{"id":40752,"date":"2021-07-23T11:39:05","date_gmt":"2021-07-23T09:39:05","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=40752"},"modified":"2021-07-23T13:08:11","modified_gmt":"2021-07-23T11:08:11","slug":"lire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/lire\/","title":{"rendered":"#L4 |\u00a0LIRE"},"content":{"rendered":"\n<p><em>Je lis -beaucoup, trop. Je perds mes livres les plus chers -ou je les offre. Je n\u2019ai jamais eu de m\u00e9moire et c\u2019est un handicap. Le travail de se pencher sur ma Sentimenth\u00e8que (quel joli n\u00e9ologisme&nbsp;!) est d\u2019autant plus int\u00e9ressant pour moi, m\u00eame s\u2019il est tr\u00e8s, tr\u00e8s dur de s\u2019arr\u00eater \u00e0 dix livres\u2026 Il y en aura donc un peu plus&#8230; &nbsp;&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Partition rouge, Po\u00e8mes et chants des indiens d\u2019Am\u00e9rique du Nord<\/em>,<\/strong> une anthologie de la cr\u00e9ation des peuples indiens, rassembl\u00e9e par Florence Delay et Jacques Roubaud&nbsp;: Pour le haut degr\u00e9 d\u2019\u00e9merveillement qu\u2019il me procure toujours. Po\u00e8mes, textes-soins, comptines ou \u00e9pop\u00e9es, incantations, chansons, dessins, j\u2019aime cette simplicit\u00e9 des situations et des \u00e9motions, celle d\u2019un monde dans lequel hommes, b\u00eates et nature devisaient, s\u2019entrem\u00ealaient dans le merveilleux et l\u2019imaginaire et o\u00f9 les mots \u00e9taient des \u00eatres vivants, des actes qui engageaient et agissaient sur le quotidien. C\u2019est pour moi ce que nous avons perdu, la parole comme \u00eatre vivant, en rel\u00e9guant les po\u00e8tes au rang de vieux has been, tout juste bon \u00e0 faire de mauvais vers avec leurs grands chapeaux et leurs plumes, quelle m\u00e9connaissance de ce qui se joue encore parfois dans la po\u00e9sie contemporaine. <strong><em>Partition Rouge<\/em><\/strong> est un voyage dans l\u2019\u00e9lixir de la langue d\u2019un peuple \u00e0 haut degr\u00e9 de culture, dans son jet le plus pur.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Trait\u00e9 du Tout Monde,<\/em><\/strong> d\u2019Edouard Glissant, ou comment renverser les divisions en liens, les territoires clos en archipels ouverts, la haine en joie des possibles. Comment ouvrir au lieu de fermer. Comment aimer au lieu de se barricader. Comment <em>se cr\u00e9oliser<\/em> ici et partout o\u00f9 l\u2019on vit.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Carentan deux minutes d\u2019arr\u00eat<\/em>,<\/strong> du romancier et po\u00e8te Fr\u00e9d\u00e9ric Lasaygues. Pour l\u2019humour d\u00e9capant et d\u00e9cal\u00e9, la po\u00e9sie et l\u2019\u00e9tranget\u00e9 du quotidien, l\u2019\u00e9l\u00e9gance, l\u2019\u00e9blouissante jungle de la vie et le travail de for\u00e7at du po\u00e8te \u2013 tout cela \u00e9crit en po\u00e8mes de quelques lignes, sorte de ha\u00efkus revisit\u00e9s en A\u00efe-A\u00efe-kus, et en particulier celui-l\u00e0 qui me parle et qui m\u2019\u00e9meut tant parce qu\u2019il me fait penser \u00e0 ma m\u00e8re&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>Avant de monter te coucher<\/p>\n\n\n\n<p>laisse un peu d\u2019eau au fonds du puits<\/p>\n\n\n\n<p>une bougie allum\u00e9e sur la table<\/p>\n\n\n\n<p>un livre ouvert<\/p>\n\n\n\n<p>une pomme<\/p>\n\n\n\n<p>quelqu\u2019un pourrait venir cette nuit<\/p>\n\n\n\n<p>te d\u00e9livrer de l\u2019inutile.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Orlando<\/em>,<\/strong> de Virginia Woolf, une biographie imaginaire qui nous fait parcourir quatre si\u00e8cles ( dont quelques-uns en trois lignes&nbsp;! ), &nbsp;mais aussi de nombreux pays&#8230; R\u00eave, R\u00eave, quand tu nous tiens&nbsp;! Orlando est mon roman pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 parce qu\u2019il r\u00e9unit tous les th\u00e8mes qui me sont chers&nbsp;: l\u2019amour, ses ivresses, ses trahisons et ses d\u00e9sillusions, l\u2019androgynat ( Orlando devient femme au cours du livre), le sommeil comme oubli et r\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence, l\u2019\u00e9criture et la litt\u00e9rature, et un humour subtil, ravageur et caustique (ah, la description du Grand Ecrivain dans une cal\u00e8che cahotante&nbsp;! Du tr\u00e8s grand art) Tout cela port\u00e9 par une langue cisel\u00e9e, minutieuse et color\u00e9e, qui m\u00eale psychologie et sentiments avec onctuosit\u00e9. J\u2019aime aussi la d\u00e9sinvolture de la construction du livre et ce m\u00e9lange d\u2019aventures en voyage &#8211; A Londres, en Russie, au pays des tziganes ou dans les cours royales\u2026<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Ecrire<\/em><\/strong> de Marguerite Duras, pour le regard, la rigueur et la nudit\u00e9 de la langue, la solitude peupl\u00e9e, la simplicit\u00e9 de l\u2019\u00e9criture comme un vent qui passe, et pour la r\u00e9sonnance qu\u2019il impose en nous qui \u00e9crivons. Une phrase que je connais par c\u0153ur \u00ab&nbsp;<em>L\u2019\u00e9crit \u00e7a arrive comme le vent, c\u2019est nu, c\u2019est de l\u2019encre, c\u2019est l\u2019\u00e9crit, et \u00e7a passe comme rien d\u2019autre ne passe dans la vie, rien de plus, sauf elle, la vie <\/em>\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>En vivant en \u00e9crivant<\/em><\/strong> d\u2019Annie Dillard. Pour le don magique d\u2019une \u00e9crivaine \u00e0 sa table de travail, r\u00e9v\u00e9lant ses joies infinies de lecture et d\u2019\u00e9criture dans son antre d\u2019\u00e9crivaine, pour sa simplicit\u00e9 \u00e0 dire et \u00e0 enchanter, pour la beaut\u00e9 de ses id\u00e9es et de ses tournures de phrases, pour sa simplicit\u00e9, son humour&nbsp;! Un coup de poing dans mon plexus solaire\u2026<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Le meunier hurlant<\/em><\/strong> d\u2019Arto Paasilinna (b\u00fbcheron avant d\u2019\u00eatre \u00e9crivain) fichu titre, mais livre-fable, fra\u00eeche en po\u00e9sie na\u00efve et amoureuse, finlandaise. Une gait\u00e9 dans l\u2019\u00e9criture, jointe \u00e0 une \u00e9criture du chagrin de la folie transform\u00e9 en long cri dans les bois quand la douleur est trop forte, avant de s\u2019appuyer sur l\u2019amour d\u2019une femme.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Les fables<\/em><\/strong> de la Fontaine, toutes, pour leur bestiaire, leur bon sens, leur gait\u00e9, leur libert\u00e9 de ton, la justesse et la morale qui vaut toutes les religions. Ma pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e est le loup et le chien&nbsp;: la maigreur, la libert\u00e9 et le sans-collier pour l\u2019un, le gras, le poil lustr\u00e9 et le collier pour l\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Les contes<\/em><\/strong> de Hans Christian Andersen. Tellement injuste de les avoir cantonn\u00e9s aux histoires pour enfants, ces contes que je n\u2019ai d\u00e9couvert qu\u2019adulte sont des morceaux de po\u00e9sie pure, l\u2019\u00e9criture est d\u00e9licate et vive, le style parl\u00e9, les histoires empruntent au merveilleux, pour mieux se d\u00e9barrasser des laideurs et de la trag\u00e9die du monde, m\u00eame et surtout si elles sont parfois cruelles. J\u2019admire cet homme \u00e0 l\u2019enfance mis\u00e9rable pour avoir r\u00e9ussi \u00e0 retourner le gant, son gant de vie en un tr\u00e9sor de litt\u00e9rature.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>La soci\u00e9t\u00e9 du spectacle <\/em><\/strong>de Guy Debord<em>. <\/em>La lucidit\u00e9 politique implacable qui peut se passer de style, le doigt dans la plaie de nos soci\u00e9t\u00e9s gav\u00e9es et moribondes. De quoi alimenter ma salutaire col\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Narcisse et Goldmun, <\/strong>de Herman Hesse. Ce livre m\u2019est arriv\u00e9 entre les mains pendant mes ann\u00e9es d\u2019errance. Il a \u00e9t\u00e9 mon compagnon, m\u2019a ouvert aux choix de la vie, entre sensualit\u00e9 artistique, gourmandise de la vie, et rigueur de la solitude studieuse et spirituelle.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>L\u2019Ethique, de Spinoza <\/em><\/strong>pour la joie et le relev\u00e9 minutieux des passions et leurs cons\u00e9quences&nbsp;!Mais surtout pour l\u2019injonction \u00e0 d\u00e9laisser les \u00e9motions tristes, mauvaises pour la sant\u00e9, afin de leur pr\u00e9f\u00e9rer la joie et son travail ardu<em> \u2026<\/em> \u00ab&nbsp;<em>La joie ne se re\u00e7oit pas, elle se construit.&nbsp;\u00bb<\/em> enfin pour des conseils avis\u00e9s que l\u2019on peut se r\u00e9p\u00e9ter comme des mantras&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;Personne ne peut vous enlever votre libert\u00e9 de penser. Vous pouvez \u00eatre conseill\u00e9, \u00e9clair\u00e9 par d&rsquo;autres, mais ne laissez jamais quelqu&rsquo;un penser pour vous.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Les \u00e9l\u00e9gies de Duino<\/em><\/strong> de Rainer-Maria Rilke pour le profond de la vie et de la mort, et la conversation avec les sph\u00e8res et le plus secret de nous, pour la gr\u00e2ce infinie de l\u2019ouvrage. Pour le religieux profane qui en \u00e9mane. Un livre que j\u2019ai ouvert il y a onze ans au hasard devant la mer, pour enterrer un homme aim\u00e9, et qui est tomb\u00e9 juste.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Le mouvement dada<\/em><\/strong>&nbsp;: Pas un livre pour terminer cette liste mais tout un mouvement, mon pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 de tous les mouvements&nbsp;: inventif, aussi bien en peinture qu\u2019en litt\u00e9rature, insolent, d\u00e9sinvolte, foutraque, fac\u00e9tieux, rieur, potache, r\u00e2leur litt\u00e9raire, talentueux, inconvenant, irrespectueux, h\u00e2bleur, hors de toutes les conventions, bizarre, libre, \u00e0 l\u2019engagement politique fort, apte au bordel et au grand sabbat&nbsp;! Bref une d\u00e9lectation. Vous trouverez bien, de Tzara \u00e0 Picabia\u2026<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je lis -beaucoup, trop. Je perds mes livres les plus chers -ou je les offre. Je n\u2019ai jamais eu de m\u00e9moire et c\u2019est un handicap. 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