{"id":42185,"date":"2021-07-27T19:36:44","date_gmt":"2021-07-27T17:36:44","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=42185"},"modified":"2026-04-25T17:03:52","modified_gmt":"2026-04-25T15:03:52","slug":"p6-ou-tout-se-desassemble","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/p6-ou-tout-se-desassemble\/","title":{"rendered":"#P6| O\u00f9 tout se d\u00e9sassemble"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"768\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/JS1-768x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-42187\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/JS1-768x1024.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/JS1-315x420.jpg 315w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/JS1-1152x1536.jpg 1152w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/JS1-1536x2048.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/JS1-scaled.jpg 1920w\" sizes=\"auto, (max-width: 768px) 100vw, 768px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-preformatted\">\"<em>Quand le monde \u00e9tait de cinq si\u00e8cles plus jeune qu'aujourd'hui, les \u00e9v\u00e9nements  de la vie se d\u00e9tachaient avec des contours plus marqu\u00e9s. De l'adversit\u00e9 au bonheur, la distance   semblait   plus   grande ; toute   exp\u00e9rience   avait   encore   ce   degr\u00e9   d'imm\u00e9diat et d'absolu qu'ont le plaisir et la peine dans l'esprit d'un enfant.<\/em>\" Johan Huizinga, <em>l'Automne du Moyen-\u00c2ge<\/em>\n<\/pre>\n\n\n\n<p><strong>1.Semaine<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dimanche 18 juillet<\/strong><br>Ils sont plusieurs \u00e0 avoir eu des tiques. Le tire-tiques circule. Dans la salle de bain, j&rsquo;ausculte mon corps. Un point noir sur la peau de la cuisse. Je regarde. Comme un petit corps enfoui \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de la peau. Ce n&rsquo;est pas un grain de beaut\u00e9\u2026 Je retire mon pantalon. Je regarde ma cuisse. Le point noir a disparu. \u00c9tait-ce une tique ? La t\u00eate enfouie au creux de la peau. La persistance de cette image. Comme un \u00e9lan de tendresse de l&rsquo;insecte envers le corps qui l&rsquo;abrite. Le malaise et le d\u00e9go\u00fbt : la t\u00eate enfouie au creux de la peau, la tendresse de la tique.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Lundi 19 juillet<\/strong><br>Des heures de route depuis Limoges jusqu&rsquo;en r\u00e9gion parisienne. Au bord de l&rsquo;autoroute, le parc des Bruy\u00e8res, une grande butte, des jardins partag\u00e9s, et la trace d&rsquo;un squat. Les voitures \u00e0 pleine vitesse roulent sans bruit sur les phalanges noires des jardiniers du dimanche.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Mardi 20 juillet<\/strong><br>Avenue de Flandres, il y a eu la silhouette d&rsquo;un homme grand, tr\u00e8s maigre qui tenait son pantalon. Il s&rsquo;est arr\u00eat\u00e9 pour uriner le long d&rsquo;un arbre \u00e0 quelques m\u00e8tres de moi. Paris l&rsquo;\u00e9t\u00e9, Paris demain, ville d\u00e9sert\u00e9e. Et puis ceux qui restent.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Mercredi 21 juillet<\/strong><br>Longue marche entre le XIXe et le XXe arrondissement. Soudain, quelque chose s&rsquo;apaise, quelque chose atterrit. Les sons sont plus doux. Je ralentis. La rue Pix\u00e9r\u00e9court. Vivre l\u00e0 : peut-\u00eatre ?<\/p>\n\n\n\n<p>J<strong>eudi 22 juillet<\/strong><br><em>On s&rsquo;agite, on s&rsquo;agite, on construit, mais que reste-t-il de la singularit\u00e9, de l&rsquo;originalit\u00e9 ? 10% de nos r\u00e9actions ? Notre singularit\u00e9, notre course \u00e0 l&rsquo;authenticit\u00e9, et la fa\u00e7on m\u00eame que nous avons d&rsquo;y aspirer, ne sont encore qu&rsquo;un construit social, banal, convenu dans sa routine et aussi dans ses marges\u2026<\/em> J&rsquo;ai d\u00een\u00e9 avec une amie. ll y avait des spaghetti \u00e0 la vongole.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Vendredi 23<\/strong> j<strong>uillet<\/strong><br>L&rsquo;appartement se situe rue de l&rsquo;Olive, proche du m\u00e9tro Marx Dormoy, au deuxi\u00e8me \u00e9tage, sur cour. Une femme fait signe de la fen\u00eatre. Les communs sont d\u00e9cr\u00e9pits. L&rsquo;escalier est en bois. Le b\u00e2timent encadre la cour. Il est bas pour un immeuble parisien. Sur la bo\u00eete aux lettres, des noms du monde entier. La femme a quatre-vingts ans. Elle vend, elle ne peut pas rester. Elle a v\u00e9cu ici 43 ans, seule.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Samedi 24 juillet<\/strong><br>La fa\u00e7ade immense de cet h\u00f4tel de la Bourboule, six \u00e9tages, et aux derniers \u00e9tages, la lumi\u00e8re qui traverse les vitres crev\u00e9es et la charpente au toit en all\u00e9. Il fait grand soleil.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>2.Seule quelque part<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Dehors le vent, dedans le bourdonnement du ventilateur. Les draps, la couette sont emm\u00eal\u00e9s. Dans la chambre, le toit est inclin\u00e9 et le plafond bas. A travers le velux, la lumi\u00e8re se diffuse. Sous le velux, c&rsquo;est plus clair. Au-dessus, derri\u00e8re le velux, est la for\u00eat. Sous la for\u00eat, est le sol. Sur le sol, sont les insectes, et parmi les insectes, les col\u00e9opt\u00e8res. Il y avait hier, sur un sentier, un col\u00e9opt\u00e8re orange et dor\u00e9. Il avait une carapace comme poin\u00e7onn\u00e9e de motifs, une armure de parade. Sous le sol, sont des trous et de l&rsquo;eau circule depuis des milliers d&rsquo;ann\u00e9es entre des couches de s\u00e9diment. La roche granitique est fendue, \u00e9cras\u00e9e. Elle remonte et s&rsquo;incline et dans l&rsquo;inclinaison, l&rsquo;eau se d\u00e9verse en une grande cascade. Au-dessus du velux, l&rsquo;air est plus frais, les mouvements de l&rsquo;air sont fluides. Sous le velux, l&rsquo;air est plus chaud et faussement immobile. Il circule pourtant. Et sous la peau, le sang circule aussi. Au c\u0153ur de la poitrine, il y a une sensation, le creux de l&rsquo;os, le plexus. Les mati\u00e8res sont mi-artificielles, mi-naturelles, les murs sont lisses, d&rsquo;une teinte entre le violet et le gris perle. Ils sont juste derri\u00e8re les orteils. Les orteils sont cach\u00e9s par l&rsquo;\u00e9cran de l&rsquo;ordinateur. Ils sont crois\u00e9s derri\u00e8re l&rsquo;\u00e9cran, et  derri\u00e8re encore, il y a des murs \u00e0 la couleur ind\u00e9finie, et dans la peinture de ces murs, il y a des pigments. D&rsquo;o\u00f9 viennent-ils ? <\/p>\n\n\n\n<p>Des souvenirs de fusain\u2026 Le fusain, le b\u00e2ton noir entre le pouce et l&rsquo;index, frottait le papier et tra\u00e7ait des dessins autrefois, esquiss\u00e9s rapidement dans un moment de distraction. C&rsquo;\u00e9tait un dessin machinal, toujours le m\u00eame. La perspective \u00e9tait inexistante. Il y avait le fusain, le petit b\u00e2ton noir, encadr\u00e9 par le pouce, l&rsquo;index et tout le corps qui se d\u00e9ployait sans point de fuite. Le corps \u00e9tait \u00e9tal\u00e9 derri\u00e8re une main gigantesque, des doigts ombr\u00e9s, d\u00e9form\u00e9s, aux articulations osseuses. <\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est que j&rsquo;aimais les mati\u00e8res, les v\u00e9g\u00e9taux, les roches, les plis, les replis. <\/p>\n\n\n\n<p>Cette chambre toute en longueur est au dernier \u00e9tage d&rsquo;une maison. Le matelas est ferme, l&rsquo;oreiller moelleux. Le corps s\u2019y incruste. Dans le matelas, dans l&rsquo;oreiller, fourmille et s&rsquo;entrelace et se tisse toute une vie invisible, un \u00e9cheveau de textile, mailles, acariens.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a quelque part ce qui per\u00e7oit, ce qui assemble, ce qui d\u00e9sassemble, ce qui circule. C&rsquo;est un espace, c&rsquo;est un regard, c&rsquo;est une instance, ce n&rsquo;est pas tout \u00e0 fait un corps, c&rsquo;est au-del\u00e0 d&rsquo;un corps.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Mon corps s&rsquo;en va descendre, o\u00f9 tout se d\u00e9sassemble.<\/em> <\/p>\n\n\n\n<p>Ces lieux, ces espaces, ces instances sont nombreux, de fragmentation, d&rsquo;unification, d\u00e9composition, et liaison. Une salive int\u00e9rieure, une salive psychique lie souvenirs, particules, sensations. Un filet d&rsquo;encre goutte et se d\u00e9ploie sur un buvard gigantesque. <\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;araign\u00e9e tisse et patiente. Elle per\u00e7oit, elle est elle, elle est le fil et son \u00e9lasticit\u00e9, elle est le centre, elle est l&rsquo;entour, elle est ce qui se cogne contre la toile. Au centre de la toile, elle est ce qui se fige, ce qui oscille. Le long fil transparent, maill\u00e9, capte et diffracte la lumi\u00e8re, contient et d\u00e9ploie. <\/p>\n\n\n\n<p>Sur la surface moelleuse du matelas, \u00e0 la surface de la peau, derri\u00e8re les yeux, au bout des doigts et au-del\u00e0, sous le sol des for\u00eats, et par-dessus aussi, \u00e7a tisse, \u00e7a compose et d\u00e9compose\u2026 C&rsquo;est un mouvement d&rsquo;accueil et de pr\u00e9hension, invisible et secret, de r\u00e9gurgitation, de diffraction aussi.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;araign\u00e9e est translucide au centre de la toile, tiss\u00e9e du m\u00eame fil. A la lumi\u00e8re, elle dispara\u00eet.<\/p>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-preformatted\"><strong>R\u00e9f\u00e9rences<\/strong> : Ronsard, Huizinga, Julien Salaud.<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0Quand le monde \u00e9tait de cinq si\u00e8cles plus jeune qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui, les \u00e9v\u00e9nements de la vie se d\u00e9tachaient avec des contours plus marqu\u00e9s. De l&rsquo;adversit\u00e9 au bonheur, la distance semblait plus grande ; toute exp\u00e9rience avait encore ce degr\u00e9 d&rsquo;imm\u00e9diat et d&rsquo;absolu qu&rsquo;ont le plaisir et la peine dans l&rsquo;esprit d&rsquo;un enfant.\u00a0\u00bb Johan Huizinga, l&rsquo;Automne du Moyen-\u00c2ge 1.Semaine Dimanche 18 juilletIls <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/p6-ou-tout-se-desassemble\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#P6| O\u00f9 tout se d\u00e9sassemble<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":403,"featured_media":42187,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[2071,2070,2535],"tags":[],"class_list":["post-42185","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-ete-2021-les-cycles","category-pete-2021-progression","category-progression-6-kafka"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/42185","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/403"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=42185"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/42185\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":208310,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/42185\/revisions\/208310"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/42187"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=42185"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=42185"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=42185"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}