{"id":42329,"date":"2021-07-28T10:58:21","date_gmt":"2021-07-28T08:58:21","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=42329"},"modified":"2021-10-12T23:49:10","modified_gmt":"2021-10-12T21:49:10","slug":"l5-le-bien-et-le-mal","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/l5-le-bien-et-le-mal\/","title":{"rendered":"L#5 Le bien et le mal"},"content":{"rendered":"\n<p><em>Le boulevard qui longe la mer<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est le jour. Un immeuble, un parc, un boulevard, des voitures, des motos, des v\u00e9los, des pi\u00e9tons, des joggers, des jeunes, des moins jeunes, des vieux, des hommes, des femmes, des enfants, des chiens, ils sont tous l\u00e0 sur le boulevard et ses trottoirs. Ils ont vue sur la mer, le phare, le plongeoir, certains descendent l\u2019escalier qui conduit au chemin des douaniers le long de la mer. C\u2019est un monde disjoint. Un immeuble tout blanc des ann\u00e9es&nbsp;70, un immeuble cossu avec de grandes terrasses, certaines orient\u00e9es plein sud sur la mer, un parc plant\u00e9 de palmiers, d\u2019oliviers, de magnolias et d\u2019arbustes, un boulevard peu large assez fr\u00e9quent\u00e9, des voitures contraintes \u00e0 rouler lentement, des motos bruyantes, des v\u00e9los en nombre croissant, des pi\u00e9tons d\u00e9contract\u00e9s tr\u00e8s nombreux le dimanche et les jours f\u00e9ri\u00e9s. Pi\u00e9tons de tous genres, tous \u00e2ges, toutes m\u0153urs, toutes classes sociales. De petits arbres prot\u00e8gent les personnes assises sur les bancs qui jalonnent le boulevard. Si le regard s\u2019\u00e9l\u00e8ve, il peut \u00eatre frapp\u00e9 par le flux constant de couleurs, de sons, voix, rires, klaxons et cornes de bateaux animant cet espace. L\u2019immeuble \u00e9tend en plein midi ses tentes rouges pour avoir moins chaud et ne pas \u00eatre \u00e9bloui, le parc se peuple de visiteurs qui tant\u00f4t pratiquent tai chi, boxe ou yoga, tant\u00f4t prom\u00e8nent enfants ou chiens, tant\u00f4t piqueniquent ou se bronzent allong\u00e9s sur l\u2019herbe. Alors la fragmentation dispara\u00eet, et seule une forme gigantesque tel un dragon flamboyant \u00e0 la lumi\u00e8re intense du soleil et ses sujets l\u2019accompagnant s\u2019\u00e9tire et grandit sans cesse.<\/p>\n\n\n\n<p>La nuit, un autre monde surgit. L\u2019\u00e9clairage bleu humide des r\u00e9verb\u00e8res donne \u00e0 l\u2019ensemble une allure fantomatique. L\u2019immeuble offre ses nombreuses fen\u00eatres \u00e9clair\u00e9es telles des yeux sortis au m\u00eame moment de leur antre pour scruter la nuit. Le parc ferm\u00e9 au public est noir. Les voitures sont peu nombreuses. Tout est faussement calme. Parall\u00e8le au boulevard en contrebas, le chemin des douaniers sans lumi\u00e8re attire des individus intr\u00e9pides ou louches. Les intr\u00e9pides remontent vite, les autres s\u2019adonnent au trafic de drogues et aux pratiques homosexuelles sans amour. Le dragon du jour, <em>bon<\/em> et pacifique a laiss\u00e9 la place au dragon de la nuit <em>diabolique<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Le jeune homme mort<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le jeune homme retrouv\u00e9 mort dans le jardin de la villa pr\u00e8s de l\u2019immeuble situ\u00e9 sur le boulevard qui longe la mer est vraisemblablement une victime d\u2019adeptes de cette vie nocturne dangereuse. Le jour, dans ses moments de loisir, il faisait de l\u2019aviron. Le club nautique est juste en face du parc et \u00e0 deux pas du plongeoir. Il n\u2019avait qu\u2019\u00e0 traverser. On dit que le jour il chantonnait ou sifflait donnant l\u2019image d\u2019un jeune homme insouciant. La nuit, il sortait, toujours habill\u00e9 de noir et sauf les jours de temp\u00eate, il arpentait le chemin des douaniers, arborant un <em>hors l\u2019ordre moral<\/em> sans mesurer les risques qu\u2019il prenait et <em>la descente aux enfers<\/em> qu\u2019il creusait plus profond\u00e9ment chaque jour. Lorsqu\u2019il remontait tard dans la nuit, il avait les yeux rougis, les v\u00eatements en d\u00e9sordre et l\u2019allure avachie. On n\u2019en sait pas plus, \u00e0 cette heure, des circonstances de sa mort et de l\u2019identit\u00e9 de son meurtrier. Aujourd\u2019hui, le temps est poisseux, lourd, le ciel laiteux, l\u2019atmosph\u00e8re \u00e9touffante. Tout p\u00e8se sur la nuque des passants. Certains se d\u00e9battent pour en sortir. Ils ressemblent \u00e0 des insectes prisonniers, \u00e9tudiant le sol au-dessous d\u2019eux pour y percevoir une solution. L\u2019asphalte ne r\u00e9pond pas, elle se contente de briller. Un chant d\u2019oiseaux soudain lac\u00e8re cette pesanteur, \u00e9tire vers le haut les regards et surprend les ou\u00efes, tout retombe presque aussit\u00f4t.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Partir au hasard<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Partir au hasard, errer, pour suivre un appel int\u00e9rieur, une voix qui de longue lutte a perc\u00e9 le mur d\u2019enfermement. Rejeter enfin les limites subies depuis plusieurs ann\u00e9es, tol\u00e9r\u00e9es par des consid\u00e9rations morales recouvrant de leur glu les carapaces \u00e9gotiques si risibles avec du recul. D\u00e9cider de devenir plus accueillante \u00e0 la vie<em>. <\/em>Elle a pris le temps de bien choisir ses chaussures, l\u00e9g\u00e8res et confortables. Adopter un bon appui sur le sol pour retrouver un \u00e9quilibre ancien, s\u2019autoriser \u00e0 marcher \u00e0 la seule allure qu\u2019elle choisirait, imaginer son envol par instants hallucin\u00e9s, d\u00e9coller et revenir en douceur dans le r\u00e9el et ses exigences. Partir loin s\u2019il le faut, apr\u00e8s une premi\u00e8re \u00e9tape dans une petite ville. Prendre des risques, affronter ses obscurit\u00e9s. Et dans une <em>errance \u00e9trange, trouver le sens de son propre myst\u00e8re.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Amour \u00e9ph\u00e9m\u00e8re et intense<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Il est mont\u00e9 dans le train ce matin pour aller \u00e0 un rendez-vous professionnel qui l\u2019ennuie. Il ne supporte plus le discours vide des experts en communication. Il se sent fatigu\u00e9, mais il per\u00e7oit en lui des forces qui pourraient ressurgir. Sa t\u00eate se balance sans cesse, au rythme des oscillations du train, une m\u00e8che de cheveux cache son \u0153il gauche puis le d\u00e9couvre. Surpris tout \u00e0 coup par la pr\u00e9sence d\u2019une femme seule, peu \u00e9loign\u00e9e de lui. Elle a un regard triste, elle n\u2019est pas tr\u00e8s jolie, mais elle l\u2019attire. Il la regarde sans cesse, oublie sa fatigue et son rendez-vous. Il se l\u00e8ve, s\u2019assoit \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s en resserrant pudiquement ses jambes. Ses mains le g\u00eanent. Il h\u00e9site \u00e0 \u00e9tendre sa main gauche sur le c\u00f4t\u00e9, ce serait trop pr\u00e8s d\u2019elle, il la pose sur sa cuisse gauche, mais h\u00e9site \u00e0 adopter soit les doigts tendus soit repli\u00e9s. Il change souvent leur position, signe d\u2019une nervosit\u00e9 manifeste. Il se pince le bras pour reprendre le dessus. \u00c7a marche. Elle semble ne pas se rendre compte de sa pr\u00e9sence. Lui ressent une chaleur qui l\u2019inonde. Il ne parle pas. Il respecte son silence, mais il a bien vu, en tournant la t\u00eate vers elle, de tout pr\u00e8s, la l\u00e9g\u00e8re coloration apparue sur ses joues. La chaleur les a inond\u00e9s tous les deux \u2014 signe <em>d\u2019un amour \u00e9ph\u00e9m\u00e8re et intense.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le boulevard qui longe la mer C\u2019est le jour. 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