{"id":40851,"date":"2021-07-23T17:18:31","date_gmt":"2021-07-23T15:18:31","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=40851"},"modified":"2021-07-24T09:32:21","modified_gmt":"2021-07-24T07:32:21","slug":"come-di-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/come-di-2\/","title":{"rendered":"#L5 |\u00a0Come di"},"content":{"rendered":"\n<p>Ce lieu est un d\u00e9sert. Au loin, des rires d\u2019enfants, r\u00e9cr\u00e9ation dans une cour d\u2019\u00e9cole ? <\/p>\n\n\n\n<p>Dans le parc, des jeunes femmes bavardent en surveillant leurs petits qui jouent dans le bac \u00e0 sable. Elle s\u2019interroge : je suis un d\u00e9sert ? <em>Moi j\u2019aime pas tellement les enfants. <\/em>Ils m\u2019inqui\u00e8tent, ils sont exigeants, ils s\u2019agrippent \u00e0 vous, ils s\u2019agrippent \u00e0 moi, demandent des caresses, de la tendresse. Les petits de ma s\u0153ur, on ne peut pas les l\u00e2cher des yeux, ils sont les rois pour faire des b\u00eatises. Pour ma s\u0153ur ses enfants sont rois, elle ne sait pas dire non, elle fonctionne \u00e0 la tendresse. La tendresse, je ne sais pas la donner, \u00e7a me fait peur, la tendresse \u00e7a enferme. Je ne veux pas \u00eatre enferm\u00e9e. Enfin, si, peut-\u00eatre un petit peu dans des bras amoureux. Pas peut-\u00eatre, s\u00fbrement, s\u00fbrement, l\u00e0, \u00e0 l\u2019abri. Les bras de mon mec qui m\u2019attend et me fait signe ? Je l\u2019appelle mon mec, mon homme, mon amant, mon minou, mon tout. Il d\u00e9sire que nous ayons un enfant. Il veut de moi un enfant. Un jour, peut-\u00eatre je dirai oui. Il dit qu\u2019il est temps, un enfant, ensemble le voir grandir, sourire, rire, lire, \u00e9crire, ob\u00e9ir, d\u00e9sob\u00e9ir. Notre monde est fou, il se d\u00e9glingue, faire un enfant, le pr\u00e9cipiter dans le sombre du moment, \u00e7a m\u2019angoisse, j\u2019ai peur. Lui, il dit qu\u2019il lui apprendra \u00e0 \u00eatre fort, audacieux, \u00e0 se d\u00e9fendre, \u00e0 s\u2019amuser de tout, de rien, \u00e0 faire du v\u00e9lo, \u00e0 nager, \u00e0 aimer la nature, l\u2019eau vive, les montagnes, \u00e0 grimper aux arbres.<\/p>\n\n\n\n<p>Le parfum des lilas resurgit, tel autrefois dans le jardin de ma grand-m\u00e8re, en un retour \u00e0 une vie ancienne, cach\u00e9e, secr\u00e8te. Enfant, chez ma grand-m\u00e8re, je passais <em>Des journ\u00e9es enti\u00e8res dans les arbres. <\/em>Je me blottissais dans la fourche hospitali\u00e8re du tilleul qui dressait pr\u00e8s de la maison ses longs bras de g\u00e9ant. Les fourmis attir\u00e9es par ses fleurs sucr\u00e9es escaladaient mon corps en un doux chatouillis. Je riais de plaisir. Au travers des feuilles, je devinais un rien de ciel bleu. Entre terre et ciel, c\u2019\u00e9tait ma demeure. Y pensant aujourd\u2019hui, je me reconnais dans <em>le Baron perch\u00e9<\/em> de Calvino. La baronne, plut\u00f4t ! Je ne quittais mon arbre qu\u2019\u00e0 regret. Souvent pour escalader le tronc du cerisier et de branche en branche, me gaver de cerises juteuses. Les merles sifflaient de m\u00e9contentement devant ma razzia. Il me semble les entendre, Tjuk, Tjuk, Tjuk, cris d\u2019alarme sonores, je les d\u00e9rangeais. Nous aurions pu partager ce festin, nous \u00e9tions de la m\u00eame famille, h\u00f4tes des arbres du jardin. Il y avait des platanes, des lauriers-roses, des fleurs, un bassin o\u00f9 en rond tournaient des poissons rouges. Il y avait des bancs. Dans ce jardin d\u2019autrefois, \u00e0 la fra\u00eeche, sur le banc s\u2019asseyaient mon arri\u00e8re-grand-m\u00e8re et ma grand-m\u00e8re, je les appelais M\u00e9mette et M\u00e9m\u00e9, cheveux blancs en chignon pour l\u2019une, tignasse noire \u00e9bouriff\u00e9e pour l\u2019autre, le m\u00eame sourire, la m\u00eame joie de vivre. \u00c0 leurs pieds, la petite chienne, un bichon, une bichonne, Mirza. Je la bichonnais. J\u2019enfon\u00e7ais mes doigts dans sa fourrure soyeuse, je la peignais, lui attachais un ruban au sommet de sa t\u00eate. Je l\u2019ai reconnue dans un tableau de Goya, \u00e0 Madrid, si petite pr\u00e8s de sa ma\u00eetresse, une duchesse ceintur\u00e9e de rouge, \u00e0 la chevelure noire comme celle de ma grand-m\u00e8re, et elle toute blanche, minuscule, un ruban \u00e9carlate nou\u00e9 \u00e0 sa patte. Notre Mirza n\u2019aimait pas rester seule.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le parc la petite vieille install\u00e9e sur un banc appelle sa chienne : Choupette. Choupinette. Que ce nom va mal \u00e0 cet \u00e9pagneul r\u00e2bl\u00e9, vigoureux ! Si j\u2019avais un chien, je l\u2019appellerai Ouzo ou Raki, petit clin d\u2019\u0153il vers la Gr\u00e8ce et la Turquie, souvenir du plaisir \u00e9prouv\u00e9 \u00e0 d\u00e9guster, allong\u00e9 d\u2019eau glac\u00e9e, ce lait de lion, sous une tonnelle, dans l\u2019odeur du jasmin. Bon, ici au bistrot du lac, ce sera un pastis, un pastaga. Tiens, la dame sort de son sac une \u00e9cuelle qu\u2019elle remplit d\u2019eau. Sympa. Choupette lape en remuant la queue avec \u00e9nergie. On devine <em>La place<\/em> que tient cette petite dans la vie de sa ma\u00eetresse. Elle est <em>Un membre permanent de la famille.<\/em> Son ma\u00eetre devait \u00eatre chasseur, et on peut l\u2019imaginer elle pr\u00e8s de lui \u00e0 l\u2019arr\u00eat devant les canards, pleine d\u2019\u00e9nergie. Quant \u00e0 la femme : elle est v\u00eatue de noir des pieds \u00e0 la t\u00eate, veuve sans doute, une de celles qui respectent encore les vieilles coutumes, montrer sa tristesse \u00e0 travers ses v\u00eatements. Tr\u00e8s France profonde. Ailleurs ? En Chine traditionnelle, les parents ne portaient pas le deuil pour la mort d\u2019un enfant, ni le mari pour le d\u00e9c\u00e8s de son \u00e9pouse. Au Japon, du noir et du blanc car le d\u00e9funt se transforme en corps de lumi\u00e8re. En Chine \u00e9galement, il est coutume de rev\u00eatir du blanc, symbole de la mort, et aussi du rouge qui rappelle le sang et exprime la douleur ressentie. En Iran, la couleur du deuil est le bleu, couleur de la paix. Les Philippins et les \u00c9gyptiens s&rsquo;habillent en jaune pour repr\u00e9senter l&rsquo;or du soleil. En Afrique, il est fr\u00e9quent de porter des couleurs vives. Question : peut-on porter un jean pour suivre un enterrement ? R\u00e9ponse, peut-\u00eatre bien que oui, peut-\u00eatre bien que non ! <em>\u00c7a d\u00e9pend, \u00e7a d\u00e9pend&#8230; \u00e7a d\u00e9pend seulement de vous&#8230;<\/em> Ouah, la voix \u00e9raill\u00e9e de Paolo Conte, sa nonchalance, <em>come di, <\/em>com\u00e9die. Com\u00e9die de la vie.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce lieu est un d\u00e9sert. Au loin, des rires d\u2019enfants, r\u00e9cr\u00e9ation dans une cour d\u2019\u00e9cole ? Dans le parc, des jeunes femmes bavardent en surveillant leurs petits qui jouent dans le bac \u00e0 sable. Elle s\u2019interroge : je suis un d\u00e9sert ? Moi j\u2019aime pas tellement les enfants. 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