{"id":44207,"date":"2021-08-05T12:45:53","date_gmt":"2021-08-05T10:45:53","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=44207"},"modified":"2021-08-09T13:02:54","modified_gmt":"2021-08-09T11:02:54","slug":"l7-16-notes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/l7-16-notes\/","title":{"rendered":"#L7 | 16 notes"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"683\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/annie-spratt-unsplash-3-683x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-44223\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/annie-spratt-unsplash-3-683x1024.jpg 683w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/annie-spratt-unsplash-3-280x420.jpg 280w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/annie-spratt-unsplash-3-768x1152.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/annie-spratt-unsplash-3-1024x1536.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/annie-spratt-unsplash-3-1365x2048.jpg 1365w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/annie-spratt-unsplash-3-scaled.jpg 1707w\" sizes=\"auto, (max-width: 683px) 100vw, 683px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\"><em>travail en cours... espaces pleinement ouverts<\/em><\/pre>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size wp-block-paragraph\">1- L\u2019id\u00e9e de quelqu\u2019un qui arrive quelque part m\u2019a rapproch\u00e9e d\u2019un livre retrouv\u00e9 et relu peu de temps avant, <em>Le P\u00e8lerin<\/em> de Fernando Pessoa, un conte initiatique \u00e9crit en 1917. Plus que la nature du r\u00e9cit lui-m\u00eame, c\u2019est la puret\u00e9 de sa langue qui m\u2019est revenue en m\u00e9moire. <em>Longtemps j\u2019ai suivi la route, m\u2019enfon\u00e7ant toujours davantage \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du pays. De ce qui s\u2019est pass\u00e9 au cours du voyage il n\u2019y a rien \u00e0 rapporter parce qu\u2019il ne m\u2019est rien arriv\u00e9 d\u2019autre que ce qui arrive \u00e0 tous les voyageurs, quand ils n\u2019ont rien de plus \u00e0 raconter que la joie du parcours \u00e0 certains moments et leur fatigue heureuse \u00e0 l\u2019heure de s\u2019endormir, le soir, dans les auberges, contents de l\u2019\u00e9tape du jour.<\/em> C\u2019est dans ce fil que mon voyageur s\u2019est gliss\u00e9 et que l\u2019\u00e9criture a pris racine. Mon voyageur n\u2019a pas de visage. J\u2019\u00e9cris qu\u2019il marche depuis longtemps, qu\u2019il progresse \u00e0 l\u2019instinct, qu\u2019il suit la frange \u00e9cumante de la mer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size wp-block-paragraph\">2- Quelques d\u00e9cisions \u00e0 prendre pour faire progresser le travail. Ville ou campagne \/ Silence ou tumulte. Faut-il donner un nom&nbsp;\u00e0 ce quelqu\u2019un&nbsp;? \u00e7a me semble trop t\u00f4t mais la question reste en suspens.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size wp-block-paragraph\">3- Pourquoi cet homme est-il parti de chez lui&nbsp;? Je n\u2019en sais rien et je ne suis pas certaine de vouloir le d\u00e9finir plus pr\u00e9cis\u00e9ment. J\u2019envisage plusieurs hypoth\u00e8ses&nbsp;: il souhaite franchir la fronti\u00e8re pour \u00e9chapper \u00e0 une dictature \/ il a commis un acte grave et il pourrait bien \u00eatre poursuivi \/ il est attentif \u00e0 toutes les formes du vivant et il envisage ce pays comme une terre d\u2019exploration \/ il a tout abandonn\u00e9 dans le d\u00e9sir d\u2019une autre vie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size wp-block-paragraph\">4- Raconter \u00e0 travers des voix diverses avec ce qu\u2019elles peuvent comprendre de leur pr\u00e9sent, utiliser la diffraction et la juxtaposition pour restituer une sorte de r\u00e9el, celui du livre, m\u2019excite et me motive. La musique du groupe de mots \u00ab&nbsp;\u00eelots de voix&nbsp;\u00bb me guide. Je ne me souviens plus du moment o\u00f9 s\u2019est dessin\u00e9 la silhouette du tailleur de pierre. Il s\u2019est impos\u00e9 dans toute sa carrure. D\u2019un coup il \u00e9tait l\u00e0 devant moi, je l\u2019avais d\u00e9j\u00e0 vu. Caract\u00e8re simple, enclin \u00e0 partager son casse-cro\u00fbte.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size wp-block-paragraph\">5- La proposition m\u2019entra\u00eene \u00e0 rechercher dans mon petit rayon de litt\u00e9rature am\u00e9ricaine les livres que je poss\u00e8de de William Faulkner. Retrouver l\u2019univers et l\u2019\u00e9criture de Faulkner, un beau projet pour la journ\u00e9e. Je cherche <em>Tandis que j\u2019agonise<\/em>, ne le trouve pas. Je m\u2019agite, cherche encore. Une \u00e9vidence, il n\u2019est pas l\u00e0. \u00c0 qui ai-je bien pu le pr\u00eater&nbsp;? J\u2019aurais pourtant aim\u00e9 relire le monologue de Vardaman avant de mettre \u00e0 \u00e9crire. Sans plus r\u00e9fl\u00e9chir j\u2019\u00e9bauche la petiote \u00e0 la dent cass\u00e9e. Comme une \u00e9vidence, quelque chose d\u2019in\u00e9vitable. Je ne la vois pas distinctement mais elle aura un r\u00f4le majeur, je le pressens.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size wp-block-paragraph\">6- Je n\u2019\u00e9chappe pas aux figures de mon enfance quand j\u2019\u00e9cris &#8212; j\u2019imagine que c\u2019est le cas pour tout le monde. Tant de nuances, d\u2019\u00e9pisodes cumul\u00e9s, parfois confondus. Des vides aussi, des cavit\u00e9s sid\u00e9rales dans le parcours comme des parties plus molles qui auraient \u00e9t\u00e9 \u00e9vid\u00e9es dans le rocher par l\u2019\u00e9rosion. Les images conserv\u00e9es de ma s\u0153ur a\u00een\u00e9e me poursuivent. Elle \u00e9tait diff\u00e9rente des autres enfants de notre village \u00e0 cause d\u2019une anomalie g\u00e9n\u00e9tique qui lui faisait d\u00e9velopper d\u2019autres sens, d\u2019autres espaces, si bien qu\u2019elle avait la capacit\u00e9 de toucher les gens dans des endroits qu\u2019ils ne connaissaient pas d\u2019eux-m\u00eames. Du coup on l\u2019aimait, elle&nbsp; touchait \u00e0 c\u0153ur et savait attirer les plus r\u00e9ticents. Je b\u00e9n\u00e9ficiais d\u2019une place privil\u00e9gi\u00e9e aupr\u00e8s d\u2019elle car d\u00e9barqu\u00e9e dans sa vie autour de ses six ans, et elle aimait me tenir sur ses genoux, elle caressait mon visage avec une douceur que je n\u2019ai pas oubli\u00e9e. Elle avait vite compris mes capacit\u00e9s \u00e0 toutes les formes d\u2019apprentissage mais n\u2019en avait d\u00e9velopp\u00e9 aucune jalousie, plut\u00f4t une sorte d\u2019admiration, d\u2019amour brut et inconditionnel pour cette cr\u00e9ature minuscule que j\u2019\u00e9tais, venue bousculer son monde. Son affection est inscrite dans chaque particule de mon corps physique. La petiote \u00e0 la dent cass\u00e9e en est l\u2019incarnation. Je voyage, j\u2019\u00e9cris avec mes morts.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size wp-block-paragraph\">7- Pas du tout pr\u00e9vu cette irruption de pr\u00e9sences animales. Plus on s\u2019enfonce dans le pays <em>pauvre<\/em>, plus le sauvage prend le dessus. Autant l\u2019animal que le v\u00e9g\u00e9tal. Je caresse l\u2019encolure de la jument, lisse la t\u00eate de la renarde rouge, observe le vol des grands oiseaux de mer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size wp-block-paragraph\">8- Le <em>pays pauvre<\/em>, une expression que j\u2019ai utilis\u00e9e en \u00e9voquant le peu de livres dont je disposais \u00e0 la maison quand j\u2019\u00e9tais enfant. En mon petit bourg au bord de l\u2019oc\u00e9an, la vie \u00e9tait simple et rustique et il n\u2019y avait pas d\u2019argent \u00e0 d\u00e9penser pour l\u2019inutile. Mon p\u00e8re construisait une maison avec ses mains et son courage, une maison toujours debout aujourd\u2019hui avec son potager et ses espaces fleuris. Je lui ai souvent rendu hommage pour cette abn\u00e9gation qui le faisait avancer, sorte de contrepoids \u00e0 sa frustration et \u00e0 son incapacit\u00e9 au bonheur. Le langage aussi \u00e9tait <em>pauvre<\/em>, je veux dire r\u00e9duit et inject\u00e9 de patois. On n\u2019usait pas du subjonctif. La parole n\u2019\u00e9tait pas un mode privil\u00e9gi\u00e9 d\u2019expression et les \u00e9motions \u00e9taient cach\u00e9es. Peu d\u2019\u00e9changes en fin de compte. Tout d\u00e9velopp\u00e9 \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur. Pauvre au dehors, riche au-dedans. Et la splendeur du monde, mer et campagne, sublim\u00e9e par la rage engendr\u00e9e par ce contraste.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size wp-block-paragraph\">9- Peu de temps pour lire sinon les textes rattach\u00e9s \u00e0 l\u2019atelier. \u00c0 chaque fois des g\u00e9ants: Faulkner, Kafka, Simon. Je lis et relis. De nouveaux univers se d\u00e9ploient.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size wp-block-paragraph\">10- Je r\u00e9alise qu\u2019\u00e0 chaque fois que je tape sur le clavier le mot renarde, c\u2019est \u00ab&nbsp;renaude&nbsp;\u00bb qui s\u2019inscrit &#8212; mon patronyme. Je d\u00e9niche des synonymes du verbe renauder&nbsp;: r\u00e2ler rouscailler rousp\u00e9ter. <em>Parler renaud<\/em> voudrait dire nasiller, parler renard. Fin XIXe, <em>chercher du renaud<\/em> \u00e0 quelqu\u2019un signifiait chercher querelle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size wp-block-paragraph\">11- La couleur de son poil de renarde m\u2019interpelle, je la dis rouge &#8212; en \u00e9cho avec le roux de mon cheveu.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size wp-block-paragraph\">12- Pourquoi ai-je choisi de d\u00e9velopper mon histoire dans un pays de landes&nbsp;? Je pourrais dire que je n\u2019ai pas choisi, le paysage a rempli naturellement mes yeux. La c\u00f4te o\u00f9 je suis n\u00e9e est une terre pauvre de cette nature. La lande littorale est un \u00e9cosyst\u00e8me soumis \u00e0 de fortes contraintes climatiques, vent, froid, salinit\u00e9. Elle est douce sous le pied, enveloppe le sol comme un v\u00eatement \u00e9pais et dissimule ses asp\u00e9rit\u00e9s. J\u2019\u00e9tablis une liste des esp\u00e8ces botaniques qui l\u2019habite&nbsp;: gen\u00eat \u00e0 balais \/ bruy\u00e8re cendr\u00e9e, vagabonde ou callune&nbsp;\/ ajonc nain \/ canche flexueuse \/ ronce \/ \u00e9glantier, aub\u00e9pine \/ pin sylvestre, sorbier des oiseleurs. L\u2019appellatif de lieu <em>land <\/em>ou<em> lan <\/em>ou<em> land <\/em>remonterait au vieux saxon ou au vieux francique. Encore une piste \u00e0 creuser.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size wp-block-paragraph\">13- Je me m\u00e9nage toujours un temps privil\u00e9gi\u00e9 pour \u00e9couter la vid\u00e9o de la nouvelle proposition d\u2019atelier, un temps calme et attentif. Tout en \u00e9coutant la voix de FB, je prends des notes et essaie d\u2019int\u00e9grer rapidement ce dont il est question. Je nomme avec soin mon fichier pour ne pas me perdre au fil des semaines et je t\u00e9l\u00e9charge les textes aff\u00e9rents. Je laisse un jour passer et j\u2019y reviens. C\u2019est presque toujours le matin au r\u00e9veil avec l\u2019ordi sur mes genoux, un moment que j\u2019essaie de pr\u00e9server de toutes les influences ext\u00e9rieures (pas forc\u00e9ment commode). Au fil de l\u2019\u00e9criture, il m\u2019arrive de regarder une photographie de paysage d\u2019Irlande ou d\u2019\u00c9cosse. Selon le sujet, je n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 rassembler des \u00e9l\u00e9ments pioch\u00e9s \u00e0 droite \u00e0 gauche, documents et images, m\u00eame si je ne m\u2019en sers pas directement, histoire d\u2019\u00e9largir le champ.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size wp-block-paragraph\">14- \u00c9tablir un lien entre mes personnages surgis de nulle part \u2013 ou plut\u00f4t de mes univers secrets &#8212; m\u2019a pr\u00e9occup\u00e9e. D\u2019o\u00f9 ce besoin de rattacher rapidement le voyageur solitaire (son nom ne sera sans doute jamais r\u00e9v\u00e9l\u00e9) au pays qu\u2019il traverse. D\u2019abord il rencontre le vieil homme sur sa mule, \u00e7a creuse le sillon, \u00e7a interroge. Ensuite c\u2019est le tailleur de pierre qui va le fixer dans le livre, l\u2019enraciner. L\u2019apprenti-carrier s\u2019est invent\u00e9 tout seul, il travaille dans l\u2019atelier, docile et concentr\u00e9. Il devient le grand fr\u00e8re de la petiote, ce que je n\u2019avais pas pr\u00e9vu. Je prends conscience que j\u2019ai plut\u00f4t b\u00e2ti un monde d\u2019hommes, de hommes robustes experts dans l\u2019extraction et le travail de la pierre, le f\u00e9minin incarn\u00e9 par la petite fille et la renarde rouge.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size wp-block-paragraph\">15- Je n\u2019ai pas encore \u00e9voqu\u00e9 la carri\u00e8re. La carri\u00e8re est l\u2019espace privil\u00e9gi\u00e9 de l\u2019\u00e9criture, l\u2019acc\u00e8s au monde profond d\u00e9velopp\u00e9 sous l\u2019humus, aux abysses de la terre. Aussi tout ce qui affleure, tout ce qui est dur et lourd, tout ce qui percute et traverse le temps. La carri\u00e8re est le point br\u00fblant, le point saillant de ce travail. Il faudra que je lui consacre plusieurs pages.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size wp-block-paragraph\">16- Ce livre, s\u2019il existe un jour, sera un livre qui parlera de ce qui a compos\u00e9 mes premi\u00e8res ann\u00e9es, le paysage de lande, la temp\u00eate qui fait rage l\u2019hiver et effraie, les falaises \u00e0 l\u2019abrupt dangereux, la rumeur de la mer, la pr\u00e9sence des oiseaux en multitude, les trous des lapins de garenne. Ce livre parlera des \u00e9motions qui traversaient ma vie d\u2019enfant, la solitude, la vie familiale \u00e9triqu\u00e9e, le d\u00e9sir de voyage. Il parlera de l\u2019\u00e9criture, de ce travail entrepris dans le silence, de l\u2019\u00e9tat mental et de la rigueur n\u00e9cessaire \u00e0 cet exercice.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>travail en cours&#8230; espaces pleinement ouverts 1- L\u2019id\u00e9e de quelqu\u2019un qui arrive quelque part m\u2019a rapproch\u00e9e d\u2019un livre retrouv\u00e9 et relu peu de temps avant, Le P\u00e8lerin de Fernando Pessoa, un conte initiatique \u00e9crit en 1917. Plus que la nature du r\u00e9cit lui-m\u00eame, c\u2019est la puret\u00e9 de sa langue qui m\u2019est revenue en m\u00e9moire. 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