{"id":43372,"date":"2021-08-01T09:58:56","date_gmt":"2021-08-01T07:58:56","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=43372"},"modified":"2021-08-15T12:24:00","modified_gmt":"2021-08-15T10:24:00","slug":"faire-un-livre-1","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/faire-un-livre-1\/","title":{"rendered":"#L1 Il porte"},"content":{"rendered":"<p>C&rsquo;est un jeune homme sac au dos. Il sort de la gare. Il s\u2019arr\u00eate un instant sous l\u2019immense porche de cette grande gare d\u2019Europe centrale. Deux anges de pierres encadrent une immense horloge. Il est en avance. Il est sous l&rsquo;horloge qu&rsquo;il ne la voit pas. Il voit la ville. Son sac \u00e0 dos est plus haut que lui. Les lani\u00e8res aux \u00e9paules sont larges. Le sac p\u00e8se. \u00c0 sa main gauche, il porte aussi une sacoche en cuir d\u2019un autre \u00e2ge. Il part sur la gauche de la gare dont il longe la fa\u00e7ade vers les bus plut\u00f4t que de descendre dans le m\u00e9tro. Sur le c\u00f4t\u00e9 de la gare ferroviaire, la gare routi\u00e8re. Il prend d&rsquo;une main son billet \u00e0 un guichet automatique sans changer la langue propos\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9cran. Passant sa main droite sous son bras gauche, il tente de d\u00e9zipper la grande poche lat\u00e9rale gauche de son sac. Il n&rsquo;y arrive pas. Il place un instant la sacoche de cuir entre ses jambes, et finalement retire des pi\u00e8ces d&rsquo;une poche de son jean. Il paye en pi\u00e8ces d&rsquo;euros. Tous les bus sont jaunes, rang\u00e9s en \u00e9pis sur de petits quais num\u00e9rot\u00e9s. Il monte dans le M41, quai 7. Les deux portes du bus sont bloqu\u00e9es grandes ouvertes, moteur \u00e0 l&rsquo;arr\u00eat. Il\u00a0\u00a0monte par la porte avant. Une fille est assise en avant du si\u00e8ge isol\u00e9 \u00e0 l&rsquo;avant du bus, juste derri\u00e8re la place du chauffeur. Il la remarque. Ses cheveux sont d\u00e9color\u00e9s, blonds, ses sourcils sont noirs. Elle porte d&rsquo;une seule \u00e9paule un sac \u00e0 dos Kanken couleur prune. Elle a les mains pos\u00e9es comme le ferait une vieille femme, \u00e0 plat sur un sac de course bien pli\u00e9 sur ses genoux. Il passe devant elle, sans croiser son regard, s&rsquo;avance vers le milieu du bus, poin\u00e7onne. Il se place debout, sac \u00e0 dos cal\u00e9, appuy\u00e9 \u00e0 la vitre du bus, sa main droite saisit une des barres verticales qui font face \u00e0 la porte centrale, la sacoche en cuir est maintenant sur sa gauche et l&rsquo;on peut voir qu&rsquo;elle est ferm\u00e9e d&rsquo;un petit cadenas \u00e0 3 chiffres, c&rsquo;est une erreur de d\u00e9butant. Sept personnes, dont un homme \u00e0 casquette de marin sont maintenant dans le bus. L&rsquo;homme \u00e0 casquette porte un sac \u00e0 dos pour appareil photo. Le chauffeur monte, il pose une valise de type attach\u00e9-case sur le cot\u00e9 de son si\u00e8ge, allume diff\u00e9rents contacts, met en route, les portes se ferme et le bus d\u00e9marre dans une large man\u0153uvre avant un stop. Puis il s&rsquo;engage dans la circulation. Le regard du jeune homme se dirige sans cesse vers ceux qui montent et descendent. Il distingue les boutons d&rsquo;ouverture des portes, et les boutons qui servent \u00e0 demander l&rsquo;arr\u00eat.\u00a0Il guette le moment, surveille chaque mont\u00e9e et chaque descente. L&rsquo;homme \u00e0 casquette de marin descend, un jeune en surv\u00eatement jaune et noir monte par la porte centrale. Le bus repart et la fille aux cheveux d\u00e9color\u00e9s se l\u00e8ve et se rapproche de lui, elle d\u00e9plie son sac de course comme elle d\u00e9plisserait sa robe. Elle ne le regarde pas. Il guette ses gestes. Le prochain arr\u00eat est celui juste avant Hermannplatz. L&rsquo;\u00e9cran dans le bus signale que l&rsquo;arr\u00eat a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 demand\u00e9. Pourtant tout en tenant la barre d&rsquo;une main la femme appuie deux fois de suite sur le bouton de demande d&rsquo;arr\u00eat. C&rsquo;est le signe convenu. Le bus freine, les portes s&rsquo;ouvrent, le bus est l\u2019arr\u00eat, deux hommes montent, le sac de course est pos\u00e9 au sol, il pose la sacoche dans le sac qu&rsquo;elle reprend imm\u00e9diatement pour descendre. Personne d&rsquo;autre ne descend avec elle, il reste donc dans le bus. Les portes se referment. Il la regarde quelques secondes marcher dans le m\u00eame sens que le bus. Ils ont cette n\u00e9cessit\u00e9 parfois d&rsquo;en faire un peu trop. Qu&rsquo;importe, qui lui reprocherait cette recherche d&rsquo;un suppl\u00e9ment de sens. Il descend \u00e0 Hermannplatz et attend comme pr\u00e9vu le passage de deux bus M41 pour s&rsquo;assurer que tout va bien, c&rsquo;est le protocole pr\u00e9vu. Au m\u00eame arr\u00eat il attend encore un peu et monte dans le 194. Sans la sacoche et bien camp\u00e9 sur ses jambes l\u00e9g\u00e8rement fl\u00e9chies, dans ce bus dont les suspensions lui semblent plus souples, il se laisse alors \u00e0 regarder plus librement. \u00c0 chaque feu de signalisation, chaque virage au carrefour d&rsquo;une nouvelle rue, il voit cette ville. Tout en rep\u00e9rant les noms des arr\u00eats, il voit. Tout lui semble plus beau qu&rsquo;ailleurs parce que rues sont larges. Il aime voir que tout ici semble plus large. Ce n&rsquo;est pas tant plus haut que plus large. Il s&rsquo;attache \u00e0 regarder au-dehors les images de tout ce qui d\u00e9file toujours un peu trop vite, vitrines de magasins derri\u00e8re les arbres, affiches qui recouvrent les distributeurs \u00e9lectriques, noms de marques sur des panneaux, mots imprim\u00e9s dans cette langue qu&rsquo;il regrette toujours de ne pas mieux conna\u00eetre. Il remarque l&rsquo;immeuble d&rsquo;une banque nationale. Il sait qu&rsquo;il est proche du lieu o\u00f9 il doit se rendre et loger. Il demande l&rsquo;arr\u00eat. Il descend du bus sur un trottoir de pierres, de grandes pierres rectangulaires qui tracent de grands passages qui semblent exister depuis longtemps. Il marche vers l&rsquo;Est. Ces rues font aussi place aux bancs publics, aux carr\u00e9s d\u2019herbes folles, \u00e0 des tables et des chaises au pied des immeubles ou sous les arbres. Il s\u2019\u00e9tonne du calme, du peu de bruit pour tant de vie, de la place faite au calme, tout autant qu\u2019aux v\u00e9los. Il n\u2019en revient pas de ce flux permanent de v\u00e9los, d&rsquo;o\u00f9 il vient ce n&rsquo;est pas ainsi, pas encore du moins, des v\u00e9los il n\u2019en a jamais vu autant. Il marche en parall\u00e8le d\u2019une femme enceinte qu\u2019il d\u00e9passe. C\u2019est la deuxi\u00e8me femme enceinte qu\u2019il croise en peu de temps dans cette ville. Il a remarqu\u00e9 beaucoup de parents et leurs enfants, un b\u00e9b\u00e9 port\u00e9, un parent et un enfant parlant. C\u2019est heureux. Lui est parent sans enfant, cela fait partie de la charte des porteurs. Il pousse la porte du num\u00e9ro 18, Karl-Kunger-Stra\u00dfe, \u00e0 Treptow. Il passe les bo\u00eetes aux lettres, passe la cour, rentre dans le carr\u00e9 d&rsquo;immeuble suivant et monte au quatri\u00e8me \u00e9tage. La porte en face sur le palier n\u2019est pas ferm\u00e9e \u00e0 clef. C\u2019\u00e9tait pr\u00e9vu.<\/p>\n<p>Il pousse la porte d&rsquo;entr\u00e9e de cet appartement. La lumi\u00e8re du palier \u00e9claire un couloir sans fen\u00eatre qui donne sur quatre portes dont une est entrouverte. Il entre encore, c&rsquo;est la cuisine. Elle est plus grande qu&rsquo;il ne l&rsquo;aurait pens\u00e9. Il pose son sac \u00e0 dos sur le sol en lino contre la porte du frigidaire. La carte postale est aimant\u00e9e sur la porte. Il ne la prend pas tout de suite. Il s&rsquo;assoit \u00e0 une table ronde. La nouvelle sacoche est pos\u00e9e sur la table.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C&rsquo;est un jeune homme sac au dos. Il sort de la gare. Il s\u2019arr\u00eate un instant sous l\u2019immense porche de cette grande gare d\u2019Europe centrale. Deux anges de pierres encadrent une immense horloge. Il est en avance. Il est sous l&rsquo;horloge qu&rsquo;il ne la voit pas. Il voit la ville. Son sac \u00e0 dos est plus haut que lui. Les <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/faire-un-livre-1\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#L1 Il porte<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":336,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[2071,2069,2158],"tags":[],"class_list":["post-43372","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ete-2021-les-cycles","category-2021-faire-un-livre","category-livre-01"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/43372","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/336"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=43372"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/43372\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=43372"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=43372"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=43372"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}