{"id":44233,"date":"2021-08-05T15:28:02","date_gmt":"2021-08-05T13:28:02","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=44233"},"modified":"2023-05-22T22:42:15","modified_gmt":"2023-05-22T20:42:15","slug":"p7-leau-lair-le-feu-la-terre-et-une-fenetre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/p7-leau-lair-le-feu-la-terre-et-une-fenetre\/","title":{"rendered":"#P7 | l&rsquo;eau, l&rsquo;air, le feu, la terre et une fen\u00eatre"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"768\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/IMG_8938-1024x768.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-44234\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/IMG_8938-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/IMG_8938-420x315.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/IMG_8938-768x576.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/IMG_8938-1536x1152.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/IMG_8938-2048x1536.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Lisa Diez, Marseille, 2021<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Rare journ\u00e9e de pluie sur l\u2019\u00e9chancrure \u2014 le port industriel, l\u2019autoroute, la mer, les ferries, les collines, tout dispara\u00eet. Aujourd\u2019hui le vent peine \u00e0 s\u2019infiltrer entre les gouttes. La tour de Jean Nouvel et sa compagne \u2014 deux fant\u00f4mes qui soupirent \u2014 seront bient\u00f4t aval\u00e9es par la poussi\u00e8re de l\u2019eau. Les yeux de la Friche fixent droit devant, plus pour longtemps. Ils s\u2019effacent en sanglotant derri\u00e8re la police m\u00e9dico-l\u00e9gale imbib\u00e9e. Les voitures font des bruits de flaques, tout est blafard, pr\u00eat \u00e0 accueillir un nouveau dessin, aquarelle grise et beige o\u00f9 quelques oiseaux noirs se risquent \u00e0 la nettet\u00e9 avant de s\u2019enfoncer dans la brume dansante, soyeuse, qui couvre d\u00e9couvre le b\u00e9ton et l\u2019acier.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La fa\u00e7ade de la police scientifique occupe un bon tiers du rectangle. En transformant ce dernier bastion des Th\u00e9s El\u00e9phant en bunker, les flics ont pr\u00e9serv\u00e9 le slogan \u00ab&nbsp;force et bont\u00e9&nbsp;\u00bb, immense inscription flout\u00e9e par la paroi en Plexiglas \u2014 aucune pancarte n&rsquo;explique l\u2019histoire de ce b\u00e2timent, on pourrait donc croire qu\u2019il s\u2019agit de la devise des forces de l\u2019ordre marseillaises. Sur le toit, quatre cam\u00e9ras filment un gabian qui vient de d\u00e9poser sa proie, poilue, petite, une souris sans doute. Les agents de s\u00e9curit\u00e9 observent le carnage sur leurs \u00e9crans et devinent peut-\u00eatre en second plan, derri\u00e8re une grande fen\u00eatre, la silhouette immobile qui les imagine. Le volatile est \u00e9galement surveill\u00e9 par un cong\u00e9n\u00e8re qui lui-m\u00eame \u00e9carte les trois ou quatre charognards all\u00e9ch\u00e9s, formant au dessus d\u2019eux des cercles mena\u00e7ants. Un train d\u00e9c\u00e9l\u00e8re vers la gare dans un tintement d\u2019acier qui ne perturbe personne.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La lumi\u00e8re a emport\u00e9 avec elle l\u2019horizon, les franges et les volumes. Tout est \u00e0 deviner. La nappe de lueurs s\u2019\u00e9teint aux pieds des collines et \u00e0 la lisi\u00e8re de la mer o\u00f9 s\u2019\u00e9loigne un ferrie. Il est tard d\u00e9j\u00e0, quelques voitures klaxonnent, d\u2019autres hurlent des raps vocod\u00e9s qui s\u2019\u00e9vaporent vers le centre. Un feu d\u2019artifice surprend la nuit, p\u00e9tarade au coeur d\u2019une cit\u00e9 Nord, sans raison, durant quelques secondes, un autre prend la rel\u00e8ve un peu plus loin, comme tous les soirs. Les morts, les bouts de cadavres, les ossements humains, le sang, les scell\u00e9es, les preuves, les tubes, les pipettes respirent avec force et bont\u00e9 l\u2019air conditionn\u00e9 qui remplace maintenant le bruit des moteurs. Un homme ivre bouscule ce silence en insultant les rats.<\/p>\n\n\n\n<p>Quelques voitures oublieuses, press\u00e9es, scintillent le long du littoral, les lumi\u00e8res clignotent sans r\u00e9pit au sommet des tours arrogantes. Les grues jaunes, rouges, oranges ponctuent le rivage, promettent encore des obstacles \u00e0 la ligne d&rsquo;horizon. Un lourd ferrie se d\u00e9tache de l\u2019Estaque, longe les collines dodues, croise un cargo, somnole sur l\u2019eau bleue nuit et file, l\u2019air de rien, vers la Corse. Vue d\u2019ici, la baie aux innombrables fen\u00eatres pourrait faire croire qu\u2019elle est tranquille, d\u00e9sincarn\u00e9e. Elle grouille pourtant, \u00e0 tout instant terrible, pulsionnelle, agressive et tendre. Mais il faut \u00eatre au ras pour le sentir. Le mistral me fait mentir, transporte jusqu&rsquo;ici l\u2019odeur \u00e9paisse d\u2019une fum\u00e9e noire qui prend source aux pieds des barres d&rsquo;immeubles, enveloppant doucement l\u2019une des milles cit\u00e9s blanches de la ville. Il est midi pile.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le soleil habite ici, \u00e0 Marseille. L\u2019\u00e9t\u00e9, il s\u2019endort derri\u00e8re ses collines, offrant un spectacle \u00e0 chaque fois plus \u00e9claboussant, sid\u00e9rant, impossible. Soir apr\u00e8s soir les lumi\u00e8res surgissent, drapent les nuages ou le vide, \u00e9tourdissent la ville, d\u00e9fient l\u2019oeil humain en riant \u2014 jamais tes mots, tes pigments, tes pellicules et tes filtres ne sauront rendre mes beaut\u00e9s. A leur suite, le vent sal\u00e9 siffle dans les oreilles et masse droit dans les yeux les chairs o\u00f9 p\u00e9n\u00e8tre l\u2019\u00e9clat du ciel. Les humains capitulent, \u00e9videmment, oublient leurs mains, se troublent, s\u2019effondrent en dedans et refusent de mourir.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"768\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/IMG_9414-1024x768.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-44236\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/IMG_9414-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/IMG_9414-420x315.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/IMG_9414-768x576.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/IMG_9414-1536x1152.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/IMG_9414-2048x1536.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00a9 Lisa Diez, Marseille, 2021<\/figcaption><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Rare journ\u00e9e de pluie sur l\u2019\u00e9chancrure \u2014 le port industriel, l\u2019autoroute, la mer, les ferries, les collines, tout dispara\u00eet. 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