{"id":43017,"date":"2021-07-30T16:05:21","date_gmt":"2021-07-30T14:05:21","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=43017"},"modified":"2021-07-30T16:15:32","modified_gmt":"2021-07-30T14:15:32","slug":"p6-journal-dun-mot-semaine-perpetuelle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/p6-journal-dun-mot-semaine-perpetuelle\/","title":{"rendered":"#P6 | Journal d&rsquo;un mot : semaine perp\u00e9tuelle"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-medium-gray-background-color has-text-color has-background\" style=\"color:#a30046\">Codicille&nbsp;: Depuis bient\u00f4t trois ans, je tiens le <strong><em><a href=\"http:\/\/www.emmanuellecordoliani.com\/journal-dun-mot-an-3\/\">Journal d\u2019un Mot<\/a><\/em><\/strong> sur mon blog. Je poste chaque jour une entr\u00e9e. Ce sont toujours les m\u00eames mots, je les retrouve, je retrouve mes entr\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes, je fouille, j\u2019ajoute, je diverge\u2026 C\u2019est un projet en l\u2019air n\u00e9 de la <a href=\"http:\/\/www.emmanuellecordoliani.com\/tiers-livre-un-bon-ete-frontiere-close-ouverte\/\"><strong>derni\u00e8re proposition de l\u2019Atelier Ville<\/strong><\/a>. J\u2019ai eu envie de lui donner corps. Les ** indiquent les ann\u00e9es. Je compte publier un recueil en d\u00e9cembre des trois premi\u00e8res ann\u00e9es. Apr\u00e8s, je ne sais pas. Je l\u2019ajoute \u00e0 mon autre <a href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/p6-journal-edition-critique\/\"><strong>#P6 | Journal \u00e9dition critique<\/strong><\/a>, r\u00e9alis\u00e9e en marge de mon journal priv\u00e9 et plus conforme \u00e0 la proposition de l\u2019Atelier.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-style-default\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"647\" height=\"485\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/37_acte-2.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-43061\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/37_acte-2.jpg 647w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/37_acte-2-420x315.jpg 420w\" sizes=\"auto, (max-width: 647px) 100vw, 647px\" \/><figcaption>\u00d4 mon Bel Inconnu \/Hahn\/ Guitry<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>24\/07 [PARDON]<\/strong> <br>Aucune des phrases qu\u2019il m\u2019adresse dans ce caf\u00e9 ne me parvient. C\u2019est le matin, tout est calme, Vertige de l\u2019Amour. Je lui fais r\u00e9p\u00e9ter sans cesse. Je demande pardon\u2009? Pardon\u2009? Pardon\u2009? Vous vous rappelez ce livre autrefois qui m\u2019avait frapp\u00e9 et que je vous avais fait lire\u2009? Vous le trouviez ridicule. Cette personne d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e qui se prom\u00e8ne au bord de l\u2019oc\u00e9an en criant&nbsp;: Justice\u2009! Justice\u2009!\u2026 Elle aurait mieux fait de demander Pardon\u2009! Pardon\u2009!\u2026 et en se tordant les bras encore\u2009! Il faudra que je demande \u00e0 la dame du bungalow comment on fait pour se tordre les bras? Marthe\/<em>L\u2019\u00c9change<\/em>\/Paul Claudel<br><br>**\u00c0 un petit gar\u00e7on assis \u00e0 ma table, on explique \u00ab\u2009on ne dit pas&nbsp;: quoi\u2009? On dit&nbsp;: comment\u2009?\u2009\u00bb Il faudrait \u00eatre exhaustif. On peut dire \u00e9galement&nbsp;: pardon\u2009? \u00ab\u2009Quoi\u2009\u00bb t\u00e9moigne d\u2019une vive curiosit\u00e9 qu\u2019accentue encore sa bri\u00e8vet\u00e9. \u00ab\u2009Pardon\u2009\u00bb joue sur un autre tableau&nbsp;: celui du regret d\u2019avoir manqu\u00e9 \u00e0 l\u2019autre, de ne pas l\u2019avoir re\u00e7u 5\/5. Mais \u00ab\u2009comment\u2009\u00bb\u2026 Comment se fait-il que je ne parvienne pas \u00e0 vous comprendre\u2009? Par quelle extraordinaire combinaison de param\u00e8tres d\u00e9favorables ne vous ai-je pas entendu.e\u2009? Tous ces petits mots-origami ne demandent qu\u2019\u00e0 \u00eatre d\u00e9pli\u00e9s, hein\u2009?<br><br>*** Au commissariat, les portes restent ouvertes pour des questions d\u2019a\u00e9ration et de mesures sanitaires. Assise dans mon petit si\u00e8ge coque, j\u2019entends toutes les plaintes alentour en attendant mon tour. Dehors, deux marteaux-piqueurs et quelques casques de chantier en pleine discussion ajoutent au maelstr\u00f6m sonore, sans toutefois couvrir de discr\u00e9tion les r\u00e9cits du dedans. Une femme jeune vient porter plainte pour la seconde fois. Elle est inqui\u00e8te, mais tr\u00e8s calme, tr\u00e8s organis\u00e9e. Ses baskets mauves sont assortis \u00e0 sa longue jupe pliss\u00e9e. Son t-shirt blanc \u00e9clate de propret\u00e9 dans les locaux crados. Quelqu\u2019un est venu parler \u00e0 ses deux filles tandis qu\u2019elles jouaient dans le jardin. Leur a pos\u00e9 des questions insistantes sur elle. Leur a demand\u00e9 pourquoi elles n\u2019allaient pas chez leur grand-p\u00e8re plut\u00f4t que de jouer seules, l\u00e0 dans le jardin. Est-ce que leur m\u00e8re d\u2019ailleurs \u00e9tait dans la maison\u2009? Les petites ont eu peur. La m\u00e8re a peur, mais elle porte un beau masque fra\u00eechement maquill\u00e9 qui ne laisse voir que son inqui\u00e9tude et le sens de ses responsabilit\u00e9s. Partout sur les murs, le mot victime. Des affiches, des num\u00e9ros de t\u00e9l\u00e9phone, des chartes d\u2019accueil. Le p\u00e8re est sous le coup d\u2019une ordonnance de restriction. Une jeune fille, \u00e0 peine majeure arrive \u00e0 ma hauteur, elle montre la porte d\u2019entr\u00e9e en verre et me demande si \u00ab\u2009c\u2019est par l\u00e0 qu\u2019on sort\u2009\u00bb. Elle a l\u2019air tellement d\u00e9sorient\u00e9e, en descente, j\u2019essaie de lui parler doucement, mais ce n\u2019est pas possible&nbsp;: les marteaux-piqueurs embarquent le peu de r\u00e9confort que j\u2019aurais voulu faire passer dans mes quelques mots. \u00ab\u2009C\u2019est par o\u00f9 qu\u2019on sort\u2009?\u2009\u00bb\u2026 C\u2019est comment qu\u2019on freine\u2009? De son maquillage, il ne reste que la d\u00e9faite. Les yeux creux, le bronzage sale et \u00e9teint, les cheveux de paille. Un jeune chat \u00e0 l\u2019oreille d\u00e9chir\u00e9e. La m\u00e8re inqui\u00e8te d\u00e9pose toujours. Un grand flic coll\u00e9 entre son bureau et les casiers de ses coll\u00e8gues appelle mon nom. Je m\u2019assois sur une chaise pos\u00e9e sur le seuil. D\u00e9claration liminaire. Je lui dis quelques mots d\u2019encouragement pour les travaux. Sa fen\u00eatre donne pile au-dessus. Je suis l\u00e0 pour une broutille d\u2019assurance. Il peut \u00e0 peine caler ses guiboles sous le bureau de taille id\u00e9al pour un coll\u00e9gien. Il tape vite, avec huit doigts, l\u2019ordinateur rame. Il en a un d\u2019une autre trempe chez lui, \u00e7a se sent tout de suite. Je regarde autour de moi&nbsp;: tout rame. Nous sommes en province, \u00e7a grouille de gens de bonne volont\u00e9, mais tout rame. Moi, je sais par o\u00f9 on sort, mais je pense \u00e0 Depardon. Je comprends qu\u2019on vienne passer des mois pour t\u00e9moigner de ce qui se passe ici. Le partage de la mis\u00e8re. De la b\u00eatise et de la mis\u00e8re. Le flic me souhaite bonne chance avec l\u2019assurance. La jeune m\u00e8re n\u2019a pas encore sign\u00e9 sa d\u00e9position. Je sors dans la rue. Le ciel est vaste. Les ouvriers r\u00e9pondent \u00e0 mon sourire. \u00catre dehors.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>23\/07 [GAMINE]<\/strong> Greta Thumberg est une gamine de 16&nbsp;ans. Une gamine de 16&nbsp;ans victime d\u2019un viol est consid\u00e9r\u00e9e par la loi comme \u00ab\u2009une jeune femme\u2009\u00bb. Cl\u00e9menceau gourmande les socialistes (\u2026). Le gamin sexag\u00e9naire s\u2019\u00e9crie, de cette voix faussement path\u00e9tique qui reprend la derni\u00e8re syllabe, la renvoie dans la direction des tribunes, ainsi que l\u2019assiette d\u2019un jongleur&nbsp;: \u00ab\u2009La cause du Droit humain ne se divise pas&nbsp;: il faut \u00eatre pour ou contre\u2009\u00bb. Bernanos, Grande peur <br><br>** Pass\u00e9 douze ans, changer de vocable. Merci.<br><br>*** Ce qui ainsi perdure \u00e0 travers les changements et le temps est le secret de chacune. Il est si bien gard\u00e9 que les deux jeunes ing\u00e9nieurs qui me font profiter de l\u2019automobile du grand-p\u00e8re de l\u2019un d\u2019eux pour rejoindre la gare pas si proche s\u2019\u00e9tonnent que puissent cohabiter en une m\u00eame personne de bient\u00f4t cinquante ans, un discours construit et \u00e9difiant sur l\u2019\u00e9volution de l\u2019habitat parisien et un sens de l\u2019humour propre \u00e0 les faire rire.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>22\/07 [D\u00c9SERT]<\/strong> Au XVIIIe, tout endroit \u00e0 50&nbsp;km de Paris. S\u2019y retirer n\u2019est pas une travers\u00e9e <br><br>** La distance se fond avec le d\u00e9sert, loin et proche y sont les noms d\u2019une m\u00eame silhouette, d\u2019un m\u00eame arbre sans ombre, qui n\u2019existe probablement pas ailleurs que dans le battement des paupi\u00e8res du mirage inf\u00e9rieur\u2026 le temps aussi disparait dans l\u2019id\u00e9e fixe, dans la d\u00e9votion, dans l\u2019amour.<br><br>*** Avec <em>Despina <\/em>Calvino oppose deux d\u00e9serts&nbsp;: celui du sable et celui de la mer. J\u2019\u00e9cris \u00e0 leur lisi\u00e8re commune le d\u00e9but d\u2019une histoire qui est la fin d\u2019un livre. L\u2019intime fr\u00e9quentation des <em>Villes invisibles<\/em> m\u2019a assoupli l\u2019esprit.<\/p>\n\n\n\n<p>21\/07 [SOIT] <br>Un ami disait de moi que j\u2019\u00e9tais soit en avance, soit en retard. Aujourd\u2019hui, je suis soit en avance. Demain, nous verrons. Il me laisse le choix. <br><br>** Soit tu fais une croix sur la mesquinerie, soit tu renonces \u00e0 \u00e9crire. La mesquinerie (comme l\u2019angoisse), prend un temps fou.<br><br>*** Dans <em>La Cl\u00e9mence de Titus<\/em>, le h\u00e9ros \u00e9ponyme semble pris dans un dilemme. Soit il punit l\u2019ami qui l\u2019a trahi en complotant sa mort, soit il le pardonne pour demeurer fid\u00e8le \u00e0 l\u2019engagement \u00e9thique sous lequel il a plac\u00e9 son r\u00e8gne (et que le titre nomme). Puisqu\u2019on est dans un op\u00e9ra s\u00e9ria, on pourrait s\u2019attendre \u00e0 ce que protagoniste soit \u00e9cartel\u00e9 entre son devoir et son amiti\u00e9. On imagine bien un air A\/B\/A\u2019 avec A = je le d\u00e9teste il m\u2019a trahi, B = mais je sens poindre la piti\u00e9 dans mon c\u0153ur, A\u2019= A avec ornementation, ou l\u2019inverse pour finir sur le pardon. Mais, comme \u00e0 de nombreuses autres occasions dans l\u2019\u0153uvre mozartienne, ce n\u2019est pas ce qui va passer. <br>Apr\u00e8s avoir \u00e9clus\u00e9 une d\u00e9bauche d\u2019\u00e9motions renvoyant toutes davantage \u00e0 la blessure narcissique qu\u2019\u00e0 la terreur d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 victime d\u2019un attentat sur sa personne (rat\u00e9, certes, mais attentat tout de m\u00eame), dans un r\u00e9citatif accompagn\u00e9 par tout l\u2019orchestre, Titus va d\u00e9cider d\u2019entendre Sesto, app\u00e2t\u00e9 par l\u2019id\u00e9e que le tra\u00eetre pourrait avoir quelque secret \u00e0 lui r\u00e9v\u00e9ler. Pour l\u2019homme qui posait en pourfendeur de la d\u00e9lation \u00e0 l\u2019acte I, la tentation est \u00e0 son comble de passer du c\u00f4t\u00e9 obscur de la force. Mais sit\u00f4t l\u2019ordre donn\u00e9 de faire compara\u00eetre Sesto, Mozart proc\u00e8de \u00e0 une surprise musicale&nbsp;: le moment est terrible, tragique, on pourrait s\u2019atteindre \u00e0 une longue plainte de l\u2019empereur bless\u00e9, mais non, la musique lui ouvre une fen\u00eatre. Titus va \u00e9voquer la figure d\u2019un anonyme c\u00e9l\u00e8bre \u00e0 l\u2019op\u00e9ra&nbsp;: celle d\u2019un jeune homme pauvre et libre, qui vit au plus pr\u00e8s de la nature. On l\u2019appellera le chevrier dans le <em>Songe d\u2019H\u00e9rode<\/em> de Berlioz, la premi\u00e8re prieure parlera de la pri\u00e8re du petit p\u00e2tre dans les<em> Dialogues des Carm\u00e9lites<\/em>. Ici, dans notre op\u00e9ra s\u00e9ria en majeur d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre, marqueur des ors de l\u2019empire, de l\u2019entre-soi resplendissant des intrigues de cours, c\u2019est l\u2019irruption incongrue de la nature. L\u2019orchestre qui accompagnait le d\u00e9but de ce r\u00e9citatif se retire\u2026 Titus part seul, sur ce sentier, un b\u00e2ton de marche pour tout appui, seul et libre un moment. C\u2019est un pas de c\u00f4t\u00e9, d\u2019infimes vacances et non une fuite en avant, une fois que Titus a pris la mesure du changement de paradigme qu\u2019il offre, une fois qu\u2019il a pris un peu de perspective, il retrouve son centre, son chemin v\u00e9ritable. Non pas la mauvaise passe dans laquelle l\u2019a plong\u00e9 la r\u00e9v\u00e9lation de la trahison de son ami, mais son chemin, celui dans lequel il s\u2019est engag\u00e9. <br>Et bon an mal an, il va s\u2019y tenir. Il y aura encore du tangage \u2014 il n\u2019est pas en marbre cet empereur-l\u00e0 \u2014 mais la conclusion importe par-dessus tout dans cette forme archi-classique&nbsp;: \u00ab\u2009qu\u2019il rencontre son prince, et non son ami\u2009\u00bb. Ce qui pourrait tout aussi bien se dire&nbsp;: qu\u2019il rencontre son prince, et non son ennemi. Titus occupe la place de l\u2019Empereur. La fraternit\u00e9 n\u2019est pas l\u2019amiti\u00e9, l\u2019\u00e9galit\u00e9 n\u2019est pas l\u2019indiff\u00e9renciation des places, pas plus que la libert\u00e9 ne consiste \u00e0 se confondre avec la ou les places que nous occupons. C\u2019est entre ces trois points que Titus va recevoir Sesto, dans un entretien loyal o\u00f9 jamais il ne s\u2019adressera directement \u00e0 lui, s\u2019appuyant sur la m\u00e9diation de Publio. Et il trouvera dans la d\u00e9termination de Sesto \u00e0 ne pas donner ses complices, la force \u00e9thique sur quoi appuyer sa cl\u00e9mence.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>20\/07 [C\u00c9R\u00c9MONIE] <\/strong><br>Tout s\u2019organise et particuli\u00e8rement dans l\u2019\u0153il du cyclone, le pire, qui devient alors le cocasse, l\u2019irr\u00e9alisable, le contretemps, la surprise, l\u2019inconnu. <br><br>** La c\u00e9r\u00e9monie des adieux, quand il s\u2019agit de quitter la famille qu\u2019on visitait, on assiste toujours \u00e0 son off, le non nomm\u00e9, l\u2019officieux, mal pav\u00e9 au possible, entre deux portes\u2026 Je pr\u00e9f\u00e8rerais quelque chose de plus protocolaire. Une c\u00e9r\u00e9monie du T avec sa barre et ses points sur les I, dans l\u2019\u00e9glise au milieu du village \u00e0 l\u2019heure de la pendule \u00e0 l\u2019heure.<br><br>*** De trois villes diff\u00e9rentes, trois ami.es de l\u2019ami allument une bougie. Le deuil \u00e0 ses saisons, comme la mode et comme la mode, il ne fait aucun progr\u00e8s. En trois ans, je n\u2019ai jamais vu personne aux fen\u00eatres d\u2019en face, mais ce matin, un shibahinu me toise quand j\u2019ouvre le volet de mon bureau. C\u00f4t\u00e9 jardin, le merle jaune saute sur le toit de la cabane \u00e0 outils.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>19\/07 [BAR]<\/strong> <br>Durant une p\u00e9riode qui ne durera pas, tous les soirs, ouvrir un bar, une petite capsule de paroles aux parois douces pour se conna\u00eetre toujours, en d\u00e9pit de la longue journ\u00e9e au loin de toute familiarit\u00e9, in\u00e9dite et impensable. Ailleurs, d\u2019autres dans le m\u00eame esprit boivent des spritz en terrasse. On sait qu\u2019on n\u2019y prendra pas go\u00fbt. La coupe reste am\u00e8re, comme le fiel des visc\u00e8res d\u2019un bar en deux ouvert. <br><br>** Grandie dans un bar. Les tables en Formica ont des dessous de r\u00eaves, pleins de jambes, de chats qui passe, de trucs \u00e0 ramasser par terre qu\u2019on peut discr\u00e8tement coller dans sa bouche. Les tables en Formica ont des coins, des ar\u00eates noires aussi dangereuses que celles du poisson quand on arrive \u00e0 vive allure en bicyclette \u00e0 petites roues ou dans la fi\u00e8vre d\u00e9licieuse de la poursuite du chat. Les tables en Formica ont des dessus bordeaux, comme le vin qu\u2019on n\u2019y sert pas dans ce genre de bar, plut\u00f4t du rouge lim\u00e9 qu\u2019ils boivent jusqu\u2019\u00e0 la lie dans des petits godets pour rythmer la longue journ\u00e9e et se faire un nez assorti aux fraises des Vittel-fraise sur quoi ils se rabattent quand ils ont bu tous leurs sous \u2014 ce qui faisait du sens tandis qu\u2019on remplissait ses cahiers d\u2019orthographe \u2014 mais finalement c\u2019est tout leur sao\u00fbl et le docteur qui est doux comme le vin a siffl\u00e9 la fin de la r\u00e9cr\u00e9, et pas un demi-panach\u00e9 qui tienne o\u00f9 \u00e7a finira mal malade de boire tout \u00e7a. Les tables en Formica, on a encore le temps d\u2019y \u00e9crire des lettres d\u2019amours d\u00e9butantes et des d\u00e9buts de grands romans qu\u2019on ne sait par quel bout prendre et qui d\u00e9guise mal la vie la plus quotidienne sans jamais oser (encore) lui rentrer dans le lard. Un jour, le bar est vendu, mais c\u2019est pas \u00e7a qui manque.<br><br>*** Mon oncle a repeint son bar en jaune. Un doux jaune de chambre d\u2019enfant, lambriss\u00e9, avec un plafond blanc. Aux murs, des cartes postales anciennes du village. Son p\u00e8re est collectionneur. Ils s\u2019entendent tant bien que mal (syllepse). Des photos des alentours de 1900 montrent la gu\u00e9rite de la douane au croisement des routes vers les Saisies, les Aravis, la vall\u00e9e et Meg\u00e8ve. Je lui dis&nbsp;: tu t\u2019imagines si aujourd\u2019hui on faisait des cartes postales avec des photos des douanes\u2026 \u00c7a ne le fait pas rire. Nulle n\u2019est la femme la plus dr\u00f4le du monde dans son bar familial. Je l\u00e8ve les yeux en soupirant de cette fatalit\u00e9. Les n\u00e9ons ont enfin fait place \u00e0 des suspensions. Je pense \u00e0 mon ami Vincent qui dormait dans la chambre \u00e0 coucher de ses grands-parents (les meubles, pas la pi\u00e8ce), avec chevets et armoires. Voil\u00e0 bien trente ans que mon oncle tient ce bar. Jamais il n\u2019a pens\u00e9 \u00e0 en faire sauter les cloisons pour offrir la vue de l\u2019arri\u00e8re-cuisine sur les montagnes. Son p\u00e8re pr\u00e9f\u00e8re aussi dormir dans la chambre sur la venelle pentue si \u00e9troite que de sa fen\u00eatre on pourrait toucher le mur de l\u2019immeuble d\u2019en face avec un manche \u00e0 balai. (C\u2019est bien une id\u00e9e de l\u2019enfance ce genre de bricolage). Il n\u2019y a que moi \u00e0 pr\u00e9sent que la vue sur les montagnes int\u00e9resse. Pour me consoler, je me dis qu\u2019ils en portent le poids en dedans.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>18\/07 [PISTE]<\/strong> <br>La consigne \u00e9tait simple&nbsp;: rep\u00e9rer le trajet des fourmis, y d\u00e9poser de l\u2019anti-fourmi (anti-ants\u2009?). La mission suspendue, comme mon regard au-dessus des pistes possibles&nbsp;: les fourmis peuvent aussi sans queue leu leu se promener de-ci de-l\u00e0 sans qu\u2019on sache tr\u00e8s bien d\u2019o\u00f9 elles partent, ni o\u00f9 elles comptent se rendre. En goguette, presque. Et alors, cours toujours pour leur mettre du sel sur la queue, abim\u00e9e que je suis dans l\u2019\u00e9tude de leurs m\u0153urs touristiques en cuisine bourguignonne. <br><br>** Depuis qu\u2019Osmin est sur la route, pour de bon, sans retour possible avant un bon quart de si\u00e8cle, je le suis \u00e0 la trace. Comment cela est-il arriv\u00e9, ce remplacement\u2009? Chaque matin m\u2019apporte des nouvelles de son errance. Je dois l\u2019admettre&nbsp;: il me distance. Je pensais \u00e9crire l\u2019histoire de son voyage, me voil\u00e0 \u00e0 quatre pattes dans la poussi\u00e8re pour flairer sa piste. Il aurait voulu le faire expr\u00e8s, il n\u2019y serait jamais aussi bien parvenu.<br><br>*** La l\u00e9gende voulait que Modigliani, peintre maudit, eut \u0153uvr\u00e9 fin saoul de jour comme de nuit dans un galetas \u00e0 Paris. Avec un lourd \u00e9quipement scientifique <a href=\"https:\/\/www.musee-lam.fr\/fr\/les-secrets-de-modigliani\">le LAM<\/a> propose le portrait, nettement moins boh\u00e8me, d\u2019un homme d\u00e9di\u00e9 \u00e0 son travail, \u00e0 une minutie peu compatible avec l\u2019\u00e9bri\u00e9t\u00e9, \u00e0 un choix de mat\u00e9riaux s\u2019accommodant mal de la mis\u00e8re sordide. Les femmes dans sa vie ne sont pas de reste pour secouer les vieilles puces d\u2019une boh\u00e8me de mod\u00e8les frivoles, muses sans t\u00eate et sans \u0153uvre. C\u2019est la deuxi\u00e8me piste qui s\u2019offre \u00e0 moi cette ann\u00e9e pour ficher un grand coup de pied dans les fa\u00e7ades des poussi\u00e9reux d\u00e9cors de <em>La Boh\u00e8me<\/em> de Puccini (la premi\u00e8re \u00e9tant cette Enqu\u00eate sur le travail \u00e0 domicile dans l\u2019industrie de la fleur artificielle de 1913 (voir l\u2019entr\u00e9e&nbsp;25\/04 <a href=\"http:\/\/www.emmanuellecordoliani.com\/journal-dun-mot-an-3\/\">[RECLUSE<\/a>]). Marcellos et Musettes de tous les pays&nbsp;: unissez-vous et courez voir <a href=\"https:\/\/www.musee-lam.fr\/fr\/les-secrets-de-modigliani\">Les Secrets de Modigliani au LAM<\/a>, qu\u2019on puisse enfin parler de choses s\u00e9rieuses, au lieu de corroborer \u00e0 toutes forces forc\u00e9es le mythe rassis de \u00ab\u2009la vie d\u2019artiste\u2009\u00bb.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Codicille&nbsp;: Depuis bient\u00f4t trois ans, je tiens le Journal d\u2019un Mot sur mon blog. Je poste chaque jour une entr\u00e9e. Ce sont toujours les m\u00eames mots, je les retrouve, je retrouve mes entr\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes, je fouille, j\u2019ajoute, je diverge\u2026 C\u2019est un projet en l\u2019air n\u00e9 de la derni\u00e8re proposition de l\u2019Atelier Ville. J\u2019ai eu envie de lui donner corps. 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