{"id":44084,"date":"2021-08-05T00:12:00","date_gmt":"2021-08-04T22:12:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=44084"},"modified":"2021-08-09T13:06:24","modified_gmt":"2021-08-09T11:06:24","slug":"p6-kafka","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/p6-kafka\/","title":{"rendered":"#P6 Kafka"},"content":{"rendered":"\n<p>Journal \u00e0 rebours<\/p>\n\n\n\n<p>Mardi<\/p>\n\n\n\n<p>Soir\u00e9e avec cette petite femme imp\u00e9rieuse et p\u00e9remptoire. Elle \u00e9voque sa taille et son poids comme des arguments de combat, qui la poussent \u00e0 entrer sans cesse en comp\u00e9tition avec elle m\u00eame, avec plus grand, plus fort, plus jeune qu&rsquo;elle. Ne pas l\u00e2cher, ne rien l\u00e2cher. Avancer encore et encore, quitte \u00e0 avancer seule en ayant \u00e9cart\u00e9 toute g\u00eane, tout intrus. Avoir mal aussi, et pr\u00e9tendre s&rsquo;en moquer. Pousser l&rsquo;\u00e9nergie jusqu&rsquo;\u00e0, un jour, l\u2019\u00e9puisement mais jamais l&rsquo;abandon. Et laisser l&rsquo;autre, les autres, sur le bas-c\u00f4t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Lundi<\/p>\n\n\n\n<p>Elle a un podom\u00e8tre dans son t\u00e9l\u00e9phone moderne. Elle a fait 7500 pas dans ce grand super march\u00e9 du tout en kit&nbsp;; labyrinthe de la tentation et de la consommation, cr\u00e9ateur de besoins inexistants, d\u2019indispensable contestable. Elle pense au labyrinthe v\u00e9g\u00e9tal de Shining, \u00e0 Jack Nicholson, \u00e0 la peur et au sang dans le film, l&rsquo;ascenseur d\u00e9versant ses flots rouges. En rentrant, il lui faudra encore s&rsquo;armer des outils du montage et affronter les modes d&#8217;emploi tout en pictogrammes qu&rsquo;elle d\u00e9teste&nbsp;: elle veut des mots, qu&rsquo;on lui susurre \u00e0 l&rsquo;oreille des indices et suggestions, pas des ordres.<\/p>\n\n\n\n<p>La veille, ses pas l&rsquo;ont emmen\u00e9e sur le plateau calcaire, au dessus de la plaine proche, bouquetins et chamois agiles, la narguant dans les falaises. Beaucoup plus de 7500 pas, beaucoup moins de fatigue&nbsp;: le rythme de sa marche au rythme de sa pens\u00e9e, une chanson ancienne revenant en boucle dans son esprit, refrain vieillot et parfaitement connu. Myst\u00e8res de la m\u00e9moire qui restitue ce qui, croit-on, n&rsquo;a jamais int\u00e9ress\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Dimanche<\/p>\n\n\n\n<p>Table de travail et procrastination. L&rsquo;esprit vagabonde au travers de la fen\u00eatre. On \u00e9carte le rideau pour mieux voir. Il pleut comme en automne, les oiseaux se r\u00e9galent des vers et limaces et jouent de l&rsquo;humidit\u00e9 pour faire leur march\u00e9 dans le jardin. Il y a ce geai qui s&rsquo;enhardit de jour en jour, de plus en plus pr\u00e8s de la maison. Le bleu de ses ailes comme un maquillage, auquel s&rsquo;ajoute du noir \u00e0 l&rsquo;envol. Il est couleur tourterelle pour le reste de son plumage&nbsp;; il go\u00fbte \u00e0 toutes les poires du verger. Il est en passe de devenir le roi du territoire, chassant pies et corneilles \u00e0 grands cris. Son nid sans doute dans ce grand arbre pench\u00e9. Nez en l&rsquo;air et envie d&rsquo;\u00e9crire r\u00e9duite \u00e0 peu de chose.<\/p>\n\n\n\n<p>Samedi<\/p>\n\n\n\n<p>Foule. Confinement relatif, masques de mascarade, couleurs des l\u00e9gumes et des costumes d&rsquo;\u00e9t\u00e9 m\u00eal\u00e9s aux odeurs du march\u00e9. Caqu\u00e8tement des poules vivantes, qu\u2019accompagnent les rires joyeux des voix d&rsquo;enfants. Pas de voitures, \u00e9cho des conversations au c\u0153ur de la place carr\u00e9e, presque close, verres repos\u00e9s bruyamment sur des tables de m\u00e9tal. On ne s&rsquo;entend plus.<\/p>\n\n\n\n<p>Vendredi<\/p>\n\n\n\n<p>Elles sont si jeunes. La joie qu&rsquo;elles offrent au monde, leur beaut\u00e9, leur entente d\u00e9j\u00e0. Tu es toute fi\u00e8re d&rsquo;avoir su cr\u00e9er cela. Leur rencontre, elles te la doivent, te la devront, ou plut\u00f4t, non, leur rencontre est un pr\u00e9sent que tu te fais, un moment que tu cr\u00e9es pour encore un peu voir ce que c&rsquo;est, cette fra\u00eecheur l\u00e0, cette jeunesse. Leur sourire et leur d\u00e9sir de partage&nbsp;; cadeau.<\/p>\n\n\n\n<p>Jeudi.<\/p>\n\n\n\n<p>Une sieste, voil\u00e0 ce qu&rsquo;il lui faut. Pas vraiment dormir, non, mais accueillir l&rsquo;engourdissement comme entrer dans une pi\u00e8ce enti\u00e8rement recouverte d&rsquo;une mousse anti-bruit, anti-ext\u00e9rieur. Elle se souvient d&rsquo;une installation de ce genre \u00e0 Beaubourg. Tout y \u00e9tait assourdi&nbsp;: une pi\u00e8ce doubl\u00e9e de plusieurs couches de ces couvertures marron qu&rsquo;on disait &lsquo;de l&rsquo;arm\u00e9e&rsquo;. Un empaquetage de Christo&nbsp;? Elle ne sait plus, se rappelle juste la sensation \u00e9trange de cet enveloppement feutr\u00e9 o\u00f9 elle s&rsquo;\u00e9tait calmement immerg\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Mercredi.<\/p>\n\n\n\n<p>Il fait un peu chaud. Elle nage dans l&rsquo;eau du lac. Velours sur sa peau. Elle pr\u00e9f\u00e8re l\u00e0 o\u00f9 elle n&rsquo;a pas pied, elle d\u00e9teste soulever la vase du fond, cr\u00e9atures et algues gluantes cach\u00e9es dans la poussi\u00e8re mouvante. Elle flotte&nbsp;; bonne nageuse, elle avance le long de la rive, avec les foulques et les jeunes cygnes, encore un peu beiges. Elle ne d\u00e9range pas.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Journal \u00e0 rebours Mardi Soir\u00e9e avec cette petite femme imp\u00e9rieuse et p\u00e9remptoire. Elle \u00e9voque sa taille et son poids comme des arguments de combat, qui la poussent \u00e0 entrer sans cesse en comp\u00e9tition avec elle m\u00eame, avec plus grand, plus fort, plus jeune qu&rsquo;elle. Ne pas l\u00e2cher, ne rien l\u00e2cher. 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