{"id":44167,"date":"2021-08-05T10:17:13","date_gmt":"2021-08-05T08:17:13","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=44167"},"modified":"2021-08-07T19:07:03","modified_gmt":"2021-08-07T17:07:03","slug":"l-6-dans-le-dedale-de-tete","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/l-6-dans-le-dedale-de-tete\/","title":{"rendered":"#L6 Dans le d\u00e9dale de t\u00eate*"},"content":{"rendered":"\n<p>Le regard au bord du sol, la t\u00eate loin de la main et de ses soubresauts d\u2019\u00e9criture, le bruit continu des moteurs de v\u00e9hicules en bas de la colline cr\u00e9ant un tapis sonore des plus obs\u00e9dants, agr\u00e9ment\u00e9 du klaxon d\u2019un train perforant l\u2019air avant de p\u00e9n\u00e9trer dans le tunnel, saupoudr\u00e9 du rebondissement r\u00e9gulier d\u2019un ballon contre le mur de la maison d\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9, sans oublier les sonneries de t\u00e9l\u00e9phone auxquelles elle ne r\u00e9pond plus, elle r\u00e9alise que ce n\u2019est plus possible de continuer ainsi. Tout cela non seulement s\u2019entend mais s\u2019impr\u00e8gne entre ses tempes avec violence, et les heures continuent de passer alors m\u00eame que dans la t\u00eate tout se ralentit ou s\u2019\u00e9puise. Elle pourrait continuer \u00e0 stagner et laisser le temps agoniser entre les pages d\u2019un livre qui se tournent et d\u00e9tournent des pens\u00e9es sauvages. Ne plus plier au temps qui passe et \u00e9loigner le pass\u00e9 d\u2019un revers de volet. Elle sent bien qu\u2019elle est au milieu de sa vie et que le mal \u00eatre ressenti n\u2019est plus supportable.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle referme toutes les fen\u00eatres ouvertes, ne laissant que la porte de son bureau b\u00e9ante aux souvenirs.. Elle voudrait entendre le silence tomber d\u2019entre ses mains. Et se mettre \u00e0 creuser, seule, les bouts de nuit qui vont commencer \u00e0 se tendre. Des brass\u00e9es de haillons sombres \u00e0 d\u00e9pecer entre ses doigts. Des mots rouill\u00e9s alors pourraient se d\u00e9verser dans un silence bless\u00e9. Mais le miroir du couloir se met \u00e0 murmurer des histoires d\u2019autrefois ou de pass\u00e9 mal dig\u00e9r\u00e9, ou d\u2019avenir compromis. Les rides creusent leurs failles, des morceaux d\u2019ombre s\u2019infiltrent, et soudain rien n\u2019est plus possible. Levant la t\u00eate, elle voit qu\u2019il reste encore un peu de jour sur la cime des arbres qui surplombent sa maison, l\u2019ultime caresse de lumi\u00e8re avant la nuit noire. Elle sait qu\u2019il lui faut prendre une d\u00e9cision et ne plus subir ce t\u00eate \u00e0 t\u00eate avec le miroir et tous les fant\u00f4mes qui le d\u00e9vorent. Elle aime la solitude, elle la recherche, mais l\u00e0, tout devient trop difficile, elle a besoin d\u2019autre chose, de se confronter \u00e0 du neuf afin de ne pas succomber encore et encore au bruissement des ombres. Prisonni\u00e8re entre les ar\u00eates d\u2019une maison o\u00f9 elle a choisi de vivre, elle n\u2019en finit pas d\u2019enfiler toujours les m\u00eames perles de mots dans la cha\u00eene des jours, et d\u2019\u00e9crire les m\u00eames po\u00e8mes de pacotille qui tombent froids sur son carnet. Certes elle est seule, mais avec tant de souvenirs et de fant\u00f4mes, que cela bruisse un peu trop, cela r\u00e9sonne et obs\u00e8de, cela obstrue et anesth\u00e9sie. S\u2019\u00e9carter des bords de l\u2019ab\u00eeme o\u00f9 elle se sent happ\u00e9e, tourner le dos \u00e0 cet enclos dont elle a \u00e9rig\u00e9 les murs, d\u00e9nicher un vrai lieu de solitude\u2026f\u00e9conde. S\u2019en remettre au hasard ou \u00e0 cette sorte de divination des anciens qui ouvraient un livre ( la Bible peut-\u00eatre), se penchaient sur quelques lignes sens\u00e9es leur d\u00e9livrer un message auquel se confronter, nourrir une r\u00e9flexion, ajuster les d\u00e9cisions \u00e0 prendre&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Dans un \u00e9lan sans h\u00e2te, sa main se dirige vers l\u2019\u00e9tag\u00e8re des livres de po\u00e9sie ou de fragments de prose o\u00f9 va son attachement. La main caresse les solitudes des mots. Elle retire ainsi une dizaine d\u2019ouvrages dont elle ne sait plus vraiment ce qu\u2019ils peuvent contenir&nbsp;; elle sait juste qu\u2019elle les a probablement lus un jour, qu\u2019elle les a appr\u00e9ci\u00e9s puisqu\u2019ils se sont ins\u00e9r\u00e9s sur les rayonnages et n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9s dans quelque bo\u00eete \u00e0 livres. Prendre le large entre leurs lignes. S\u2019\u00e9loigner de cette solitude lourde pour en trouver une autre plus f\u00e9conde. Les yeux clos, elle m\u00e9lange les ouvrages et en prend un dans le hasard de ses doigts. Elle feuillette, lit les premi\u00e8res lignes, saute quelques pages, se demande si elle a vraiment lu ce livre car les souvenirs n\u2019\u00e9mergent pas\u2026&nbsp;: d\u2019autres de cet auteur oui, pais pas celui-ci. Le titre lui pla\u00eet et convient tout \u00e0 fait \u00e0 ce qu\u2019elle cherche. La nuit et ses incertitudes ont enrob\u00e9 le dehors Il lui semble qu\u2019elle peut enfin repousser l\u2019horizon. Elle contemple quelques lambeaux de ciel avant de s\u2019endormir. Un r\u00eave \u00e9mergera au petit matin, celui d\u2019une for\u00eat avec des petits personnages et d\u2019autres gigantesques, un homme dans une houppelande et des \u00e9toiles, tant d\u2019\u00e9toiles dans le ciel. Mais c\u2019est un r\u00eave d\u2019enfant, songe-t-elle en souriant.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors elle se sent pr\u00eate.<\/p>\n\n\n\n<p>(*expression emprunt\u00e9e \u00e0 Antoine Emaz)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le regard au bord du sol, la t\u00eate loin de la main et de ses soubresauts d\u2019\u00e9criture, le bruit continu des moteurs de v\u00e9hicules en bas de la colline cr\u00e9ant un tapis sonore des plus obs\u00e9dants, agr\u00e9ment\u00e9 du klaxon d\u2019un train perforant l\u2019air avant de p\u00e9n\u00e9trer dans le tunnel, saupoudr\u00e9 du rebondissement r\u00e9gulier d\u2019un ballon contre le mur de la <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/l-6-dans-le-dedale-de-tete\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#L6 Dans le d\u00e9dale de t\u00eate*<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":75,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[2071,2069,2523],"tags":[],"class_list":["post-44167","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ete-2021-les-cycles","category-2021-faire-un-livre","category-livre-6"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/44167","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/75"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=44167"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/44167\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=44167"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=44167"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=44167"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}