{"id":44049,"date":"2021-08-05T00:36:56","date_gmt":"2021-08-04T22:36:56","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=44049"},"modified":"2021-08-08T17:50:48","modified_gmt":"2021-08-08T15:50:48","slug":"p-7-un-lieu-presque-mythique-en-montagne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/p-7-un-lieu-presque-mythique-en-montagne\/","title":{"rendered":"#P7 Un lieu presque mythique en montagne."},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/imagesVercors.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-44052\" width=\"442\" height=\"294\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p>Sur la route \u00e0 l&rsquo;ouest du Vercors, avant d&rsquo;arriver \u00e0 L&rsquo;Albanc. En voyageant autour, cette route faite si souvent entre Chasselay et Saint-Marcellin pendant quelques kilom\u00e8tres, le long du Vercors ouest, ce n&rsquo;est que falaises, cr\u00e8tes, gorges vues au loin, que l&rsquo;on voit tr\u00e8s bien, mais toujours y plane une angoisse sous-jacente depuis longtemps. Il est impressionnant ce massif appel\u00e9 parfois plateau mais aussi forteresse. Ce n&rsquo;est pas un tableau champ\u00eatre avec tracteurs et menuiseries, que l&rsquo;on voit, certes, mais sans y pr\u00eater d&rsquo;attention. Quand on arrive \u00e0 la faille de Malleval en \u00e9t\u00e9, on ne voit qu&rsquo;elle et les couleurs violettes qui l&rsquo;entourent. La brume est encore l\u00e0, d\u00e8s le matin On ne voit plus ni la route ni la vall\u00e9e si verte et les noyers tr\u00e8s nombreux, Le regard s&rsquo;arr\u00eate sur cette trou\u00e9e au petit matin, large \u00e9chancrure verticale de la montagne, loin pourtant mais telleme attendue, elle attire le regard qui essaye de la retenir encore un peu, puis elle dispara\u00eet au tournant. Non, elle ne dispara\u00eet pas tellement elle s&rsquo;impr\u00e8gne.<\/p>\n\n\n\n<p>Il n&rsquo;y a pas si longtemps, le trajet, le soir d\u00e9j\u00e0 venu, quand le soleil est juste \u00e0 peine au-dessus de l&rsquo;horizon assez haut. Il est vingt heure trente. Un festival de lumi\u00e8res si douces, il faut ralentir pour regarder plus longtemps. La montagne rose et dor\u00e9e contraste avec les pr\u00e9s presque d\u00e9j\u00e0 noirs. C&rsquo;est oblig\u00e9 de la voir tant elle est reposante et pr\u00e9sente cette montagne qu&rsquo;on nomme souvent plateau, pourtant \u00e0 un peu plus de 2000 m\u00e8tres. \u00c0  c\u00f4t\u00e9 de la route on n&rsquo;aper\u00e7oit plus les maisons ni les noyers, rien pour distraire le regard, attirance absolue de cette faille visible encore un peu. Le petit joueur de fl\u00fbte de Hamelin les a entra\u00een\u00e9s dans cette encoche les enfants, mais ce n&rsquo;\u00e9tait pas un petit joueur de pipeau ni ne sont des enfants ceux qui les ont poursuivis. L&rsquo;histoire est dans toutes les m\u00e9moires et jamais ne s&rsquo;efface. La fissure est bien visible dans le versant, bien ouverte o\u00f9 les yeux se perdent dans le Vercors c\u00f4t\u00e9 Is\u00e8re, juste cette \u00e9chancrure qui fait frissonner.<\/p>\n\n\n\n<p>Et en hiver aussi cette route est majestueuse. On ne voit presque plus la fissure, la neige recouvre la noirceur de la faille et on a une impression de planeur, oui le regard plane comme en apesanteur, rien ne distingue plus le pr\u00e9 du versant du massif. Dans les limites du pare-brise, elle ne bougera pas cette image, elle n&rsquo;a jamais boug\u00e9, \u00e9ternellement l\u00e0. La neige est moins abondante qu&rsquo;autrefois, mais quand m\u00eame, \u00e0 ces hauteurs, elle reste longtemps. On ne le voit pas de si loin, mais facilement on imagine le marcheur parti avec ses skis il traversera le massif en quatre jours , marchera jusqu&rsquo;\u00e0 la nuit, il ouvrira sa tente si l\u00e9g\u00e8re qui pourtant le prot\u00e8gera jusqu&rsquo;au matin. Certains s&rsquo;y sont perdus, d&rsquo;autres y sont morts. La bise venue du nord, ce vent froid qui glace, s&rsquo;est lev\u00e9e, mais ne perturbe pas du tout la montagne immobile. Toujours les m\u00eames pr\u00e9s les m\u00eames arbres et le m\u00eame cadre du pare-brise<\/p>\n\n\n\n<p>Une nuit tr\u00e8s claire s&rsquo;est install\u00e9e d\u00e9j\u00e0 lorsque la voiture arrive et ralentit entre Chasselay et Saint-Marcellin. La route est sombre et le pare-brise ne laisse pas voir grand chose, mais la lune est l\u00e0. Il n&rsquo;y a plus de distance ni de profondeur, cette lumi\u00e8re venue d&rsquo;en-haut met tout \u00e0 plat. Plus de couleurs, fondues dans cette lueur blanche de la nuit, myst\u00e8re de ce moment sans aucun bruit, \u00ab\u00a0East of the sun and west of the moon\u00a0\u00bb la ballade jazz de Brooks Bowman parle si bien de cette lumi\u00e8re et du silence de la nuit: <br>\u00ab\u00a0There is music that rescues us all,<br>and light into which we all fade.<br> Life is its own metaphor. Silence speaks for itself.\u00a0\u00bb  Chant\u00e9e et accompagn\u00e9e au piano par Diana Krall la ballade donne exactement les impressions et sentiments de cette nuit sur le Vercors.<\/p>\n\n\n\n<p>Il pleut depuis plusieurs jours, mais rien n&#8217;emp\u00eachera de retrouver cette partie de montagne \u00e0 travers le pare-brise d&rsquo;une voiture. cette vision , juste \u00e0 cet endroit pr\u00e9cis, la faille de Malleval. Elle en para\u00eet encore plus triste. On est dans les ann\u00e9es 1942 \u00e0 1944. Ou on l&rsquo;imagine?  Les allemands sont entr\u00e9s, ont massacr\u00e9 presque tous les maquisards et presque tous les habitants, de l\u00e0 vient cette frayeur que la faille inspire. Depuis ces jours-l\u00e0, nul n&rsquo;ignore. Il y avait dans ces avions et ces armes promises et jamais arriv\u00e9es \u00e0 temps une tristesse insondable et une horreur impossible. Le pare-brise est noy\u00e9 sous des cataractes d&rsquo;eau et enfle cette perception de la trag\u00e9die qui est toujours l\u00e0, en suspens dans cette faille. Il y avait dans cette montagne fissur\u00e9e depuis presque toujours, une telle horreur qui impr\u00e9gnait le paysage entier et qui jamais ne pourrait dispara\u00eetre.<\/p>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-preformatted\"><\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sur la route \u00e0 l&rsquo;ouest du Vercors, avant d&rsquo;arriver \u00e0 L&rsquo;Albanc. En voyageant autour, cette route faite si souvent entre Chasselay et Saint-Marcellin pendant quelques kilom\u00e8tres, le long du Vercors ouest, ce n&rsquo;est que falaises, cr\u00e8tes, gorges vues au loin, que l&rsquo;on voit tr\u00e8s bien, mais toujours y plane une angoisse sous-jacente depuis longtemps. 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