{"id":44694,"date":"2021-08-07T23:08:52","date_gmt":"2021-08-07T21:08:52","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=44694"},"modified":"2021-08-07T23:08:53","modified_gmt":"2021-08-07T21:08:53","slug":"p7-promenade-interieure","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/p7-promenade-interieure\/","title":{"rendered":"#P7 | Promenade int\u00e9rieure"},"content":{"rendered":"\n<p>Le temps comme arr\u00eat\u00e9, il n\u2019existe pas encore de mouvement, il est encore t\u00f4t. Le vent fait claquer les portes. Les feuilles s\u2019agitent, prisonni\u00e8res. Le sac en osier rempli de papiers journaux aux dates brouill\u00e9es. Les courants d\u2019air qui sifflent dans les oreilles. Il y a de la vaisselle qui se casse. Bourdon envahissant. Dans le cadre embrum\u00e9 la promenade balay\u00e9e par les vents. Le chat roux marche sur le rebord, d\u00e9range le store, puis les coquillages et les autres tr\u00e9sors de la mer amass\u00e9s \u00e0 cet endroit. La poussi\u00e8re fuse les gris du paysage. Tout embarrasse la vision, mais il n\u2019y a rien \u00e0 voir, c\u2019est un matin blanc qui aveugle. La pluie assombri le sable et fait grandir la mer. Et les bateaux perdus dans la mer grise. On pourrait admirer la beaut\u00e9 de la galerie de l\u2019ancien casino. La fausse lumi\u00e8re g\u00e2che tout. Rien n\u2019a de nuance, tout est factice. Il fait trop froid, on se fige en soi. M\u00eame les oiseaux font du sur place, les mouettes en suspension dans les airs, peut-\u00eatre la mer, tout est confusion, on ne comprend rien.<\/p>\n\n\n\n<p>La voix d\u2019un acteur que l\u2019on ne reconna\u00eet pas, il \u00e9tait plus jeune alors. Ce sont les ann\u00e9es qui d\u00e9figurent les tympans, modifient un paysage, donnent \u00e0 l\u2019ancien casino des \u00e9chos du pass\u00e9. Le soleil p\u00e9n\u00e8tre l\u00e0 o\u00f9 il peut, offre des ombres s\u00e9duisantes, r\u00e9chauffe les fauteuils et fait briller les bords de table. Il y a trop de vent sur la terrasse, il y a rapatriement dans la galerie qui fait effet de serre. Trop plein d\u2019odeurs. Les odeurs s\u2019annulent. La poussi\u00e8re recouvre la vitre. Att\u00e9nuation qui all\u00e8ge la gravit\u00e9. Tout flotte. Sur la pulpe des doigts, les grains de sucre comme le prolongement de la plage disparue. La grande mar\u00e9e rend l\u2019horizon uniform\u00e9ment bleu. A perte de vue, le bleu du ciel. Les voiles color\u00e9es en points de broderie. On peut y projeter ce que l\u2019on souhaite, sur ce ciel bleu qui ne demande qu\u2019\u00e0 \u00eatre rempli. Les formes qui circulent dans les vitres sont au ralenti. Les pas feutr\u00e9s sur la terrasse en bois, quelques pas de danse&nbsp;; les mains tendues portent le ciel.<\/p>\n\n\n\n<p>Toutes les couleurs ont \u00e9t\u00e9 rendues, le temps s\u2019\u00e9coule avec lenteur, les grains tombent doucement, s\u2019infiltrent dans les poches et les chaussures, on en tirera un plaisir doux-amer en rentrant chez soi. L\u2019alcool tinte lorsqu\u2019il glisse dans les verres. Les conversations sont des promenades et des souvenirs. Les liquides font des reflets mouvants sur le cadre des fen\u00eatres. L\u2019odeur de la mer circule le long des tables, il y a des traces de rouge et de poudre sur les couverts. Les fen\u00eatres immenses ne semblent pas ferm\u00e9es, elles sont propres, brillantes, des ouvertures sur la mer. A un moment, les stores en bois sont abaiss\u00e9s de moiti\u00e9. Ils d\u00e9coupent le ciel en part \u00e9gale, \u00e0 l\u2019horizontale, pour \u00e9viter un trop plein de soleil. Qu\u2019importe. Les regards prolongent ce d\u00e9but de soir\u00e9e orange. Aucun drame (sinon celui d\u2019un souvenir oubli\u00e9) n\u2019aura lieu ce soir. Les sourires des passants sous les lampadaires encore \u00e9teints. Le soleil s\u2019appr\u00eate \u00e0 rouler sur la mer.<\/p>\n\n\n\n<p>La promenade comme les bancs des spectateurs, le ciel, une estrade. Il est des heures que l\u2019on veut vivre tout en les acc\u00e9l\u00e9rant. Cette anticipation qui tend le corps vers le ciel. Sur la promenade de la station baln\u00e9aire, quatre jeunes femmes venues admirer le soleil couchant, frissonnent. Leurs silhouettes fr\u00eales noy\u00e9es dans des couches de v\u00eatures. Leurs \u00e9paules couvertes par des ch\u00e2les blanchis par le sel. Le vent a bien d\u00e9gag\u00e9 les nuages, repli\u00e9s sur les c\u00f4t\u00e9s, des rideaux de ciel. D\u2019ici, la vue est impeccable. C\u2019est la nuit qui s\u2019annonce. Le temps a \u00e9t\u00e9 lav\u00e9 avec soin. Les couleurs d\u2019une palette de couchant. Le soleil poursuit sa course. L\u2019acc\u00e9l\u00e9ration finale serre quelque chose, toute la salle est en attente, les couverts repos\u00e9s. Les t\u00e2ches de soleil dans les yeux se m\u00ealent aux ombres grandissantes. Et le voil\u00e0 qu\u2019il surgit, cet \u00e9clat de vert, comme le cul d\u2019une bouteille que l\u2019on renverse au soleil. Une poign\u00e9e de secondes. Le soleil a disparu, mais le feu est entr\u00e9 dans la salle.<\/p>\n\n\n\n<p>Le photom\u00e9t\u00e9ore attendu, pas ce soir, il y a trop de brume. C\u2019est presque un soulagement que d\u2019apercevoir ce ciel de pluie, avec ces teintes d\u2019eau et ces nuages familiers, qui s\u2019emm\u00ealent sur la toile du ciel. Les miracles lumineux auront lieu \u00e0 d\u2019autres occasions, trop en voir serait un luxe que l\u2019on se refuse. Le doux rythme des d\u00eeners comme des vagues, sans surprises, jamais pareilles, mais tiss\u00e9es en une impression semblable. Parfois jeter un \u0153il vers la mer. Comme pour s\u2019assurer de sa pr\u00e9sence. Le ciel gris, bleu, rose, violet, et toutes les nuances entre ces couleurs. Tr\u00e8s vite tout vire \u00e0 l\u2019anthracite. Les lampadaires attirent quelques insectes. Seul le bruit des vagues laisse deviner la mer. L\u2019horizon est une nuit, ensemble infini. Lumi\u00e8res tamis\u00e9es faussent l\u2019obscurit\u00e9. En r\u00e9alit\u00e9, les yeux restent domin\u00e9s par la lumi\u00e8re. Les regards ne s\u2019y habituent que lorsqu\u2019ils dessinent des figures connues, depuis les \u00e9toiles jusqu\u2019aux recoins les plus sombres, des lignes sont trac\u00e9es dans le silence.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le temps comme arr\u00eat\u00e9, il n\u2019existe pas encore de mouvement, il est encore t\u00f4t. Le vent fait claquer les portes. 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