{"id":43675,"date":"2021-08-02T20:41:09","date_gmt":"2021-08-02T18:41:09","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=43675"},"modified":"2021-08-02T20:48:00","modified_gmt":"2021-08-02T18:48:00","slug":"ce-qui-se-vide-ce-qui-se-remplit","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/ce-qui-se-vide-ce-qui-se-remplit\/","title":{"rendered":"#P6 Ce qui se vide, ce qui se remplit"},"content":{"rendered":"\n<p>Lundi (0)<br>\u00c7a y est, il est parti. Il est m\u00eame arriv\u00e9. R\u00e9alise-t-on seulement l\u2019absence que lorsque les habitudes se trouvent inhabituelles ? J\u2019ai mang\u00e9 seule, j\u2019ai regard\u00e9 seule la t\u00e9l\u00e9vision. Avantage : j\u2019ai pu choisir le programme d\u00e9bile qui me pla\u00eet (enfin qu\u2019il me pla\u00eet de regarder en cachette pour me vider le cerveau). Inconv\u00e9nient : \u00e0 qui le cacher puisqu\u2019il n\u2019est pas l\u00e0 ?<\/p>\n\n\n\n<p>Dimanche (-1)<br>La valise ouverte sur le parquet du salon n\u2019a pas encore aval\u00e9 tous les objets \u00e0 sa port\u00e9e. \u00c7a tra\u00eene par terre, \u00e7a s\u2019amonc\u00e8le par paquets semi-organis\u00e9s, semi-pens\u00e9s, au gr\u00e9 de la projection qu\u2019on se fait des jours de vacances. Plein de livres pour avoir le choix d\u2019en acheter d\u2019autres, plein de papiers \u00e0 dessin alors que seul le petit carnet tient dans la poche pour les balades, plein de petits trucs \u00e0 prendre \u00ab parce qu\u2019on ne sait jamais \u00bb \u2026 plein de signes qu\u2019on reviendra \u00e0 son port d\u2019attache, pour retrouver ce qui fait notre quotidien et qui ne tient pas dans la valise. Qui ne tient nulle part ailleurs que chez soi.<\/p>\n\n\n\n<p>Samedi (-2)<br>Une terrasse au bord de la rue. Deux verres sur la petite table ronde au bord m\u00e9tallique, pos\u00e9s sur des sous-bocks fatigu\u00e9s. Pourquoi boire un verre en terrasse est-il si lib\u00e9rateur ? Pourquoi se sentir libre d\u2019avoir d\u00e9bours\u00e9 un billet pour si peu d\u2019\u00e9lixir d\u2019ivresse ? La saveur est diff\u00e9rente, je ne saurai jamais pourquoi. Peut-\u00eatre l\u2019ambiance, peut-\u00eatre ce ravissement d\u2019\u00eatre seuls parmi tant d\u2019autres. Peut-\u00eatre juste parce que c\u2019est possible et qu\u2019on peut se le permettre.<\/p>\n\n\n\n<p>Vendredi (-3)<br>Rester dans son bureau au calme, quand d\u2019autres s\u2019agitent de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la porte, ne supportant plus les approximations des uns, les incompr\u00e9hensions des autres. Chacun a ses propres urgences et ne tol\u00e8re pas celles des autres. Chacun veut passer devant, chacun veut qu\u2019on entende sa souffrance sans avoir besoin de la dire. Je vois tout \u00e7a. Je sais tout \u00e7a. Mais je suis fatigu\u00e9e d\u2019y aller, de passer la porte pour leur expliquer. Aujourd\u2019hui je fais comme eux : ils n\u2019ont qu\u2019\u00e0 deviner.<\/p>\n\n\n\n<p>Jeudi (-4)<br>Jeudi c\u2019est r\u00e9union. Jeudi c\u2019est \u00ab je dis qu\u2019on parle de \u00e7a \u00bb et je note ce qu\u2019on se dit. Jeudi c\u2019est melting pot d\u2019observations balanc\u00e9 par le porte-parole qui en oublie parfois. Jeudi c\u2019est \u00ab il faut faire tourner la parole \u00bb (\u00e0 d\u00e9faut de pouvoir faire tourner les tables, les r\u00f4les, les sentiments). Jeudi c\u2019est devenu fade. Avant on s\u2019engueulait, on organisait la dispute, on confrontait les opinions et on r\u00e9conciliait les paradoxes. Jeudi maintenant c\u2019est remplir le tableau qui met tout le monde d\u2019accord en nous permettant de rester \u00e0 la surface. Jeudi lisse, jeudi sans sel et sans additif. C\u2019est bon pour la sant\u00e9, mais celle de qui ?<\/p>\n\n\n\n<p>Mercredi (-5)<br>Les mercredis sont charg\u00e9s. Beaucoup de gens \u00e0 voir. Parfois les m\u00eames, parfois pour les m\u00eames choses. Pourtant mercredi quelque chose a \u00e9t\u00e9 repens\u00e9 pour la \u00e9ni\u00e8me fois mais avec enthousiasme. Avec lien. Avec c\u0153ur. On ne peut pas savoir si \u00e7a marchera mieux, mais on sait que l\u2019\u00e9lan y \u00e9tait. C\u2019est comme une course de vitesse : meilleur l\u2019\u00e9lan est, plus la suite s\u2019annonce bonne. Mais ici c\u2019est une course de fond. Rien ne sert de partir \u00e0 fond de train, \u00e0 fond de cale, \u00e0 fond perdu\u2026 il faut soigner son \u00e9lan, le ciseler comme un bijou pour un jour en percevoir peut-\u00eatre l\u2019\u00e9clat. C\u2019est \u00e7a : fa\u00e7onner des diamants qui n\u2019ont m\u00eame pas conscience de leurs fascinantes facettes.<\/p>\n\n\n\n<p>Mardi (-6)<br>Les feuilles de th\u00e9 se d\u00e9ploient dans la tasse chaude. Le tamis s\u2019est color\u00e9 aussi, \u00e0 force. \u00c7a sent bon, h\u00e2te de retirer le masque pour humer et absorber le breuvage. L\u2019eau lave quand elle pleut, l\u2019eau nettoie quand on frotte, mais l\u2019eau qu\u2019on avale adoucit le travail. Je le crois. Je l\u2019esp\u00e8re. J\u2019en ai besoin. On sourit, m\u00eame sous les masques. Un peu de la douce effluve nous relie. Le correcteur d\u2019orthographe me dit qu\u2019effluve est masculin. C\u2019est donc le doux effluve qui nous relie. Mon fleuve m\u00e9moriel f\u00e9miniserait-il les moments les plus lointains ?<\/p>\n\n\n\n<p>Lundi (-7)<br>L\u2019\u00e9cran est noir parfois. Fig\u00e9 d\u2019autres fois. La connexion est intermittente. Ma m\u00e9moire aussi. Mes neurones marchent-ils en wifi ?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lundi (0)\u00c7a y est, il est parti. Il est m\u00eame arriv\u00e9. R\u00e9alise-t-on seulement l\u2019absence que lorsque les habitudes se trouvent inhabituelles ? J\u2019ai mang\u00e9 seule, j\u2019ai regard\u00e9 seule la t\u00e9l\u00e9vision. Avantage : j\u2019ai pu choisir le programme d\u00e9bile qui me pla\u00eet (enfin qu\u2019il me pla\u00eet de regarder en cachette pour me vider le cerveau). 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