{"id":44470,"date":"2021-08-06T17:33:44","date_gmt":"2021-08-06T15:33:44","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=44470"},"modified":"2021-08-07T08:00:52","modified_gmt":"2021-08-07T06:00:52","slug":"p7-ipomee","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/p7-ipomee\/","title":{"rendered":"#P7 | ipom\u00e9e"},"content":{"rendered":"\n<p>Un rectangle d&rsquo;un m\u00e8tre sur deux. Le fond est blanc et vert, r\u00e9guli\u00e8rement parsem\u00e9 de carr\u00e9s plus ou moins sombres. En partie basse, une masse homog\u00e8ne en nuances de vert et, par-ci par-l\u00e0, touches jaunes, oranges, bleu profond. Ce que l\u2019\u0153il voit. <br>Le cerveau essaie de lui faire croire que ce n&rsquo;est pas plat, qu&rsquo;il y a 50 m\u00e8tres entre moi et le fond de toile. <br>Il voit des fraisiers, un anthurium, une ipom\u00e9e, une sculpture de m\u00e9tal repr\u00e9sentant une poule et trois poussins, un lierre, un gaura, des cheveux d&rsquo;ange (nassella tenuissima), des capucines. Tout ceci pos\u00e9 sur une rambarde s\u00e9par\u00e9e du jardin par une grille de style andalou. Un peu plus bas, dans l&rsquo;espace sous la rambarde prot\u00e9g\u00e9 par un grillage fin, j&rsquo;aper\u00e7ois un gen\u00e9vrier et un chamaerops humilis sur une pelouse de p\u00e2querettes et de mousse. <br>Un grand massif de roses oranges, la roseraie. C&rsquo;est leur deuxi\u00e8me floraison, celle du printemps a \u00e9t\u00e9 lessiv\u00e9e par la pluie. Un beau cerisier, au printemps, envahit l&rsquo;air de ses p\u00e9tales roses. <br>Au fond, la fa\u00e7ade d&rsquo;un immeuble de peu de relief, seuls quelques balcons en avanc\u00e9e, perc\u00e9e de fen\u00eatres plut\u00f4t grandes. Le matin, il attrape le soleil et nous le renvoie comme un miroir doux et il fait clair, ici \u00e0 l\u2019ouest, comme si nous \u00e9tions face au soleil levant. <br>A gauche, perpendiculaire \u00e0 l\u2019immeuble, la fa\u00e7ade nord d&rsquo;une maison du 19\u00e8me, 18\u00e8me peut-\u00eatre, si\u00e8cle et la chemin\u00e9e de briques rouges de ce qui a d\u00fb \u00eatre le four d&rsquo;un atelier, souvenir intact de l\u2019activit\u00e9 du quartier. Ouverture sur la ville, vis \u00e0 vis entre le monde ouvrier, artisanal du faubourg saint Antoine, en voie de marginalisation et celui de r\u00e9sidents plut\u00f4t ais\u00e9s qui ont fait construire cet immeuble juste apr\u00e8s 1968. <br><br><br>La nuit, Sainte-Marguerite, celle de <em>Nini peau d\u2019chien<\/em>, ne sonne pas les heures. \u00c0 8h00, la marche du temps reprend, structure un espace de son, donne du volume au quartier.<br>La pluie ronronne et on voit le trajet de ses gouttes, clair sur le sombre des volets clos. Une goutti\u00e8re envoie de l&rsquo;eau sur une palme du palmier qui danse \u00e0 son rythme. De l&rsquo;eau tombe sur une bordure en plastique, battement de tambour irr\u00e9gulier. <br>Tout commence \u00e0 remuer, les fleurs du millepertuis, celles de l&rsquo;ipom\u00e9e. Les cheveux d\u2019ange, les hautes branches du cerisier se dandinent. On voit le vent. <br>Apr\u00e8s la pluie, il y aura \u00e0 nouveau les cris des enfants, le roucoulement de pigeons, les cris des geais, des perruches \u00e0 collier, des merles et des moineaux <br>Au printemps, d\u00e8s qu&rsquo;il commence \u00e0 faire chaud, des groupes se forment, comme par hasard et les discussions durent tard le soir. Les roses sentent bon, ambiance mille et une nuits. <br>Le confinement nous a fait prendre conscience de \u00e7a : la rumeur de la ville et les jeux, apparemment improvis\u00e9s, des enfants. <br><br>\u2003<br>A partir de 21 heures, l\u2019horloge de l\u2019\u00e9glise ne sonne plus. Peut-\u00eatre pour \u00e9viter aux insomniaques les angoisses du temps qui passe.  <br>Peu \u00e0 peu les plantes disparaissent, masse obscure inidentifiable. Bient\u00f4t l&rsquo;\u00e9clairage nocturne des all\u00e9es leur redonnera un semblant de vie.<br>La fa\u00e7ade de l&rsquo;immeuble, le fond du tableau, disparait aussi peu \u00e0 peu et ce sont les rectangles des fen\u00eatres habit\u00e9es qui se d\u00e9tachent maintenant. Ce qui \u00e9tait clair et \u00e9vident disparait. Ce qui n&rsquo;\u00e9tait que rectangles vides s&rsquo;\u00e9claire, t\u00e9moins de vie. <br>Huit carr\u00e9s de lumi\u00e8re et une petite lueur au ras du sol, \u00e9clairage de l&rsquo;all\u00e9e. Les balcons plus clairs accrochent un peu la lumi\u00e8re diffuse de la ville. <br>Les carr\u00e9s s&rsquo;allument et s&rsquo;\u00e9teignent al\u00e9atoirement. Dans un seul la lumi\u00e8re varie, change de couleur et d&rsquo;intensit\u00e9 : on y regarde la t\u00e9l\u00e9vision. <br>Les bruits nets de la ville se taisent, ramen\u00e9s \u00e0 une rumeur douce. Les bruits d\u2019ici se font plus pr\u00e9cis : quelques cris, \u00e9chos d&rsquo;une f\u00eate ou d&rsquo;une discussion lointaine. Bient\u00f4t les chats commenceront leur concert nocturne.  <br>La nuit, les chats sont peut-\u00eatre gris mais, surtout, on ne peut pas nommer les plantes. <br><br><br>L&rsquo;\u00e9t\u00e9, la plupart des volets sont baiss\u00e9s. Les habitants sont ailleurs, l\u2019\u00e9t\u00e9 nous disperse. <br>Une fen\u00eatre s&rsquo;ouvre, une dame se met \u00e0 la fen\u00eatre, s&rsquo;occupe de ses plantes, leur parle peut-\u00eatre, les arrose.<br>Le passage vers la rue St Bernard m\u00e8ne \u00e0 l\u2019\u00e9glise et au march\u00e9. C\u2019\u00e9tait un passage public jusque dans les ann\u00e9es 90. Il a \u00e9t\u00e9 ferm\u00e9 et privatis\u00e9 sauf une dizaine de m\u00e8tres qui longent la maison 19\u00e8me si\u00e8cle. C\u2019est le lieu de rencontres, de papotages, d\u2019\u00e9change de nouvelles. <br>On dirait qu\u2019il y a moins d&rsquo;oiseaux qu&rsquo;au printemps. Il semble qu&rsquo;il n&rsquo;y ait plus que les pigeons mais de temps en temps r\u00e9apparait une m\u00e9sange qui s\u2019agrippe \u00e0 une tige verticale de la spir\u00e9e. O\u00f9 sont les merles qui \u00e9taient si nombreux ?<br>S\u2019il y a moins d\u2019oiseaux, il y a plus de chats. Un noir et blanc et un tout noir sont apparus r\u00e9cemment, tout jeunes et munis de colliers, ce qui est peu commun. <br>Le chat roux est un acteur tr\u00e8s pr\u00e9sent et actif. Il y a quelque temps, il \u00e9tait en affaire avec un corbeau. Aujourd&rsquo;hui, il court apr\u00e8s une souris. Dix minutes apr\u00e8s le d\u00e9but de la chasse, il est l\u00e0, l&rsquo;air de rien, regarde ailleurs. Comme s\u2019il l&rsquo;avait laiss\u00e9 \u00e9chapper et perdue. <br>Deux coccinelles de m\u00e9tal, rassembl\u00e9es en mobile et les restes d&rsquo;une mangeoire semblent attendre le retour de l\u2019hiver. L\u2019\u00e9t\u00e9, elles ne servent \u00e0 personne. <br><br><br>Cette nuit, le chat noir a profit\u00e9 d\u2019une fen\u00eatre ouverte pour s\u2019inviter dans l\u2019appartement. Pour ressortir, il bondit contre des vitres plus robustes que son jeune cr\u00e2ne. Je l\u2019ai pris \u00e0 bras le corps et remis dehors comme nous le faisons pour les araign\u00e9es et les papillons de nuit. <br>Pourtant, le tic-tac de la pluie, le chant des oiseaux, la lumi\u00e8re diffuse de la ville, son ronron incessant, la fa\u00e7ade qui renvoie doucement le soleil, les jeux bruyants des enfants, les discussions nocturnes, le bleu profond de l&rsquo;ipom\u00e9e, c\u2019est par cela que je vis, que nous vivons tou.te.s. C\u2019est cette vie commune qui m\u2019amuse, me d\u00e9payse, me perturbe. Heureux compl\u00e9ment de la f\u00e9brilit\u00e9 du faubourg ou de la beaut\u00e9 urbaine parfois fulgurante.  <br><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un rectangle d&rsquo;un m\u00e8tre sur deux. Le fond est blanc et vert, r\u00e9guli\u00e8rement parsem\u00e9 de carr\u00e9s plus ou moins sombres. En partie basse, une masse homog\u00e8ne en nuances de vert et, par-ci par-l\u00e0, touches jaunes, oranges, bleu profond. Ce que l\u2019\u0153il voit. 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