{"id":41035,"date":"2021-07-24T14:41:31","date_gmt":"2021-07-24T12:41:31","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=41035"},"modified":"2021-07-25T11:12:59","modified_gmt":"2021-07-25T09:12:59","slug":"l5-expansion-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/l5-expansion-2\/","title":{"rendered":"#L5 |  Expansion (2)"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-large-font-size\"><em>les rivages, les \u00eeles<\/em><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"565\" height=\"840\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/foudeBassan3.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-41038\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/foudeBassan3.jpg 565w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/foudeBassan3-283x420.jpg 283w\" sizes=\"auto, (max-width: 565px) 100vw, 565px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap has-normal-font-size\">Le pays dont il est question, <em>pays pauvre<\/em>, ne se limite pas \u00e0 une fraction d\u2019\u00e9corce terrestre, \u00e0 une portion de socle cal\u00e9donien sur lequel on se tiendrait debout et dont on prendrait la surface comme horizontale de r\u00e9f\u00e9rence et appr\u00e9henderait la fermet\u00e9 comme garantie pour une exploration sans risque. Il est constitu\u00e9 en partie de franges mouvantes, aussi ses fronti\u00e8res ne sont-elles pas pr\u00e9cis\u00e9ment dessin\u00e9es comme l\u2019indiqueraient les lignes en couleur d\u2019une carte g\u00e9ographique ou g\u00e9ologique. Ses franges mouvantes&nbsp;: zones intertidales soumises \u00e0 l\u2019influence des cycles lunaires, dunes, berges molles et fragiles, parois verticales sensibles \u00e0 l\u2019\u00e9rosion, chaos, pierriers, \u00e9boulis instables, marges inondables. Le fait que le pays soit ourl\u00e9 d\u2019oc\u00e9an explique l\u2019importante fluctuation des r\u00e9gions entre la terre et l\u2019eau, \u00f4 richesse incomparable de ces zones-fronti\u00e8res (dites de marnage) conquises deux fois par jour par la mar\u00e9e montante, puis d\u00e9livr\u00e9es, puis reconquises. Le <em>pays pauvre<\/em> est aussi constitu\u00e9 de l\u2019air qui occupe le ciel et des odeurs de l\u2019air, des cr\u00e9atures qui survolent la b\u00e9ance blanche de la carri\u00e8re en criant &#8212; mouettes fulmars macareux &#8212; et de toutes autres esp\u00e8ces d\u2019animaux qui vivent sous le couvert des v\u00e9g\u00e9taux ou alors en souterrain. Et aussi les cr\u00e9atures des rivi\u00e8res et de l\u2019eau marine.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><em>et les rivages, et les \u00eeles<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">mots simples dessinant des paysages, mots presque sacr\u00e9s s\u2019ajoutant aux mots continent, falaise, carri\u00e8re, hameau, maisons en pierre, murets, appentis en fagots de bruy\u00e8re, bloc de granite, oiseaux blancs. Bien qu\u2019\u00e9loign\u00e9 des confluences et \u00e0 l\u2019\u00e9cart des passages, le <em>pays <\/em>n\u2019est <em>pauvre <\/em>en rien. Il reste un tout, une v\u00e9rit\u00e9 en soi. Il porte un nom ignor\u00e9. Sans doute un nom compos\u00e9 de tous ces \u00e9l\u00e9ments topographiques et de toutes ces impressions \u00e0 la fois terrestres et maritimes, celles que la renarde rouge \u00e9prouve \u00e0 chaque seconde de son existence de carnassi\u00e8re et de grande fascin\u00e9e par une nature intacte. Elle d\u00e9ambule, mulote chaque nuit, elle sait ce qui arrive en chaque arpent de sa terre nourrici\u00e8re. Sacr\u00e9e belle animale \u00e0 t\u00eate fine et gorge blanche, museau sans cesse fr\u00e9missant. Si souple et aff\u00fbt\u00e9e dans ses techniques de chasse. Son pelage a des reflets rouge feu. Elle dispose d\u2019un terrier entre la carri\u00e8re et la zone de tourbi\u00e8res au nord-est du hameau. Quand elle n\u2019a pas de prog\u00e9niture \u00e0 nourrir, elle dort dans les hautes herbes ou sous un bosquet de bruy\u00e8res, t\u00eate lov\u00e9e contre son ventre avec la douceur d\u2019un chat. Elle aussi aime les contours mouvants, s\u2019aventure sur les portions de plage, parfois se risque jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00eele la plus accessible \u00e0 mar\u00e9e basse, et fouine sous les algues en qu\u00eate de crabes et de petits mollusques\u2026 <em>et les rivages et les \u00eeles<\/em> aux multiples d\u00e9coupures donnent soudain de l\u2019amplitude \u00e0 la respiration, entra\u00eenant au r\u00eave, disputant au ciel sa gamme de bleus, gamme dans l&rsquo;ensemble plus sombre et tirant sur le turquoise et l\u2019\u00e9meraude et le marine profond rehauss\u00e9 du blanc de l\u2019\u00e9cume, spectacle grandiose lors des coups de vent ou de certains cr\u00e9puscules. La renarde rouge se tient en haut de falaise, regarde l\u2019horizon embras\u00e9, et &#8212; on dirait bien &#8212; l\u00e9g\u00e8rement bomb\u00e9. Son \u0153il \u00e0 pupille verticale per\u00e7oit les couleurs et son ou\u00efe la perp\u00e9tuelle agitation des cr\u00e9atures de mer et les remuements de l\u2019\u00e9tendue aquatique sans fin. L\u2019apprenti-carrier l\u2019a d\u00e9j\u00e0 rencontr\u00e9e. Cette fois encore tombe nez \u00e0 nez avec elle, yeux dans les yeux justement, cette acuit\u00e9 surprenante. Elle reste aux aguets, poids du corps bascul\u00e9 sur ses pattes arri\u00e8re. Elle reste encore, n\u2019a pas peur. Lui accroupi sur la lande. Ils sont fascin\u00e9s, ils se connaissent et se reconnaissent. Il tend sa main vers elle, sa bonne main d\u2019ouvrier travaillant la pierre \u00e0 c\u0153ur, ouvre progressivement ses doigts tremblants. Elle h\u00e9site. De l\u2019autre main il reste en contact avec le sol herbeux sans faire de bruit. L\u2019immensit\u00e9 oc\u00e9anique et la lande secr\u00e8te les entourent. Nul n\u2019entre dans le champ de leur lien sinon les fous de Bassan aux yeux bleu clair cern\u00e9s de gris qui planent entre les nu\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\"><strong>Codicille :\nL'espace s'ouvre... le proc\u00e9d\u00e9 repousse les murs, fait de la place, apporte de l'air \u00e0 la respiration. le corps r\u00e9clame cet air et poursuit les mots comme des proies...<\/strong>\n<strong>Je ne cesse de m'\u00e9tonner : on part d'un groupe de mots simples issus d'un autre texte et on les applique ailleurs, dans un autre contexte. Sans doute cela, la d\u00e9calcomanie. Mais cet autre contexte, c'est la PEAY... alors les traces que \u00e7a laisse sont singuli\u00e8res... <\/strong><\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>les rivages, les \u00eeles Le pays dont il est question, pays pauvre, ne se limite pas \u00e0 une fraction d\u2019\u00e9corce terrestre, \u00e0 une portion de socle cal\u00e9donien sur lequel on se tiendrait debout et dont on prendrait la surface comme horizontale de r\u00e9f\u00e9rence et appr\u00e9henderait la fermet\u00e9 comme garantie pour une exploration sans risque. 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