{"id":44306,"date":"2021-08-05T21:09:56","date_gmt":"2021-08-05T19:09:56","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=44306"},"modified":"2021-08-26T21:55:10","modified_gmt":"2021-08-26T19:55:10","slug":"habiter-un-paysage","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/habiter-un-paysage\/","title":{"rendered":"#P7 Habiter un paysage"},"content":{"rendered":"\n<pre class=\"wp-block-preformatted\"><strong>Codicille<\/strong>: comment reconna\u00eetre un paysage qui compte lorsque l\u2019on vit avec la sensation de n\u2019avoir encore jamais <em>habit\u00e9<\/em> quelque part&nbsp;? Alors on choisit \u00e0 d\u00e9faut un paysage que l\u2019on conna\u00eet, sans qu\u2019il ne porte la moindre gravit\u00e9, sans qu\u2019il ne porte la moindre trace d\u2019intime mais que l\u2019on peut parcourir aux heures du jour et de la nuit ais\u00e9ment, o\u00f9 rien n\u2019est \u00e9tranger. Exercice difficile et cette photo n'a \u00e9videmment aucun rapport avec le paysage en question.<\/pre>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"569\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/plage2-1024x569.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-44307\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/plage2-1024x569.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/plage2-420x233.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/plage2-768x427.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/plage2-1536x853.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/plage2-2048x1138.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Une crois\u00e9e des chemins comme une autre. Au petit matin, l\u00e0 o\u00f9 le printemps passe le t\u00e9moin \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 il y a toujours ici de la brume d\u00e9pos\u00e9e, bassin o\u00f9 nage le silence. Brume voluptueuse ou myst\u00e9rieuse selon l\u2019humeur du regard mais qui s\u2019\u00e9tire d\u2019Est en Ouest. Le bassin est long\u00e9 par la route et entre eux deux, l\u2019accotement foisonne de mauve, de rouille, de jaune. Fleurs inconnues mais vivantes, d\u00e9bordantes de part et d\u2019autres d\u2019une cl\u00f4ture \u00e9lectrique qui ne retient plus aucun galop. \u00c0 l\u2019arri\u00e8re, l\u2019horizon se sculpte autour du clocher de l\u2019\u00e9glise et d\u2019une b\u00e2tisse dont on devine les colombages m\u00eame \u00e0 cette distance. Sur la droite, sous le ciel poudr\u00e9 de rose, la mare et ses roseaux attendent que quelqu\u2019un vienne s\u2019assoir sur leur petit banc de bois, sous l\u2019arbre.<\/p>\n\n\n\n<p>La croix du clocher brille dans un rayon et sonne le z\u00e9nith. La lumi\u00e8re et la voix de cette \u00e9toile du Berger organise et guide. Tout semble partir de l\u00e0. Le champ trap\u00e8ze dont les petits c\u00f4t\u00e9s naissent \u00e0 la source du clocher. Les lignes se d\u00e9tachent comme parall\u00e8les au rayon de lumi\u00e8re. Cl\u00f4ture, route sur le m\u00eame plan, poursuivant le m\u00eame dessein. Les herbes hautes toutes ploy\u00e9es dans la m\u00eame direction, soumises, implorantes appellent aux vents contraires \u00e0 une lumi\u00e8re moins haute et ainsi brouiller la domination z\u00e9nithale de la croix \u00e9crasante tutelle au paysage qui attend fig\u00e9 une suite. Seul un pigeon replet sur la route, aux aguets vole de quelques coups d\u2019ailes puis se pose, rassure. Le paysage n\u2019est pas mort. Il suffit de savoir voler.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque les nuages sont vagues d\u00e9sordonn\u00e9es de gris, que la terre est d\u00e9tremp\u00e9e en fin d\u2019apr\u00e8s-midi, le paysage observe comme une rotation et c\u2019est le ciel qui domine. Le gris fonc\u00e9 vire au noir charg\u00e9 des eaux qui viendront le soir et de l\u2019Est. Des bandes vaporeuses en gris clair viennent caresser les verts du pr\u00e9. Vert mouill\u00e9 \u00e9pais gourmand \u00e0 faire festin pour celles dont la pr\u00e9sence se signale au paysage par de longs meuglements. Vert d\u2019eau claire, des lentilles \u00e0 la surface de la mare font croire \u00e0 une main impressionniste qui aurait compos\u00e9 le d\u00e9cor. Du gris iris\u00e9 de soleil vient comme aquarelle jouer sur la profondeur des cieux. L\u2019architecture du ciel concurrence l\u2019ordonnancement des choses terrestres. Le gris r\u00e8gne en ma\u00eetre, p\u00e8se et aplatit ce petit monde.<\/p>\n\n\n\n<p>La nuit, la crois\u00e9e des chemins se respire et s\u2019\u00e9coute. Le vent traverse le paysage invisible du clocher vers le regard, yeux ferm\u00e9s ou ouverts peu importe ou peut-\u00eatre ferm\u00e9s, il devient plus pr\u00e9sent encore. La mare coasse s\u2019il n\u2019est pas encore trop tard. Les phares d\u2019une voiture brisent le semblant d\u2019\u00e9tat m\u00e9ditatif qui se d\u00e9gage du sombre. S\u2019opposant \u00e0 la nuit ils r\u00e9v\u00e8lent les herbes hautes, un poteau \u00e9lectrique, les herbes hautes, un poteau \u00e9lectrique, les pneus dans une flaque puis ne dessinent plus que les restes d\u2019une route qu\u2019on ne peut qu\u2019imaginer exister un plus loin que le paysage, lui ne fait qu\u2019en cacher d\u2019autres. \u00c7a sent le froid humide et un oiseau passe, c\u2019est un bruissement qui le dit. Le silence noir est beau sous la lune qu\u2019un nuage lib\u00e8re de son \u00e9treinte. La mare luit d\u00e9sormais. Un balai de chauve-souris, erratique \u00e0 l\u2019\u0153il \u00e9tranger \u00e0 l\u2019esp\u00e8ce, dessine une constellation, de nouveaux volumes prennent vie dans l\u2019espace, un paysage en ultrasons se d\u00e9pose sur celui de la lune. Le clocher de l\u2019\u00e9glise appartient aux deux sans doute.<\/p>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-preformatted\"><strong>Un paysage qui compte<\/strong>: En fait, le paysage que j'avais depuis longtemps envie de d\u00e9crire, c'est celui-ci. N'ayant nulle part o\u00f9 le d\u00e9poser, le voici. Une 5\u00e8me variation donc, hors sujet, comme il se doit.<\/pre>\n\n\n\n<p>une plaine blanche<\/p>\n\n\n\n<p>et deux lignes comme parall\u00e8les, comme s\u2019ignorant<\/p>\n\n\n\n<p>poser l\u2019oreille dessus sentir<\/p>\n\n\n\n<p>la chaleur et l\u2019horizon<\/p>\n\n\n\n<p>se brouille dans une vibration<\/p>\n\n\n\n<p>r\u00e9guli\u00e8re<\/p>\n\n\n\n<p>c\u2019est l\u00e0 que passe la vie et le monde&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e0 toute allure dispara\u00eet dans le lointain<\/p>\n\n\n\n<p>l\u00e0 o\u00f9 les lignes finissent par se rejoindre&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>une plaine blanche<\/p>\n\n\n\n<p>solitaire inhabit\u00e9e<\/p>\n\n\n\n<p>et deux lignes comme sillons<\/p>\n\n\n\n<p>dans une cro\u00fbte de sel<\/p>\n\n\n\n<p>c\u2019est l\u00e0 que germe ou qu\u2019enterre<\/p>\n\n\n\n<p>une plaine blanche<\/p>\n\n\n\n<p>douce comme une peau la plaine<\/p>\n\n\n\n<p>et deux lignes comme guide pour dessiner<\/p>\n\n\n\n<p>de premiers<\/p>\n\n\n\n<p>ou derniers mots<\/p>\n\n\n\n<p><em>Il \u00e9tait une fois<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>A tout jamais<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>point.<\/p>\n\n\n\n<p>une plaine blanche<\/p>\n\n\n\n<p>et deux lignes comme coul\u00e9es de lave<\/p>\n\n\n\n<p>o\u00f9 est le volcan&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>cach\u00e9 dessous dedans<\/p>\n\n\n\n<p>une plaine blanche<\/p>\n\n\n\n<p>et deux lignes comme boursouflures<\/p>\n\n\n\n<p>comme cicatrices<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e0 ton poignet.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Codicille: comment reconna\u00eetre un paysage qui compte lorsque l\u2019on vit avec la sensation de n\u2019avoir encore jamais habit\u00e9 quelque part&nbsp;? Alors on choisit \u00e0 d\u00e9faut un paysage que l\u2019on conna\u00eet, sans qu\u2019il ne porte la moindre gravit\u00e9, sans qu\u2019il ne porte la moindre trace d\u2019intime mais que l\u2019on peut parcourir aux heures du jour et de la nuit ais\u00e9ment, o\u00f9 <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/habiter-un-paysage\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#P7 Habiter un paysage<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":346,"featured_media":44307,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[2071,2070,2605],"tags":[],"class_list":["post-44306","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-ete-2021-les-cycles","category-pete-2021-progression","category-progression-7-gracq"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/44306","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/346"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=44306"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/44306\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/44307"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=44306"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=44306"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=44306"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}