{"id":44597,"date":"2021-08-07T13:31:24","date_gmt":"2021-08-07T11:31:24","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=44597"},"modified":"2021-08-07T13:31:26","modified_gmt":"2021-08-07T11:31:26","slug":"p7-larret-dautobus","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/p7-larret-dautobus\/","title":{"rendered":"#P7- L\u2019arr\u00eat d\u2019autobus"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"765\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/WhatsApp-Image-2021-08-07-at-12.22.44-1024x765.jpeg\" alt=\"L'arr\u00eat d'autobus\" class=\"wp-image-44603\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/WhatsApp-Image-2021-08-07-at-12.22.44-1024x765.jpeg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/WhatsApp-Image-2021-08-07-at-12.22.44-420x314.jpeg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/WhatsApp-Image-2021-08-07-at-12.22.44-768x574.jpeg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/WhatsApp-Image-2021-08-07-at-12.22.44-1536x1148.jpeg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/WhatsApp-Image-2021-08-07-at-12.22.44.jpeg 1600w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption>L&rsquo;arr\u00eat d&rsquo;autobus<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>La fen\u00eatre de la chambre donne sur un croisement de rues. \u00c0 gauche, la voie rapide qui entoure le village, les voitures filent dans les deux sens. \u00c0 droite, il y a beaucoup moins de voitures qui s\u2019engagent, c\u2019est une route \u00e9troite qui monte jusqu\u2019aux pieds d\u2019un mont de roches blanches. Tout en haut, l\u2019ermitage o\u00f9 l\u2019on adore une vierge. Pass\u00e9e la voie rapide, le lit d\u2019une rivi\u00e8re presque s\u00e8che. Au fond, une pauvre flaque recouverte de vase, mousse et lichen. Un arbre touffu surplombe les bords de rivi\u00e8re prot\u00e9g\u00e9e par une barri\u00e8re de m\u00e9tal. Un peu plus loin, un pont en ciment permet aux pi\u00e9tons de traverser pour rejoindre le village. On voit d\u00e9j\u00e0 les murs de pierres blanches, les toits de tuiles orange des villages de la r\u00e9gion. Au premier plan, un arr\u00eat d\u2019autobus flambant neuf, aux parois de plastique bleu marine et blanches, au toit de pl\u00e2tre. Il arbore tout en haut, un \u00e9cusson de la r\u00e9gion et son nom, Castilla-la Mancha, r\u00e9p\u00e9t\u00e9 \u00e0 trois reprises.<\/p>\n\n\n\n<p>Des tracteurs passent lentement et \u00e0 grand bruit sur la voie \u00e0 double sens. Leurs grosses roues \u00e9crasent le bitume, semant des brins de paille sur leur passage. M\u00eame si on les entend arriver de loin, les camions surgissent dans le cadre \u00e0 force de vrombissements et de sifflement des freins. Le pr\u00e9nom du conducteur \u00e9crit en haut du pare-brise. Les voitures glissent, certaines laissant derri\u00e8re elles, une nu\u00e9e de reggaeton. Le pont franchi, un banc se cache \u00e0 l\u2019ombre du mur de la premi\u00e8re maison, c\u2019est l\u00e0 que se r\u00e9unissent les hommes le matin. Ils sont une petite dizaine, la plupart assis, les autres leur faisant face, debout. Ils parlent tous en m\u00eame temps. Depuis la chambre, on n\u2019entend qu\u2019un vague brouhaha&nbsp;: les voix s\u2019accumulant et se m\u00ealant jusqu\u2019\u00e0 devenir une bouillie m\u00e2chouill\u00e9e et recrach\u00e9e. Un bruit de moteur aussi, celui d\u2019une machine agricole en marche quelque part, impossible \u00e0 localiser, mais qui recouvre l\u2019espace. Des hommes, on ne voit que les t\u00e2ches de couleurs de leurs v\u00eatements : un t-shirt bleu turquoise, des rayures blanches et rouges, une casquette vert kaki. Un gros ventre qui d\u00e9borde d\u2019une chemise \u00e0 carreaux. Et le bleu des masques en papier sur leurs mentons.<\/p>\n\n\n\n<p>Le soleil est au plus haut dans le ciel, ses rayons chauffent les toits. Au bord de la rivi\u00e8re assoiff\u00e9e, un saule pleureur laisse tomber ses branches jusqu\u2019au lit. Au-dessus de l\u2019arbre, on aper\u00e7oit le village et le clocher de l\u2019\u00e9glise qui le surveille. La grande aiguille de l&rsquo;horloge fait passer, solennelle, les minutes, les heures. Le temps s&rsquo;\u00e9tire jusqu&rsquo;au suspens. \u00c0 c\u00f4t\u00e9, le parc pour enfants est vide. Le toboggan jaune, les deux paniers de basket, abandonn\u00e9s. Une balan\u00e7oire rouill\u00e9e grince de solitude. Des voix se r\u00e9pondent au loin, mais pas de pr\u00e9sence humaine \u00e0 cette heure o\u00f9 la chaleur fait tout fondre. Chacun chez soi, volets ferm\u00e9s, fen\u00eatres grillag\u00e9es. La poussi\u00e8re vole sur les trottoirs d\u00e9serts, des brins de paille font la roue, pouss\u00e9s par le souffle chaud du vent de midi. L\u2019asphalte semble cuire au soleil, une odeur de goudron chauff\u00e9, un portail de t\u00f4le br\u00fblant claque. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La temp\u00e9rature a baiss\u00e9, c\u2019est le milieu de la nuit, les habitants se rejoignent dehors. Les voitures circulent toujours mais sont rares maintenant. Le parc se remplit de cris d\u2019enfants, de ballons qui rebondissent. Les adultes sont assis sur les bancs ou se prom\u00e8nent le long du lit de la rivi\u00e8re ass\u00e9ch\u00e9e. Le ciel est noir, parsem\u00e9 d\u2019\u00e9toiles, il est une vo\u00fbte profonde o\u00f9 tous les d\u00e9sirs deviennent r\u00e9alisables. La route est \u00e9clair\u00e9e par intervalle de la lumi\u00e8re jaune des r\u00e9verb\u00e8res. Les insectes gr\u00e9sillent autour. L\u2019arr\u00eat d\u2019autobus est occup\u00e9, les jeunes sont arriv\u00e9s. Les chaises raclent le sol b\u00e9tonn\u00e9, ils s\u2019installent. Plusieurs voix s\u2019\u00e9l\u00e8vent&nbsp;: il y a des voix profondes et graves comme des tombes, des r\u00e9pliques qui atteignent de surprenant aigus. Ils parlent chacun leur tour, s\u2019\u00e9coutent, se r\u00e9pondent. Puis les voix se rejoignent, montent les unes sur les autres, s\u2019excitent et s\u2019\u00e9lancent dans le ciel. Elles ne tardent pas \u00e0 s\u2019effondrer dans une cascade de rires qui r\u00e9sonne dans la petite rue adjacente.<\/p>\n\n\n\n<p>Lumi\u00e8re limpide du matin, l\u2019arr\u00eat d\u2019autobus est abandonn\u00e9. Le ciel est d\u2019un bleu naissant, \u00e0 peine parsem\u00e9 de petits nuages blancs. Il ne reste que les chaises disparates et vides. Une chaise de bois blanc \u00e0 la peinture \u00e9caill\u00e9e, deux chaises en plastique fatigu\u00e9es, une chaise de bureau noire avec une gaine rose d\u00e9lav\u00e9e, \u00e0 moins que ce ne soit un coussin. Une chaise en bois brun d\u00e9color\u00e9e, son assise de paille d\u00e9fonc\u00e9e, deux chaises en formica couleur bois et au dossier en forme de U m\u00e9tallique. Une imposante chaise noire au dossier de velours sombre bien plus haute que les autres. Au fond, presque cach\u00e9, le banc de plastique bleu marine de l\u2019arr\u00eat d\u2019autobus. Une camionnette s\u2019y gare, la main du conducteur appuy\u00e9e sur le klaxon. Les voisins ont reconnu le signal et s\u2019avancent pour acheter, un litre de lait, une baguette. Aucun autobus ne s\u2019y est encore arr\u00eat\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La fen\u00eatre de la chambre donne sur un croisement de rues. \u00c0 gauche, la voie rapide qui entoure le village, les voitures filent dans les deux sens. \u00c0 droite, il y a beaucoup moins de voitures qui s\u2019engagent, c\u2019est une route \u00e9troite qui monte jusqu\u2019aux pieds d\u2019un mont de roches blanches. 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