{"id":39521,"date":"2021-07-18T00:52:49","date_gmt":"2021-07-17T22:52:49","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=39521"},"modified":"2021-08-31T10:13:26","modified_gmt":"2021-08-31T08:13:26","slug":"p3-heterotrophe","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/p3-heterotrophe\/","title":{"rendered":"#P3      H\u00e9t\u00e9rotrophe"},"content":{"rendered":"\n<p><em>D&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, la formidable assembl\u00e9e des gourmets, et de l&rsquo;autre, ch\u00e9tive et rougissante, la cr\u00e8me des hommes.*<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Elles enflent chaque ann\u00e9e un peu plus. En formes, en chair, enrob\u00e9es, rondouillettes, en surpoids, grosses, bouffies, ob\u00e8ses, amorphes, plus se tra\u00eener. Cholest\u00e9rol, diab\u00e8te 1-2-3, c\u0153urs gras gros, foie idem, avalent combien de cachets, \u00e0 la vie \u00e0 la mort. \u00c0 table, ressasse les souvenirs de table. \u00c0 chaque service, parle du suivant, chaque d\u00e9jeuner du d\u00eener. <em>C&rsquo;est excellent<\/em>. \u00c0 l&rsquo;abordage, abondance, \u00e7a d\u00e9borde. Et puis \u00e7a d\u00e9raille, exploration fibro, gastro, visite endoscopique du profond, pathologie du trop-plein.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">***<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow\">\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow\">\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow\">\n<p>Depuis quelques mois, j&rsquo;ai la sensation de ne plus pouvoir avaler autant de nourriture qu&rsquo;avant. Comme si mon estomac avait peu \u00e0 peu r\u00e9tr\u00e9ci. Je suis pris d&rsquo;\u00e9c\u0153urements soudains qui me font d\u00e9daigner ce que, jadis, j&rsquo;appr\u00e9ciais. Que m&rsquo;arrive-t-il&nbsp; ?<\/p>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<p>Avant, oui avant, je pouvais manger, d\u00e9vorer viandes et f\u00e9culents, pousser avec du pain et arroser le tout de quelques verres de vin rouge. Je me portais comme un charme. Mon syst\u00e8me digestif devait \u00eatre rutilant, tout-inox. J&rsquo;aimais les plats les plus roboratifs. Et par-dessus tout les abats, ce qui avait \u00e0 voir, de pr\u00e8s ou de loin, avec les entrailles. Je les ingurgitais goulument, m\u00e9ticuleusement. \u00c7a oui, je prenais mon pied ! Le petit j\u00e9sus en culotte de velours.<\/p>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<p>Un midi, alors que je venais de me r\u00e9galer d&rsquo;une copieuse formule entr\u00e9e-plat-fromage-dessert-caf\u00e9-boisson-comprise-pousse-caf\u00e9-offert, je tombais en arr\u00eat devant une vitrine. L&rsquo;odeur de fum\u00e9 incomparable des salaisons. Je ne r\u00e9sistais pas bien longtemps et poussais la porte d&rsquo;une boucherie-charcuterie tout ce qu&rsquo;il y a de plus banal. Des effluves de chair animale rassie flottaient, se m\u00e9langeaient aux pr\u00e9parations maison. Dans ce bouquet, je distinguais rillettes, poulet r\u00f4tis, jambon \u00e0 l&rsquo;os, p\u00e2t\u00e9 de t\u00eate, museau, saucisse s\u00e8che et andouille de Vire.<\/p>\n\n\n\n<p>Mon nez musardait tandis que mon \u0153il fut attir\u00e9 par le contenant d&rsquo;une bouteille, d&rsquo;un rouge profond. On m&rsquo;informa qu&rsquo;il s&rsquo;agissait de sang frais de porc. Un produit rare. Plus personne ne tue le cochon d\u00e9sormais. La besogne se fait bien \u00e0 l&rsquo;abris des regards, en p\u00e9riph\u00e9rie de nos villes, dans des usines parfaitement hygi\u00e9niques et insonoris\u00e9es. Les animaux y connaissent une fin bien plus heureuse que dans nos campagnes. Il para\u00eet m\u00eame qu&rsquo;on leur raconte des histoires pour les endormir. On sait combien nos industriels sont pr\u00e9cautionneux. Mais avec tout \u00e7a, le sang frais part dans des camions-citernes vers les usines de boudins&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Je ressortis avec la pr\u00e9cieuse bouteille bien emball\u00e9e. Il fallait faire vite car le sang frais coagule rapidement. Je rentrais sans d\u00e9lai \u00e0 la maison pour me pr\u00e9parer une douceur de mon enfance, presque un dessert.<\/p>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<p><em><strong>La sanquette de tata Mathilde<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>sang frais, 100 g de lard, 1 \u0153uf entier, \u00e9chalote et persil, du pain rassis, sel et poivre du moulin<\/p>\n\n\n\n<p>Procurez-vous le sang frais de deux volailles (id\u00e9alement du canard ou de l&rsquo;oie) ou \u00e0 d\u00e9faut l\u2019\u00e9quivalent en sang de porc. Celui d&rsquo;un nouveau-n\u00e9 peut faire l&rsquo;affaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Hacher l&rsquo;ail et le persil puis r\u00e9server. Couper le pain rassis en d\u00e9s puis r\u00e9server. Faire griller le lard dans une po\u00eale. Battre l\u2019\u0153uf puis le m\u00e9langer d\u00e9licatement au sang frais. Dans un compotier, \u00e9taler tous les ingr\u00e9dients. Recouvrez avec le sang. Salez et poivrez. Laisser reposer au frais le temps que le sang coagule. Dans une po\u00eale bien chaude, faire glisser la galette de sang ainsi obtenue. Cuire 5 \u00e0 7 minutes sur chaque face. La sanquette doit rester bien moelleuse et avoir la consistance du contenu d&rsquo;un boudin \u00e9ventr\u00e9. D\u00e9gustez chaud sur un lit de salade et d&rsquo;herbes aromatiques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">***<\/p>\n\n\n\n<p><em>On trouve parfois d&rsquo;authentiques plats locaux, d&rsquo;usage courant et de plaisir certain tel ce sang de femme rissol\u00e9 aux lardons, ail et persil, qu&rsquo;on appelle \u00ab&nbsp; sanguinette&nbsp; \u00bb. Il s&rsquo;agit plus d&rsquo;un exercice intellectuel que d&rsquo;une habituelle pr\u00e9paration gastronomique.*<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>* Roland Topor, <em>La cuisine cannibale<\/em>,1970<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, la formidable assembl\u00e9e des gourmets, et de l&rsquo;autre, ch\u00e9tive et rougissante, la cr\u00e8me des hommes.* Elles enflent chaque ann\u00e9e un peu plus. En formes, en chair, enrob\u00e9es, rondouillettes, en surpoids, grosses, bouffies, ob\u00e8ses, amorphes, plus se tra\u00eener. 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