{"id":41257,"date":"2021-07-25T15:11:10","date_gmt":"2021-07-25T13:11:10","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=41257"},"modified":"2021-07-25T15:11:11","modified_gmt":"2021-07-25T13:11:11","slug":"p3-uisge-beatha","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/p3-uisge-beatha\/","title":{"rendered":"P3 Uisge beatha"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-medium is-style-default\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"315\" height=\"420\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/3-SekiguchiWhisky-315x420.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-41399\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/3-SekiguchiWhisky-315x420.jpeg 315w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/3-SekiguchiWhisky-768x1024.jpeg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/3-SekiguchiWhisky-rotated.jpeg 960w\" sizes=\"auto, (max-width: 315px) 100vw, 315px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Tord-boyaux inf\u00e2me \u00e0 ses d\u00e9buts, rang\u00e9 dans le tiroir des rem\u00e8des avec l\u2019huile de foie de morue, le whisky a \u00e9volu\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 devenir une boisson allant de l\u2019ap\u00e9ritif agressif jusqu\u2019au subtil et au raffin\u00e9 des salons enfum\u00e9s orn\u00e9s de boiseries sombres. Tout comme le vin qui s\u2019\u00e9tire en sinuant de la piquette de table jusqu\u2019aux grands crus class\u00e9s. La recette de base du whisky est des plus simples. C\u00e9r\u00e9ales, eau et levures. On laisse fermenter, on distille et on laisse vieillir. En tonneau, en f\u00fbt, en barrique \u2026 qu\u2019importe le contenant, il faut simplement qu\u2019il ait d\u00e9j\u00e0 contenu un autre alcool, vin, liqueur\u2026. Le whisky est le bernard-l\u2019hermite des alcools, il grandit dans les tonneaux des autres. La recette de base du whisky se rapproche de celle du pain : c\u00e9r\u00e9ales eau et levures, fermentation. Des ingr\u00e9dients tout simples et une infinit\u00e9 de variantes possibles entre choix des ingr\u00e9dients, des m\u00e9thodes, des moyens et surtout des savoir-faire. Pour le whisky on choisit la c\u00e9r\u00e9ale, jusqu\u2019au sarrasin en Bretagne, plus traditionnellement l\u2019orge. On peut encore ici multiplier les choix : malt\u00e9, fum\u00e9, sur feu de bois, de tourbe, plus ou moins longtemps\u2026 ensuite l\u2019eau. Pure, \u00e9videmment. De source, tr\u00e8s souvent, des Alpes dans le Vercors, souvent tourb\u00e9e en \u00c9cosse&#8230; Fermentation. Jusque-l\u00e0 on est proche de la fabrication de la bi\u00e8re. Mais d\u00e9sormais les histoires se s\u00e9parent. Distillation pour le whisky. Dans des alambics de cuivre, de petits \u00e0 immenses, coud\u00e9s, \u00e9vas\u00e9s, tourn\u00e9s, resserr\u00e9s, \u00e9chassiers \u00e9lanc\u00e9s ou larges poules pondeuses, cygne, cormoran ou canard. Seul le moineau n\u2019a pas sa place ici. De l\u2019alcool qui va na\u00eetre, on enl\u00e8ve les extr\u00eames. D\u00e9but et fin s\u2019en vont dans l\u2019autre cuve, et la distillation est gard\u00e9e sans sa t\u00eate ni sa queue. Fin de la premi\u00e8re \u00e9tape. Ici le whisky, qui n\u2019a toujours pas le droit de porter ce nom-l\u00e0, entre dans le domaine artistique quand il ne finit pas sur les rayons de la trop grande distribution. Pour les \u00e9lus, le savoir-faire, l\u2019exp\u00e9rience, le temps et deux doigts d\u2019audace voire de g\u00e9nie pour les meilleurs vont seuls pouvoir l\u2019amener \u00e0 \u00e9clore. Vieillissement. Par le choix des barriques o\u00f9 il va s\u00e9journer, par l\u2019endroit o\u00f9 il va \u00eatre entrepos\u00e9, par le temps qui va lui \u00eatre allou\u00e9 pour pouvoir s\u2019impr\u00e9gner des histoires pr\u00e9c\u00e9dentes lov\u00e9es dans le bois des tonneaux qui l\u2019accueillent, jusqu\u2019au m\u00e9lange final et \u00e0 l\u2019embouteillage&nbsp;: tout est affaire de sens. Go\u00fbt, odeur, couleur. L\u2019histoire de chaque bouteille est m\u00e9lang\u00e9e avec celle des lieux, des gens qui s\u2019occupent des tonneaux, des canicules et des inondations, des d\u00e9cisions politiques, des lois du commerce&#8230;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>En partant du tronc eau-c\u00e9r\u00e9ales-levures, chaque choix d\u00e9veloppe une branche, une ramification pour aboutir \u00e0 un arbre complexe, majestueux et digne. Un ch\u00eane droit et fier, de ceux qu\u2019on appr\u00e9cie pour tailler des tonneaux.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c7a commence comme un raid viking, une charge de barbares, une attaque de Huns. L\u2019alcool s\u2019installe, il prend ses aises, \u00e9bloui les papilles, repousse les gencives, se cale dans le palais avant d\u2019aveugler la gorge et se laisser oublier dans l\u2019\u0153sophage. En embarquant la glotte. Parfois on tousse, on cherche de l\u2019air, mais \u00e7a reste tr\u00e8s rare, donc \u00e7a reste un plaisir, de go\u00fbter des whiskys. On salive un peu pour \u00e9teindre l\u2019incendie avant de d\u00e9couvrir un monde nouveau comme le petit enfant qui m\u00e2chouille tout ce qui passe \u00e0 sa port\u00e9e.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Avant tout \u00e7a, la d\u00e9gustation avait commenc\u00e9 par le nez, d\u00e8s l\u2019entr\u00e9e dans la distillerie. Ambiance aseptis\u00e9e pour les nouveaux b\u00e2timents, odeur de propre voire pas d\u2019odeur. Bois clair, m\u00e9tal, design\u2026 comme partout o\u00f9 on vend. Voil\u00e0. Tandis que dans les anciennes, le nez commence par questionner. Humidit\u00e9, iode au bord de la mer, poussi\u00e8re, odeur de br\u00fbl\u00e9, de m\u00e9tal chaud. De travail. \u00c7a, c\u2019est pour l\u2019ext\u00e9rieur. \u00c0 l\u2019int\u00e9rieur, \u00e7a sent l\u2019humide, le bois, l\u2019ancien.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Puis on remplit les verres. De loin, la d\u00e9gustation commence par une couleur. Transparent comme de l\u2019eau \u00e0 la sortie des alambics, le futur whisky est pr\u00eat \u00e0 apprendre la langue du tonneau dans lequel il va habiter. Jusqu\u2019\u00e0 lui emprunter sa couleur, ses go\u00fbts, ses ar\u00f4mes, ses odeurs, ses tics de langage et sa litt\u00e9rature. Si on lui laisse le temps.<\/p>\n\n\n\n<p>On fait tourner dans le verre, on regarde la couleur, le gras, l\u2019\u00e9paisseur des coul\u00e9es sur les parois. On sent, mais pas de trop pr\u00e8s pour laisser l\u2019alcool filer sur les c\u00f4t\u00e9s. Premi\u00e8re gorg\u00e9e, mais on ne l\u2019avale pas tout de suite, on la laisse visiter toutes les papilles, langue, palais. Au d\u00e9but il y\u2019a l\u2019alcool. Plus ou moins agressif, il s\u2019adoucit avec l\u2019\u00e2ge, apr\u00e8s avoir laiss\u00e9 quelques plumes chez les anges qui r\u00e9clament leur part, mais il est toujours l\u00e0, qui s\u2019installe en ma\u00eetre, prends toute la place, squatte la bouche, les joues, les gencives. Il marque son territoire en barbare primitif qui br\u00fble les terres conquises pour y planter son nom. Ensuite, petit \u00e0 petit, on gu\u00e9rit de la br\u00fblure, on s\u2019habitue, on d\u00e9couvre autre chose, on prend confiance, on commence \u00e0 explorer, parce que m\u00eame si ce n\u2019est pas tout, une bonne partie de ce qui fait un bon whisky, c\u2019est son \u00e2ge, le temps qu\u2019il a pu voir passer au contact du bois des tonneaux, \u00e0 apprendre leur langue, leur accent, leurs histoires. Leur culture. Dans la bouche \u00e7a vient doucement. Apr\u00e8s le choc de l\u2019alcool, du d\u00e9paysement, de l\u2019arriv\u00e9e dans un endroit inconnu, on reconnait quelques mots, des go\u00fbts de fruits, de fum\u00e9, puis parmi les fruits on distingue celui-ci ou celui-l\u00e0. Un d\u00e9but de grammaire. Parmi les go\u00fbts iod\u00e9s viennent les raffinements&nbsp;: plage, algues, crustac\u00e9s. Certains vont jusqu\u2019au filet de p\u00eache. Expressions r\u00e9gionales. On cherche les mots qui iraient bien, souvent c\u2019est presque \u00e7a, mais pas tout \u00e0 fait. Alors on reprend une gorg\u00e9e. Alcool, encore, mais on s\u2019y attend, c\u2019est un retour, des retrouvailles, ce n\u2019est plus le choc d\u2019une d\u00e9couverte. On est presque chez soi, on est d\u00e9tendu, serein, tranquille, s\u00fbr de soi. Trop&nbsp;? Pas encore, mais bient\u00f4t. Alors, il vaut mieux rentrer, fermer la maison des vacances et mettre la cl\u00e9 dans la boite aux lettres. Ne pas s\u2019installer. \u00c9viter l\u2019ivresse. On reviendra, une autre fois. Pour compl\u00e9ter, retrouver et approfondir. Pour \u00e9paissir son dictionnaire, au calme dans sa t\u00eate. Ne pas tout m\u00e9langer\u2026<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Tord-boyaux inf\u00e2me \u00e0 ses d\u00e9buts, rang\u00e9 dans le tiroir des rem\u00e8des avec l\u2019huile de foie de morue, le whisky a \u00e9volu\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 devenir une boisson allant de l\u2019ap\u00e9ritif agressif jusqu\u2019au subtil et au raffin\u00e9 des salons enfum\u00e9s orn\u00e9s de boiseries sombres. Tout comme le vin qui s\u2019\u00e9tire en sinuant de la piquette de table jusqu\u2019aux grands crus class\u00e9s. La recette <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/p3-uisge-beatha\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">P3 Uisge beatha<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":123,"featured_media":41399,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[2071,2070,2322],"tags":[],"class_list":["post-41257","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-ete-2021-les-cycles","category-pete-2021-progression","category-progression-3"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/41257","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/123"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=41257"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/41257\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/41399"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=41257"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=41257"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=41257"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}