{"id":42874,"date":"2021-07-29T19:18:09","date_gmt":"2021-07-29T17:18:09","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=42874"},"modified":"2021-07-30T16:17:43","modified_gmt":"2021-07-30T14:17:43","slug":"p6-journal-edition-critique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/p6-journal-edition-critique\/","title":{"rendered":"#P6 | Journal, \u00e9dition critique"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-style-default\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"720\" height=\"960\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/226592832_118098833788593_1307566085632323312_n.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-42876\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/226592832_118098833788593_1307566085632323312_n.jpg 720w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/226592832_118098833788593_1307566085632323312_n-315x420.jpg 315w\" sizes=\"auto, (max-width: 720px) 100vw, 720px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Dimanche&nbsp;: La rue comme \u00e0 Ostende. Magasin de gaufres et de glaces \u00e0 l\u2019angle. Pavage moche. Le soleil (trop). C\u2019est dr\u00f4le&nbsp;: c\u2019est une belle journ\u00e9e, mais cette ressemblance fait un affreux d\u00e9calcomanie de ce qui n\u2019\u00e9tait pourtant qu\u2019un l\u00e9ger malaise, \u00e0 Ostende. L\u00e0-bas aussi c\u2019\u00e9tait une belle journ\u00e9e. Ce n\u2019est donc pas la question de ce qui e passe, mais bien d\u2019o\u00f9, d\u2019o\u00f9 \u00e7a se passe. Les enseignes toutes \u00e9galement insipides qu\u2019on croise dans toute l\u2019Europe pi\u00e9tonni\u00e8re agacent. Mais ce n\u2019est \u00e7a. Le mal vient de plus loin. La structure des rues reconstruites sans Perret et sans esprit. Pas un fant\u00f4me pour errer dans ces couloirs glac\u00e9s m\u00eame quand la sueur coule dans le dos tellement il fait lourd. On ne tra\u00eene pas.<br>Sur un banc, je fais mes r\u00e9v\u00e9lations sur l\u2019avanc\u00e9e du <em>S\u00e9rail<\/em>. Vie de geek dans un univers monolinguiste de 175&nbsp;pages. J\u2019ai l\u2019impression de d\u00e9couvrir des secrets dans mon propre texte. Quelqu\u2019une d\u2019autre doit \u00e9crire la nuit, quand je m\u2019endors sur la montagne de graines \u00e0 trier avant l\u2019aube.<br>En repassant dans le coin d\u2019Ostende, une femme entrevue beugle, jean coup\u00e9 flottant sur son corps d\u2019os, les fesses macul\u00e9es d\u2019excr\u00e9ment. Jeune et sans \u00e2ge. Le crack. 20&nbsp;min d\u2019effet maximum.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Lundi&nbsp;: La maison est vide pour 36&nbsp;h. Je n\u2019ai pas de t\u00e9l\u00e9phone. Tout peut arriver. C\u2019est aussi ce que disait la pianiste Ir\u00e8ne Ha\u00eftoff, qu\u2019on appelait \u00ab\u2009la veuve Mozart\u2009\u00bb&nbsp;: j\u2019ai 93&nbsp;ans et je suis vierge, mais je prends le m\u00e9tro, tout peut encore arriver. J\u2019ai l\u2019impression qu\u2019elle m\u2019a rendu visite. Je range la th\u00e9i\u00e8re.<br>Dehors Madame Godot attend sous la pluie, pr\u00e8s de la grille du passage, hoody jaune fluo et b\u00e9quilles. Elle ne crie pas \u00e0 l\u2019adresse de son fr\u00e8re. Elle doit sentir que personne ne peut l\u2019entendre sous ce d\u00e9luge. Elle est de dos, mais je peux sentir une forme de perplexit\u00e9. C\u2019est seulement en \u00e9crivant ces lignes que je m\u2019aper\u00e7ois que je ne lui ai pas propos\u00e9 d\u2019entrer.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Mardi&nbsp;: Acheter le premier tome d\u2019une s\u00e9rie de Shimazaki, c\u2019est mettre un pied dans l\u2019enfer du jeu \u00e0 Macao.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Mercredi&nbsp;: Th\u00e9o est mort. Fermeture de nos points de vente d\u00e8s 15&nbsp;h. C\u2019est un ordre national. L\u2019atmosph\u00e8re est tr\u00e8s douce dans la boutique de Valenciennes. Les employ\u00e9.es peinent \u00e0 se sentir afflig\u00e9.es. C\u2019est si loin, l\u2019\u00e9chelle nationale.<\/p>\n\n\n\n<p>Jeudi&nbsp;: Je ne dors jamais l\u2019apr\u00e8s-midi. Ni dans les trains. Ou alors dix minutes, \u00ab\u2009\u00e0 la petite cuill\u00e8re\u2009\u00bb. Je lis dans la grande lumi\u00e8re de la chambre. Le silence est moelleux comme ces gros \u00e9dredons en duvet d\u2019oie que j\u2019utilisais \u00e0 l\u2019adolescence comme oreiller d\u00e9voreur. Je suis allong\u00e9e sur le c\u00f4t\u00e9 avec <em>Zakuro<\/em>, le tome deux, une fumeuse d\u2019opium. Je me r\u00e9veille dans la m\u00eame position, deux heures plus tard, le livre dans la main, ouvert un chapitre plus tard.<\/p>\n\n\n\n<p>Vendredi&nbsp;: Place Saint Nicolas, il y a une fille qui parle trop. Les cheveux coup\u00e9s ras, blond peroxyd\u00e9, perc\u00e9e de toutes parts. Peut-\u00eatre pour \u00e7a qu\u2019autant de paroles sort d\u2019elle. <em>La parle, elle essaie tous les trous avant de sortir par la bouche<\/em>. Elle pollue, je n\u2019ai plus l\u2019habitude du bruit. Je voudrais prendre un caf\u00e9 en paix comme la femme de St\u00e9phan Eicher. Elle parle sans s\u2019arr\u00eater \u00e0 un type roux qui l\u2019\u00e9coute vraiment. Elle est connue dans ce pub. Le serveur lui touche le cr\u00e2ne en disant quelque chose d\u2019affectueux. Je la regarde mieux. Je pense \u00e0 <em>La Blague du Viol<\/em>. Je pense qu\u2019elle est jeune. Je pense que les femmes sont du c\u00f4t\u00e9 de la parole. Elle a des yeux bleus et un surv\u00eatement. Je me souviens que je suis du c\u00f4t\u00e9 des femmes et de celui des m\u00f4mes. M\u00eame si je suis aussi un professeur de province qui dit cin\u00e9matographe. Au moment o\u00f9 je l\u00e2che, elle s\u2019arr\u00eate et le type roux prend la parole plus tranquillement.<\/p>\n\n\n\n<p>Samedi&nbsp;: Les courses le soir. Un plaisir de <em>connoisseur.<\/em> \u00c0 la caisse, un type accompagn\u00e9 de trois sacs d\u2019engrais et deux packs d\u2019eau semble avoir mal pris d\u2019arriver apr\u00e8s nous \u00e0 la caisse. J\u2019\u00e9tais d\u00e9j\u00e0 engag\u00e9e et A. suivait avec le caddie. Le gars ne m\u2019avait pas vue. A. m\u2019explique \u00e7a alors que nous rangeons les provisions dans le coffre. Sa m\u00e8re a \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9e de lui dire de se calmer, pr\u00e9cise-t-il. Ce n\u2019\u00e9tait pas sa m\u00e8re, c\u2019\u00e9tait sa femme ou sa s\u0153ur. Comment peut-on voir si bien certaines choses et pas d\u2019autres\u2009?<\/p>\n\n\n\n<p>Dimanche&nbsp;: Marcher autour du lac. Aller l\u00e0-bas en voiture et puis faire tout le tour. Voir les cormorans qui s\u00e8chent, les cygnes gras comme des pavlovas prendre leur envol en d\u00e9fiant les lois de la gravit\u00e9. Entendre tous les r\u00e9pons des marais et des bois. Frissonner en se disant pour la centi\u00e8me fois&nbsp;: c\u2019est une mine effondr\u00e9e. Avoir le vertige au pied du chevalet Ledoux. Sourire en disant pour la centi\u00e8me fois&nbsp;: ton arri\u00e8re-grand-p\u00e8re \u00e0 la mine et toi \u00e0 l\u2019aquarelle et au fusain. Marcher d\u2019un bon pas, chacun \u00e0 son rythme. Prendre un caf\u00e9 avec les libellules. Y penser tout le matin. Ne pas le faire l\u2019apr\u00e8s-midi. Comme si j\u2019y \u00e9tais.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dimanche&nbsp;: La rue comme \u00e0 Ostende. Magasin de gaufres et de glaces \u00e0 l\u2019angle. Pavage moche. Le soleil (trop). C\u2019est dr\u00f4le&nbsp;: c\u2019est une belle journ\u00e9e, mais cette ressemblance fait un affreux d\u00e9calcomanie de ce qui n\u2019\u00e9tait pourtant qu\u2019un l\u00e9ger malaise, \u00e0 Ostende. L\u00e0-bas aussi c\u2019\u00e9tait une belle journ\u00e9e. 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