{"id":44522,"date":"2021-08-06T21:37:33","date_gmt":"2021-08-06T19:37:33","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=44522"},"modified":"2021-08-09T12:57:55","modified_gmt":"2021-08-09T10:57:55","slug":"l-6-innommable","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/l-6-innommable\/","title":{"rendered":"#L6 Innommable"},"content":{"rendered":"\n<p>14h.53 quand la ville ne brasse plus ses tableaux familiers, ses collectes de figurants, les enjou\u00e9s comme les dess\u00e9ch\u00e9s, les solitaires et les gr\u00e9gaires, quand elle s\u2019est d\u00e9shabitu\u00e9e de ses vagues de couleurs mobiles, quand elle est comme lav\u00e9e de ses nappes d\u2019odeurs, quand elle a expurg\u00e9 les gestes st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9s \u2013 quand elle ne sait plus jouer \u00e0 l\u2019effeuilleuse blas\u00e9e d\u2019images mille fois us\u00e9es : le couple fig\u00e9 devant la devanture, l\u00e9g\u00e8rement pench\u00e9, doigt point\u00e9 vers l\u2019int\u00e9rieur du magasin \u2013 la dame \u00e2g\u00e9e, silhouette tordue d\u2019arri\u00e8re-plan, alourdie de sombre taill\u00e9 dans l\u2019\u00e9pais tissu, roulis incertain arrim\u00e9 \u00e0 la bou\u00e9e du sac \u00e0 main \u2013 le gar\u00e7on de caf\u00e9, chemise noire tablier blanc, &nbsp;plateau \u00e0 hauteur d\u2019\u00e9paule, passeur d\u2019\u00e9ponge&nbsp; sur le brillant martel\u00e9, \u00e0 l\u2019\u00e9coute d\u2019une commande inaudible&#8230; Au jour du sortil\u00e8ge la ville c\u2019est l\u2019air immobile et tout son rien \u00e9tal\u00e9 sur la place d\u00e9serte. Venu de loin tu entends monter dans le vide une mani\u00e8re de grommellement d\u2019orage, (autrefois quand \u00e7a d\u00e9chirait, p\u00e9tait r\u00e9percutait loin dans les collines on t\u2019avait appris \u00e0 compter les secondes, on intimait de s\u2019\u00e9carter de la fen\u00eatre, on chuchotait t\u00eate baiss\u00e9e pour faire les inaper\u00e7us&nbsp;: <em>\u00e7a tourne derri\u00e8re l\u2019autre versant, oui, \u00e7a s\u2019en va, c\u2019est parti au-dessus de la Bastide<\/em>, alors seulement on se risquait lentement derri\u00e8re la vitre pour appr\u00e9cier la fuite du troupeau de nuages\u2026)&nbsp; \u2013 le grondement sourd on dirait des basses en approche<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;te cognent le c\u0153ur tambour battant, serrent de plus en plus fort, mais expliquer le comment et les pourquoi&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>La femme jeune, en veste jean, arrive de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la rivi\u00e8re. Elle va traverser la passerelle et sa fournaise de fleurs dans les bacs. De chaque c\u00f4t\u00e9. Cern\u00e9e. De toutes parts les \u00e9claboussures de jaune de rouge vif de violet profond avec dedans des taches et des traits noirs. C\u2019est innommable si tu ne sais pas les mots.<\/p>\n\n\n\n<p>de plus en plus t\u2019oppressent te tapent direct les tympans, te d\u00e9ferlent un grouillement d\u2019ondes rampantes sur la peau \u2013 des empreintes de vibrations \u2013 te brouillent tout comme \u00e0 l\u2019essorage dans le grand tourbillon des rouleaux d\u2019oc\u00e9an<\/p>\n\n\n\n<p>La femme jeune, en veste et jupe jean, vient de passer \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du monument aux morts en r\u00e9sistance de la guerre. C\u2019est sur la micro-place le monument. On dirait qu\u2019ils l\u2019ont planqu\u00e9 juste apr\u00e8s la passerelle qui enjambe&nbsp;: dans le recoin \u00e0 gauche derri\u00e8re le feuillage \u2013 sur la double page grise d\u2019un livre de pierre, la liste dor\u00e9e des noms \u2013 au bout de chaque ligne le poin\u00e7on de l\u2019\u00e2ge. Elle est pass\u00e9e de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du fouillis vert sans rien voir. Pas son souci.<\/p>\n\n\n\n<p>les vitres pourront \u00e9clater, le ciel se fracasser dessous en mille milliers de tessons coupants, se d\u00e9chausser les pav\u00e9s, se d\u00e9gonder les fa\u00e7ades s\u2019effondrer les murs<\/p>\n\n\n\n<p>Plus loin la statue. Pr\u00e9cis\u00e9ment le buste. Vert de gris pour le chapeau pour l\u2019\u00e9charpe pour le visage avenant. Mais s\u00e9rieux. La quarantaine jeune du h\u00e9ros martyr.`<\/p>\n\n\n\n<p>tu tournes la t\u00eate tu cherches \u00e0 deviner d\u2019o\u00f9 \u00e7a vient ce roulement, et quoi, en vain, c\u2019est presque rentr\u00e9 dedans l\u2019explosion. &nbsp;Dedans autour partout du crescendo<\/p>\n\n\n\n<p>Marcher sur la passerelle ici c\u2019est du dur. Pas comme l\u00e0-bas les autres plus longues, plus \u00e9troites, qui balan\u00e7aient un peu, glissaient du souple sous les pieds. (Entre voler et flotter.) L\u2019eau dessous c\u2019est noir et marron brillant de reflets. Parfois des bancs de poissons argent\u00e9s, assez gros, un panneau d\u00e9taille&nbsp;: peut-\u00eatre des mulets&nbsp;? Mais on discerne mal les vraies esp\u00e8ces des photos. C\u2019est invisible quand on ne sait pas les noms.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e7a pourra te briser t\u2019ensevelir sous tes d\u00e9combres alors tu guettes tu tournes te retournes en tous sens, \u00e7a t\u2019\u00e9clate d\u2019un coup encore plus fort quand \u00e7a surgit net et droit et dense \u00e0 l\u2019angle de la rue, droit devant comme buter front contre mur ou prendre le poing dans la figure<\/p>\n\n\n\n<p>Dr\u00f4le de nom pour un poisson. \u00c7a ondule se faufile avance en tortillant lentement sa nonchalance curieuse, la caudale en voile de jonque, une petite bande, se suivent, virent tous en m\u00eame temps. Comme un.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e7a te fonce t\u2019\u00e9crase te d\u00e9borde te d\u00e9passe droit dessus comme la paire d\u2019yeux sur une &nbsp;bouche de cris ou bien pour comparer le tank d\u2019une arm\u00e9e raclant ses chenilles sur la place des \u00e9tudiants enfum\u00e9s dans la t\u00e9l\u00e9<\/p>\n\n\n\n<p>La femme jeune, visage de lune, en veste et jupe jean n\u2019a rien vu. Il aurait fallu s\u2019arr\u00eater, s\u2019accouder \u00e0 la rambarde polie et rouill\u00e9e, fouiller entre les reflets, d\u00e9froisser les plissures d\u2019en plein milieu o\u00f9 filent certains jours des kayaks color\u00e9s, \u00e9carquiller les endroits o\u00f9 l\u2019herbe pousse entre les pierres du quai, accumule les feuilles de l\u2019autre saison, coince une bouteille plastique \u00e0 bourrelets d\u00e9fonc\u00e9s, un bout de bois blanchi&nbsp;; lui aurait fallu d\u00e9plier la rivi\u00e8re comme des fois avec les doigts elle lisse le papier avant de charger le tabac, ensuite rouler, mouiller, rouler&nbsp;\u2013 apr\u00e8s respirer profond les poissons, les souffler plus loin sur la place au pied du buste, les regarder tous ensemble monter, virevolter autour du chapeau. Lui aurait fallu. En venant de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la rivi\u00e8re qui enjambe les vivants avec les morts. Comme un.<\/p>\n\n\n\n<p>au lieu, la femme jeune et blonde au visage de lune, en veste et jupe jean balance avec cadence et fracas les trous aveugles de sa peau, des paupi\u00e8res d\u2019hypnose baiss\u00e9es derri\u00e8re la mue bleue des collants. Et \u00e7a te cloue hors de toi qui n\u2019a pas les mots<\/p>\n\n\n\n<p>La jeune femme automate blonde au visage de lune, en veste et jupe jean s\u2019enfonce solitaire dans la ville de marche forc\u00e9e d\u00e9sert\u00e9e. Le ghetto-blaster hurle sous son bras. Elle avance au rythme boum boum du pas apr\u00e8s pas, c\u2019est un combat invisible qu\u2019elle m\u00e8ne dans ses endroits de pens\u00e9es connues d\u2019elle seule. Elle avance \u00e0 pas de quartier. Elle s\u2019\u00e9loigne aussi vite mod\u00e8le r\u00e9duit. Elle s\u2019\u00e9vanouit au bout de la rue terminable. Avec elle la ville d\u00e9sol\u00e9e au moins tremblait maintenant la ville aspir\u00e9e \u00e0 nouveau s\u2019\u00e9vide.<\/p>\n\n\n\n<p>Moins une.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-style-default\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"683\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/au-vert-683x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-44525\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/au-vert-683x1024.jpg 683w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/au-vert-280x420.jpg 280w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/au-vert-768x1152.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/au-vert-1024x1536.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/au-vert-1365x2048.jpg 1365w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/au-vert-scaled.jpg 1707w\" sizes=\"auto, (max-width: 683px) 100vw, 683px\" \/><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>14h.53 quand la ville ne brasse plus ses tableaux familiers, ses collectes de figurants, les enjou\u00e9s comme les dess\u00e9ch\u00e9s, les solitaires et les gr\u00e9gaires, quand elle s\u2019est d\u00e9shabitu\u00e9e de ses vagues de couleurs mobiles, quand elle est comme lav\u00e9e de ses nappes d\u2019odeurs, quand elle a expurg\u00e9 les gestes st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9s \u2013 quand elle ne sait plus jouer \u00e0 l\u2019effeuilleuse blas\u00e9e <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/l-6-innommable\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#L6 Innommable<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":105,"featured_media":44525,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[2071,2069,2523],"tags":[],"class_list":["post-44522","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-ete-2021-les-cycles","category-2021-faire-un-livre","category-livre-6"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/44522","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/105"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=44522"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/44522\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/44525"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=44522"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=44522"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=44522"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}