{"id":43613,"date":"2021-08-02T15:13:23","date_gmt":"2021-08-02T13:13:23","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=43613"},"modified":"2021-08-04T18:31:16","modified_gmt":"2021-08-04T16:31:16","slug":"l6-seule-la-renarde-rouge","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/l6-seule-la-renarde-rouge\/","title":{"rendered":"#L6 | Seule, la renarde rouge"},"content":{"rendered":"\n<h1 class=\"wp-block-heading\"> <\/h1>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"819\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/lachlan-gowen-r31XzIAjmu0-unsplash-819x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-43617\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/lachlan-gowen-r31XzIAjmu0-unsplash-819x1024.jpg 819w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/lachlan-gowen-r31XzIAjmu0-unsplash-336x420.jpg 336w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/lachlan-gowen-r31XzIAjmu0-unsplash-768x960.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/lachlan-gowen-r31XzIAjmu0-unsplash-1229x1536.jpg 1229w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/lachlan-gowen-r31XzIAjmu0-unsplash-1638x2048.jpg 1638w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/lachlan-gowen-r31XzIAjmu0-unsplash-scaled.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 819px) 100vw, 819px\" \/><figcaption>Lachlan Gowen (unsplash)<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap has-normal-font-size\">On me demande&nbsp;: o\u00f9 as-tu couru ces derni\u00e8res nuits&nbsp;? On me demande&nbsp;: depuis combien de temps veilles-tu sur les cr\u00e9atures du monde&nbsp;? On ne demande&nbsp;: mais qu\u2019as-tu fait hier de la multitude des secondes qui ont fait fr\u00e9mir ta fourrure et qui ont rabattu le vent vers l\u2019int\u00e9rieur des terres&nbsp;? Je ne sais pas le dire. Je n\u2019ai pas de moyen pour mesurer le temps sinon ma propre faim et l\u2019ampleur de ma propre fatigue, pas de moyen sinon le nombre de bonds que j\u2019ex\u00e9cute pour franchir les orni\u00e8res et l\u2019\u00e9nergie musculaire d\u00e9pens\u00e9e au fil de mes p\u00e9riples au hasard des tourbi\u00e8res. Les nuits succ\u00e8dent aux jours. Elles obscurcissent l\u2019espace plus ou moins vite selon la saison et selon les charges du ciel, voil\u00e0 seulement ce que je sais. Et ce qui me pousse vers l\u2019avenir, ce n\u2019est pas le flux pr\u00e9cipit\u00e9 des jours et des nuits mais ce qu\u2019il provoque d\u2019\u00e9v\u00e9nements et de palpitations, de disparitions et de naissances, de surgissements de poussins hors de l\u2019\u0153uf et de petits mammif\u00e8res hors du ventre de leur m\u00e8re, de mont\u00e9es en puissance de la s\u00e8ve dans les plantes, d\u2019explosions florales, de temp\u00eates, d\u2019\u00e9motions in\u00e9dites, toutes celles qui saisissent au profond des cellules et graissent la chair au lieu de l\u2019entamer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">Je n\u2019ai pas de m\u00e9moire d\u2019hier ni de ma jeunesse. Je dois \u00eatre d\u00e9pourvue d\u2019\u00e2ge, h\u00e9riti\u00e8re de la lign\u00e9e et transmettant mes g\u00eanes \u00e0 mes filles depuis l\u2019\u00e9poque lointaine o\u00f9 les loups dominaient les for\u00eats. Je suis la renarde rouge qui veille sur ses petits et sur les petits de toutes les esp\u00e8ces Et hier sans doute je courais et chassais pour eux. Hier et avant-hier n\u2019existent pas. Seulement eux tapis au terrier, tendres et offerts aux grands oiseaux et aux rapaces de nuit sit\u00f4t que je m\u2019\u00e9loigne.<\/p>\n\n\n\n<p>Les humains disent que le temps s\u2019enfuit. Bien au contraire il demeure en nous, il nous \u00e9treint, nous communique une sensation de br\u00fblure, comme si un tas de braises pareilles \u00e0 de petites lumi\u00e8res couvait sous la peau de fa\u00e7on permanente et prot\u00e9geait de la peur du noir, de l&rsquo;id\u00e9e de mourir, de l\u2019angoisse de se dissoudre en un point de l\u2019espace immense.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">Les ombres noires dans le bois o\u00f9 je passe une part de mes nuits, ont des reflets couleur d\u2019abysses, vaguement bleut\u00e9es. Je les connais m\u00eame si je n\u2019ai pas la m\u00e9moire du commencement. Depuis longtemps je fr\u00e9quente la nuit, ses couleurs et ses variations. Je sais que je compte pour ceux d\u2019ici, \u00f4 mes agneaux, mes mulots, mes petiots. Je les accueille \u00e0 mon voisinage, je veille, je tremble pour eux quand la chouette hulule plusieurs fois d\u2019affil\u00e9e et se drape dans ses ailes. Pas d\u2019hier ni de demain. La petiote le sait tout autant que les fous de Bassan, les p\u00e9trels et les cormorans qui \u00e9duquent leur marmaille. Elle collectionne les galets liss\u00e9s par la rage de la mer. \u00c7a lui parle, la pierre. \u00c7a contient tous les myst\u00e8res de la transformation, ses surfaces couvertes de diaclases, de fentes de calcite, de blessures. Elle puise l\u00e0 dans la force du temps. Elle vivra sans doute un certain temps. Elle est ma petite f\u00e9e, passeuse naturelle de beaut\u00e9 malgr\u00e9 sa dent cass\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">Au silence des roches dans une carri\u00e8re lointaine, des cristaux d\u2019un rouge grenat limpide se cachent et diffusent leur infinie lumi\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>On me demande&nbsp;: o\u00f9 as-tu couru ces derni\u00e8res nuits&nbsp;? On me demande&nbsp;: depuis combien de temps veilles-tu sur les cr\u00e9atures du monde&nbsp;? On ne demande&nbsp;: mais qu\u2019as-tu fait hier de la multitude des secondes qui ont fait fr\u00e9mir ta fourrure et qui ont rabattu le vent vers l\u2019int\u00e9rieur des terres&nbsp;? Je ne sais pas le dire. 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