{"id":42906,"date":"2021-07-30T00:18:05","date_gmt":"2021-07-29T22:18:05","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=42906"},"modified":"2021-07-30T00:18:06","modified_gmt":"2021-07-29T22:18:06","slug":"p6-hier-et-autres-jours-davant","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/p6-hier-et-autres-jours-davant\/","title":{"rendered":"#P6\/ Hier et autres jours d&rsquo;avant"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Hier<\/strong><br>Nous avions le code. Nous sommes tous entr\u00e9s. Nous apparaissons sur l\u2019\u00e9cran dans de petites fen\u00eatres en largeur, comme des marionnettes, ou comme ces statues de th\u00e9\u00e2tre qui s\u2019accoudent et se penchent au-dessus de la balustrade, dans certaines \u00e9glises baroques.<br>Je suis seule dans une petite pi\u00e8ce aux murs peints en jaune et en bleu. Je regarde l\u2019\u00e9cran. Je suis aussi dans l\u2019\u00e9cran, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des autres, en face de moi-m\u00eame. L\u2019\u00e9cran est une fen\u00eatre sur le monde. L\u2019\u00e9cran est la fa\u00e7ade d\u2019un immeuble fonctionnaliste ouvrant ses fen\u00eatres sur nos int\u00e9rieurs.<br>Un certain C. a dit : \u00ab\u00a0J\u2019ai pass\u00e9 la semaine dans la maison de Franz Kafka.\u00a0\u00bb C\u2019est une maison bleue, en haut d\u2019une colline. Ceux qui viennent l\u00e0 n\u2019ont pas tous la clef. A moins que je ne fasse erreur (je vous prierai alors de m\u2019en excuser) et que ce ne soit la maison jaune d\u2019or, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la maison bleue. Elle a deux petites fen\u00eatres \u00e0 carreaux. Les fen\u00eatres sur l\u2019\u00e9cran se sont r\u00e9arrang\u00e9es. Une t\u00eate pos\u00e9e sur la main droite comme \u00e7a, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019une autre t\u00eate pos\u00e9e sur la main gauche comme \u00e7a, en sym\u00e9trie miroir, font figure d\u2019angelots rococo, descendus de leurs nuages de cr\u00e8me fouett\u00e9e, pour atterrir dans une r\u00e9alit\u00e9 plate en couleurs pixellis\u00e9es.<br>Un certain B. a ajout\u00e9 : \u00ab\u00a0La clef est dans le journal.\u00a0\u00bb\u00a0 Je sors acheter le journal. Les porteurs de presse jetaient jadis les quotidiens enroul\u00e9s par les fentes des portes. Ils tombaient au sol. Mes clefs sonnent dans ma poche. \u00c0 travers la brume ros\u00e2tre des halos des r\u00e9verb\u00e8res, je distingue des piq\u00fbres d\u2019\u00e9toiles. Elles sont bien p\u00e2les. La lune est plus forte qu\u2019elles. N\u2019y en a-t-il pas de nouvelles ? Dans la rue crient les pneus, les souffles des autos. Les fen\u00eatres aux fa\u00e7ades sont des yeux d\u2019or.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Avant-hier<\/strong><br>J\u2019ai crois\u00e9 un ami qui partait en vacances. Il devait prendre le train. Il n\u2019avait pas pu prendre le train. Le train avait \u00e9t\u00e9 annul\u00e9. Il ne partait plus en vacances. Je n\u2019aurais pas d\u00fb le croiser. Il aurait d\u00fb \u00eatre dans le train, \u00e0 l\u2019heure qu\u2019il est.<br>J\u2019ai pris l\u2019escalator pour descendre dans le m\u00e9tro. Il va beaucoup moins vite et beaucoup moins profond que celui de Prague.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Avant-avant-hier<\/strong><br>Un homme dormait sur un si\u00e8ge de m\u00e9tro. Sa t\u00eate mollement balanc\u00e9e s\u2019immobilisa en m\u00eame temps que le train. Elle \u00e9tait surmont\u00e9e d\u2019une cr\u00eate de cheveux ch\u00e2tains, les joues \u00e9taient glabres, la bouche, entrouverte. C\u2019\u00e9tait le terminus. Les voyageurs qui montaient dans la rame remarqu\u00e8rent qu\u2019\u00e0 la diff\u00e9rence de tous les autres, celui-l\u00e0 n\u2019\u00e9tait pas descendu et qu\u2019il ne portait pas de masque. Quelques regards s\u2019apppuy\u00e8rent sur ces deux particularit\u00e9s et se demand\u00e8rent en passant s\u2019il dormait vraiment, s\u2019il n\u2019\u00e9tait pas mort. Il portait un d\u00e9bardeur noir et un bermuda kaki, plein de poches. Ses chaussures, dont l\u2019une \u00e9tait pos\u00e9e sur le rebord du si\u00e8ge d\u2019en face, se retrouv\u00e8rent cach\u00e9es par le dossier de ce si\u00e8ge lorsque les voyageurs s\u2019assirent.<br>Dans le m\u00e9tro, la couleur dominante est l\u2019orange \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des wagons, l\u2019orange qui s&rsquo;\u00e9tale sur les parois, qui souligne les fen\u00eatres et les si\u00e8ges. Ceux-l\u00e0 sont faits dans une mati\u00e8re plastique, support cr\u00e8me, assise caf\u00e9 au lait.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le jour d\u2019avant<\/strong><br>La phrase dormait encore dans la bouche de la com\u00e9dienne. La brume montait sur le plateau, enveloppait une valise, un micro, un poisson rouge dans un bocal, quelques bibelots. Le reste \u00e9tait dans le noir. Des \u00e9paules aux fessiers, par si\u00e8ges interpos\u00e9s, les corps des spectateurs se r\u00e9pondaient en grin\u00e7ant. Comme une tige soudain arros\u00e9e, la com\u00e9dienne se redressa, v\u00eatue de couleurs de fille, comme une fleur \u00e0 l\u2019envers, vert en haut, rose en bas. Et la phrase ouvrit le texte.\u00a0<br>Un verre d\u2019eau se renversa dans l\u2019avion pour Sa\u00efgon. On n\u2019\u00e9tait plus \u00e0 Avignon.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le jour encore d\u2019avant<\/strong><br>Mes l\u00e8vres rencontrent le goulot. T\u00eate l\u00e9g\u00e8rement renvers\u00e9e, gorge expos\u00e9e, ma langue, mon palais ne retiennent pas l\u2019eau, le cylindre liquide p\u00e9n\u00e8tre dans ma gorge, soif, soif, plaisir, la douce transparence devient h\u00e9lico\u00efde, l\u2019\u0153sophage s\u2019extasie, mon estomac est un lac, et puis plus rien. Toute sensation dispara\u00eet. L\u2019eau et moi avons fusionn\u00e9. La chaleur de l\u2019air sonne comme un vibrato.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Cela fait six jours<\/strong><br>\u00c0 la sortie de la piscine, deux jeunes filles de dix-sept ans discutent, les cheveux mouill\u00e9s.<br>\u00c0 la sortie de la Sorbonne, deux jeunes filles, il y a dix-sept ans\u00a0 distribuaient des flyers sous une pluie grise.<br>\u00c0 la station Stare Mesto, deux amants, il y a trente-quatre ans, se disputaient. Elle attendait un enfant.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Il y a une semaine<\/strong><br>Cheveux d\u00e9faits et traits grossiers, une Marie-Madeleine pleure dans la r\u00e9serve d&rsquo;un mus\u00e9e. La fin du Moyen-\u00c2ge a d\u00e9velopp\u00e9 un expressionnisme du laid, comme esth\u00e9tique de la souffrance. Son doigt trempe dans un pot serti de cabochons. Si ses yeux \u00e9taient de vrais yeux, et si le mur \u00e9tait perc\u00e9 d\u2019une fen\u00eatre, elle verrait un panneau publicitaire sur le trottoir d\u2019en face.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>HierNous avions le code. Nous sommes tous entr\u00e9s. Nous apparaissons sur l\u2019\u00e9cran dans de petites fen\u00eatres en largeur, comme des marionnettes, ou comme ces statues de th\u00e9\u00e2tre qui s\u2019accoudent et se penchent au-dessus de la balustrade, dans certaines \u00e9glises baroques.Je suis seule dans une petite pi\u00e8ce aux murs peints en jaune et en bleu. Je regarde l\u2019\u00e9cran. 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