{"id":43695,"date":"2021-08-03T17:11:52","date_gmt":"2021-08-03T15:11:52","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=43695"},"modified":"2021-08-03T17:12:31","modified_gmt":"2021-08-03T15:12:31","slug":"les-escaliers-de-la-butte","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/les-escaliers-de-la-butte\/","title":{"rendered":"#P7 | Les escaliers de la butte"},"content":{"rendered":"\n<p>Sous un ciel laiteux, dont l&rsquo;aveuglante luminosit\u00e9 vibre d&rsquo;infimes ondulations enveloppantes \u00e0 travers lesquelles se dessine timidement de minuscules dunes, rappelant le souvenir d&rsquo;une plage argent\u00e9e de sable rid\u00e9 \u00e0 mar\u00e9e basse, des nuages pommel\u00e9s de l\u00e9g\u00e8res oscillations grises aux reflets bleut\u00e9s s&rsquo;\u00e9loignent en rouleaux \u00e0 l&rsquo;horizon o\u00f9 se m\u00ealent harmonieusement couches blanches et grises et bleues. Il fait froid cet apr\u00e8s-midi, mais la lumi\u00e8re de ce jour de janvier vient chauffer de ces couleurs automnales la pente qui d\u00e9vale en douceur. La vigne, taill\u00e9e quelques jours plus t\u00f4t, est entr\u00e9e en p\u00e9riode de repos v\u00e9g\u00e9tatif, ses pieds noueux et secs, se perdent dans le fouillis des herbes folles dont le vert surprend en cette saison. Les arbres gardent encore de nombreuses feuilles accroch\u00e9es \u00e0 leurs branches qui s&rsquo;agitent dans une lumi\u00e8re poudr\u00e9e d&rsquo;or. L&rsquo;automne a s\u00e9ch\u00e9 leurs feuilles sur place, les cuisant sans les faire tomber. Le vent en viendra \u00e0 bout en ce d\u00e9but d&rsquo;ann\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Rarement le ciel est aussi bleu. Un bleu ac\u00e9r\u00e9, cinglant. Un bleu azur. La pollution ou les brumes de chaleur viennent souvent ternir sa couleur franche pour y jeter un faux voile de pudeur. Mais dans cette franche lumi\u00e8re cisel\u00e9e de l&rsquo;\u00e9t\u00e9, le ciel se d\u00e9tache et renforce toutes les autres couleurs de la ville. Au premier plan, l&#8217;embo\u00eetement des architectures modernes comme un jeu de construction pour enfants dont les volumes semblent dialoguer de part et d&rsquo;autres et dont les murs uniform\u00e9ment blancs attirent la lumi\u00e8re. Au centre de la vall\u00e9e qui s&rsquo;\u00e9vase devant nous, un bouquet d&rsquo;arbres au feuillage d&rsquo;un vert vif, vient souligner la butte Montmartre qui s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve en face avec le le Sacr\u00e9-C\u0153ur \u00e0 son sommet. Ceux qui ont planifi\u00e9 cette construction en 1873 sont justement ceux qui ont \u00e9cras\u00e9 la Commune de Paris. Et ce n&rsquo;est pas un hasard s&rsquo;ils ont choisi comme emplacement l&rsquo;un des lieux, Montmartre, o\u00f9 avec Belleville et M\u00e9nilmontant, une part importante de la bataille a marqu\u00e9 historiquement le d\u00e9but de la Commune, le 18 mars 1871. L&rsquo;odeur de goudron chaud se m\u00eale au parfum des rosiers blancs qui recouvre d\u00e9sormais l&rsquo;immense majorit\u00e9 de la grille de fer forg\u00e9 peinte en blanc en cl\u00f4ture de ce jardin.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;air est gonfl\u00e9 d&rsquo;humidit\u00e9 et de chlorophylle. Au petit matin, lorsque le soleil est lev\u00e9 mais demeure invisible, cach\u00e9 sous un ciel trop bas, incertain, dont la luminosit\u00e9 transpara\u00eet de force dans l\u2019aveuglant voile de son drap blanc, on ne peut qu&rsquo;imaginer le paysage quelques heures plus tard, lorsque le soleil finira par percer et trouer ce mur impassible. Mais \u00e0 cette heure encore, l&rsquo;horizon se dissout dans l&rsquo;air brumeux. Le premier plan du jardin, avec ses pieds de vignes tortueux aux feuilles naissantes, aux bords dentel\u00e9s, dont la couleur verte s&rsquo;accorde vivement \u00e0 celle de l&rsquo;herbe qui pousse \u00e0 ses pieds ainsi qu&rsquo;\u00e0 celles des feuilles des platanes dont le tronc et les branches disparaissent en contrebas sous ce vert invincible, se d\u00e9cline en mode monochrome. Les fils de fer qui relient les pieux dont le bois encore intact indique qu&rsquo;ils ont \u00e9t\u00e9 enfonc\u00e9s r\u00e9cemment dans la terre pour accompagner la pousse de la vigne plant\u00e9e en pente douce et paliers successifs, dessinent une partition encore h\u00e9sitante qui attend les premi\u00e8res notes de l&rsquo;automne pour faire entendre sa musique.<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis plusieurs heures, la course des nuages qui s&rsquo;enroulaient les uns autour des autres dans le ciel couvert, s&rsquo;\u00e9tirant en une immense torsade sans fin aux subtiles nuances de gris, annon\u00e7ait avec son grondement lointain, ses roulements de tambour grandissant, l&rsquo;imminence d&rsquo;une pluie d&rsquo;orage. Des signes qui ne trompent pas. L&rsquo;air \u00e9tait lourd, irrespirable, le vent commen\u00e7ait \u00e0 souffler plus intens\u00e9ment depuis quelques minutes. Les oiseaux s&rsquo;envolaient en tous sens en poussant des cris effar\u00e9s. Les premi\u00e8res gouttes de pluie sont tomb\u00e9es sur le trottoir gris laissant leurs taches sombres creuser des trous \u00e9pars dans le bitume. Une odeur de p\u00e9trichor montait \u00e0 nos narines. Le rideau s&rsquo;\u00e9tait baiss\u00e9 soudainement sur le paysage. Avec fracas. Au loin, la butte disparut en un \u00e9clair. Les couleurs de la v\u00e9g\u00e9tation s&rsquo;effac\u00e8rent instantan\u00e9ment dans un gris uniforme. Les immeubles s&rsquo;\u00e9croul\u00e8rent sur eux-m\u00eames. Le bruit des gouttes de pluie dont la modulation des fr\u00e9quences variait en fonction du vent, nous ber\u00e7ait de ses clapotements tandis que notre cerveau y percevait comme des caresses, car notre corps, qui garde secr\u00e8tement enfoui en lui l&#8217;empreinte imm\u00e9moriale de la nature, acceptait enfin d&rsquo;en accueillir l&rsquo;\u00e9cho profond et de revenir tremp\u00e9 \u00e0 la maison.<\/p>\n\n\n\n<p>La nuit est l&rsquo;envers de l&rsquo;endroit vu le jour. Tous nos rep\u00e8res disparaissent. Des signaux inattendus, in\u00e9dits, attirent notre regard \u00e9bahi, des \u00e9clairs lumineux nous distraient. Fascination des flammes qui scintillent dans l&rsquo;\u00e9glise. Du ciel constell\u00e9 des multiples points lumineux des \u00e9toiles dont les projections sur la vo\u00fbte c\u00e9leste sont suffisamment proches pour que nous les relions par des lignes imaginaires qui d\u00e9crivent un voyage termin\u00e9 depuis si longtemps qui trahit l&rsquo;annonce de leur disparition. Les habitants qu&rsquo;on oublie dans la journ\u00e9e, perdus dans l&rsquo;uniformit\u00e9 des immeubles qui les h\u00e9bergent, la r\u00e9p\u00e9tition lassante des architectures qui les abritent et les prot\u00e8gent. Le volume de la vall\u00e9e s&rsquo;estompe au profit du plan. Les distances se r\u00e9duisent \u00e0 vol d&rsquo;oiseau. C&rsquo;est une carte qu&rsquo;on consulte d\u00e9sormais pareille \u00e0 ces vieux plans du m\u00e9tropolitain o\u00f9, pour conna\u00eetre le chemin \u00e0 suivre, la direction \u00e0 prendre, il suffisait d&rsquo;appuyer sur un bouton m\u00e9tallique afin de faire appara\u00eetre sur le tableau des lignes du m\u00e9tro, le dessin de notre itin\u00e9raire. Perspectives de rencontres, d&rsquo;\u00e9changes, de contacts. Lignes de vie, lignes de chance. Une projection imaginaire. Dans le creux de sa main.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sous un ciel laiteux, dont l&rsquo;aveuglante luminosit\u00e9 vibre d&rsquo;infimes ondulations enveloppantes \u00e0 travers lesquelles se dessine timidement de minuscules dunes, rappelant le souvenir d&rsquo;une plage argent\u00e9e de sable rid\u00e9 \u00e0 mar\u00e9e basse, des nuages pommel\u00e9s de l\u00e9g\u00e8res oscillations grises aux reflets bleut\u00e9s s&rsquo;\u00e9loignent en rouleaux \u00e0 l&rsquo;horizon o\u00f9 se m\u00ealent harmonieusement couches blanches et grises et bleues. 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