{"id":42558,"date":"2021-07-29T01:36:43","date_gmt":"2021-07-28T23:36:43","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=42558"},"modified":"2021-07-29T01:37:22","modified_gmt":"2021-07-28T23:37:22","slug":"5l-la-vie-rude","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/5l-la-vie-rude\/","title":{"rendered":"#L5 \/ La vie rude"},"content":{"rendered":"\n<p>Il fallait en ce temps-l\u00e0 puiser tr\u00e8s profond en soi pour garder un peu de soleil \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur. Peut-\u00eatre d\u00e9velopper une capacit\u00e9 \u00e0 rire du monde et des autres. Surtout \u00e0 rire de soi. Ca peut devenir un mode de vie de rire de soi. Humour d\u00e9cal\u00e9 fait d\u2019images dr\u00f4latiques. Irr\u00e9v\u00e9rencieuses. R\u00e9inventer le r\u00e9el. Et hurler de rire. M\u00eame seule. Mais elle. Elle impossible. Elle elle ne le pouvait pas. Rire d\u2019elle et de sa situation. 17 ans. 11 A+. Destin\u00e9e \u00e0 l\u2019universit\u00e9. Et se retrouver \u00e0 frotter les marches et paliers d\u2019une cage d\u2019escaliers. A genoux. Dans l\u2019eau brun\u00e2tre qui suinte des lattes de ch\u00eane encrass\u00e9es par les ann\u00e9es. Ecorch\u00e9e elle \u00e9tait. Dans son amour propre. Cabr\u00e9e de fureur. Et raidie par l\u2019injustice. Elle toujours premi\u00e8re. La meilleure en tout. Au Monopoly pass\u00e9e ma\u00eetre dans l\u2019art de la transaction. Acheter les terrains toujours \u00e0 moindre co\u00fbt. N\u2019\u00e9changer que dans son propre int\u00e9r\u00eat. Etre impitoyable quitte \u00e0 se faire des ennemis dans sa propre famille. Mais briller. Toujours. L\u2019excellence son ma\u00eetre mot. Alors se retrouver \u00e0 gratter des marches de bois \u00e0 la paille de fer. A la laine d\u2019acier. Enchev\u00eatrement de copeaux de m\u00e9tal qui vous rentrent sous le derme comme des \u00e9chardes. Etre mise \u00e0 genoux. Ramper dans l\u2019eau noir\u00e2tre. Face \u00e0 sa propre m\u00e8re. M\u00e8re qui prendra plaisir \u00e0 la regarder se d\u00e9battre. Se tenant debout devant elle. M\u00e8re qui a jur\u00e9 de la soumettre \u00e0 sa volont\u00e9. Sa seule volont\u00e9. Et de faire d\u2019elle une masseuse de visage dans un salon de coiffure. Alors qu\u2019elle. Elle n\u2019a jamais support\u00e9 le contact physique. Que le contact de la peau la rebute. Que m\u00eame donner la main \u00e0 une inconnue lui p\u00e8se. Elle masseuse.<\/p>\n\n\n\n<p>Mouvements d\u2019aller retour. Racler, gratter, rincer, frotter. Les escaliers finis c\u2019est au tour des planchers. Salon, chambres, grenier. La paille de fer lui entaillera les doigts. Le savon vert lui grignottera, lui rongera la peau des mains. La soumettre. Le projet absolu de la m\u00e8re. \u00ab&nbsp;Tu r\u00e9cureras les planchers jusqu\u2019\u00e0 ce que tu te soumettes&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout l\u2019\u00e9t\u00e9 la m\u00e8re attend. Qu\u2019elle se lasse de frotter. Mais elle que du contraire. L\u2019eau crasseuse la bouscule, \u00e9veille ses instincts, allume son d\u00e9sir d\u2019\u00eatre pleinement en vie, d\u2019\u00eatre pleinement elle-m\u00eame. Un \u00e9t\u00e9 d\u2019introspection furieuse. De r\u00e9bellion fulminante. Briser les liens de loyaut\u00e9 il en va de sa survie. Et fuir. Fuir une m\u00e8re abusive r\u00e9gnant en tyran sur son propre terrain. Un salon de coiffure de province. La m\u00e8re qui un jour a coiff\u00e9 la Reine. La Reine&nbsp;! Qui se rend \u00e0 Paris tous les mois. En wagon de premi\u00e8re classe&nbsp;! Qui s\u2019enorguellit d\u2019\u00eatre au courant des derni\u00e8res tendances. Qui ne parle que d\u2019\u00e9l\u00e9gance. Arborant de grands chapeaux. Riant fort. Portant des bijoux en or 18 carats. Et dans son salon de coiffure des pr\u00e9sentoirs luxueux plaqu\u00e9s acajoux. Des pr\u00e9sentoirs faits sur mesure. Du bois pr\u00e9cieux import\u00e9 des colonies. Proposer aux clientes les derniers produits \u00e0 la mode. Cr\u00e8mes de soin. Parfums. Shampoing de luxe. Alors que le mari, travailleur des postes, un homme humble et doux, les traits du visage fins, vit lui, humblement, dans l\u2019ombre et la soumission.<\/p>\n\n\n\n<p>Asservit-on si facilement une jeune fille ayant investi autant dans sa scolarit\u00e9 (11 A+)&nbsp;? De la col\u00e8re. Rien que de la col\u00e8re. Une col\u00e8re si terrible que jamais plus elle ne s\u2019en d\u00e9partira. Toute sa vie une boule de nerfs charg\u00e9e de racune et de rancoeur. Pardonner \u00e0 la m\u00e8re&nbsp;? Jamais.<\/p>\n\n\n\n<p>Le monde allait pourtant s\u2019ouvrir \u00e0 elle, se d\u00e9ployer, prendre de nouvelles dimensions. Elle allait d\u00e9couvrir, tr\u00e8s vite et gr\u00e2ce \u00e0 un galant anglais ayant fait sa demande les mains gant\u00e9es de blanc, les ailleurs du monde. A peine mari\u00e9e elle fuit Outre-Manche.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Codi\u00e7ille&nbsp;: En tentant de faire le point sur ma Sentimenth\u00e8que, ce qui me frappe&nbsp;: \u00e0 quel point l\u2019enfance est pr\u00e9sente. Je tente donc de revenir sur l\u2019enfance d\u2019un des personnages. La m\u00e8re de la protagoniste. Je retravaille un monologue de la consigne 3. J\u2019inclus quelques syntagmes (comme recommand\u00e9 par Fran\u00e7ois) et \u00e7a m\u2019aide franchement \u00e0 d\u00e9placer mon r\u00e9cit. Je tente de colorer mon texte avec des ressentis exprim\u00e9s dans ma Sentimenth\u00e8que (l\u2019humour f\u00e9roce, rire de soi, l\u2019instinct, la force de vie). Ca ouvre mon champ de r\u00e9cit, d\u00e9place mon personnage. Le rend moins lin\u00e9aire, plus complexe. M\u2019emp\u00eache de l\u2019enfermer dans une image un peu trop caricaturale. Je trouve au final tr\u00e8s \u00e9tonnant de travailler sur ce qui nous unit \u00e0 la litt\u00e9rature au plus profond, au plus intime de nous-m\u00eame et de tenter de d\u00e9placer ces ressentis sur un ou des personnages.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il fallait en ce temps-l\u00e0 puiser tr\u00e8s profond en soi pour garder un peu de soleil \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur. Peut-\u00eatre d\u00e9velopper une capacit\u00e9 \u00e0 rire du monde et des autres. Surtout \u00e0 rire de soi. Ca peut devenir un mode de vie de rire de soi. Humour d\u00e9cal\u00e9 fait d\u2019images dr\u00f4latiques. Irr\u00e9v\u00e9rencieuses. R\u00e9inventer le r\u00e9el. Et hurler de rire. 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