{"id":44128,"date":"2021-08-05T10:37:51","date_gmt":"2021-08-05T08:37:51","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=44128"},"modified":"2021-08-05T10:37:52","modified_gmt":"2021-08-05T08:37:52","slug":"l6-lattente","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/l6-lattente\/","title":{"rendered":"#L6 L&rsquo;attente"},"content":{"rendered":"\n<h3 class=\"wp-block-heading\">J-1<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il r\u00e9ajuste les jumelles. C\u2019est bien l\u00e0. Il n\u2019y a pas de doute. Une ferme aux volets verts, c\u2019est bien cela, m\u00eame si la peinture d\u00e9fra\u00eechie s&rsquo;effrite et laisse appara\u00eetre du gris sous le vert. La piscine d\u00e9saffect\u00e9e, la fontaine, le hangar, tout est \u00e0 sa place, m\u00eame ce pneu plein de sable avecses vieilles pelles en plastique et ses tamis trou\u00e9s. Ainsi donc, c\u2019est l\u00e0. La fa\u00e7ade se l\u00e9zarde, la peinture craqu\u00e8le, des touffes d\u2019herbe s\u2019insinuent dans les fissures du b\u00e9ton. Comme pr\u00e9vu, il n\u2019y a personne, c\u2019est abandonn\u00e9. C\u2019est un lieu bien triste. Il relit&nbsp;: <em>ferme abandonn\u00e9e, dans la grange. Ne pas \u00eatre vu. <\/em>Vu de qui&nbsp;? Il n\u2019y a personne. Il r\u00e9ajuste les jumelles. Seulement ces moutons. Attendre encore&nbsp;? Il tend l\u2019oreille. Les moutons s\u2019agitent, semble-t-il. Ils courent tous dans la m\u00eame direction. Tous, c\u2019est quatre. Un homme. Il y a un homme pr\u00e8s du pr\u00e9. Les moutons s\u2019agglutinent aupr\u00e8s de lui. Il est sorti d\u2019une camionnette blanche et c\u2019est comme s\u2019il leur parlait, aux moutons. Il a ouvert le coffre. Il est l\u00e0 pour leur donner \u00e0 manger, voil\u00e0 tout, il va s\u2019en aller bient\u00f4t. Bruit de moteur. La camionnette red\u00e9marre. Il faut encore attendre. Toute sa vie se r\u00e9sume \u00e0 cela&nbsp;: attendre. Combien de temps a-t-il attendu avant d\u2019arriver ici&nbsp;? Combien de temps devra-t-il encore attendre&nbsp;? Un rideau semble avoir boug\u00e9 derri\u00e8re une fen\u00eatre. Peut-\u00eatre y a-t-il quelqu\u2019un finalement. Il r\u00e9ajuste les jumelles. Personne. Il aurait aim\u00e9 qu\u2019il y ait quelqu\u2019un. Il est seul. Seul \u00e0 attendre. \u00c0 attendre quoi&nbsp;? \u00c0 attendre qui ? Cette piscine, ce hangar, ce restant de jardin potager envahi par les ronces, ce chemin de cailloux qu\u2019on devine sous les orties, tout cela jadis fut rempli de vie. Il en ressent comme les s\u00e9quelles en lui. Depuis combien de temps est-ce ainsi&nbsp;? Depuis combien de temps ce vide&nbsp;? En lui aussi, un vide. Depuis toujours. Ce rideau, encore. Vouloir croire que quelqu\u2019un. Il r\u00e9ajuste ses jumelles. Des id\u00e9es, des espoirs, des illusions. C\u2019est dans la grange qu\u2019il y a ce qu\u2019il y a. S\u2019approcher&nbsp;? Trop tard. La nuit cache tout. Il n\u2019est pas bon de s\u2019attarder trop.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">J-2<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il a pos\u00e9 la carte sur le petit bureau de bois, a ouvert des tiroirs&nbsp;: la Bible et le code Wifi. De la fen\u00eatre, on voit la gare, une maison ordinaire, un peu d\u00e9labr\u00e9e, un quai qu\u2019on a refait r\u00e9cemment mais o\u00f9 personne n\u2019attend. Un train toutes les demi-heures, \u00e0 vingt-huit et \u00e0 cinquante-huit. Il regarde sa montre&nbsp;: vingt-six. Les barri\u00e8res. Du train nul individu ne descend. Qui peut bien descendre ici&nbsp;? Pour y faire quoi&nbsp;? Lui \u00e9tait descendu, bien s\u00fbr, mais parce qu\u2019il le fallait. Sur le lit, la valise est ferm\u00e9e. Combien de temps restera-t-il dans cette chambre&nbsp;? Faut-il ranger les habits dans l\u2019armoire&nbsp;? Il regarde la carte&nbsp;: trois fermes au lieu indiqu\u00e9, entour\u00e9es au crayon rouge. Bien s\u00fbr, la carte ne mentionne pas la piscine. Le hangar&nbsp;: il y a toujours des hangars \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des fermes. Laquelle est la bonne&nbsp;? La carte n\u2019est pas le territoire&nbsp;: il faudra se rendre sur place, il n\u2019y a pas le choix. C\u2019est pour se rendre sur place qu\u2019il est venu l\u00e0. Il n\u2019y \u00e9chappera pas, pas moyen de se d\u00e9filer, c\u2019est maintenant ou jamais. La valise sur le lit ne bouge pas. C\u2019est cette vieille valise qui l\u2019accompagne \u00e0 chaque fois. Un jour, elle sera trop us\u00e9e, mais pour l\u2019instant, \u00e7a tient le coup. Les yeux fix\u00e9s sur la valise, il pense \u00e0 ces films o\u00f9 comme lui dans des chambres d\u2019h\u00f4tel des types attendent, mais dans leur valise \u00e0 eux, c\u2019est une arme, un fusil de snipper ou une kalachnikov. La sc\u00e8ne suivante, au cin\u00e9ma, ce serait d\u00e9monter l\u2019arme, la nettoyer, la graisser, la remonter, mais il n\u2019a pas d\u2019arme, ce n\u2019est pas n\u00e9cessaire, il est seul et le restera encore longtemps, et de toute fa\u00e7on il ne reste plus personne \u00e0 tuer. La valise est ouverte. Il pend les chemises \u00e0 des cintres, replie les pantalons, pose les chaussettes dans un tiroir, s\u2019installe pour une nuit ou pour une ann\u00e9e. Voil\u00e0. Il est pr\u00eat. Il n\u2019y a plus qu\u2019\u00e0 attendre.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">J-3<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le tarmac. Il a toujours aim\u00e9 ce mot&nbsp;: <em>tarmac<\/em>. <em>Tarmac<\/em>, \u00e7a fait penser \u00e0 <em>hamac<\/em>, c&rsquo;est reposant. Tarmac, c\u2019est l\u2019avion qui se pose, c\u2019est se lever enfin apr\u00e8s dix heures de vol pour sortir de cette bo\u00eete et poser le pied sur la terre ferme. <em>Le plancher des vaches<\/em>, il aime aussi, d\u2019autant plus que des vaches il va en croiser, ici, forc\u00e9ment, des vaches \u00e0 cornes, des vaches \u00e9corn\u00e9es, des vaches noires et blanches, des vaches \u00e0 n\u2019en plus finir, des vaches dans les pr\u00e9s, des vaches sur les p\u00e2turages, des vaches allaitantes, des vaches dans l\u2019assiette aussi, des vaches en steaks ou en tartares, des vaches \u00e0 cuire, des vaches \u00e0 r\u00f4tir, des vaches crues, des vaches partout, des vaches pour s\u2019empiffrer jusqu\u2019\u00e0 en vomir. <em>Bouffer de la vache enrag\u00e9e<\/em>, encore une de ces expressions qui traversent la t\u00eate, mais il n\u2019y a aucune rage en lui et les vaches ici sont paisibles, elles attendent, comme lui. Qu\u2019y a-t-il en lui si ce n\u2019est pas de la rage&nbsp;? Une joie&nbsp;? Oui, la joie du tarmac. Joie momentan\u00e9e alors. Une peur&nbsp;? Aussi. De la joie et de la peur. De la curiosit\u00e9 aussi. Le tarmac, ici, c\u2019est le m\u00eame tarmac que partout, il y a des lignes blanches et des pistes, c\u2019est gris et dessus c\u2019est une foule qui s\u2019agite, mais ce tarmac-ci pourtant c\u2019est autre chose, c\u2019est le dernier tarmac avant. Avant quoi&nbsp;? Il faut r\u00e9cup\u00e9rer la valise et apr\u00e8s c\u2019est parti, le billet de train est pay\u00e9 puis on improvise, voil\u00e0 ce qu\u2019ils ont dit, une fois sur place on fait ce qu\u2019on peut, on demande aux gens, on fouille, on s\u2019arrange pour n\u2019avoir pas fait tous ces kilom\u00e8tres pour rien. Le tarmac est un espace rassurant : c\u2019est plat, c\u2019est droit, tout y est fl\u00e9ch\u00e9, on ne peut pas s\u2019y perdre. Le tarmac, ce n\u2019est pas la vie, ce n\u2019est qu\u2019un lieu de passage, une \u00e9tape, un point minuscule dans la jungle du monde. Il l\u00e8ve les yeux&nbsp;: des montagnes. Bien s\u00fbr des montagnes, il n\u2019y avait m\u00eame pas pens\u00e9. Il y a des montagnes ici, des hauts sommets \u00e9ternellement enneig\u00e9s, des pics, des rochers, des glaciers, des falaises, mais ce n\u2019est pas sur ces montagnes qu\u2019il doit grimper, l\u2019altitude est not\u00e9e sur la carte&nbsp;: <em>cinq-cents m\u00e8tres<\/em>. Presque la plaine. Le tarmac, c\u2019est \u00e0 quelle altitude&nbsp;? Pourquoi se poser une telle question&nbsp;? Le tarmac est un entre-deux. Il existe \u00e0 peine. Il faut partir, prendre le train et oublier le tarmac, parce que le tarmac n\u2019est rien, rien du tout. Il n\u2019y a jamais eu de tarmac.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">J-4<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019eau longue, l\u2019eau \u00e0 perte de vue, l\u2019eau dont on ignore si elle s\u2019arr\u00eate un jour. Il est assis au bord. Ses pieds fr\u00f4lent le flux et le reflux. S\u2019il reste encore un peu, l\u2019eau le touchera, mais il ne restera pas, il sait que cet instant au bord de l\u2019eau n\u2019est qu\u2019un instant, qu\u2019il va falloir qu\u2019il se l\u00e8ve et qu\u2019il abandonne ce quai, ce port, ce monceau d\u2019oc\u00e9an. Son regard se perd dans les flots. L\u2019eau, l\u2019eau infinie entre ici et l\u00e0-bas, l\u2019eau qu\u2019on \u00e9vitera, l\u2019eau calme, l\u2019eau presque absente, presque rien, l\u2019eau transparente. Il l\u00e8ve les yeux : le ciel aussi long que l\u2019eau. S\u2019il se retournait \u2013 mais il ne se retourne pas, il ne veut pas se retourner, ce n\u2019est pas derri\u00e8re qu\u2019il faut regarder, c\u2019est devant \u2013 le ciel, il n\u2019en resterait que des bribes, que des coupons \u00e9parpill\u00e9s, parce que s\u2019il se retournait, ce serait la terre \u2013 le fer, le verre \u2013 qui mangerait le ciel, mais devant, le ciel n\u2019est stri\u00e9 que de lignes blanches. Les avions s\u2019en vont. Les avions ne reviennent pas. Lui ne reviendra pas, il le sait. Il laisse derri\u00e8re lui la ville et il va vers l\u00e0-bas, vers l\u00e0-haut, vers devant, vers derri\u00e8re, il ne sait ni vers o\u00f9 ni vers quoi ni vers qui il va, il va o\u00f9 il va, c\u2019est tout, mais avant d\u2019aller l\u00e0-haut, avant d\u2019aller l\u00e0-bas, avant d\u2019aller il ne sait o\u00f9, il faut quitter l\u2019eau, s\u2019en d\u00e9barrasser pour de bon, se lever et marcher une derni\u00e8re fois vers de la ville. Les flots sont calmes. C\u2019est une eau domestiqu\u00e9e. L\u2019eau sauvage, il ne la verra pas, l\u2019eau sauvage, il bondira au-dessus d\u2019elle, il l\u2019enjambera, il l\u2019oubliera, car c\u2019est le ciel qui compte, et la terre, celle de devant, la terre de l\u00e0-bas, la terre \u2013 mais peut-\u00eatre n\u2019est-ce pas cela, ils l\u2019envoient l\u00e0-bas mais est-ce bien pour cela&nbsp;? \u2013 la terre \u2013 il n\u2019ose prononcer le mot \u2013 la terre natale \u2013 voil\u00e0, c\u2019est l\u00e2ch\u00e9 \u2013 la terre de l\u00e0-bas, peut-\u00eatre, est-ce la terre natale, il ne le sait pas mais il y va. S\u2019ils l\u2019y envoient, c\u2019est que cela doit vouloir dire quelque chose que ce soit pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 cet endroit qu\u2019ils l\u2019envoient, mais l\u2019eau est si longue, l\u2019eau est si haute, c\u2019est un mur, et il le franchira, ce mur, bien s\u00fbr, mais des murs, il y en aura d\u2019autres, il le sait&nbsp;; s\u2019ils l\u2019envoient l\u00e0-bas, s\u2019ils l\u2019envoient l\u00e0-haut, c\u2019est qu\u2019il y a des murs \u00e0 franchir, c\u2019est certain, des murs de pierre, des murs de terre, des montagnes. Derri\u00e8re, ce sont des gratte-ciels, devant, ce seront des montagnes. L\u2019eau n\u2019est rien. L\u2019eau n\u2019est qu\u2019une formalit\u00e9, une flaque \u00e0 franchir, un pas, un seul pas avant de marcher sur une terre nouvelle. Un instant, il h\u00e9site&nbsp;: l\u2019eau, on pourrait s\u2019y jeter, s\u2019y perdre, s\u2019y noyer. L\u2019eau, ce pourrait \u00eatre la r\u00e9ponse. Mais l\u2019eau n\u2019est rien. Des gens viendront, des gens le sauveront et il ne sera plus question d\u2019aller l\u00e0-bas, au pays \u2013 il se fait des id\u00e9es sans doute \u2013 au pays \u2013 rien que ce mot, <em>pays, <\/em>\u00e7a sonne \u00e9trange \u00e0 ses oreilles \u2013 de rentrer \u2013 mais est-ce vraiment un retour&nbsp;? \u2013 au pays natal. Il l\u00e8ve les yeux. D\u2019abord le ciel. Apr\u00e8s, on verra.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">J-5<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La valise est ouverte sur le lit. Qu\u2019y mettre\u00a0? Quelques v\u00eatements, une trousse de toilette, la carte. Non, la carte, il la gardera sur lui. Ce lit, son lit. Une seule femme, une seule nuit, dans ce lit. Sinon il y a \u00e9t\u00e9 seul. Cette nuit avec cette femme, une nuit parmi tant d\u2019autres, nuits d\u2019insomnies, nuits de cauchemars et cette femme, sa seule, une seule nuit. Il essaie de se souvenir de son dernier r\u00eave dans ce lit, c\u2019\u00e9tait il y a \u00e0 peine quelques minutes\u00a0: un singe est perch\u00e9 sur son \u00e9paule et une autre b\u00eate se glisse sur sa poitrine, une sorte de ver qui avance vers son cou, se rapproche de son visage et soudain c\u2019est autre chose, il est dans un magasin de chaussures et cela coute cinq-mille dollars, pourquoi cela co\u00fbte-t-il si cher\u00a0? Dans la valise, il n\u2019y a pas de chaussures, est-ce qu\u2019il faut en ajouter une paire, les vieilles\u00a0? Les neuves, il les mettra aux pieds. Le lit encore, comme un appel. Se recoucher\u00a0? Dormir un peu\u00a0? Il est en avance. Rappeler cette femme\u00a0? Il n\u2019a pas son num\u00e9ro. Le nom\u00a0se terminait en <em>a<\/em>. Sonia, Sofia, Lisa, il ne sait plus. Une brune. Mignonne. Mais il manque quelque chose dans cette valise, il en est s\u00fbr, il manque toujours quelque chose dans les valises, quelque chose d\u2019important, quelque chose d\u2019essentiel, quelque chose sans quoi il sera perdu, mais quoi\u00a0? Le lit est d\u00e9fait\u00a0: Sonia \u2013 il croit se souvenir que c\u2019\u00e9tait Sonia \u2013 \u00e9tait partie au matin, elle avait dit merci, rien de plus, \u00e7a avait \u00e9t\u00e9 bien mais \u00e0 quoi bon\u00a0? Penser \u00e0 cette fille ne servait \u00e0 rien. Des yeux clairs. Penser qu\u2019elle avait \u00e9t\u00e9 la seule dans ce lit, une seule nuit, \u00e7a non plus, \u00e7a ne servait \u00e0 rien. Deux seins ronds, deux petites pommes. Il manque quoi dans cette valise\u00a0? Des v\u00eatements, des sous-v\u00eatements, des couches pour le froid, pour la pluie, pour le vent, une brosse \u00e0 dents, un livre \u00e0 lire pendant le voyage \u2013 un polar \u2013 des adaptateurs pour les prises et le carnet de notes\u00a0; tout y est, il n\u2019y a pas besoin de plus. Le lit\u00a0: Sonia, comment s\u2019\u00e9tait-elle retrouv\u00e9e l\u00e0\u00a0? Des jambes muscl\u00e9es, fines, bronz\u00e9es. Il vaut mieux s\u2019arr\u00eater l\u00e0. La valise est pr\u00eate, Sonia n\u2019existe pas, il ne reste plus qu\u2019\u00e0 faire le lit et \u00e0 partir. Il est temps.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">J-6<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La porte est referm\u00e9e. Le voil\u00e0 seul. Ils ne peuvent plus rien pour lui, ils l\u2019ont dit, c\u2019est \u00e0 toi de jouer maintenant, ne nous d\u00e9\u00e7ois pas. Jouer d\u2019accord, mais \u00e0 quel jeu ? La porte est en bois massif. De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, ils doivent encore parler, ils doivent se demander s\u2019ils ont fait le bon choix en l\u2019envoyant lui et pas un autre, ils doivent penser comme lui, que \u00e7a passe ou \u00e7a casse, on verra bien. Pour lui, il n\u2019y a plus qu\u2019\u00e0. La porte. Pourquoi s\u2019acharne-t-il \u00e0 observer cette porte\u00a0? Bois massif, poign\u00e9e ordinaire, ferm\u00e9e. Attendre qu\u2019elle s\u2019ouvre \u00e0 nouveau\u00a0? Ils en ont encore pour des heures, il y a d\u2019autres affaires \u00e0 traiter, des affaires autrement plus importantes que la sienne, des affaires s\u00e9rieuses. Il est seul de ce c\u00f4t\u00e9 de la porte. Les autres n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 convoqu\u00e9s. C\u2019\u00e9tait lui qu\u2019ils voulaient, ils savent que seul lui est capable de leur donner satisfaction, que lui seul trouvera \u2013 mais ce sera dur, tr\u00e8s dur \u2013 la force d\u2019accomplir cette mission jusqu\u2019au bout. Seul lui peut faire cela, il le sait, il le sent, m\u00eame si <em>faire cela <\/em>ne veut rien dire. Ni lui ni eux ne savent de quoi il en retourne. Il regarde ce qu\u2019il a dans ses mains\u00a0: une carte, un lieu, une phrase. La porte est ferm\u00e9e mais d\u2019autres portes restent \u00e0 ouvrir, tr\u00e8s loin. Combien\u00a0? Il faut partir au plus vite, sinon c\u2019est foutu, mais il reste bloqu\u00e9 derri\u00e8re \u2013 ou est-ce devant\u00a0? \u2013 cette porte de bois massif, cette porte quelconque qu\u2019il ne reverra pas, parce que s\u2019il va l\u00e0-bas, ce qui est certain, c\u2019est qu\u2019il ne reviendra pas, m\u00eame eux il ne les reverra pas, m\u00eame eux d\u00e8s demain ils ne compteront plus. Il sera seul. Il l\u2019est d\u00e9j\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">J-7<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comme \u00e0 chaque fois, il sent monter un frisson. Peut-\u00eatre cette fois. Peut-\u00eatre enfin. Il conna\u00eet le liser\u00e9 sur l\u2019enveloppe. Elle est pos\u00e9e sur la table. Il n\u2019ose pas l\u2019ouvrir. Il le faudra pourtant. Il essaie de deviner\u00a0: <em>N\u00e9cessitons vos services. Jeudi 24, 8h30 o\u00f9 vous savez. <\/em>Efficacit\u00e9 avant tout. Ne pas attendre des discours solennels. Ils appellent, on vient, c\u2019est tout. Ils n\u2019appellent pas, on ne vient pas. Depuis combien de temps n\u2019ont-ils pas appel\u00e9\u00a0? Il s\u2019\u00e9tait demand\u00e9, cette nuit-l\u00e0, si cette fille, ce n\u2019\u00e9tait pas eux, mais pourquoi auraient-ils fait cela\u00a0? Ce n\u2019est pas dans leurs habitudes, ce ne sont ni des espions ni des voyous, ils n\u2019emploient pas ce genre de m\u00e9thode, du moins est-ce l\u2019impression qu\u2019ils donnent, alors pourquoi tant de r\u00e9ticence \u00e0 ouvrir cette enveloppe\u00a0? Il a le coupe-papier dans la main. Il est pr\u00eat. Il n\u2019y arrive pas. Le liser\u00e9 est bleu, pas moyen de confondre. Une petite enveloppe avec son adresse d\u2019ici \u00e9crite \u00e0 la main. Il ne reste plus qu\u2019\u00e0 l\u2019ouvrir et \u00e0 lire.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>J-1 Il r\u00e9ajuste les jumelles. C\u2019est bien l\u00e0. Il n\u2019y a pas de doute. Une ferme aux volets verts, c\u2019est bien cela, m\u00eame si la peinture d\u00e9fra\u00eechie s&rsquo;effrite et laisse appara\u00eetre du gris sous le vert. La piscine d\u00e9saffect\u00e9e, la fontaine, le hangar, tout est \u00e0 sa place, m\u00eame ce pneu plein de sable avecses vieilles pelles en plastique et <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/l6-lattente\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#L6 L&rsquo;attente<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":97,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[2071,2069,2523],"tags":[1839,885,714,2655,1712],"class_list":["post-44128","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ete-2021-les-cycles","category-2021-faire-un-livre","category-livre-6","tag-attendre","tag-eau","tag-porte","tag-tarmac","tag-valise"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/44128","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/97"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=44128"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/44128\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=44128"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=44128"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=44128"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}