{"id":43107,"date":"2021-07-30T19:13:43","date_gmt":"2021-07-30T17:13:43","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=43107"},"modified":"2021-07-30T19:28:27","modified_gmt":"2021-07-30T17:28:27","slug":"p6-a-rebours","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/p6-a-rebours\/","title":{"rendered":"# P6 Comme un arc en ciel finit par se dissoudre"},"content":{"rendered":"\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/228197365_511985843405065_5420387731862995309_n-2.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-43139\" width=\"247\" height=\"216\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/228197365_511985843405065_5420387731862995309_n-2.jpg 686w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/228197365_511985843405065_5420387731862995309_n-2-420x367.jpg 420w\" sizes=\"auto, (max-width: 247px) 100vw, 247px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>mercredi 28<\/strong> Aujourd\u2019hui, le ciel semble plus clair. L\u2019air est piquant, presque automnal et le vent, notre vent du Nord si familier, balaie mes restes de sommeil. Il est 10h et, dans la cour, tout frissonne. Ma courte nuit doit accentuer mon ressenti. Je bois une gorg\u00e9e de caf\u00e9 br\u00fblant. Minuscule jardin, minuscule cour, chez moi. Pas besoin de plus. Les fleurs ondulent, le framboisier, le rosier, quelques p\u00e9tales \u00e9chapp\u00e9es des jardini\u00e8res des voisins s\u2019inventent des chor\u00e9graphies avant d\u2019\u00eatre pi\u00e9g\u00e9es tout \u00e0 l\u2019heure par les poils du balai. Mes mains se refroidissent et je m\u2019obstine, comme si, en juillet, on se devait d\u2019\u00eatre dehors, comme si c\u2019\u00e9tait se montrer faible que de renoncer \u00e0 \u00e9crire dehors alors que le soleil est l\u00e0, m\u00eame voil\u00e9 et contrari\u00e9 dans sa volont\u00e9 de chauffer, par des \u00e9l\u00e9ments contraires. L\u2019ordinateur sur les genoux, install\u00e9e dans une chilienne qui est encore \u00e0 l\u2019ombre, je cherche mes mots, je balbutie. Recenser mes sensations, les glaner et les garder en bouche jusqu\u2019\u00e0 sept jours en arri\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>mardi 27<\/strong> Encore la pluie, la pluie encore et encore, la grisaille qui \u00e9gratigne insensiblement l\u2019envie. Sortir pour aller o\u00f9&nbsp;? Faire un tour dans quel but&nbsp;? Il y a une semaine o\u00f9 \u00e9tais-je&nbsp;? Sur une \u00eele&nbsp;? Au bord d\u2019un oc\u00e9an de sable \u00e0 mar\u00e9e basse, \u00e0 perte de vue, \u00e0 perte de regard. Le chien courait, s\u2019y \u00e9garait. Peut-\u00eatre d\u00e9gustions-nous des hu\u00eetres \u2026 Je feuillette la galerie de mon t\u00e9l\u00e9phone, les photos d\u00e9filent. De simplement jolies, certaines me semblent devenir insolentes. Tant d\u2019espace, brut, sans apparat, une simple cabane de p\u00eacheur ponctuant l\u2019horizon. Une averse cr\u00e9pite plus fort et larmoie sur les vitres, je rel\u00e8ve les yeux, le spectacle n\u2019est pas sur le minuscule rectangle de plastique qui me vampirise mais dehors o\u00f9 le rideau de pluie \u00e9touffe la terre et bouillonne en l\u2019avalant.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>lundi 26<\/strong> La vie reprend. Les courses, les appels, les mails auxquels il faut r\u00e9pondre. L\u2019immeuble ne se raconte pas encore, je n\u2019ai crois\u00e9 personne. Que s\u2019est-il pass\u00e9 alors qu\u2019ailleurs je trainais mon indolence&nbsp;? Quels litiges, quels murmures, quels cris, quelle main courante entre quels voisins&nbsp;? Les r\u00e9criminations se sont-elles tass\u00e9es&nbsp;? Les bruits r\u00e9apparaissent tels que je les avais laiss\u00e9s, ils se r\u00e9approprient mon espace mental, sans m\u2019\u00e9tonner ni me heurter. La porte d\u2019entr\u00e9e claque, Pascale parle dans le hall, au-dessus de moi j\u2019entends Michel tomber. Michel, ce pr\u00e9nom continue de m\u2019\u00e9tonner pour un enfant si jeune. Quel est le fil qui a men\u00e9 ses parents \u00e0 ce choix&nbsp;? Tranquille mais mal insonoris\u00e9 ce b\u00e2timent, oui, bien s\u00fbr\u2026 \u00e7a me revient. La vie est partout et passe \u00e0 travers les murs et sous les portes. L\u2019immeuble et moi nous nous habitons r\u00e9ciproquement.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>dimanche 25<\/strong> Je me r\u00e9veille chez moi en pleine \u00e9tranget\u00e9. Ce qui est, au-dessus de tout autre lieu, un sanctuaire, est nu de mon absence. Les murs semblent \u00eatre d\u00e9rang\u00e9s par mon retour, ils ont fait sans moi pendant deux semaines, de quoi ont-ils parl\u00e9&nbsp;? Qu\u2019ont enregistr\u00e9 leurs oreilles&nbsp;? La chatte est f\u00e9brile, fait des allers retours entre le lit, pour se faire c\u00e2liner, et la cuisine pour avoir sa ration de croquettes. De quelle fa\u00e7on lui ai-je manqu\u00e9&nbsp;? A-t-elle donn\u00e9 \u00e0 Laurent qui l&rsquo;a nourrie, une once de la tendresse dont elle d\u00e9borde&nbsp;? Les draps sont ti\u00e8des de moi, je m\u2019y enroule, je ne les avais pas chang\u00e9s et j\u2019y retrouve mon odeur d\u2019ici, une odeur instinctive. R\u00e9appropriation r\u00e9ciproque entre les murs et moi. On se connait pourtant par c\u0153ur.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>samedi 24<\/strong> Partir. S\u2019\u00e9loigner de ce qui a \u00e9t\u00e9 mon port d\u2019attache. Tout ce j\u2019ai estim\u00e9 n\u00e9cessaire d\u2019emmener pour deux semaines tient dans une valise et quelques sacs. La valise rechigne un peu, les v\u00eatements y sont mal pli\u00e9s. La sacoche de l\u2019ordinateur, pr\u00e9cieuse, contient les mots qui ont \u00e9clos ici. Je m\u2019en souviendrai. Comme tous ceux qui affleurent hors de chez moi, ils garderont la trace du voyage, du lieu exact, de la position, de la forme de l\u2019air. Ils garderont le go\u00fbt du caf\u00e9 ou du vin qui aura contribu\u00e9 \u00e0 leur existence. Je repars avec eux et avec ceux qui sont encore en gestation, avec des auteurs, sortis de leur r\u00e9serve, qui papillonnent dans mon cerveau. &nbsp;Se cr\u00e9er maintenant une bulle dans la voiture, l\u2019intimit\u00e9 qui y r\u00e8gne m\u2019est famili\u00e8re, les rep\u00e8res n\u2019ont pas assez de place pour s\u2019y disperser.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>vendredi 23<\/strong> C\u2019est l\u2019id\u00e9e du d\u00e9part. Partir demain, ce n\u2019est pas partir aujourd\u2019hui et l\u2019alarme ne sonne pas mais c\u2019est d\u00e9j\u00e0 mentalement quitter des lieux auxquels on s\u2019est acclimat\u00e9 et qui sont devenus temporairement chez moi. Rien de ce qui le fa\u00e7onne ne me ressemble, ce havre qu\u2019on m\u2019a lou\u00e9, aucun objet, aucun cadre, m\u00eame si l\u2019ensemble est de bon go\u00fbt, les maquettes de voiliers, les boussoles et les reproductions de sc\u00e8nes de navigation me sont \u00e9trang\u00e8res. Le studio est pourtant mon territoire priv\u00e9, l\u2019endroit o\u00f9 je me pose, me ressource et \u00e9cris. Je rassemble mes affaires, vide les tiroirs de tout ce que je leur avais confi\u00e9 et que d\u2019autres apr\u00e8s moi rempliront de ce qu\u2019ils sont, eux. Faire le vide, m\u00e9thodiquement, ne rien oublier, ne rien laisser de soi. Ici.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>jeudi 22<\/strong> A travers la persienne perce la m\u00eame luminosit\u00e9 ind\u00e9chiffrable qu\u2019hier. Ce n\u2019est qu\u2019en \u00e9cartant quelques lames que le temps qu\u2019il fait se d\u00e9voilera. Attendre un peu et laisser mon regard errer sur la peinture couleur sable qui recouvre les lambris, paresser dans le parfum du caf\u00e9 qui passe, vagabonder entre les bibelots, le barom\u00e8tre et la lampe temp\u00eate qui bordent mon c\u00f4t\u00e9 de lit. Profiter des minutes immat\u00e9rielles o\u00f9 la vie sommeille encore. Je laisse la vie couler comme \u00e7a, couler comme elle vient, berc\u00e9e par le rythme r\u00e9gulier du ventilateur. &nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>mercredi 28 Aujourd\u2019hui, le ciel semble plus clair. L\u2019air est piquant, presque automnal et le vent, notre vent du Nord si familier, balaie mes restes de sommeil. Il est 10h et, dans la cour, tout frissonne. Ma courte nuit doit accentuer mon ressenti. Je bois une gorg\u00e9e de caf\u00e9 br\u00fblant. Minuscule jardin, minuscule cour, chez moi. 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