{"id":41195,"date":"2021-07-24T20:00:50","date_gmt":"2021-07-24T18:00:50","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=41195"},"modified":"2021-07-26T13:40:25","modified_gmt":"2021-07-26T11:40:25","slug":"l5-une-terre-qui-affleure","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/l5-une-terre-qui-affleure\/","title":{"rendered":"#L5 | une terre qui affleure"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"684\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/BC596175-F36C-43D6-A917-52CEF76943DF-1024x684.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-41730\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/BC596175-F36C-43D6-A917-52CEF76943DF-1024x684.jpeg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/BC596175-F36C-43D6-A917-52CEF76943DF-420x280.jpeg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/BC596175-F36C-43D6-A917-52CEF76943DF-768x513.jpeg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/BC596175-F36C-43D6-A917-52CEF76943DF-1536x1025.jpeg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/BC596175-F36C-43D6-A917-52CEF76943DF-2048x1367.jpeg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption>seuil, juin 2021 Erbalunga<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>(<em>Le sang sous la peau) [des souvenirs, des traces, je voudrais rester ici des heures sans bouger, des jours, \u00e0 scruter l\u2019horizon, ses \u00eeles illusoires, la jet\u00e9e minuscule au loin, le vide, le temps fig\u00e9 ou absent, \u00e0 distance du monde, m\u2019aveugler, rentrer dans cet espace, attendre la pluie, la nuit, des voix, une marche fun\u00e8bre, une sonate en mode mineur, avant le silence, avant l\u2019obscurit\u00e9, il n\u2019a pas dit son dernier mot, il reviendra, je le sais, il n\u2019en a pas fini, en attendant je pourrais photographier la nuit, le reflet de la lune pleine sur la mer, un fragment de lumi\u00e8re, \u00e7a suffit une petite flaque de lumi\u00e8re sur la mer, je ne serais plus seule j\u2019aurais pour amie la petite flaque, entre mes paumes non pas la lune, son reflet]<\/em>,<br> je n\u2019ai pas besoin de fermer les yeux, je devine sous la flaque de lumi\u00e8re son visage flou, son sourire trembl\u00e9, il s\u2019agite sous la surface, pris au pi\u00e8ge de l\u2019onde, je creuse l\u2019immensit\u00e9 de la nuit sourde au dessus \u2014 la nuit n\u2019entend pas le froissement des arbres, ni la musique lointaine, la nuit est aveugle, elle ne voit pas le reflet de la lune sur la mer, la nuit ne r\u00eave pas, est ce que je r\u00eave ? Il est l\u00e0, \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s, il observe la tache lumineuse, je me demande comment il peut \u00e0 la fois sourire dessous la mer, d\u2019un pauvre petit sourire trembl\u00e9 et se tenir debout pr\u00e8s de moi, je tends la main vers son poignet, je touche sa peau ti\u00e8de, douce, le sang sous la peau, je regarde la lune, alors il me demande si je sais pourquoi la lune para\u00eet plus grande \u00e0 l\u2019horizon, j\u2019ai bien une explication pour la couleur, mais pour la taille\u2026 il sourit, m\u2019explique qu\u2019il n\u2019y a pas de raison physique, c\u2019est une illusion lunaire, une histoire de perception, c\u2019est sans doute comme sentir le sang sous sa peau ti\u00e8de, et douce, c\u2019est comme entendre sa voix feutr\u00e9e, je ne r\u00eave pas, si je r\u00eave c\u2019est de ne plus jamais m\u2019endormir, je ne prendrais pas le risque de l\u2019oubli encore une fois, j\u2019h\u00e9site \u00e0 lui dire, s\u2019il lui prenait l\u2019envie de fuir, \u00e7a monte comme une peur, j\u2019attrape son poignet, sentir le sang sous sa peau, passer la nuit debout \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s, accorder mes battements de c\u0153ur \u00e0 sa pulsation fragile, \u00e0 guetter le vent qui se l\u00e8ve, nos regards riv\u00e9s sur la pleine lune en ascension lente<\/p>\n\n\n\n<p><br>(<em>Entre les murs de la maison vide) [Durant le dernier hiver la maison a boug\u00e9, le sol \u00e0 l\u2019entr\u00e9e du salon s\u2019est l\u00e9g\u00e8rement soulev\u00e9 qui emp\u00eache d\u2019ouvrir le battant gauche de la porte fen\u00eatre]<\/em> <br>elle ouvre prudemment la porte de la chambre o\u00f9 elle a pris l\u2019habitude de dormir, elle appuie \u00e0 peine sur la poign\u00e9e comme si retenir son geste pouvait ralentir le temps, suspendre l\u2019inexorable affaissement de la maison. Malgr\u00e9 les jalousies ferm\u00e9es, une lumi\u00e8re ti\u00e8de enveloppe la pi\u00e8ce. Deux \u00e9tais entravent d\u00e9sormais l\u2019espace, dress\u00e9s entre le plafond blanc et la tomette qui court \u00e0 la base des murs. Pour les installer il a fallu d\u00e9placer les petits lits jumeaux en m\u00e9tal blanc, ils paraissent maintenant flotter au milieu de la pi\u00e8ce, font l\u2019effet de cercueils sous leurs housses plastifi\u00e9es, elle se dit qu\u2019il doit bien tra\u00eener quelques cadavres de mites entre les dessus de lit fleuris et les b\u00e2ches translucides qu\u2019elle ne prend pas la peine de soulever, renon\u00e7ant d\u00e9sormais \u00e0 dormir dans cette chambre. Elle ne craint pas l\u2019effondrement \u2014 les experts ont assur\u00e9 que ce n\u2019\u00e9tait pas pour tout de suite, mais la pr\u00e9sence m\u00e9tallique des \u00e9tais l\u2019oppresse, et quelle \u00e9tranget\u00e9 de dormir \u00e0 distance du mur. Elle ne se r\u00e9sout pas \u00e0 quitter la pi\u00e8ce, depuis l\u2019embrasure elle en fait le tour du regard, lentement, s\u2019impr\u00e8gne du charme d\u00e9suet qui l\u2019avait s\u00e9duite la premi\u00e8re fois, retrouve le hors temps qui l\u2019avait frapp\u00e9e, les murs blancs fondus en courbes dans le plafond, les tentures bleues fronc\u00e9es sur la rufflette, la table ajour\u00e9e, son napperon bord\u00e9 de dentelle au crochet, les chaises de jardin en fer laqu\u00e9 assorties aux lits jumeaux \u00e0 volutes, les galettes rondes en coutil rouge qui adoucissent la brutalit\u00e9 du m\u00e9tal, le souvenir des livres qu\u2019elle posait sur le chevet gris en arrivant, le carrelage charg\u00e9 de fleurs stylis\u00e9es, la fissure apparue il y a quelques ann\u00e9es, celle qui a donn\u00e9 l\u2019alerte, qui court depuis l\u2019angle nord-est, qui s\u2019est \u00e9largie pour de bon cette fois. Elle s\u2019en approche, en caresse les bords, \u00e9value la gravit\u00e9 de la blessure, pose sa joue contre le silence du mur blanc comme pour le consoler. Elle ferme les yeux, remonte alors le parfum de pierre vieille, d\u2019\u00e9glise, au sol un glissement furtif la fait sursauter, rien que des bris de feuilles mortes d\u00e9pos\u00e9s par le souffle affaibli du <em>libecciu <\/em>au pied des fen\u00eatres.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p><em><br>La litanie, le besoin de voir les vagues<\/em> <em>[Elle traverse le Puntettu en lente m\u00e9tamorphose, des immeubles d\u00e9molis, des immeubles raval\u00e9s, les places vieilles recouvertes de pierres de Brando, derri\u00e8re les grilles de chantier un belv\u00e9d\u00e8re en projet, la ville change. Elle passe ses journ\u00e9es sur la promenade am\u00e9nag\u00e9e au pied de la citadelle qui rejoint la sortie du tunnel, elle regarde la mer, le va et vient des ferries, les iles d\u2019Elbe et Capraia \u00e0 l\u2019horizon quand elles \u00e9mergent de la brume<\/em>]. <br>On pourrait croire qu\u2019elle attend quelqu\u2019un bien qu\u2019\u00e0 cet endroit de la promenade il n\u2019y ai ni quai ni ponton, il est peu probable qu\u2019une embarcation ou un nageur se pr\u00e9sente. En appui sur la rambarde elle s\u2019absorbe dans l\u2019\u00e9cume, rien ne l\u2019apaise davantage que le fracas blanc sur les blocs de pierre, le fracas que les vagues opposent au monde vacillant, \u00e0 la folie, rien ne l\u2019apaise comme la certitude que la mer sera toujours l\u00e0, elle ne ment pas la mer, pour \u00e7a qu\u2019elle vient ici chaque jour, au del\u00e0 de l\u2019horizon immuable seulement troubl\u00e9 par les caprices des nuages ou les brumes d\u2019\u00e9t\u00e9, elle vient pour les promesses tenues par la mer, sa litanie puissante, ses appels tendres, les drames engloutis, pour ses airs de trag\u00e9dienne, pour l\u2019\u00e9ternel retour, le mirage de la baleine, une terre qui affleure, pour le rythme des vagues accomplies, le temps suspendu \u00e0 leurs cr\u00eates, le temps hach\u00e9 d\u2019\u00e9cume, pour l\u2019ardeur et l\u2019oubli, pour le souffle que \u00e7a lui donne, ce qui se r\u00e9v\u00e8le dans le ressac qui aussit\u00f4t dispara\u00eet \u2014 des visages, des fant\u00f4mes, les voix du dessous \u2014, pour la joie des vagues, pour les peurs qu\u2019elles avalent en roulant.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>(Le sang sous la peau) [des souvenirs, des traces, je voudrais rester ici des heures sans bouger, des jours, \u00e0 scruter l\u2019horizon, ses \u00eeles illusoires, la jet\u00e9e minuscule au loin, le vide, le temps fig\u00e9 ou absent, \u00e0 distance du monde, m\u2019aveugler, rentrer dans cet espace, attendre la pluie, la nuit, des voix, une marche fun\u00e8bre, une sonate en mode <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/l5-une-terre-qui-affleure\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#L5 | une terre qui affleure<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":186,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[2071,2462],"tags":[379,80,2515],"class_list":["post-41195","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ete-2021-les-cycles","category-livre-5","tag-fantomes","tag-horizon","tag-vagues"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/41195","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/186"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=41195"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/41195\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=41195"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=41195"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=41195"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}