{"id":39158,"date":"2021-07-16T12:42:16","date_gmt":"2021-07-16T10:42:16","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=39158"},"modified":"2021-07-16T12:42:51","modified_gmt":"2021-07-16T10:42:51","slug":"4l-mais-ce-que-je-me-demande-est-ce-que-lart-est-fait-pour-quon-sen-souvienne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/4l-mais-ce-que-je-me-demande-est-ce-que-lart-est-fait-pour-quon-sen-souvienne\/","title":{"rendered":"#L4 \/ Mais ce que je me demande. Est-ce que l\u2019art est fait pour qu\u2019on s\u2019en souvienne ?"},"content":{"rendered":"\n<p>Comment moi je sais si peu parler des mots, des livres des autres. Parce que est-ce que je me souviens vraiment des mots, de la langue, du chant, de la ponctuation, de la longueur des phrases&nbsp;? Mais ce que je me demande. Est-ce que l\u2019art est fait pour qu\u2019on s\u2019en souvienne&nbsp;? je veux dire par l\u00e0. Est-ce que \u00e7a fait sens de retenir la forme m\u00eame de l\u2019art. Est-ce que l\u2019art n\u2019est pas avant tout une exp\u00e9rience, une aventure, un endroit o\u00f9 le corps est lanc\u00e9 dans la bataille. Un endroit d\u2019un tel d\u00e9placement de soi que ce qui compte c\u2019est ce que \u00e7a bouge en nous et comment on sort transform\u00e9 de cette exp\u00e9rience.<\/p>\n\n\n\n<p>Je me souviens de livres oui. Des livres ou des textes qui ont retenti au plus profond de moi. De par ce qu\u2019ils racontaient, ouvraient comme champs nouveaux, de par la fa\u00e7on dont ils me parlaient de moi, des autres, des paysages, des ailleurs du monde. Mais que sais-je encore des mots qui sont derri\u00e8re&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Je sais que tout commence avec la Comtesse de S\u00e9gur, les malheurs de Sophie. J\u2019en avais entendu les premi\u00e8res pages dans la bouche d\u2019une cousine et je n\u2019avais plus qu\u2019une h\u00e2te&nbsp;: aller \u00e0 l\u2019\u00e9cole pour apprendre \u00e0 lire. Pour lire ce livre-l\u00e0. Je sentais que le monde allait s\u2019ouvrir pour moi, se d\u00e9ployer, prendre de nouvelles dimensions. Ce livre-l\u00e0 pour moi c\u2019est comme si il contenait tous les livres qui suivent. Comme si se logeait en lui tout mon amour des livres. Un livre s\u00e9same. Et une h\u00e9ro\u00efne f\u00e9minine, il y en a si peu au fond.<\/p>\n\n\n\n<p>Je me souviens si nettement d\u2019Enfance de Maxime Gorki. Pour le vie rude, le monde paysan, cette grand-m\u00e8re qui appelait le jeune gar\u00e7on petite \u00e2me bleue. Pour ce Dieu tant\u00f4t doux tant\u00f4t vengeur, pour la violence des oncles et du grand-p\u00e8re, les meurtres les incendies. Pour les domo\u00ef vivant dans le foyer du po\u00eale \u00e0 bois. Et pour cette phrase, derni\u00e8re phrase du livre, adress\u00e9e par son grand-p\u00e8re au jeune gar\u00e7on \u00e0 pr\u00e9sent adolescent : Eh bien Alexis, tu ne vas rester pendu \u00e0 mon cou comme une m\u00e9daille toute ta vie, pars, va donc gagner ton pain. Et le voil\u00e0, quatorze ans, qui part sur les routes, seul.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a un livre lu et relu. Rerelu pour tous temps. Un livre totem. Un livre qui avait ce pouvoir de me fait rire. Hurler de rire je crois. La conjuration des imb\u00e9ciles de John Kennedy Tool. Un humour d\u00e9cal\u00e9, des images dr\u00f4latique. Et tellement irr\u00e9v\u00e9rencieux. Un h\u00e9ros ob\u00e8se vivant avec sa m\u00e8re, un r\u00e9gal.<\/p>\n\n\n\n<p>Des r\u00e9cits d\u2019aventures innombrables&nbsp;; voile, alpinisme, sp\u00e9l\u00e9ologie, funambulisme. Si possible en solitaire. Des r\u00e9cits qui n\u2019ont sans doute rien de bien litt\u00e9raire je ne sais plus. Les Frison-Roche, Haroun Tazief, Philippe Petit, Eric Tabarly. Que des hommes. Il fallait se r\u00eaver en homme.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a eu Pasolini. Celui-l\u00e0 avait la capacit\u00e9 de r\u00e9veiller les instincts, de rallumer le d\u00e9sir d\u2019\u00eatre pleinement en vie, si pleinement soi-m\u00eame. D\u2019oser affronter ses contradictions, d\u2019apprendre \u00e0 aimer sa complexit\u00e9, d\u2019embrasser ce que nous avions d\u2019incompris et d\u2019incompr\u00e9hensible.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a eu Peter Handke. Introspection. Et Outrage au public. Une autre fa\u00e7on de penser le th\u00e9\u00e2tre. Du th\u00e9\u00e2tre conceptuel. Radical. Pas de personnage. Pas de quatri\u00e8me mur. Du face \u00e0 face acteurs\/public. Des voyages \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de soi. Une remise en question des \u00e9vidences.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a eu Dostoievski. A une \u00e9poque cette langue foisonnante, ces psychologies profondes et si profond\u00e9ments complexes, tortur\u00e9es je ne faisais que \u00e7a. Lire et relire Dostoievski.<\/p>\n\n\n\n<p>Marguerite Duras tout un \u00e9t\u00e9. La plong\u00e9e. Le chant des mots, la rythmique, la ponctuation. Ces personnages \u00e0 la troisi\u00e8me personne. Une sensualit\u00e9 de la langue et des lieux. Sa capacit\u00e9 en tant qu\u2019autrice a \u00eatre tellement pr\u00e9sente dans ses livres tout en s\u2019effa\u00e7ant absolument pour n\u2019\u00eatre plus qu\u2019un grand universel.<\/p>\n\n\n\n<p>Des livres pour enfants lus adultes. Des autrices qui interrogent et se meuvent dans l\u2019inconscient avec une telle l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, une telle fantaisie. Astrid Lindgren, Kitty Crowther, Barbro Lindgren, Liz Rosenberg. Des autrices essentielles. Dont l\u2019enfance \u00e0 besoin pour se constuire en marge d\u2019un monde terriblement format\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Virginia Wolf Les vagues. Celui-l\u00e0 il m\u2019avait hallucin\u00e9. Comment on pouvait \u00e9crire comme \u00e7a. De cette fa\u00e7on-l\u00e0. Je n\u2019en revenais pas que ce ne soit pas une forme qui s\u2019\u00e9puise d\u2019elle-m\u00eame. Mais non. Elle se r\u00e9inventait sans cesse pour plonger et replonger encore et encore au fond des int\u00e9riorit\u00e9s, des subjectivit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Les \u00e9cris bruts. D\u00e9couverts au d\u00e9tour d\u2019expositions, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de dessins obsessionnels, trou\u00e9s, color\u00e9s. Des textes violents. Qui vous prennent aux tripes.<\/p>\n\n\n\n<p>Personnologue de S\u00e9bastian Dicenaire. Des mots qui s\u2019\u00e9crivent pour \u00eatre lus et dit par des bouches. La po\u00e9sie sonore. La langue b\u00e8gue. Qui d\u00e9rape et bug et accroche. Les r\u00e9p\u00e9titions. Les phrases qui tournent fous. Qui se composent se d\u00e9composent se recomposent pour tout raconter pareil et autrement. Pour cr\u00e9er d\u2019autres r\u00e9cits qui disent pourtant la m\u00eame chose. Ou pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Et Sophie Calle. J\u2019emm\u00e8nerais aussi cette fa\u00e7on de construire des r\u00e9cits en se mettant en exp\u00e9rience. Une forme d\u2019\u00e9criture perform\u00e9e, performative. Les endormis ou Filature.<\/p>\n\n\n\n<p>Et puis P\u00e9rec. Lui on ne le laissera pas de c\u00f4t\u00e9 impossible. Esp\u00e8ce d\u2019espace, livre essentiel et novateur. Convoquer l\u2019intime sans faire r\u00e9cit. Juste \u00e0 travers des listes. Comment faire de la lecture un \u00e9tat de presqu\u2019\u00e9criture. Comment faire d\u2019un lecteur l\u2019auteur m\u00eame du livre qu\u2019il a entre les mains.<\/p>\n\n\n\n<p>Embarquer aussi les Contes de Baba-Yaga illustr\u00e9s par Bilibine. La terrible Baba-Yaga, l\u2019ogresse aux bras poilus vivant dans sa cabane mont\u00e9e sur pattes de poules. Les dessins de Bilibine ressemblent \u00e0 des miniatures du Moyen \u00e2ge. La fascination pour ce monde ancestral, chamanique. O\u00f9 l\u2019alchimie c\u00f4toit sans cesse le merveilleux. O\u00f9 les monstres soudain deviennent doux. Et o\u00f9 les c\u0153urs purs triomphent toujours.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Comment moi je sais si peu parler des mots, des livres des autres. Parce que est-ce que je me souviens vraiment des mots, de la langue, du chant, de la ponctuation, de la longueur des phrases&nbsp;? Mais ce que je me demande. Est-ce que l\u2019art est fait pour qu\u2019on s\u2019en souvienne&nbsp;? je veux dire par l\u00e0. 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