rentre comme dans un moulin, les portes volent au vent, ils vont d&rsquo;ailleurs fermer la maternit\u00e9, elle n&rsquo;est plus aux normes. Plus aux normes. Je passe de pi\u00e8ce en pi\u00e8ce, j&rsquo;ouvre les fen\u00eatres pour laisser passer la lumi\u00e8re, sortir l&rsquo;humidit\u00e9. Je sursaute en voyant une silhouette dans le miroir de l&rsquo;armoire, la robe de chambre en nid d&rsquo;abeille sur un cintre comme une mue d\u00e9pos\u00e9e sur la porte.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ils passent si nombreux et disparaissent. N&rsquo;ouvrez pas plus par piti\u00e9. La lumi\u00e8re brutale br\u00fble les fils, elle avale la chlorophylle des ramures. 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