{"id":43781,"date":"2021-08-03T12:01:34","date_gmt":"2021-08-03T10:01:34","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=43781"},"modified":"2021-09-17T22:07:10","modified_gmt":"2021-09-17T20:07:10","slug":"p7-une-colline-en-provence","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/p7-une-colline-en-provence\/","title":{"rendered":"#P7 | Une colline en Provence"},"content":{"rendered":"\n<p>A l\u2019endroit o\u00f9 la for\u00eat de pins s\u2019\u00e9claircit, sur le flanc de la colline, l\u00e0 o\u00f9 les grands arbres pench\u00e9s deviennent de plus en plus rares et laissent place \u00e0 des buissons de ch\u00eanes kerm\u00e8s et \u00e0 des cistes roses et blancs, le chemin de pierres et de terre devient plus \u00e9troit et plus tortueux. On le devine serpentant entre thym et romarin en fleurs jusqu\u2019\u00e0 dispara\u00eetre derri\u00e8re un rocher plus gros que les autres. On l\u2019imagine continuant sa trace sur un autre versant, ou alors se faufilant dans le maquis pour se rendre invisible aux yeux qui le cherchent depuis le bas. La lisi\u00e8re de la for\u00eat marque la fronti\u00e8re entre deux mondes, entre for\u00eat et garrigue. Une ligne au-del\u00e0 de laquelle l\u2019ombre a cess\u00e9 de vouloir exister. Ou alors furtivement, \u00e0 l\u2019abri d\u2019un fourr\u00e9 dense et \u00e9pineux. Plus \u00e0 gauche, un tas de pierres interroge. Emport\u00e9s par leur \u00e9lan, les blocs de calcaire \u00e9chapp\u00e9s des pierriers en amont y ont fini leur course pour former une st\u00e8le \u00e0 la m\u00e9moire des paysages pass\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Au plus fort de l\u2019\u00e9t\u00e9, lorsque le soleil tape si fort qu\u2019il assommerait un g\u00e9ant de sa puissance aveuglante, la lisi\u00e8re de la for\u00eat marque l\u2019entr\u00e9e en pays de solitude. L\u2019air aiguis\u00e9 comme un couteau de cuisine lac\u00e8re les poumons sous la chape bleue \u00e9lectrique d\u2019un ciel vierge. La pierre restitue le br\u00fblant d\u00e9sir d\u2019une nature sauvage, enti\u00e8re, sans artifice. Craquel\u00e9e comme un vieux tableau de ma\u00eetre, la terre brune suffoque et ouvre ses pores b\u00e9antes en qu\u00eate d\u2019un souffle de vie. Le brin d\u2019herbe br\u00fbl\u00e9e chancelle, immobile, tel un crucifix \u00e0 l\u2019\u00e9quilibre incertain. La mort se pr\u00e9sente en face mais la vie, jusqu\u2019\u00e0 la limite des ombres d\u2019une for\u00eat en souffrance, expire encore son r\u00e2le rageur. La cigale chante l\u2019amour encore possible sur le rythme des pulsations d\u2019un coeur en bout de course. Le pinson, la fauvette et le rouge-gorge unissent leurs efforts pour dessiner un souffle en battant des ailes. Au bord du chemin encore ombrag\u00e9, l\u2019abeille solitaire prie au fond de son trou ensabl\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019eau ruisselle. D\u00e9valant sur les pentes abruptes de la colline, elle emporte tout ce qu&rsquo;elle peut sur son passage. S\u00fbre de sa force, elle rit lorsque le caillou r\u00e9siste sachant que l\u2019arm\u00e9e de gouttes qui pousse derri\u00e8re aura raison des derniers vacillements de sa victime. La terre se joint \u00e0 la f\u00eate en colorant les flots de ce qui, hier encore, \u00e9tait souffrance, maculant au passage tout ce qui ose rester endormi. Les rochers impassibles ne bronchent pas, renvoyant les gouttes astrales vers d\u2019autres cieux. Les buissons de ch\u00eane respirent jusqu\u2019\u00e0 l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 de leurs \u00e9pines, s\u2019enivrant de toute cette eau sans aucune mod\u00e9ration. Sur le chemin devenu fleuve, l\u2019herbe retrouve espoir, celui d\u2019un car\u00eame que la r\u00e9surrection autorise. L\u2019espoir de rena\u00eetre, de verdir \u00e0 nouveau. Les arbres applaudissent de toutes leurs aiguilles en accompagnant de leurs grands bras le d\u00e9ferlement de vie dans ce raz-de-mar\u00e9e vengeur. M\u00eame le tas de pierres semble respirer.<\/p>\n\n\n\n<p>A gauche, se dressait autrefois une petite cabane. Quatre murs de pierres blanches pour quelques poign\u00e9es d\u2019argile et de paille, un toit fait de branchages et juste assez d\u2019espace pour que le berger puisse s\u2019allonger avec son chien. Autour, les moutons exploraient en qu\u00eate d\u2019une pousse miraculeusement \u00e9pargn\u00e9e ou de quelques feuilles de tr\u00e8fle oubli\u00e9es, se contentant le plus souvent de paille s\u00e8che sans saveur. Evitant soigneusement les brins de thym et de romarin \u00e0 l\u2019appel si parfum\u00e9. Du matin jusqu\u2019au soir, les moutons et le berger cherchaient, l\u2019herbe ou le sommeil. Mais ils se retrouvaient parfois dans une autre qu\u00eate, commune cette fois. Le museau en l\u2019air et le regard dirig\u00e9 vers la cr\u00eate, l\u2019ovin cherchait \u00e0 percevoir l\u2019invisible pr\u00eat \u00e0 y croire au moindre signe. Les yeux port\u00e9s sur la cime des pins, le berger attendait lui aussi un geste du tr\u00e8s-haut. Mais faute de r\u00e9ponses, berger et moutons ont cess\u00e9 de venir. Et la cabane est devenue tas de pierres.<\/p>\n\n\n\n<p>Sous le regard bienveillant d\u2019une lune \u00e9clair\u00e9e, les farfadets s\u2019amusent. L\u2019ombre de la for\u00eat est devenue nuit et embrasse de son empreinte magique toute la colline. Un rayon c\u00e9leste suffit \u00e0 faire sourire l\u2019imposant rocher et les pierres en tas se mettent \u00e0 voler dans les mains d\u2019un esprit jongleur. Le chemin joue au serpent et ondule sur les pentes endormies de la colline illumin\u00e9e. Plus bas, les arbres tiennent concile avant de danser autour de leurs troncs solidement enracin\u00e9s. Ils jouent avec les oiseaux qui volent de branches en branches dans des piaillements rieurs. Sauf le grand duc, trop soucieux pour sourire. Les cistes essaient de nouvelles robes multicolores, taill\u00e9es sur mesure par des fourmis en effervescence. Thym et romarin parlent parfum dans un feu d\u2019artifice de fragrances ensoleill\u00e9es. Pendant que le renard traverse ce tableau poursuivi par des fant\u00f4mes de poules, de lapins, de campagnols et d\u2019\u00e9cureuils.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A l\u2019endroit o\u00f9 la for\u00eat de pins s\u2019\u00e9claircit, sur le flanc de la colline, l\u00e0 o\u00f9 les grands arbres pench\u00e9s deviennent de plus en plus rares et laissent place \u00e0 des buissons de ch\u00eanes kerm\u00e8s et \u00e0 des cistes roses et blancs, le chemin de pierres et de terre devient plus \u00e9troit et plus tortueux. 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