{"id":42604,"date":"2021-07-29T06:28:54","date_gmt":"2021-07-29T04:28:54","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=42604"},"modified":"2021-08-06T12:55:17","modified_gmt":"2021-08-06T10:55:17","slug":"l6-tetes-mortes-cest-le-titre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/l6-tetes-mortes-cest-le-titre\/","title":{"rendered":"#L6 T\u00eates mortes c&rsquo;est le titre"},"content":{"rendered":"\n<p>Longtemps qu&rsquo;il dort tout habill\u00e9. Parfois en manteau au-dessus du drap. On le dirait pr\u00eat \u00e0 partir. Il ne ferme pas les volets. Ni les rideaux. Il dort par \u00e0 coups ou par quart comme les marin. Sommeils entrecoup\u00e9s d\u2019\u00e9veils.&nbsp; Et scruter l\u2019obscurit\u00e9. Il est aux aguets sans aucune volont\u00e9 de l\u2019\u00eatre. Il a l\u2019\u0153il et l\u2019ou\u00efe et l\u2019odorat d\u2019une sensibilit\u00e9 excessive. Il dit qu\u2019il peut entendre le grattement d\u2019une souris dans un incendie de for\u00eat ou voir l\u2019amibe dans l\u2019abime.<br>Toujours il faut qu\u2019il parte. Arriver quelque part&nbsp; pour revenir \u2014 sans  revenir sur ses pas. Tracer des cercles. Revenir par d\u2019autres chemins.<br><em>\u00catre, plus ou moins quelque chose : une couleur. Un animal.&nbsp; Plus ou moins mort<\/em>&#8230; ou penser tr\u00e8s fort \u00e0 autre chose. Substituer au monde r\u00e9el un&nbsp; autre plan. S\u2019abstraire.<br>Longtemps qu\u2019il perd le fil. Son esprit flotte. Vole en zigzag. Il n\u2019est pas rare qu\u2019il se voie faire une chose et que se voyant il se r\u00eave autre chose. Il est une myriade d\u2019impressions d\u00e9sordonn\u00e9es. Il est un palimpseste d\u2019histoires. Il est absent et aux aguets. Il est aux aguets donc absent. Contradictions qui l&rsquo;\u00e9puisent et l&rsquo;incitent toujours \u00e0 partir. S&rsquo;il ne tient pas en place. Il peut cependant rester dans l\u2019examen clinique d\u2019une chose au point de devenir elle. Il serait devenu une mouche. Il l&rsquo;a cru.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>le 12<\/strong><br>Il regarde mes chaussures. Sa d\u00e9testation \u2014 un mot \u00e0 lui \u2014 pour les chaussures de sport. Ne porte que des chaussures en cuir, de seconde main. Il les chinait. Il adore l\u2019histoire du maitre qui fait porter ses costumes neufs \u00e0 son laquais. Ses chaussures \u00ab\u00a0de maitre\u00a0\u00bb pleines &nbsp;de taches. Il passe dessus une peau pour qu&rsquo;elles brillent.<br>Ce go\u00fbt pour les mots ou les expressions \u00ab qu\u2019on ne dit plus gu\u00e8re \u00bb : R\u00e9clame, automobile ou TSF.<br>La lumi\u00e8re par la fen\u00eatre ronge sa pommette droite. Visage d\u2019acier. Il dit: \u00ab\u00a0il n\u2019est plus temps,\u00a0\u00bb il ne dit pas&nbsp;: il est trop tard.&nbsp; (La forme des phrases&nbsp;: il se g\u00e2te pour il ne veut pas se maintenir au beau).<br>Je l\u2019aide \u00e0 s\u2019assoir. Le craquement des os. L&rsquo;odeur de pomme sure que d\u00e9gage son cou, de feuilles moisies. Soutenir sans avoir l\u2019air. Son ent\u00eatement: debout jusqu\u2019au bout.&nbsp; &nbsp;<br>Un kilo de plume et le volume d\u2019un kilo de plomb entre mes bras. Ils tremblent; peur de lui faire mal. Ses yeux&nbsp;: Plus ou moins bleu. De quelle couleur. Ses yeux piquet\u00e9s d&rsquo;\u00e9cailles mordor\u00e9es.<br>\u00catre, plus ou moins quelque chose : une couleur. Un animal.&nbsp; Plus ou moins mort<\/p>\n\n\n\n<p><strong>le 13<\/strong><br>Nos voyages. Nos visites des cimeti\u00e8res. Et photographier les st\u00e8les. Coller les images dans un album.&nbsp;J\u2019\u00e9cris&nbsp;: T\u00eates mortes sur la couverture. Je suis fier des mots que j\u2019ai trouv\u00e9. J\u2019ai treize ans.\u00ab Un titre d\u00e9j\u00e0 pris. Mais tu peux toujours l\u2019emprunter.&nbsp;\u00bb<br>Nos voyages. Tipaza, Terezin&#8230;<br>Je m\u2019endors tout habill\u00e9 avec sa t\u00eate sur ma poitrine, l\u2019album tombe. Les tomettes fissur\u00e9es maintes fois repeintes. Leur rouge bleuit avec le soir. Un rouge bleu.<\/p>\n\n\n\n<p>le 14&nbsp;<br>\u00ab&nbsp;Pars \u00bb&#8230; Son cri me r\u00e9veille ou l\u2019album quand il tombe. Des algues. Une sorte de Neptune de mati\u00e8re noire. Il sombre. Devient translucide. Boire la tasse. Boire de l\u2019eau jusqu\u2019\u00e0 la nuit. La lie. Lui.<br>Dans l\u2019\u00e9vier l\u2019assiette avec le mou. Une fourmi elle creuse. La marche du chat sur le zinc du toit. Un d\u00e9placement infime de l\u2019air. Le poumon m\u00e2chouill\u00e9 dans l\u2019assiette.<br>Poumons, visc\u00e8res, os. Du mol au friable: \u00ab&nbsp; Je suis pr\u00eat&nbsp;\u00bb. Vapeurs de colle de peau. Son atelier qui sera vendu \u00e0 la bougie juste apr\u00e8s. Pas de fun\u00e9railles, juste un corps en stock.<br>Les poumons pleins de t\u00e2ches il meurt des os \u00e0 pr\u00e9sent. Quand il me tend la cigarette, son rire. Nous fumons l\u2019herbe. La douleur se fait toute petite. \u00ab&nbsp;Ajoutons le Whisky.&nbsp;\u00bb Nous buvons la nuit.<\/p>\n\n\n\n<p>l<strong>e 15<\/strong><br>Prendre le sac le remplir. Sous-peser le sac. Le vider. Le remplir \u00e0 nouveau. Un livre de trop. \u00ab&nbsp;Garde le couteau&nbsp;\u00bb. Je r\u00e9siste \u00e0 l\u2019envie de l\u2019appeler. \u00ab&nbsp;Pars. Il est temps&nbsp;\u00bb. T\u00eates mortes, c\u2019est le titre.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>le 16<\/strong><br>Se pencher aux hublots des cargos. J\u2019aurais pris le bateau si&#8230;<br>La douleur dans les oreilles jusqu\u2019\u00e0 l\u2019atterrissage. Penser tr\u00e8s fort&nbsp; \u00e0 une chose: par exemple une \u00e9glise du 11eme si\u00e8cles au bord d\u2019une route&nbsp;; la vierge au tympan souriait. Se m\u00e9fier des images mentales qui devraient rassurer. Une femme sort de la pierre elle chuchote \u00e0 mon oreille&#8230; le douleur de plus en plus aig\u00fce.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>le 17<\/strong><br>La chambre d\u2019h\u00f4tel. Passes et punaises. Elle. Ma t\u00eate entre ses cuisses. Noir en couleurs. Son cri en cascade. C\u2019est elle qui jouit. Mon sexe inutile.<\/p>\n\n\n\n<p>l<strong>e 18<\/strong><br>Elle entre. Elle dit : C&rsquo;est dans la chambre  d&rsquo;\u00e0 cot\u00e9 . Elle dit qu&rsquo; il est mort sous elle quand ils faisaient la chose.<br>La bouche maintenue close toute la peau aspir\u00e9e o\u00f9 manquent les dents la bouche vide l\u2019immobilit\u00e9 cireuse du visage \u00e0 midi crev\u00e9 d\u2019ombres tu scrutes sous la peau t\u2019approches comme dispara\u00eetre et dedans ton c\u0153ur tu longes tu scrutes qui est ou dort cherches un \u00e9cho de c\u0153ur \u00e0 c\u0153ur  et fr\u00f4ler les l\u00e8vres tu respires la cire de son visage  respires qui est ou dort alors c\u2019est immens\u00e9ment gel\u00e9. <br>Je tire le drap sur le visage inconnu. La fille longtemps quelle est partie. Elle a fuit.<br>Seul.<br>Seule  la  peur <\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le 20<\/strong><br>Se lever. <\/p>\n\n\n\n<p>l<strong>e &nbsp;21<\/strong><br>Douleur \u00e0 l\u2019\u00e9paule. L\u2019omoplate gauche elle saigne. March\u00e9 quarante deux km en trois jours avec un sac de 9kl250 la balance de l&rsquo;a\u00e9roport. La bandouli\u00e8re gauche rafistol\u00e9e avec une corde trouv\u00e9e par terre devant l&rsquo;h\u00f4tel, elle blesse.  <br>Monter dans un train. S\u2019assoir.  Se laisser porter. <br>Improbable c\u2019est le mot que la femme du train a employ\u00e9  &#8230; <em>Moi c\u2019est dans trois stations apr\u00e8s j\u2019ai encore une heure de route c\u2019est que je ne suis pas arriv\u00e9e et surtout ne vous fiez pas aux horaires par ici les bus sont de plus en plus improbables &#8230; <\/em>ce pourrait \u00eatre un mot \u00e0 lui comme r\u00e9clame automobile ou TSF <\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Longtemps qu&rsquo;il dort tout habill\u00e9. Parfois en manteau au-dessus du drap. On le dirait pr\u00eat \u00e0 partir. Il ne ferme pas les volets. Ni les rideaux. Il dort par \u00e0 coups ou par quart comme les marin. Sommeils entrecoup\u00e9s d\u2019\u00e9veils.&nbsp; Et scruter l\u2019obscurit\u00e9. 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