{"id":39055,"date":"2021-07-15T22:54:15","date_gmt":"2021-07-15T20:54:15","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=39055"},"modified":"2021-07-16T07:07:43","modified_gmt":"2021-07-16T05:07:43","slug":"en-solitude-la-nuit","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/en-solitude-la-nuit\/","title":{"rendered":"#L4 |\u00a0En solitude, la Nuit."},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comme les hommes, il y a les livres d&rsquo;une vie et il y a les livres d&rsquo;une nuit. De ces nuits de solitude, o\u00f9 une urgence nous grimpe \u00e0 l&rsquo;estomac et o\u00f9 le terrible \u00e9coeurement du si\u00e8cle nous \u00e9touffe. Aucune pr\u00e9sence autre que celle de cet auteur lointain ne pourrait rendre le ventre chaud. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Souvent, la nuit je ne dors pas. Apr\u00e8s tout, il y a une mati\u00e8re sur mes draps. Et toujours, jet\u00e9s au bord de mon lit, en voyage dans la valise, trop lourde apr\u00e8s, au sol dans des appartements de fortune, dress\u00e9s sur une table de chevet branlante; les livres. Des livres qu&rsquo;on avale sans reprendre sa respiration et dont on ne se souviendra de rien d&rsquo;autre qu&rsquo;une empreinte en nous &#8211; comme les amants, muets observateurs de nos corps vieillissants.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour Le trou de la serrure<em>,<\/em> de Branko Radicevic. Pour parfois croire \u00eatre la seule au monde \u00e0 avoir lu ce livre, trouv\u00e9 en fran\u00e7ais dans une rue de Belgrade. Langue absente, images d\u00e9faillantes. Il est des femmes qui naissent dans des pays qui n&rsquo;existent plus. Un vieil homme tire au fusil dans le ciel &#8211; il a tu\u00e9 dieu. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;homme qui savait la langue des serpents, d&rsquo;Andrus Kivir\u00e4kh. Et cette folie de la solitude de vouloir rattraper \u00e0 pleine main la stupidit\u00e9 de l&rsquo;homme. La salamandre se cache dans les fleurs de foug\u00e8res &#8211; malheureusement les foug\u00e8res n&rsquo;ont pas de fleurs et les deuils sont empli de rage.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Avril bris\u00e9, d&rsquo;Isma\u00efl Kadar\u00e9. Comme des silhouettes, comme des ombres chinoises, qui courent inexorablement vers leur mort, avec une robe de mari\u00e9e poussi\u00e9reuse derri\u00e8re &#8211; il y a des regards \u00e0 ne pas croiser. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dracula, de Bram Stoker. Qui donc reconna\u00eet \u00e0 Jonathan Harker son courage et sa valeur ? Je ne me souviens de rien si ce n&rsquo;est qu&rsquo;il vaut mieux fermer ses fen\u00eatres la nuit et que la peur peut se barbouiller de caprices.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">M\u00e9moires de Hongrie, de Sandor Marai &#8211; il y a un vieil homme qui descend lui donner un album de photos. Si Sandor s&rsquo;en souvient alors nous aussi et l&rsquo;insignifiant peut \u00eatre immortel. Lu sur les bords du Danube, t\u00e9moin \u00e9ternel des guerres fratricides et cette vieille femme me dit \u00ab\u00a0il faut lire pour apprendre. Apprendre quoi faire quand la guerre arrive.\u00a0\u00bb J&rsquo;ai appris, Sandor. La langue de l&rsquo;\u00e9crivain est sa patrie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et qui se souviendra d&rsquo;Albert Cossery et de Mendiants et Orgueilleux ? De toute fa\u00e7on, la bombe nucl\u00e9aire a \u00e9t\u00e9 invent\u00e9, alors comprenez que les bienheureux sont les ivrognes sans foi ni loi et sans feu ni lieu&#8230; Ils ont compris, eux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Moi, j&rsquo;ai compris avec Lignes de failles et Nancy Houston que les secrets viennent d\u00e9border nos chairs et transpercer nos sueurs, dans leur n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;\u00eatre hurl\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comme les Hauts de Hurlevents, d&rsquo;Emilie Br\u00f6nte dont il ne me reste rien qu&rsquo;un \u00e9trange malaise, comme l&rsquo;esprit fouett\u00e9 par trop de vent et de col\u00e8re et je suis trop jeune pour savoir si c&rsquo;est comme \u00e7a qu&rsquo;on aime ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ou si c&rsquo;est comme dans Grief is the thing with feathers, de Max Porter en acceptant que les fant\u00f4mes ne peuvent pas nous hanter&#8230; l&rsquo;\u00e2me ne se d\u00e9pose que sur les r\u00e9miniscences de l&rsquo;enfance &#8211; une balan\u00e7oire, un pain au chocolat, une flaque.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et quand j&rsquo;\u00e9tais enfant, la taie d&rsquo;oreiller sur la lampe de chevet&#8230; je n&rsquo;ai jamais r\u00e9ussi \u00e0 me souvenir du nom&#8230; l&rsquo;histoire d&rsquo;un petit gar\u00e7on&#8230; qui parle \u00e0 une flaque&#8230; dans son village il y a une vieille dame qui tous les jours met une robe diff\u00e9rente et sors sur sa terrasse prendre le th\u00e9&#8230; un jour elle mettra sa plus belle robe et elle ira mourir&#8230; et comment peut-on d\u00e9j\u00e0 manquer ses souvenirs en \u00e9tant si petit ? On me dit mais tu l&rsquo;as r\u00eav\u00e9 ce livre. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tant mieux. Comme \u00e7a je l&rsquo;\u00e9crirai. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Comme les hommes, il y a les livres d&rsquo;une vie et il y a les livres d&rsquo;une nuit. De ces nuits de solitude, o\u00f9 une urgence nous grimpe \u00e0 l&rsquo;estomac et o\u00f9 le terrible \u00e9coeurement du si\u00e8cle nous \u00e9touffe. Aucune pr\u00e9sence autre que celle de cet auteur lointain ne pourrait rendre le ventre chaud. 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