{"id":40538,"date":"2021-07-22T14:56:55","date_gmt":"2021-07-22T12:56:55","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=40538"},"modified":"2021-07-22T14:58:35","modified_gmt":"2021-07-22T12:58:35","slug":"ancien-monde-nouveaux-mondes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ancien-monde-nouveaux-mondes\/","title":{"rendered":"#L5 Ancien monde, nouveaux mondes"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"768\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/grange-1-1024x768.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-40567\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/grange-1-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/grange-1-420x315.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/grange-1-768x576.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/grange-1-1536x1152.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/grange-1-2048x1536.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>jeu de piste savant teint\u00e9 de sourdes inqui\u00e9tudes<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Une \u00e9chelle est appuy\u00e9e au mur. Il grimpe, marche sur un plancher craquant, tente d\u2019en \u00e9viter les fissures, pose sa main contre un nouveau mur, l\u00e8ve la t\u00eate.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Il cherche mais ne trouve pas. Il cherche quoi&nbsp;? Il cherche. Une \u00e9chelle est appuy\u00e9e au mur. Ce n\u2019est sans doute pas un hasard. Quelqu\u2019un l\u2019a appuy\u00e9e contre le mur, cette \u00e9chelle. Qui&nbsp;? Il tend l\u2019oreille. Rien sinon les moutons, leurs b\u00ealements rauques, leurs clochettes. Il doit bien y avoir quelqu\u2019un qui s\u2019en occupe, de ces moutons. Il grimpe. S\u2019il y a une \u00e9chelle, c\u2019est qu\u2019il faut grimper, non&nbsp;? La solution, c\u2019est en haut. En bas, il n\u2019y a rien&nbsp;: un seau en fer plein de clous rouill\u00e9s, des clous anciens \u00e0 tige carr\u00e9e, ce n\u2019est forc\u00e9ment pas cela. \u00c0 moins que\u2026 Les clous de la sainte croix, les vrais, les trois vrais clous de la sainte croix, peut-\u00eatre est-ce cela, l\u2019objet de la qu\u00eate, mais il en est plein, de clous, ce bidon, comment savoir lesquels sont les vrais&nbsp;? Des clous de la sainte croix, on en trouve par paquets de douze un peu partout dans la chr\u00e9tient\u00e9&nbsp;: sous la forme d\u2019un mors dans l\u2019abside de la cath\u00e9drale de Milan&nbsp;; dans le tr\u00e9sor de celles de Carpentras, de Tr\u00e8ves, de Bamberg et de Colle di Val d\u2019Elsa&nbsp;; dans la Sainte Lance des r\u00e9gales imp\u00e9riales \u00e0 Vienne&nbsp;; dans la couronne de fer de Lombardie \u00e0 Monza&nbsp;; partout des clous tout ce qu\u2019il y a de plus authentiques, avec des traces du sang de J\u00e9sus qui suinte encore aux offices des T\u00e9n\u00e8bres le Vendredi Saint quand le chantre dans une nuit d\u2019encre prononce d\u2019une voix s\u00e9pulcrale <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=xeIxhkIXR-o&amp;t=12s\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\"><em>Et inclinato capite, emisit spiritum<\/em><\/a>. Ou ce serait le quatri\u00e8me clou, sa qu\u00eate&nbsp;? Celui qui ne crucifia personne mais qui illumina le d\u00e9sert et qui poussa, voil\u00e0 deux-mille ans, les Tsiganes et autres Gitans sur les routes de l\u2019errance. Non. Ces clous sont une diversion&nbsp;: faut grimper l\u2019\u00e9chelle, la solution se trouve en haut. Il marche sur un plancher craquant, craint \u00e0 chaque instant de tomber, s\u2019accroche \u00e0 un mur. C\u2019est vide, d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment vide. Il n\u2019y a aucun moyen de monter sur le toit. Il n\u2019y a rien. On l\u2019a envoy\u00e9 sur une fausse piste. Ils avaient l\u2019air si s\u00fbrs pourtant. Rentrer bredouille&nbsp;? Il conna\u00eet le ch\u00e2timent. Leur ramener un de ces clous et inventer quelque l\u00e9gende farfelue pour les amadouer&nbsp;? Ils sauraient \u00e0 l\u2019instant m\u00eame o\u00f9 il ouvrirait la bouche qu\u2019il leur ment, parce qu\u2019ils savent, eux, le tr\u00e9sor cach\u00e9 dans cette grange.<\/p>\n\n\n\n<p><em>la maman, une dame bonne elle aussi, travailleuse, disait aux enfants d\u2019aller chercher de la confiture dans la cave de derri\u00e8re, ils descendaient dans la cave de devant, se demandaient si la confiture on la met au cong\u00e9lateur, ouvraient le bahut, revenaient bredouilles pour se faire expliquer par la maman que la cave de derri\u00e8re c\u2019\u00e9tait l\u2019autre<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019enfant est dans le corridor. Il h\u00e9site. La confiture, c\u2019est dans la cave de derri\u00e8re. Derri\u00e8re quoi&nbsp;? Derri\u00e8re qui&nbsp;? Il se retourne. Derri\u00e8re lui, c\u2019est le dessin d\u2019un cheval, une t\u00eate de cheval au crayon-papier, un cheval blanc. Derri\u00e8re, ce n\u2019est pas l\u00e0. Derri\u00e8re, c\u2019est de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 d\u2019une des deux portes, mais laquelle&nbsp;? Derri\u00e8re, c\u2019est descendre des escaliers la nuit. Des deux c\u00f4t\u00e9s, la cave de derri\u00e8re, la cave de devant, la nuit, \u00e7a fait peur. L\u2019une des deux \u2013 laquelle&nbsp;? \u2013 c\u2019est de la terre battue et cette odeur terrible de choucroute qui pourrit&nbsp;; l\u2019autre \u2013 devant&nbsp;? derri\u00e8re&nbsp;? \u2013 c\u2019est du c\u00f4t\u00e9 de la route, le grand cong\u00e9lateur, le couvercle si difficile \u00e0 soulever, les bonbonnes de goutte pour les hommes, avec les \u00e9tiquettes pomme, poire, kirsch, pruneau&nbsp;; \u00e7a sent moins mauvais mais du c\u00f4t\u00e9 de la route, c\u2019est par l\u00e0 que surgissent les voleurs et les assassins qui se tapissent derri\u00e8re la haie et qui soudain vous sautent \u00e0 la gorge et vous mordent et vous assassinent, mais la confiture, c\u2019est de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 \u2013 derri\u00e8re ou devant&nbsp;? \u2013 du c\u00f4t\u00e9 du hangar, du c\u00f4t\u00e9 o\u00f9 il n\u2019y a pas de voleurs mais seulement cette puanteur qui donne envie de vomir. L\u2019enfant reste immobile sous le cheval blanc et il pleure. Il n\u2019y a pas seulement devant et derri\u00e8re qu\u2019il ne comprend pas, l\u2019enfant, il y a d\u2019en-haut et d\u2019en-bas et aussi en-\u00e7a et en-l\u00e0 et m\u00eame \u00e0 gauche et \u00e0 droite il a de la peine m\u00eame si on lui a donn\u00e9 le truc pour \u00e0 gauche et \u00e0 droite, \u00e0 droite \u2013 ou \u00e0 gauche&nbsp;? \u2013 c\u2019est du c\u00f4t\u00e9 de la tache mais la tache est sous le pantalon et il n\u2019ose pas se d\u00e9shabiller, l\u2019enfant, comme \u00e7a au milieu du corridor, \u00e7a ne se fait pas, alors il essaie de faire comme si c\u2019\u00e9tait un jeu, un de ces jeux de l\u2019\u00e9cole avec une carte et les courbes de niveau et les rivi\u00e8res en bleu, les for\u00eats en vert, des petits carr\u00e9s pour les maisons, des traits pour les routes. Il imagine le dessin sur la carte&nbsp;: le corridor, un trait, coup\u00e9 par un autre trait, la porte de devant \u2013 celle de derri\u00e8re&nbsp;? \u2013 le trait, il est de quel c\u00f4t\u00e9 du corridor&nbsp;? Il faut tenir la carte dans le bon sens. Il y a le nord, le sud, l\u2019est et l\u2019ouest, sur la carte, pas le devant, pas le derri\u00e8re, pas l\u2019en-haut \u2013 le nord, c\u2019est en haut sur la carte \u2013 ni tous ces mots qu\u2019ils disent, en-\u00e7a, en-l\u00e0, tout \u00e7a. L\u2019ouest, il sait o\u00f9 c\u2019est. Le matin, l\u2019ouest, c\u2019est o\u00f9 le soleil se l\u00e8ve et c\u2019est du c\u00f4t\u00e9 de chez grand-maman que le soleil se l\u00e8ve. Papa raconte que chaque matin, grand-maman ouvre la porte de sa grange et qu\u2019elle lib\u00e8re le soleil, mais c\u2019est faux, \u00e0 l\u2019\u00e9cole, ils ont dit que le soleil, c\u2019est tr\u00e8s loin et tr\u00e8s grand et tr\u00e8s chaud, mais c\u2019est la nuit, il n\u2019y a pas de soleil et ce corridor, il n\u2019est pas tourn\u00e9 vers l\u2019ouest, la porte de devant, c\u2019est soit au nord soit au sud et il ne sait plus comment on fait pour le nord et le sud, l\u2019enfant, alors il choisit le moins pire, la choucroute plut\u00f4t que l\u2019assassin, et il descend tr\u00e8s vite les escaliers et arrive dans la cave \u2013 de derri\u00e8re ou de devant&nbsp;? \u2013 mais il n\u2019y a pas de lumi\u00e8re. Il se souvient&nbsp;: pour la cave de derri\u00e8re, il faut peser sur le bouton dans le corridor. C\u2019est donc bien la cave de derri\u00e8re mais sans lumi\u00e8re comment trouver la confiture&nbsp;? L\u2019enfant se r\u00e9sout \u00e0 remonter les escaliers, quatre \u00e0 quatre, malgr\u00e9 la nuit. Il entre dans le corridor, claque la porte, se retrouve devant les boutons. Il y en a deux, de boutons, c\u2019est sur lequel qu\u2019il faut peser, celui d\u2019en-haut ou celui d\u2019en bas&nbsp;? Il se dit que logiquement, la cave, c\u2019est en bas, donc logiquement il faudrait peser sur le bouton d\u2019en bas, mais il sait qu\u2019\u00e0 une place c\u2019est faux, le bouton d\u2019en haut c\u2019est pour en bas et celui d\u2019en bas c\u2019est pour en haut mais c\u2019est peut-\u00eatre dehors que c\u2019est faux et ici c\u2019est juste, alors va pour le bouton d\u2019en bas. Il sort. Il ne faut pas oublier la cl\u00e9 pour la cave, elle est dans le trou du mur, c\u2019est facile, il n\u2019y a que cette cl\u00e9-l\u00e0. L\u2019enfant se trouve \u00e0 nouveau devant la porte de la cave de derri\u00e8re. Il est certain maintenant d\u2019\u00eatre \u00e0 la bonne place, ce n\u2019est pas la premi\u00e8re fois qu\u2019il vient chercher de la confiture&nbsp;; dans l\u2019autre cave, c\u2019est pour chercher des glaces, tout est clair maintenant&nbsp;: la cave de derri\u00e8re, c\u2019est celle de la confiture et de la choucroute mais il y a encore un probl\u00e8me, il faut tourner la cl\u00e9 dans la serrure, mais est-ce qu\u2019il faut tourner la cl\u00e9 vers la gauche ou vers la droite, il ne sait plus, de toute fa\u00e7on la gauche et la droite il n\u2019a jamais su, alors il faut essayer comme \u00e7a vient et si \u00e7a ne marche pas on fait deux tours dans l\u2019autre sens. \u00c7a va dur, il faut un peu soulever la porte pour la d\u00e9coincer mais c\u2019est bon, c\u2019est ouvert et c\u2019est allum\u00e9, il a fait tout juste, l\u2019enfant, il ne lui reste plus qu\u2019\u00e0 ouvrir l\u2019armoire des confitures, vite prendre un pot et remonter \u00e0 la course. C\u2019est facile. L\u2019armoire est juste en face, il y a une porte coulissante, il suffit de pousser et voil\u00e0 les pots, mais il y a encore un souci, c\u2019est qu\u2019il faut prendre le bon pot, celui que maman a dit, mais il ne se souvient plus, l\u2019enfant, est-ce que c\u2019est fraise-rhubarbe ou cerise ou raisinets ou de la gel\u00e9e aux coings, il ne sait plus, l\u2019enfant. Il y a aussi de la confiture aux abricots, c\u2019est facile \u00e0 reconna\u00eetre, mais il y en avait hier, de la confiture aux abricots, alors c\u2019est s\u00fbrement une autre, pour changer, mais laquelle&nbsp;? L\u2019enfant est l\u00e0, plant\u00e9 devant l\u2019armoire \u00e0 confitures. \u00c7a pue la choucroute rance. Il faut choisir vite. Maman a fait de la tresse, il se souvient qu\u2019elle a fait de la tresse et il aime la confiture \u00e0 la cerise sur la tresse, alors il prend \u00e7a, c\u2019est facile, c\u2019est \u00e9crit sur une \u00e9tiquette et il sait lire l\u2019enfant, alors il prend un pot de confiture \u00e0 la cerise et il remonte les escaliers mais pas trop vite parce qu\u2019il ne faut pas laisser tomber le pot. C\u2019est en verre et il est pieds nus, l\u2019enfant. Il ferme la porte de devant \u2013 ou bien celle de derri\u00e8re, maintenant \u00e7a n\u2019a plus d\u2019importance \u2013 et le voil\u00e0 au chaud dans la cuisine avec la maman qui dit&nbsp;: tu as \u00e9teint la lumi\u00e8re \u00e0 la cave&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>cet ouragan de phrases d\u00e9finitives qui hurlent dans le cr\u00e2ne<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Je lui avais dit, moi, que l\u2019agriculture, c\u2019est fini.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Ils vendent. C\u2019est fini. C\u2019est comme \u00e7a. C\u2019est ma vie qu\u2019ils vendent. L\u2019agriculture, de toute fa\u00e7on, j\u2019ai toujours dit que c\u2019\u00e9tait foutu. Depuis longtemps, je leur dis, mais personne m\u2019\u00e9coute. Je leur crie que c\u2019est ma vie qu\u2019ils vendent mais j\u2019ai beau crier, ils vendent. C\u2019est comme \u00e7a, \u00e7a me ronge du dedans que ce soit comme \u00e7a mais j\u2019ai toujours dit que l\u2019agriculture, qu\u2019est-ce que vous voulez faire&nbsp;? Quand ils ont commenc\u00e9 avec ces grosses machines, je leur ai d\u00e9j\u00e0 dit, moi, que c\u2019\u00e9tait rien qui vaille, que \u00e7a finirait mal, et voil\u00e0 comment \u00e7a finit, tout est vide, ils vendent, c\u2019\u00e9tait \u00e9crit d\u2019avance.&nbsp;\u00c0 l\u2019\u00e9poque, on \u00e9tait paysan, pas agriculteur. Ils ont voulu rationnaliser, c\u2019est le mot qu\u2019ils ont employ\u00e9, rationnaliser, et moderniser, et produire, et ils sont arriv\u00e9s avec leurs moissonneuses-batteuses, leurs becs \u00e0 ma\u00efs, leurs machines \u00e0 patates, mais nous, les patates, on les arrachait au croc et on fauchait \u00e0 la faux, on \u00e9tait proche de la terre, \u00e0 l\u2019\u00e9poque, on n\u2019\u00e9tait pas assis sur des \u00e9normes tracteurs toute la journ\u00e9e ou devant des ordinateurs, on se salissait les mains, nous, \u00e0 l\u2019\u00e9poque, mais maintenant ils vendent, je l\u2019ai toujours dit, qu\u2019ils en viendraient \u00e0 vendre, mais \u00e7a me fait quelque chose qu\u2019ils vendent, j\u2019ai envie de leur crier qu\u2019ils peuvent pas vendre comme \u00e7a mais personne m\u2019\u00e9coute, moi, je suis le vieux qui a des id\u00e9es de vieux et si on avait \u00e9cout\u00e9 tes id\u00e9es de vieux, qu\u2019ils me disent, \u00e7a fait trente ans qu\u2019on aurait vendu, mais n\u2019emp\u00eache que maintenant, il vendent, et que c\u2019est fini, et que c\u2019est toute ma vie qu\u2019ils vendent, toute ma vie de chien, parce qu\u2019ils ne savent pas ce que c\u2019est, au chaud dans la cabine du tracteur, la vie qu\u2019on a eue nous, toujours pench\u00e9s qu\u2019on \u00e9tait, toujours les pieds dans la boue, debout \u00e0 cinq heures qu\u2019on \u00e9tait, une vie de chien qu\u2019on a eue mais une vie qu\u2019on aimait parce que c\u2019\u00e9tait notre terre qu\u2019on travaillait. \u00c7a, \u00e7a leur passe par-dessus. C\u2019\u00e9tait notre terre et ils la vendent&nbsp;; c\u2019\u00e9tait notre vie et ils la vendent. Puisque c\u2019est comme \u00e7a, ils ont qu\u2019\u00e0 me vendre avec. De toute fa\u00e7on, qui se soucie de moi&nbsp;? De toute fa\u00e7on, personne m\u2019\u00e9coute.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>r\u00eaver une pens\u00e9e l\u00e9g\u00e8re qui se renverse \u00e0 tout moment<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>On peut aussi faire un jeu sur la terrasse, Uno, j\u2019aime bien Uno, je gagne toujours \u00e0 Uno.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Un jeu&nbsp;? Non, pas maintenant, parce que je dors. Je dors&nbsp;? Mais non, je suis assis au bureau et je regarde des jeux. Un jeu&nbsp;? Je regarde seulement. Non, je dors. Je joue aussi au jeu des trains, j\u2019aime bien le jeu des trains, parce c\u2019est l\u2019Am\u00e9rique, le jeu des trains&nbsp;; ils disent le nom des villes, je r\u00e9p\u00e8te apr\u00e8s eux mais j\u2019oublie \u00e0 mesure. Attends&nbsp;: les villes en Am\u00e9rique, il y a quoi&nbsp;? Ce qui est facile avec Uno, c\u2019est qu\u2019il n\u2019y a qu\u2019un mot \u00e0 dire, Uno, quand on n\u2019a plus qu\u2019une seule carte. Des fois, je perds, \u00e0 Uno, mais d\u2019habitude, je gagne, mais pas maintenant, apr\u00e8s. Maintenant, je dors. Je regarde des jeux. Je pense \u00e0 quoi&nbsp;? Attends&nbsp;: Chicago. C\u2019est une ville en Am\u00e9rique, \u00e7a, Chicago. Ils disent \u00e7a pour dire escargot. Ils sont b\u00eates. Je les aime tous, papa, maman, tous, sauf les enfants. Ils m\u2019emb\u00eatent mais je les aime bien. Et le b\u00e9b\u00e9, il est chou, j\u2019aime le porter. C\u2019est qui qui y est d\u00e9j\u00e0 all\u00e9, en Am\u00e9rique&nbsp;? Pas moi. Ils ont \u00e9t\u00e9 \u00e0 New-York. Pas moi. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 o\u00f9, moi&nbsp;? en France. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 en Allemagne aussi, j\u2019ai mang\u00e9 des frites en Allemagne et je suis tomb\u00e9 dans la for\u00eat. La For\u00eat Noire, c\u2019est en Allemagne. C\u2019est un g\u00e2teau avec du chocolat. J\u2019aime le chocolat. \u00c0 Uno, ce que j\u2019aime le mieux, c\u2019est la carte +4, mais je dors. S\u00e9rieux&nbsp;? Je dors&nbsp;? Mais non, je joue avec eux. Trois wagons orange. Depuis Chicago jusqu\u2019\u00e0 je ne sais pas o\u00f9. Je dors. Dans mes r\u00eaves, il y a quoi&nbsp;? Je ne dors pas. Ce sont des vraies gens. Je les connais. C\u2019est papa, maman, tous ceux qu\u2019il y a toujours. Demain, j\u2019ai cong\u00e9. On boit l\u2019ap\u00e9ro. Des fois, je prends de la bi\u00e8re. J\u2019aime la bi\u00e8re mais je pr\u00e9f\u00e8re la Bilz, c\u2019est comme de la bi\u00e8re mais c\u2019est bon&nbsp;; la bi\u00e8re, je n\u2019arrive jamais aller au fond, j\u2019aime pas tellement la bi\u00e8re, le pr\u00e9f\u00e8re le coca, c\u2019est \u00e7a qu\u2019ils m\u2019ont mis dans la piq\u00fbre, du coca, je l\u2019ai dit, moi, du coca, et ils ont tous \u00e9clat\u00e9 de rire, mais j\u2019ai pas eu mal quand ils ont fait la piq\u00fbre, je suis fort, moi, je n\u2019ai jamais mal. \u00c0 Uno, j\u2019aime bien quand c\u2019est interdit au prochain et aussi changer de sens. Des fois, je dis que je coupe, c\u2019est quand c\u2019est la m\u00eame carte que celle d\u2019avant, un trois jaune ou un sept vert, \u00e7a d\u00e9pend, j\u2019aime aussi bien la bataille, les as surtout et les rois, mais est-ce que je dors ou pas&nbsp;? Maman me dit de venir d\u00e9jeuner, que le bus il arrive, il faut te d\u00e9p\u00eacher. Oui grand-m\u00e8re, je lui r\u00e9ponds, elle n\u2019aime pas quand je lui dis grand-m\u00e8re mais c\u2019est vrai, elle est grand-m\u00e8re, trois fois elle grand-m\u00e8re, maman, et papa, je dis oui grand-p\u00e8re et maman je dis la femme, elle aime encore moins quand je lui dis la femme mais papa rigole, alors je dis la femme. Uno&nbsp;! Je dis&nbsp;: bleu. Six bleu. J\u2019ai gagn\u00e9. Je suis troisi\u00e8me. J\u2019ai gagn\u00e9 troisi\u00e8me. Non, j\u2019ai vu, moi, il n\u2019y avait pas faute, il a touch\u00e9 le ballon, regarde. Ou bien c\u2019est un r\u00eave peut-\u00eatre, ceux des \u00e9tiquettes qui courent dans ma chambre depuis tous les pays&nbsp;: des bleus, c\u2019est la France, des blancs, c\u2019est l\u2019Angleterre, des jaunes, c\u2019est quoi&nbsp;? Su\u00e8de. Des jaunes, c\u2019est la Su\u00e8de. Et des rouges&nbsp;? Deux rouge. Uno&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p><strong>cette langue aux relents d\u2019ici qu\u2019on croit mim\u00e9e aux \u00e9coles primaires<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Quatre moutons couch\u00e9s dans l\u2019herbe.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Les moutons, ce sont ceux \u00e0 Ernest du village en-dessus. Il les met p\u00e2turer par chez nous. P\u00e2turer, c\u2019est manger l\u2019herbe dans un pr\u00e9 puis une fois que tout est ras d\u00e9placer les moutons dans le pr\u00e9 d\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9. Ernest vient voir ses moutons tous les soir. Ils n\u2019ont pas de nom, les moutons \u00e0 Ernest. Ce n\u2019est pas pour leur donner des noms qu\u2019il les \u00e9l\u00e8ve, ses moutons, c\u2019est pour la viande. Ce sont de gros moutons, de volumineuses b\u00eates qui donnent aussi de la laine. Le mouton est un animal bien pratique dans nos campagnes. Il fait partie des ovins, il est muni de quatre pattes et de deux oreilles, comme les \u00e2nes du pr\u00e9 que raconte la grand-m\u00e8re, combien cela fait-il de pattes et de zoreilles&nbsp;? Quatre moutons \u00e0 quatre pattes et \u00e0 deux zoreilles, \u00e7a fait vingt-quatre. Mais revenons \u00e0 nos moutons. Les moutons sont \u00e9lev\u00e9s pour la laine et pour la viande, ceux d\u2019Ernest en tout cas. La laine il faut la tondre. Si ton tonton tond ton tonton, la grand-m\u00e8re a toujours une histoire avec des mots bizarres \u00e0 raconter, mais pour les moutons, la tonte a lieu une fois par ann\u00e9e. Ceux \u00e0 Ernest, c\u2019est pour bient\u00f4t, vu comme ils sont gros. C\u2019est un volume en trompe-l\u2019\u0153il&nbsp;: apr\u00e8s la tonte, ils ont l\u2019air deux fois plus petits. Mais ce n\u2019est pas la laine qui int\u00e9resse le plus Ernest, c\u2019est la viande, la merguez surtout. Certains moutons sont uniquement transform\u00e9s en merguez. Mais il y a bien d\u2019autres parties dans le mouton&nbsp;: le gigot, la selle, le filet, les c\u00f4tes, la poitrine, l\u2019\u00e9paule, le papillon, le collier, tout un tas de morceaux \u00e0 mijoter ou \u00e0 griller, m\u00eame si la viande de mouton, c\u2019est un peu fort et que souvent quand on dit du mouton, c\u2019est de l\u2019agneau, m\u00eame si ceux \u00e0 Ernest, gros comme ils sont, ce ne sont \u00e0 coup s\u00fbr pas des agneaux, m\u00eame pas des brebis, ce sont de bon vrais m\u00e2les, des b\u00e9liers comme on dit, comme ceux du Jura, les B\u00e9liers et les Sangliers, vous savez, ceux qui sont pour le Jura bernois et ceux qui sont contre. Pourquoi, ceux du vrai Jura ind\u00e9pendant, ceux qui chantent la main dans la main <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=YEUEY_OzYHw\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">la Rauracienne<\/a> <em>du lac de Bienne aux portes de la France<\/em>, ceux qui ont vol\u00e9 la pierre d\u2019Unspunnen pour y graver les \u00e9toiles europ\u00e9ennes, pourquoi ceux d\u2019en-haut les cr\u00eates du Jura, on leur dit les B\u00e9liers&nbsp;? Le b\u00e9lier, ce n\u2019est pas que le m\u00e2le de la brebis, c\u2019est aussi un poutre pour enfoncer les portes \u2013 chez nous, on dit <em>un poutre<\/em>, n\u2019en d\u00e9plaise aux puristes \u2013 mais c\u2019est encore une autre question \u00e0 se poser&nbsp;: pourquoi dit-on b\u00e9lier pour \u00e7a aussi&nbsp;? Le b\u00e9lier est une arme de si\u00e8ge d\u2019il y a bien longtemps, on en trouve des traces d\u00e9j\u00e0 chez les M\u00e9sopotamiens mais l\u00e0 n\u2019est pas la question&nbsp;: souvent, au bout du poutre, il y avait une t\u00eate de b\u00e9lier avec des cornes. Ceux \u00e0 Ernest, de b\u00e9liers, n\u2019ont pas de cornes, parce qu\u2019on les br\u00fble. \u00c7a ne fait pas mal. Comme \u00e7a, on risque moins si on se fait attaquer. Mais revenons \u00e0 nos moutons. Les moutons ont un comportement gr\u00e9gaire, \u00e7a veut dire que c\u2019est comme dans des troupeaux, il y en a un tu lui dis de se jeter au lac, tous ils vont comme lui se jeter au lac, ce n\u2019est pas qu\u2019ils soient plus b\u00eates que les autres b\u00eates, les moutons \u2013 les poules, c\u2019est beaucoup plus b\u00eate que les moutons, les vaches pas beaucoup moins \u2013 c\u2019est seulement qu\u2019ils ont l\u2019habitude d\u2019\u00eatre autrement qu\u2019en p\u00e2turage dans des parcs comme ceux \u00e0 Ernest, les moutons, souvent, ils sont en transhumance, comme on dit, avec bergers et chiens, dans les montagnes, ils sont des centaines \u00e0 se d\u00e9placer ensemble de vall\u00e9es en alpages et c\u2019est dangereux de quitter le troupeau, parce qu\u2019en faire qu\u2019\u00e0 sa t\u00eate \u00e7a peut vous co\u00fbter la vie&nbsp;: il y a des loups dans nos montagnes, mais revenons \u00e0 nos moutons. Pourquoi vous raconter tout cela alors que vous le savez d\u00e9j\u00e0, n\u2019est-ce pas&nbsp;? Parce que les moutons \u2013 quand ils crient on dit qu\u2019ils b\u00ealent \u2013 sont les seules traces de vie par ici et c\u2019est quand m\u00eame intrigant, vous ne trouvez pas&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le corps \u00e0 c\u0153ur des personnages<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Je vais pas me plaindre d\u2019\u00eatre tomb\u00e9e sur un gentil.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Au d\u00e9but, c\u2019\u00e9tait pas parce qu\u2019il \u00e9tait gentil. Au d\u00e9but, c\u2019\u00e9tait les yeux verts, les cheveux longs, cet air qu\u2019il avait de ne pas se rendre compte de l\u2019effet qu\u2019il faisait, le pensionnat de jeunes filles \u00e0 la grand-messe qui se retourne tout entier quand il entre dans la nef et moi qui me retourne aussi, bien s\u00fbr, et ses cuisses de footballeur quand au bord du terrain tu viens t\u2019asseoir et que le foot, tu n\u2019y comprends rien, tu viens que pour \u00e7a, pour les cuisses des gar\u00e7ons, parce qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque on voyait leurs cuisses&nbsp;; aujourd\u2019hui, ils ont des shorts qui descendent jusqu\u2019aux genoux, mais lui, il avait des cuisses muscl\u00e9es, elles le sont toujours mais elles sont moins bronz\u00e9es, il ne porte plus que des pantalons et des salopettes, il n\u2019a plus les cheveux longs, il n\u2019a plus de cheveux du tout m\u00eame, mais il est gentil, il l\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 \u00e0 l\u2019\u00e9poque, c\u2019est un homme gentil et il a toujours les yeux verts.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019\u00e9tait \u00e0 la jeunesse. On devait trouver un cavalier pour la lev\u00e9e des danses. Normalement, c\u2019est aux gar\u00e7ons de demander, mais lui, m\u00eame si toutes elles auraient dit oui, il attendait, il h\u00e9sitait, il tergiversait. Alors j\u2019ai pris les choses en mains et \u00e7a a commenc\u00e9 comme \u00e7a, on allait au bal, il dansait plut\u00f4t bien, m\u00eame s\u2019il h\u00e9sitait \u00e0 m\u2019empoigner la taille plus fort, comme j\u2019aurais voulu. C\u2019\u00e9tait moi qui guidais, avec lui \u00e7a valait mieux, sinon on en serait encore l\u00e0, des valses et des tangos, des caf\u00e9s noirs, un bec et au revoir bonne nuit. Son probl\u00e8me, d\u00e9j\u00e0 \u00e0 l\u2019\u00e9poque, c\u2019est qu\u2019il r\u00e9fl\u00e9chissait trop. Il avait eu quelques bonnes amies, mais elles s\u2019\u00e9taient vite ennuy\u00e9es, parce qu\u2019elles attendaient monts et merveilles de lui et que lui il attendait aussi, mais quoi&nbsp;? Elles n\u2019avaient pas compris qu\u2019avec les gentils il faut un peu leur forcer la main et c\u2019est ce que j\u2019ai fait ce soir-l\u00e0. Pendant la danse, je me suis serr\u00e9e tr\u00e8s fort, j\u2019ai donn\u00e9 des bisous dans le cou, j\u2019ai jou\u00e9 l\u2019animal qui veut se pelotonner, le petit chat qui ronronne, et \u00e7a s\u2019est pass\u00e9 naturellement, il s\u2019est laiss\u00e9 faire et encore aujourd\u2019hui il se laisse faire.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle est un peu rentre-dedans, elle a des yeux bleus, elle a la taille fine \u2013 elle l\u2019a un peu moins maintenant mais la grand-m\u00e8re dit que mieux vaut faire envie que piti\u00e9 \u2013 et quand elle rit \u00e7a fait comme des \u00e9tincelles quand on scie des m\u00e9taux avec le casque et des fois j\u2019ai l\u2019impression que ce casque, j\u2019ai de la peine \u00e0 l\u2019enlever, elle me rit au nez, elle gigote, elle bombe la poitrine \u2013 je n\u2019aime pas trop penser \u00e0 sa poitrine, \u00e7a me g\u00eane, \u00e7a ne se fait pas \u2013 et je ris avec, je gigote comme je peux, je bombe aussi le torse, mais \u00e7a ne me va pas de bomber le torse, j\u2019ai l\u2019air pr\u00e9tentieux quand je bombe le torse et s\u2019il y a quelqu\u2019un qui n\u2019est pas pr\u00e9tentieux, c\u2019est bien moi, mais elle a l\u2019air d\u2019aimer \u00e7a, quand je bombe le torse, elle tourne un peu la t\u00eate, elle me montre son cou, \u00e7a dit sans le dire donne-moi un baiser mais peut-\u00eatre que ce n\u2019est pas \u00e7a, elle fait \u00e7a aussi avec des autres mais moins souvent qu\u2019avec moi. Comment faire&nbsp;? Plus je r\u00e9fl\u00e9chis, plus c\u2019est pire. Je devrais la prendre dans mes bras comme j\u2019en ai envie mais ce n\u2019est pas poli, il y aurait ses seins tout contre moi, je transpirerais, \u00e7a n\u2019ira jamais, alors je lui souris b\u00eatement et j\u2019attends, mais j\u2019attends quoi&nbsp;? Pour finir, c\u2019est elle qui a tout fait. C\u2019est toujours elle qui fait tout. Et moi je suis. C\u2019est reposant de suivre, on pense moins. La premi\u00e8re fois, c\u2019\u00e9tait\u2026 Non, je ne peux parler de \u00e7a, c\u2019est priv\u00e9, c\u2019\u00e9tait bien, voil\u00e0 ce que je peux dire, et encore maintenant, c\u2019est bien, il faut que je pense \u00e0 autre chose, il faut d\u00e9monter le monte-charge, ce n\u2019est pas une mince affaire, \u00e7a. La premi\u00e8re fois que j\u2019ai vu ses seins nus\u2026 Je n\u2019arriverai jamais \u00e0 me concentrer si\u2026 Ronds, parfaitement ronds. Le monte-charge, est-ce qu\u2019on peut l\u2019utiliser pour aller jusqu\u2019en haut et d\u00e9monter&nbsp;? Mais ensuite comment je fais pour redescendre&nbsp;? C\u2019\u00e9tait doux, ses deux seins contre moi, tr\u00e8s doux.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>un jeu auquel le vrai plaisir est de perdre<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Les enfants y passaient le sable \u00e0 travers des tamis, recueillaient des cailloux, des capsules et des merdes de chat dont ils faisaient la collection.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Quand je serai grand, je serai chercheur d\u2019or, je partirai pour l\u2019Am\u00e9rique sur un grand bateau et je ferai fortune, j\u2019ach\u00e8terai des villes que je construirai dans des d\u00e9serts, j\u2019y construirai des gares et des casinos, et aussi des parcs d\u2019attraction avec des grandes roues et des trains-fant\u00f4mes, ce sera ma ville \u00e0 moi, mes villes \u00e0 moi, parce que j\u2019aurai \u00e0 moi toute l\u2019Am\u00e9rique, de Miami \u00e0 Seattle, mais d\u2019abord il faut s\u2019entra\u00eener. C\u2019est un travail p\u00e9nible, de s\u2019entra\u00eener, mais c\u2019est moins p\u00e9nible que d\u00e9charger des bottes de paille ou donner \u00e0 boire aux veaux ou porter le bois ou laver le bassin ou ramasser le tabac ou trier les patates ou essuyer la vaisselle, il suffit de prendre le sable et de le passer dans le tamis et on peut trouver de l\u2019or. Pour l\u2019instant, de l\u2019or, il n\u2019y en a pas, c\u2019est parce que je ne suis pas encore en Am\u00e9rique. Ici, l\u2019or, c\u2019est dans les coffres-forts des banques qu\u2019ils le planquent. Je pourrais, si je n\u2019ai pas les moyens de partir en Am\u00e9rique, devenir perceur de coffre-fort, mais c\u2019est un m\u00e9tier dangereux, on peut finir en prison, alors que chercheur d\u2019or en Am\u00e9rique, c\u2019est permis, on trouve l\u2019or au fond des ruisseaux, c\u2019est dans une chanson qu\u2019on a apprise \u00e0 l\u2019\u00e9cole, j\u2019en ram\u00e8nerai plusieurs lingots, ils disent aussi, et j\u2019irai voir Margot mais moi, ma petite copine, je ne dirai pas son nom, c\u2019est un secret et pour l\u2019instant elle ne sait rien, alors je pr\u00e9f\u00e8re passer du sable dans un tamis et regarder ce qu\u2019on trouve. J\u2019ai fait la liste&nbsp;: des cailloux, bien s\u00fbr, beaucoup de cailloux&nbsp;; des capsules de bi\u00e8re, des bouchons de bouteilles de limonade&nbsp;; des merdes de chat ou d\u2019autres animaux, je ne sais pas tellement faire la diff\u00e9rence, plus gros que des cailles de poules et plus petits que des beuses de vaches&nbsp;; des bouts de plastique de toutes les couleurs&nbsp;; des clous, des vis, des boulons&nbsp;; un ressort, \u00e7a c\u2019est bien, un ressort, on p\u00e8se dessus et \u00e7a saute&nbsp;; j\u2019ai aussi trouv\u00e9 une bille, une vraie bille pour jouer avec comme un \u0153il dedans, et encore des copeaux de bois, des feuilles mortes, une noisette, un papillon mort, un morceau de papier avec \u00e9crit dessus quelque chose que je n\u2019arrive pas \u00e0 lire, pas des lettres qu\u2019on lues \u00e0 l\u2019\u00e9cole, peut-\u00eatre du russe ou de l\u2019arabe, j\u2019aimerais bien savoir mais quand je l\u2019ai montr\u00e9 \u00e0 maman, elle m\u2019a demand\u00e9 t\u2019as trouv\u00e9 o\u00f9 \u00e7a et j\u2019ai dit dans le sable, alors elle m\u2019a dit d\u2019arr\u00eater de tout ramasser dans le sable et de tout ramener dans ma chambre c\u2019est d\u00e9go\u00fbtant et ta chambre c\u2019est un vrai d\u00e9potoir tu vas me faire le plaisir de la ranger illico presto et que \u00e7a saute mais moi je m\u2019en fous, j\u2019ai ma cachette secr\u00e8te, pr\u00e8s du silo, il faut grimper une \u00e9chelle, marcher sur le toit, ouvrir un volet, entrer dans la grange, aller derri\u00e8re le tas de paille o\u00f9 il y a un trou et c\u2019est l\u00e0 qu\u2019il y a mon tr\u00e9sor et personne ne va avoir l\u2019id\u00e9e de monter jusque-l\u00e0 pour me le voler, alors pendant des heures je reste ici \u00e0 jouer, je fais comme si c\u2019\u00e9tait de l\u2019or et des bijou, je donne un collier \u00e0 ma copine imaginaire, elle est tr\u00e8s jolie avec ce collier mais sans le collier aussi elle est tr\u00e8s jolie et c\u2019est comme si j\u2019avais pour de vrai achet\u00e9 une ville en Am\u00e9rique, sauf que maman crie d\u00eener et que s\u00fbrement c\u2019est de nouveau des haricots et que les haricots j\u2019aime pas \u00e7a.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>jeu de piste savant teint\u00e9 de sourdes inqui\u00e9tudes Une \u00e9chelle est appuy\u00e9e au mur. 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